Le , également nommé Virgile du Vatican ou Fuluii Ursini schedae Vaticanae est un manuscrit enluminé contenant des fragments de lÉnéide et des Géorgiques de Virgile, daté des environs du début du . Contenant 76 folios et 50 miniatures, il est conservé à la bibliothèque apostolique vaticane où il est coté 3225.
L'ouvrage a probablement été exécuté pour un membre non identifié de l'aristocratie païenne à Rome, à la fin du ou au début du , selon les estimations des historiens de l'art. Il fait partie des très rares manuscrits illustrés encore conservés de l'Antiquité tardive. Il mélange à la fois l'influence de la peinture sur papyrus et de l'art classique du Haut Empire. Un temps conservé à l'abbaye Saint-Martin de Tours au Moyen Âge, il passe entre les mains de plusieurs érudits et bibliophiles français puis italiens au et au avant d'être donné à la bibliothèque papale en 1600. Après d'histoire et de nombreux aléas, seuls un quart du texte et un cinquième des miniatures du manuscrit originel sont encore conservés. Les images, œuvres probables de trois artistes différents, illustrent partiellement les deux derniers livres des Géorgiques et neuf des douze chants de lÉnéide. Ces peintures romaines ont suscité l'attention de nombreux savants attachés à l'héritage antique et ont contribué à influencer les artistes de la Renaissance carolingienne mais aussi de la Renaissance italienne.
Historique Contexte de création Des sept manuscrits antiques conservant des fragments de textes de Virgile, le est l'un des deux plus richement décorés avec le , conservé dans la même bibliothèque (Cod. Vat. Lat. 3867). Le manuscrit a été réalisé pour un collectionneur romain anonyme de l'Antiquité tardive. Depuis le début du , la ville de Rome connaît une période de paix et de stabilité, jusqu'à son sac en 410, même si elle reste en retrait de Constantinople. L'aristocratie sénatoriale païenne cherche à maintenir les anciennes traditions, comme peut-être le commanditaire de l'ouvrage, et marque un regain d'intérêt pour le poète latin Virgile (70 av. J.-C. à 19 av. J.-C.). En effet, même si les chrétiens continuent à lire cet auteur, un Romain christianisé n'aurait sans doute pas commandé un ouvrage décoré de peintures représentant des sacrifices païens. Plusieurs auteurs de cette époque compilent et commentent les textes de Virgile tels que Servius, Macrobe ou Symmaque.
La période autour de 400 correspond à un regain d'intérêt pour l'art classique du Haut Empire. De nombreuses œuvres s'inspirent de cette période et réutilisent des thèmes païens, comme dans les arts décoratifs – ivoire ou argenterie – ou dans la peinture. Deux œuvres sont emblématiques de cet intérêt. Le diptyque sculpté en ivoire des Nicomaque et des Symmaque, tout d'abord, reprend les canons de l'art de l'époque des Julios-Claudiens, tout en contenant le nom de deux puissantes familles païennes romaines du . Cette œuvre pourrait aussi avoir été dédiée à un autre aristocrate romain contemporain, Pretextat. Le commanditaire du manuscrit a peut-être appartenu à l'entourage de ces personnalités. Une autre œuvre importante est le plat de Parabiago, daté généralement de la fin du . Il représente Cybèle et Attis, tous deux liés à un culte à mystères, très en vogue à l'époque dans ces mêmes milieux de l'aristocratie païenne. La disposition des personnages sculptés sur le plat présente des similarités avec ceux présents à la fin du . D'autres Romains, au contraire, réinvestissent cet intérêt pour l'art classique dans de nouveaux thèmes chrétiens, comme dans le manuscrit de lItala de Quedlinbourg, l'un des rares autres manuscrits enluminés de cette période encore conservés.
Datation Pour parvenir à dater ce manuscrit, qui ne contient aucun colophon qui indiquerait l'année de son exécution, il faut pouvoir le comparer avec d'autres œuvres dont la date est, elle, connue. Vu le faible nombre de manuscrits de cette période, il faut se tourner vers d'autres œuvres comme des mosaïques ou des ivoires. Les mosaïques de la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome datent justement des années 432-440, car elles comportent une inscription faisant référence au pape . Ces mosaïques mélangent des caractères à la fois très proches du renouveau classique de la fin du et des éléments nouveaux propres au et aux siècles suivants qui les rapprochent du futur art médiéval. Deux ivoires datés du tout début du présentent aussi des compositions comparables : il s'agit d'une scène représentant les saintes femmes au tombeau et l'Ascension, actuellement conservée au de Munich ainsi qu'une autre scène des saintes femmes au tombeau conservée au musée archéologique de Milan.
Selon Thomas B. Stevenson, la proximité du avec l'art païen milite pour une datation ancienne du manuscrit à la fin du . Inabelle Levin, pour sa part, y voit une grande proximité avec les mosaïques de Sainte-Marie-Majeure et date donc le manuscrit des mêmes années 430. Enfin d'après David Wright, le style des miniatures du manuscrit est un peu plus classique que ces mosaïques ce qui tend à les dater aux environs des années 400, sans qu'il soit possible de donner une année plus précise.
