Les élections provinciales de 1999 sont un scrutin territorial qui a eu lieu en Nouvelle-Calédonie le dimanche . Elles ont eu pour but d'élire les assemblées des trois provinces de la Nouvelle-Calédonie (Sud, Nord et Îles Loyauté) qui servent ensuite à former le Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

Organisation du scrutin L'élection se fait au suffrage universel parmi les citoyens néocalédoniens, le corps électoral créé par l'accord de Nouméa de 1998, les articles 188 et 232 de la loi organique relative à la Nouvelle-Calédonie de 1999 et les articles 76 et 77 de la Constitution. Il s'agit des personnes remplissant les conditions pour participer à la consultation du - soit des personnes résidant en Nouvelle-Calédonie depuis au moins le référendum du - et leurs enfants une fois atteints l'âge de la majorité entretemps, ou tout autre nouveau majeur pouvant démontrer d'une même durée de résidence minimaleLoi organique relative à la Nouvelle-Calédonie du 19 mars 1999, Article 232, LégifranceLoi n° 88-1028 du 9 novembre 1988 portant dispositions statutaires et préparatoires à l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie en 1998, article 2.

Il y avait alors inscrits sur cette liste électorale spéciale, soit dans le Sud, dans le Nord et dans les Îles Loyauté Résultats des élections provinciales du 9 mai 1999 sur le site du Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, 11/05/1999.

Le scrutin, à un seul tour, se déroulait à la proportionnelle plurinominale, selon la règle de la plus forte moyenne, dans chaque province, chaque liste devant dépasser la barre des 5 % des inscrits pour obtenir au moins 1 élu (nouvelle limite imposée, il suffisait auparavant, en 1989 et 1995, d'atteindre les 5 % des suffrages exprimés). Ensuite, proportionnellement au score, un certain nombre d'élus de chaque liste est choisi pour former le Congrès, l'institution délibérative et législative locale (sous le précédent statut, l'ensemble des conseillers provinciaux siégeaient au sein du Congrès).

Le nombre de sièges à pourvoir est : Assemblée de la Province Sud : 40 dont 32 siègent également au Congrès. ; Assemblée de la Province Nord : 22 dont 15 au Congrès ; Assemblée de la Province des Îles Loyauté : 14 dont 7 au Congrès.

Composition de chacune des quatre assemblées à la veille du scrutin

Le Congrès +Président : Simon Loueckhote (RPCR) Parti Tendance Sièges % Changementdepuis 1995 RPCR Anti-indépendantiste pro-accord 23 42,59 +1 FLNKS'UCPalikaRDOUPM Indépendantistes pro-accord 137510 24,0712,969,261,850 -4-300-1 FCCIFondée en 1998 par 4 dissidents du FLNKS et l'unique élu du FDIL.-RenouveauFondé en 1998 par 2 dissidents de l'UNCT.FCCIRenouveau Pro-accordIndépendantisteNon-indépendantiste 752 12,969,263,7 +7+5+2 UNCT-DECAUNCTDECA Non-indépendantistes anti-accord 651 11,119,261,85 -3-2-1 Front national Anti-indépendantiste anti-accord 2 3,7 0 MPF Anti-indépendantiste anti-accord 2 3,7 0 LKS Indépendantiste pro-accord 1 1,85 0 FDIL Indépendantiste pro-accord 0 0 -1 Total 54 100 0 Anti-indépendantistes 35 64,81 0 Indépendantistes 19 35,19 0

La province Sud +Président : Jacques Lafleur (RPCR) Parti Tendance Sièges % Changementdepuis 1995 RPCR Anti-indépendantiste pro-accord 18 56,25 0 UNCT Non-indépendantistes anti-accord 5 13,16 -2 Renouveau-FCCIFondée en 1998 par 1 dissident du FLNKS.RenouveauFCCI Pro-accordNon-indépendantisteIndépendantiste 321 9,386,253,13 +3+2+1 FLNKS'UCRDO Indépendantistes pro-accord 211 6,253,133,13 -1-10 Front national Anti-indépendantiste anti-accord 2 6,25 0 MPF Anti-indépendantiste anti-accord 2 6,25 0 Total 32 100 0 Anti-indépendantistes 29 90,63 0 Indépendantistes 3 9,38 0

