vignette|Robert Fabre, Georges Marchais et François Mitterrand sur la tombe de l'Union de la gauche, caricature de Maurice Tournade en 1980.Le Programme commun, dont le nom complet est programme commun de gouvernement, est un programme de réforme, adopté le par le Parti socialiste, le Parti communiste français et signé le , à l'hôtel Continental à Paris, par ces deux organisations et certains radicauxCentre des Archives socialistes - Fédération Jean Jaurès, 2 RE 12. Robert Fabre signe le document au nom des radicaux de gauche, mais le congrès fondateur de cette organisation a lieu seulement en décembre. Il prévoyait un grand bouleversement dans les domaines économique, politique et militaire en France.
Programme politique le plus diffusé au cours du en France, il constitue une inflexion majeure dans la stratégie de conquête de pouvoir du Parti socialiste jusqu'ici tourné vers le centre. L'alliance PS-PCF ouvrait une recomposition politique à gauche pour les trente années à venir, contribuant notamment à l'élection de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981, qui met en pratique une partie de ce programme repris dans les 110 propositions pour la France. À partir de 1983, une partie des réformes déjà réalisées seront annulées après le « tournant de la rigueur ».
Candidatures communes A la présidentielle de 1974 et aux cantonales de 1976 Aux législatives de 1973 et 1978 Malgré le programme commun, la gauche échoue à entraîner des candidatures communes pour l'élection des députés. Aux législatives de 1973, le Parti communiste présente des candidats dans chacune des 473 circonscriptions législatives de la France métropolitaine avec un personnel politique rajeuni (la moitié des candidats n'a pas plus de 45 ans) Pour les législatives du , le PCF présente des candidats dans 470 des 474 circonscriptions"Les candidats communistes aux élections législatives de 1973 et 1978", par Philippe Broyer, Didier Cassan,et Olivier Da Lage, dans la Revue française de science politique en 1979 et soutient des gaullistes de gauche et des candidats du PSU dans les quatre autres (le rajeunissement se poursuit, avec 60% de moins de 45 ans, les 30-34 ans fournissant les effectifs les plus nombreux pour le PCF contre les candidats âgés de 45-49 ans en 1973). Le désistement républicain pour le candidat le mieux placé au premier tour est la règle.
Aux municipales de 1977 dans les villes de plus de 9000 habitants, 52 listes sont unitaires dès le 1er tour. C'était le cas dans seulement 15% d'entre elles en 1971. Il y a cependant encore 14% de listes séparées en 1977"L’union sans unité Le programme commun de la gauche, 1963-1968", sous la direction de Danielle Tartakowsky et Alain Bergounioux, en 2019 aux Presses universitaires de Rennes . dans les villes de plus de 30000 habitants, il a 8% de primaires contre 39% en 1971. Principales mesures Le programme était articulé en quatre partiesProgramme commun, publié dans le Bulletin socialiste de juin 1972 : vivre mieux, changer la vie : salaire minimum à , revalorisations des prestations sociales et pensions, réduction du temps de travail hebdomadaire à , retraite à 60 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes, nouveau code du travail, garantie des droits des syndicats, abrogation de la réforme de 1967 sur la sécurité sociale, gratuité des soins pour tous, plan d'urbanisme, construction annuelle de logements sociaux, lutte contre la pollution de l'air et de l'eau, gratuité des études dans le public, soutien à la création culturelle, garantie de l'égalité des sexes, congés maternités étendus à 16 semaines, abrogation de la répression de l'avortement, majorité à 18 ans, réduction du service militaire de six mois ; démocratiser l'économie, développer le secteur public, planifier le progrès : droit de travail rénové, nationalisations massives, augmentation des rendements, soutien des PME, planification économique, industrielle et agricole, stabilisation des prix, démocratisation de la Banque de France et du Conseil national du crédit, création d'une Banque nationale d'investissement ; démocratiser les institutions, garantir et développer les libertés : habeas corpus, droit d'asile, abrogation de la loi dite « anti-casseurs », transformation du Conseil constitutionnel en cour suprême, démocratisation de la police, indépendance de la justice, abolition de la peine de mort, scrutin proportionnel à l'Assemblée nationale et aux assemblées régionales, abrogation de l'article 16, quinquennat présidentiel, démocratisation du Sénat, contrat de législature, décentralisation, privatisations arrêtées, démocratisation de la fonction publique, garantie du droit à l'information, l'ORTF publique qui accorde du temps d'antenne aux opposants ; contribuer à la paix et développer la coopération internationale : réforme de l'armée, désarmement nucléaire, dissolution du pacte de Varsovie et de l'OTAN, soutien à la CEE, renouvellement de la PAC, rupture avec l'Afrique du Sud et l'Espagne franquiste, arrêt des guerres, reconnaissance des États communistes (Corée du Nord, GRP), possibilité d'autodétermination des DOM-TOM, aide au développement des pays pauvres, soutien des mouvements indépendantistes.
Critiques
François Mitterrand, pour le Parti socialiste et Georges Marchais, pour le Parti Communiste Français, n'avaient pas les mêmes objectifs à long terme :
En effet, Mitterrand, conscient qu'une alliance avec le Centre était insuffisante, cherchait " un marche-pied " pour accéder au pouvoir ; pour cela, le PCF était le partenaire idéal : 250.000 adhérents au Parti, 1,5 million pour la CGT, capacité exceptionnelle de mobilisation de ces militants, 20% de l'électorat garanti, soit 5 millions de voix. En garantissant le maintien dans l'Alliance Atlantique et dans la CEE, Mitterrand pensait rassurer ses alliés anglo-saxons et européens.
