vignette|redresse|Carreau de pavement, terre glaçurée, époque médiévale (), provenant de Senlis, Laon ou les environs. Musée d'Art et d'Archéologie de Laon. En construction, un carreau, éventuellement suivi d'un nom de matière, désigne un élément carré ou parallélépipédique employé dans différents domaines. Les carreaux employés pour le pavement ou le carrelage sont des éléments en pierre naturelle ou artificielle (carreau de céramique ou carreau ciment). Les carreaux de céramique deviennent un support à l'ornementation prisé de beaucoup de cultures et de pays.

Les carreaux seront selon les pays employés pour habiller les sols, les murs et les voûtes.

C'est de nos jours un matériau commun employé en carrelage.

Historique Les décors de faïence colorée se développent dès la haute Antiquité en Mésopotamie et se répandent dans tout l'Orient. L'Antiquité classique grecque puis romaine développe surtout l'usage du marbre, aussi bien sous forme de dalles et de carreaux découpées et jointifs qu'en mosaïque de petits tessons non jointifs. Les Romains développent aussi des carreaux de verre coloré, d'abord pour imiter le marbre puis avec des couleurs plus vives. Ils utilisent aussi à moindre échelle des faïences colorées.

Les carreaux décoratifs de faïences connaissent un grand développement dans le monde persan au Moyen Âge, avant de se répandre sous diverses formes dans tout le monde islamique. À cette époque des liens s’établissent également avec la céramique chinoise. L'Empire ottoman leur donnera une seconde impulsion. Ils se répandent également en Occident, notamment dans la péninsule Ibérique et en Italie, puis en Europe du Nord à la Renaissance.

Les carrelages en faïence sont encore employés en France pendant le , et l’usage s’en est perpétué en Italie, en Espagne, en Afrique et en Orient. En France, au

À partir du les carreaux en céramique deviennent un produit commun, fabriqué en grandes quantités et qui habille la plupart des sols ainsi que les murs des pièces d'eau. À cause de leur grande résistance mécanique et aux agents chimiques, on leur trouve des applications particulières dans l'industrie.

Carreaux de marbre

vignette|redresse|Reconstitution d'un pavement du Palatin de Rome, entièrement en marbres et porphyres précisément découpés.

D'après Viollet-le-Duc, les Romains

Mais les Grecs puis les Romains ont surtout développé un art du carrelage en marbre découpé et joité avec une grande précision, particulièrement riche et prestigieux, que les Romains appelaient opus sectile. Cette technique s'est perpétuée au Moyen Âge, principalement dans l'Empire byzantin et en Italie, pour se transmettre jusqu'à l'époque moderne. Les carreaux de terre cuite ou de faïence se sont souvent inspirés de cette technique du marbre, aussi bien pour l'imiter de manière bien moins onéreuse, que pour s'en différencier fortement grâce à leurs possibilités artistiques plus diversifiées.

Au , en termes de marbrerie, les carreaux sont des tranches de pierre ou de marbre taillées en morceaux, de diverses grandeurs, de forme carrée, octogonale ou losangée3.

Tradition orientale de céramique vignette|redresse|Chine, 550-600, Musée royal de l'Ontario vignette|redresse|Fragment de brique à décor floral : motif d'encadrement. Époque achéménide, fin - siècles Suse. Brique siliceuse à glaçure. Musée du Louvre vignette|redresse|Carreau en forme d'étoile à huit branches, céramique frittée. Dragon chinois, moulé en léger relief, sur fond doré. Décoration rehaussée par des touches de pigments bleu turquoise et cobalt. Une bande bleu de cobalt entoure le carreau. Kashan, probablement Takht-i Sulayman, Iran. 1270-1275. La céramique chinoise, art multi-millénaire, connaît une diffusion mondiale et profite, de tout temps, d'un réseau de routes commerciales terrestres et maritimes étenduLa route de la soie pour les routes terrestres; pour les routes maritimes les ouvrages célèbres: Zhufan Zhi de Zhao Rugua en 1225 ainsi que le Shun Feng Hsiang Sung finalisé en 1402, montrent la maitrise qu'ont les Chinois de leur espace maritime.: Après les Grandes découvertes, les routes commerciales mises en place par les puissances coloniales occidentales, l'Espagne, le Portugal et la Hollande, prennent le relais sur celles-ci. La confection des célèbres vases « bleu et blanc », apparue sous la dynastie mongole des Yuan, se développe pleinement sous la dynastie Ming, puis encore au début de la dynastie Qing.