Le manuscrit au cours du Moyen Âge Au cours des , le manuscrit continue à être utilisé et consulté si l'on en juge par les annotations et réécritures du texte datant de cette période. Cependant, rien ne permet de le localiser à cette époque. À l'inverse, au , le manuscrit est sans doute conservé à l'abbaye Saint-Martin de Tours car deux personnages de ses miniatures servent de modèle à la réalisation d'une illustration de la Première Bible de Charles le Chauve, fabriquée dans le scriptorium de ce monastère vers 846. Toujours à cette époque, des scribes carolingiens de l'abbaye ajoutent des corrections au texte. Le manuscrit aurait pu quitter Rome à l'initiative de Charlemagne, qui l'aurait emporté à Aix-la-Chapelle, puis il serait entré en possession de son conseiller Alcuin, devenu abbé de Saint-Martin, à moins que l'abbaye ne l'ait acquis après la dispersion de la bibliothèque de l'empereur à sa mort en 814. Le manuscrit a sans doute été perdu après le sac du monastère par les Normands en 853. Par la suite, il semble avoir été démembré et a alors perdu la majeure partie de ses pages. Très peu de traces indiquent qu'il a été consulté et lu pendant le reste du Moyen Âge, personne n'ayant laissé d'annotation, si ce n'est une note marginale insignifiante datée du ou du .
Le manuscrit à la Renaissance vignette|upright|alt=Cardinal à barbe blanche tendant la main à droite.|Pietro Bembo, ancien propriétaire du manuscrit, par Titien. National Gallery of Art, Washington. Au début du , un humaniste français anonyme ajoute au texte original, alors déjà lacunaire, de nombreuses annotations mais aussi de nombreux textes. Les modifications du texte original se font alors avec beaucoup de précautions et uniquement dans le but d'améliorer sa lisibilité. Cependant, c'est peut-être aussi à cette époque que de nouveaux folios disparaissent et d'autres sont découpés. Au début du , en tout cas avant 1514, le manuscrit est sans doute revenu en Italie et plus particulièrement dans l'entourage de Raphaël. Des dessins sont exécutés et surtout plusieurs estampes sont gravées par le maître et plusieurs artistes proches en s'inspirant d'une ou de plusieurs miniatures du .
Quelque temps plus tard, le manuscrit entre en possession de Pietro Bembo, qui assure la fonction de secrétaire du pape à Rome à partir de 1512 puis se retire à Padoue en 1521. Marcantonio Michiel signale avoir vu le manuscrit à Padoue au milieu des années 1530. Il retourne à Rome en tant que cardinal en 1539 où il ramène le manuscrit avec sa collection. C'est à cette période que l'ouvrage est étudié par l'érudit espagnol Antonio Agustín. Son fils Torquato hérite de sa collection à sa mort en 1547 et la revend progressivement. Le manuscrit est acquis en 1579 par Fulvio Orsini. Il est alors rogné, peut-être à l'occasion d'une nouvelle reliure, pour atteindre sa dimension actuelle. Il en fait ensuite don à la bibliothèque du Saint-Siège en 1582 sous réserve d'usufruit. Dans l'acte de donation à la bibliothèque, le donateur déclare que le manuscrit a appartenu à Giovanni Pontano (1429-1503), mais Orsini est connu pour exagérer la provenance de ses collections. Il devient propriété effective de la bibliothèque apostolique vaticane à sa mort en 1600.
Conservation du manuscrit au Vatican Une fois conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane, le manuscrit est difficile d'accès et très peu étudié jusqu'au . Cependant, quelques privilégiés peuvent l'emprunter parfois pour de longues périodes, comme Cassiano dal Pozzo en 1632 ou le cardinal Camillo Massimi pendant 12 mois entre 1641 et 1642. De retour de prêt, sa reliure est entièrement refaite et il est grossièrement restauré : des morceaux de parchemin viennent combler des lacunes et des annotations sont grattées au couteau ou à la pierre ponce. En 1741, un feuillet isolé d'un autre manuscrit antique de Virgile est retrouvé, le Virgile Médicis, par ailleurs conservé à la bibliothèque Laurentienne à Florence. Il est relié vers 1745 avec le reste du Virgile du Vatican en y ajoutant des morceaux du parchemin pour uniformiser la taille de l'ensemble des feuillets.
Après avoir été entièrement relié de nouveau entre 1869 et 1878, plusieurs mesures conservatoires sont prises au cours du pour préserver les feuillets subsistants : ces derniers sont montés sur des cartons reliés ensemble en trois volumes différents puis finalement conservés individuellement et encadrés par une bordure en plastique.
En 2016, le Vatican a décidé de le numériser, comme plus de 3000 autres textes conservés dans la Bibliothèque vaticane, grâce à un partenariat avec NTT Data.. On peut désormais le consulter intégralement sur Digita Vaticana.. Description Moins d'un cinquième du manuscrit est conservé. Il contient 75 feuillets (ou folios) de parchemin écrits au recto comme au verso, auquel s'ajoute un issu d'un autre manuscrit plus petit, le Virgile Médicis. Sa décoration consiste en 50 miniatures encadrées occupant la largeur totale de la page et parfois toute la page du manuscrit.
Organisation du manuscrit Le manuscrit comporte de nombreuses lacunes. Il devait commencer par le texte des Bucoliques qui a entièrement disparu. Du texte des Géorgiques, il ne subsiste que les deux derniers livres sur quatre au total. De l'''Énéide, il ne subsiste que les neuf premiers chants sur douze, avec de nombreuses lacunes à plusieurs chants.
Le manuscrit fait partie des codices antiques utilisés pour l'établissement de l'apparat critique de l'œuvre de Virgile. Sur le stemma codicum, il est noté F, ses correcteurs sont notés F à F.