Cependant, Marchais et la direction du PCF, faisaient un calcul totalement différent : l'enlisement, puis la défaite américaine au Vietnam, la crise du Watergate et la démission de Nixon, l'effondrement de l'Empire portugais, passé avec l'Éthiopie dans l'orbite soviétique entre les années 1972 et 1975, semblaient donner raison à Marchais quand il expliquait à Alain Duhamel à la télévision en 1979, que "le rapport de forces entre la camp impérialiste et le camp socialiste est en train de changer en faveur du camp socialiste". D'autre part, les nationalisations de tout le système bancaire (36 banques et deux compagnies financières, Paribas et Suez) avec les principaux groupes industriels (Saint-Gobain-Pont-à-Mousson pour le verre, la sidérurgie, le retraitement nucléaire, Rhône-Poulenc pour la chimie, Pechiney-Ugine-Kuhlmann pour l'aluminium, Usinor-Sacilor pour l'acier, TOTAL pour l'énergie, CGE pour la téléphonie, THOMSON, pour l'électronique, DASSAULT pour l'armement, etc) aurait permis de faire passer l'économie française sous le contrôle du PCF par CGT interposée. Dans ce but, la CGT exigeait que les investissements de ces entreprises soient décidés par leurs comités d'entreprise où ce syndicat aurait dominé.
Compte tenu de ces objectifs différents entre le PS et le PCF, les critiques sont à la fois d'ordre économique et géopolitique. D'un point de vue économique, alors que ces projets (augmentation des salaires, réduction du temps de travail…) nécessiteraient un besoin de financement majeur, les méthodes de financement n'ont pas été très explicites : une forte augmentation de l'impôt sur le revenu, notamment dans les tranches supérieures, des droits de succession, la création d'un impôt sur le capital et une augmentation de l'impôt sur les sociétés, devaient assurer le financement du Programme Commun, ce qui laissait beaucoup d'observateurs sceptiques. En effet, des études diligentées par la Chambre de Commerce de Paris après l'élection présidentielle de 1981 montrent que la totalité des décideurs économiques, hors de l'appareil d'état, soit les professions libérales, patrons de TPE, PME, ETI et de grands groupes industriels y compris au sein des nationalisés, prévoyait l'échec de l'expérience dans un délai maximum de deux ans. D'autre part, la majorité des hauts fonctionnaires était issue des classes moyennes supérieures, dites CSP+, et constituait une technostructure tout aussi sceptique sur le Programme Commun.
D'une point de vue géopolitique, le Parti Socialiste insistait beaucoup sur le maintien de la France dans la Communauté Européenne et le maintien du projet européen, totalement imprégné d'économie libérale, alors que l'application du programme devait permettre le passage de la France au socialisme, ce qui aurait certainement provoqué une crise entre la France et ses partenaires européens. Enfin, la suppression de l'arme nucléaire et la réduction du service militaire à 6 mois, dans un contexte de guerre froide, apparaissait comme du désarmement unilatéral, ce qui aurait bouleversé les rapports de forces en Europe.
Renégociation Signée par le PS, le PC et le Mouvement des radicaux de gauche en 1972, cette union marque le retour de la gauche dans le paysage français de l'après 1958 et le début de l'hégémonie du PS. Elle permet notamment à François Mitterrand d'être le candidat unique de la gauche en 1974 (exception faite toutefois d'Arlette Laguiller et d'Alain Krivine). Cette alliance donne naissance à l'Union de la gauche notamment à l'occasion des élections municipales de mars 1977.
Cependant, les résultats décevants du PCF aux législatives et les reculs socialistes quant aux projets d'application du programme amènent le PCF à conditionner le maintien de sa participation à une application effective des engagements communs. Des négociations s'engagent pour une « réactualisation » du Programme commun en vue des législatives de 1978.. Le Parti communiste demande les nationalisations prévues et une augmentation du pouvoir des syndicats dans les entreprises nationalisées. Le PS s'y oppose, considérant que le nouveau programme irait au-delà de ce que la majorité de ses tendances peut accepter. Georges Marchais voit aussi dans le refus de Mitterrand le de une preuve de sa volonté d'abandonner le programme commun. Le , Robert Fabre annonce que le MRG quitte les négociations.. Après une ultime rencontre dans la nuit du 21 au , les négociations sont rompues. Désormais, chaque parti constitue des candidatures séparées pour le premier tour des élections législatives de 1978. Malgré un rabibochage des trois partis entre les deux tours, les Français font le « bon choix » (expression employée par le président Giscard d'Estaing dans son discours de Verdun-sur-le-Doubs) et la droite garde la majorité à l'Assemblée nationale. Pour la première fois, le Parti socialiste obtient un score supérieur à celui du Parti communiste français, ce qui a pu être interprété comme une validation à moyen terme de la stratégie de François Mitterrand.
Mise en place
La mise en place d'une partie du Programme commun à partir de l'élection de François Mitterrand en se fait sous la forme des 110 propositions. Ces réformes sociales politiques et économiques sont une importante évolution du droit social ou du périmètre de l'action publique, mais l'arrivée de la gauche "du programme commun" est dénoncée comme un risque de "communisme" par une partie des élites économiques et elle s'accompagne d'une importante fuite des capitaux. Un programme qui ne fait pas l'unanimité de la gauche dans la mesure où Michel Rocard mettait en garde contre les nationalisations hors-de-prix, demandant alors la dévaluation immédiate du franc mais Mitterrand déclara qu'on ne dévalue pas en période électorale. Rocard déclara que ce programme « cinglé » est « un océan d'étatisme césarien centralisateur » et que la relance par surconsommation avec un déficit abyssal est démagogiqueLivre d'entretiens Si la gauche savait….