La faïence chinoise influence à plusieurs reprises la production perse (on le voit dans le terme persan چینی, chinee, qui peut signifier « chinois » ou « vaisselle »)Albert Jacquemart. Les merveilles de la céramique; ou, L'art de façonner et décorer les vases en terre cuite, faïence, grès et porcelaine: depuis les temps antiques jusqu'à nos jours. Librairie de L. Hachette et cie, 1866Sulleyman Hayyim, چینی dans le New Persian-English dictionary et plus tard ottomane, ainsi que la production européenne de céramique. Sauf quelques exceptions, la conception de carreaux n'est pas ancrée dans la culture chinoise.

La cuisson de la brique est expérimentée en 2500 , en Mésopotamie et dans la vallée de l'IndusSandrine Banessy et Jean-Jacques Germain, La brique, l'or rouge du Midi Toulousain, 53. La Porte d'Ishtar dans l'actuel Irak, ou le palais de Darius I à Suze dans l'actuel Iran, montrent l'usage maîtrisé des décors en brique de terre cuite émaillée et colorée qu'avaient les néo-babyloniens en -580 et d'autre part les Achéménides vers -500.

Un centre réputé de céramique s'implante au Moyen Âge à Kashan, en Perse sous domination mongole, qui produit des carreaux qui prennent le nom de la ville, kashi. Le complexe architectural de Takht-i Sulayman (vers 1270), le palais royal d'été du souverain Ilkhanide Abaqa (1265-1282) situé dans le nord-ouest de l'Iran, est richement décoré de revêtements de carreaux couvrant à la fois l'extérieur et les murs intérieurs de plusieurs de ses bâtiments.

Un centre de production important s'implante à Iznik dans l'actuelle Turquie, à partir du milieu du , qui fournit la Mosquée bleue d'Istanbul en carreaux à dominance de couleur bleue qui lui donnent son nom. La céramique d'Iznik va rapidement s'exporter vers l'occident, essentiellement en Italie, bénéficiant des liens commerciaux avec les marchands vénitiens et génois, et de la demande accrue des républiques de la péninsule. Iznik, comme centre de production de faïences, décline à la fin du .

L'usage ornemental de carreaux de faïence dans le monde musulman est transmis à l’Espagne à l'occasion de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique où - islam sunnite oblige - elle n'est pas figurative. Elle prend en Espagne le nom d'« azulejos ». Cet art est transmis par voie de commerce à l'Italie. Les artisans italiens lui donnent le nom de « majolique ». Juste retour des choses, les azulejos espagnols deviennent figuratifs sous l'influence des artisans italiens, après la Reconquista au . Émigrés à Anvers, puis à Delft, des artisans italiens perpétuent l'art de la céramique sous la forme des « carreaux de Delft » dont les teintes bleues sont directement influencées par la céramique chinoise qui inonde alors l'Europe par les routes commerciales inaugurées par l'empire espagnol. Les ateliers Qallaline se développent à Tunis, du fait des potiers morisques expulsés d'Espagne de 1609 à 1614, et développent leur art directement inspiré de l'islam ottoman mais reprenant les motifs ornementaux de la céramique renaissante espagnole.