La province Nord +Président : Léopold Jorédié (FCCI) Parti Tendance Sièges % Changementdepuis 1995 FLNKS'PalikaUCUPM Indépendantistes pro-accord 8530 53,3333,33200 -3-20-1 FCCIFondée en 1998 par 3 dissidents du FLNKS. Indépendantiste pro-accord 3 20 +3 RPCR Anti-indépendantiste pro-accord 3 20 +1 DECA Non-indépendantiste anti-accord 1 6,67 -1 Total 15 100 0 Indépendantistes 11 73,33 0 Anti-indépendantistes 4 26,67 0

La province des îles Loyauté +Président : Nidoïsh Naisseline (Libération kanak socialiste) Parti Tendance Sièges % Changementdepuis 1995 UC Indépendantiste pro-accord 3 42,86 0 RPCR Anti-indépendantiste pro-accord 2 28,57 0 LKS Indépendantiste pro-accord 1 14,29 0 FCCI ex-FDIL Indépendantiste pro-accord 1 14,29 +1 Indépendantiste pro-accord 0 0 -1 Total 7 100 0 Indépendantistes 5 71,43 0 Anti-indépendantistes 2 28,57 0

Campagne

Vingt-trois listes sont candidates dans les trois provinces (deux de plus qu'en 1995), dont huit en Province Sud (deux de moins), autant en Province Nord (deux de plus) et sept aux Îles Loyauté (deux de plus également).

Anti-indépendantistes Un RPCR renforcé

Le parti historique de l'opposition à l'indépendance, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) du député et président de l'Assemblée de la Province Sud sortant Jacques Lafleur était ressorti affaibli lors des élections provinciales de 1995. Deux partis formés par des dissidents, Une Nouvelle-Calédonie pour tous (UNCT) de Didier Leroux dans le Sud et Développer ensemble pour construire l'avenir (DECA) du maire de Koumac Robert Frouin, lui ayant fait perdre alors de nombreuses voix ainsi que la majorité absolue au Congrès. Mais les négociations puis la signature de l'accord de Nouméa lui ont permis de retrouver toute son aura et de retrouver une partie de son électorat perdu.

En effet, bénéficiant déjà de l'image, partagée avec le chef indépendantiste décédé Jean-Marie Tjibaou, de l'« homme de la poignée de main » qui a symbolisé les accords de Matignon-Oudinot en 1988 et le retour à la paix civile après quatre ans d'affrontements violents entre pro et anti-indépendantistes, Jacques Lafleur avait toutefois commencé à être critiqué au sein de son propre camp, ses opposants lui reprochant d'avoir mis en place un système qualifié de clientélisme. Malgré ces divisions, il se maintient comme le gardien du statu quo né des accords de Matignon et du maintien du dialogue avec des indépendantistes eux aussi de plus en plus divisés. Conscient que quoi qu'il arrive le référendum d'autodétermination prévu en 1998 se solderait par un rejet de l'accès a la pleine souveraineté, et craignant que cela ne blesse les indépendantistes au point de pousser certains à reprendre les armes, il est le premier à proposer, dès , une « solution consensuelle »I. Kurtovitch, I. Leblic, « Chronologie », in « Dossier : 20 ans d'accord », Les Nouvelles Calédoniennes, 18/06/2008. Cette proposition est reprise au IV Comité du suivi des accords de Matignon à Paris du par les autres signataires (l'État et le FLNKS) qui s'engagent à tout faire pour éviter le « référendum guillotine ». Le , Jacques Lafleur précise son propos en appelant à un « pacte trentenaire » et « un Matignon bis » qui repousserait la question de l'indépendance aux alentours de 2018. L'année suivante, le , le RPCR et le FLNKS commencent à parler ensemble de l'avenir institutionnel du Territoire et des discussions officielles sont ouvertes sous la médiation du Premier ministre Alain Juppé le 18 octobre suivant. À la fin de l'année, les deux camps formulent leurs projets qui doivent servir de base aux négociations.

Si les indépendantistes proposent purement et simplement l'instauration dès 1998 d'un État libre et souverain baptisé « Kanaky », le « schéma d'émancipation et de large décentralisation » avancé par Jacques Lafleur les rejoint sur certains points en demandant une forte autonomie : création d'un gouvernement local élu, le maintien du Congrès et des provinces, la création d'un Sénat coutumier élargi mais qui resterait consultatif et le transfert d'un certain nombre de compétences que, d'après le député, les Néocalédoniens doivent pouvoir gérer seuls (immigration, politique minière, énergie et commerce extérieur essentiellement). Le principal point de désaccord reste les compétences régaliennes (défense, affaires étrangères, sécurité publique, justice, monnaie), Jacques Lafleur restant anti-indépendantiste et défendant leur maintien entre les mains de l'État français exclusivement« Nouvelle-Calédonie - Des avancées de bon sens », Le Point, 27/01/1996. Alors que le FLNKS conditionne par la suite tout nouvel accord à un « préalable minier » (à savoir l'obtention d'une mine appartenant à la Société Le Nickel, filiale du groupe français Eramet, afin d'alimenter le projet d'usine du Nord porté par les indépendantistes, préalable finalement levé au début de l'année 1998), provoquant de nombreuses dissidences, le RPCR apparaît durant cette période comme le parti de la négociation, et son chef comme l'un des principaux initiateurs de ce nouvel accord finalement signé le .

Jacques Lafleur fait ensuite activement campagne, avec le RPCR, pour le « oui » au référendum local du pour l'approbation du texte qu'il présente comme le meilleur moyen d'assurer à la Nouvelle-Calédonie de « demeurer au sein de la République dans le cadre de relations refondées et rénovées », tandis que parallèlement le FLNKS et Rock Wamytan expliquent à leur électorat qu'il s'agit d'un pas vers une « indépendance irréversible qui commence à se construire dès aujourd'hui », traduisant une interprétation diamétralement opposée de l'accordÉ. Conan, « Les faux-semblants du Caillou », 05/11/1988. Quoi qu'il en soit, le projet est approuvé avec une participation élevée (74 %) par 72 % de « oui », celui-ci l'emportant, contrairement à celui sur les accords de Matignon dix ans plus tôt, dans toutes les communes du Territoire. Pourtant, Jacques Lafleur ne peut s'empêcher de s'estimer « un peu amer »J. Châtain, « "Un peu amer", dit Jacques Lafleur », L'Humanité, 09/11/1998 et parle de « sorte de désaveu personnel » : en effet, si l'électorat des deux provinces indépendantistes a largement suivi le mot d'ordre pour le « oui » du FLNKS (à 86 % dans le Nord et même 95 % dans les Îles Loyauté), la Province Sud connaît une plus forte proportion de « non », notamment à Nouméa où le rejet de l'accord obtient 42 % des suffrages« Calédonie - Lafleur, le consensuel », Le Point, 24/01/2007. À l'exception du RPCR, de la FNSC du maire de Bourail Jean-Pierre Aïfa, de Calédonie Demain du maire de Dumbéa Bernard Marant et du petit parti Renouveau né d'une dissidence de l'UNCT, tous les partis du camp loyaliste avaient appelé à voter « non ». Quoi qu'il en soit, malgré cette apparente méfiance d'une partie de l'électorat anti-indépendantiste, Jacques Lafleur et son parti ressortent renforcés de cet épisode en entretenant une image de garants d'une certaine stabilité. Sur le plan national autant que local, droite et gauche reconnaissent à Jacques Lafleur d'avoir su tendre la main au bon moment pour maintenir la paixJournal officiel de la République Française Congrès du Parlement compte rendu intégral, débat sur le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie, 06/07/1998 et sa légitimité s'en trouve alors renforcée : ses partisans le comparent à un visionnaire, d'autres pensent qu'il s'agit juste d'un pragmatique et ses plus grands détracteurs parlent d'un habile politicien et manipulateur.