Tradition occidentale de céramique D'après Viollet-le-Duc, pendant les premiers siècles du Moyen Âge, en France, les traditions romaines de marbre sont conservées ;

Partout, en effet, on peut fabriquer de la brique, et rien n’est plus aisé que de lui donner des tons variés par une couverte cuite au four. Il est vraisemblable que, dès l’époque carolingienne, les carrelages en briques de couleur sont en usage ; on peut ainsi, à peu de frais, obtenir des pavages présentant à peu près l’aspect des mosaïques. Toutefois on ne connaît aucun carrelage de terre cuite antérieur au ; on peut l'attribuer à la fragilité des émaux dont on revêt cette matière, rapidement usés, les carrelages en terre cuite devaient être souvent remplacés. L'Angleterre et la France produisent des carreaux à décor d'engobe.

Les découvertes faites en Angleterre au sur les carreaux du Moyen Âge montrent que la terre argileuse qui servait à faire ces carreaux était moulée et séchée au soleil assez fortement pour conserver l'empreinte du moule en relief à l'aide duquel on imprimait un dessin quelconque à sa surface. Sur ce dessin en creux, on appliquait une terre d'une couleur différente, ordinairement de la terre de pipe blanche ou colorée, puis on enfournait. Une fois les carreaux dans le four on les saupoudrait d'une couche mince de minerai de plomb en poudre et de sable blanc bien fin, on obtenait ainsi par l'action du feu un vernis vitreux qui ajoutait à leur éclat tout en les empêchant de s'altérer et donnait à l'argile blanche une légère teinte jaunâtre. En Angleterre

En France

Redécouverte au Longtemps ignorés, les carreaux historiés anglais puis français du Moyen-Âge sont enfin étudiés à partir du Alfred Ramé, Études sur les carrelages historiés du au en France et en Angleterre. 1857 Consulter en ligne.

De nombreux essais sont effectués pour remettre au jour ces procédés anciens. La manufacture britannique Mintons devient un centre de production réputé en pleine période de style néo gothique. À la série restreinte des couleurs obtenues par les potiers du moyen âge, (1765 – 1836) ajoute du gris, du noir, du café au lait, du fauve, dans toute l'épaisseur de la matière ; et du bleu, du vert, du lilas, et du pourpre placés par engobes minces sur la surface et incrustés Émile Lejeune. Guide du briquetier du fabricant de tuiles, carreaux, tuyaux ... Suivi du Guide du chaufournier et du plâtrier ...Librairie du Dictionnaire des Arts et Manufactures, 1870. Consulter en ligne. Même chose aux États-Unis où l'American Encaustic Tiling Company de Zanesville, Ohio, est active jusqu'en 1935. Les carreaux à décor d'engobe sont appelés par les Anglais, de manière erronée, Encaustic tile, carreaux encaustiqués.

Au l'Europe, en pleine fièvre orientaliste, se prend de passion pour les carreaux lustrés orientaux, en premier lieu les carreaux iraniens en étoile, qu'elle importeCatherine Hess, Linda Komaroff, George Saliba. The Arts of Fire: Islamic Influences on Glass and Ceramics of the Italian Renaissance. Getty Publications, 2004. Consulter en ligne.

Cet afflux de faïence en provenance de l'Orient influence plus d'un artiste.

vignette|redresse|William Frend De Morgan. William Frend De Morgan est particulièrement attiré par les carreaux orientaux. Autour de 1873-1874, il réalise une percée remarquable en redécouvrant la technique d'émail à lustre métallique (caractérisé par sa surface réfléchissante, métallique) qu'il trouve dans la poterie hispano-mauresque et la majolique italienne. Dès 1875, il commence à travailler sérieusement selon une palette "persane" : bleu foncé, turquoise, violet de manganèse, vert, rouge indien et jaune citron. L'étude des motifs de ce qu'il a appelé poterie "Perse" (Ce que nous connaissons aujourd'hui comme la production du , d'Iznik), a profondément influencé son style inimitable, dans lequel des créatures fantastiques entrelacées avec des motifs géométriques rythmés flottent sous une glaçure lumineuse.

Carreaux de terre cuite vignette|redresse|Hôtel d'Alluye. Carrelage de la Grande salle. Début .