thumb|upright=1.3|Les cinq Hötorgsskraporna en cours de construction en 1964, photographiées par Lennart af Petersens. thumb|upright=1.3|Les cinq Hötorgsskraporna, l'église Sainte-Claire et le quartier de Klara en mai 2009. Le redéveloppement de Norrmalm () est un vaste projet de redéveloppement urbain qui fut mis en œuvre dans le sud du quartier de Norrmalm au centre-ville de Stockholm en Suède. La décision de principe fut prise en 1945 et les travaux qui eurent lieu dans les années 1950, 60 et 70 aboutirent au remplacement de l'ancien quartier de Klara par la moderne Stockholms city, tandis que la construction du métro fut facilitée.

Le redéveloppement de Norrmalm fut le plus vaste projet de redéveloppement urbain de l'histoire de la Suède Hellspong (1999), ., et mit à contribution l'élite de l'architecture du pays. La transformation de Norrmalm-Sud a été aussi bien critiquée qu'admirée tant en Suède qu'à l'étranger, et compte parmi les projets de redéveloppement urbain les plus importants, les plus radicaux et les plus aboutis Eriksson (1997), . qu'ait connus l'Europe de l'après-guerre, même en tenant compte des villes largement détruites par les combats de la Seconde Guerre mondiale Rudberg (1989), . Passow (1970), ..

Le nouveau quartier de Hötorgscity devint aussi un modèle pour d'autres projets de construction à travers l'Europe, par exemple à Varsovie et Hambourg af Petersens, Bedoire (1985), ..

Plusieurs des bâtiments construits dans le cadre du redéveloppement de Norrmalm sont aujourd'hui en bonne voie pour être classés monuments historiques (byggnadsminne), la plus élevée des protections dont puisse bénéficier un bâtiment en Suède.

Précédents historiques

L'idée d'une révision du plan d'urbanisme de Norrmalm et d'un prolongement de la rue Sveavägen au sud de la rue Kungsgatan est évoquée bien avant le milieu du .

Le plan en damier de Fleming ()

Alors que le Norrmalm du s'est construit sans plan d'ensemble et ressemble de par son anarchie à la vieille ville, le gouverneur-général Clas Fleming imagine un plan en damier pour le quartier Larsson (1960), p. 3. Gullberg (2001), tome 1, .. Ces travaux de modernisation sont rendus nécessaires par l'expansion rapide de la capitale suédoise au temps de l'empire suédois. En 1636, l'expert en fortification Olof Hansson Örnehufvud est chargé par le gouvernement de créer « un plan tant pour les faubourgs que pour le centre-ville, qui élargisse les rues jusqu'aux limites du possible ». Les travaux de redéveloppement ont lieu pendant les décennies suivantes Persson (1975)..

Le boulevard Sveavägen de Tessin ()

Dès le , Nicodème Tessin le Jeune établit un plan d'urbanisme qui prévoit entre autres le prolongement de la rue Sveavägen jusqu'à la place Gustav Adolfs torg. Il est par contre inexact, même si cela a été souvent affirmé, que la rue Sveavägen devait rejoindre au nord le grand château de Haga, qui aurait ainsi été connecté en ligne directe au palais royal Johanson (1929), . Selling (1970), . Gullberg (1975), tome 1, ..

Au cours du , le centre-ville de Stockholm bascule de la vieille ville vers Norrmalm, où sont édifiés quantité de palais et où s'installent de nombreuses institutions Gullberg (1975), tome 1, p. 31..

La commission d'urbanisme de Lindhagen ()

thumb|gauche|Le plan Lindhagen pour Norrmalm et Kungsholmen en 1866.

En 1866, un plan général destiné à donner à Norrmalm air, lumière et verdure est défini par une commission dirigée par le juriste Albert Lindhagen, à laquelle participe notamment le lieutenant-général Fredrik Wilhelm Leijonancker, qui est à l'origine du réseau de distribution d'eau de Stockholm. La commission propose un réseau de rues en damier définissant de vastes ilots carrés, entourés de larges boulevards, qui s'inspire des travaux réalisés par Georges Eugène Haussmann à Paris, mais où l'influence de Saint-Pétersbourg se fait également sentir Selling (1970), p. 47. Gullberg (1975), tome 1, p. 38.. On prévoit entre autres de faire de la rue Sveavägen un boulevard large de , à l'image du boulevard de Sébastopol'de Paris ou de l'avenue Unter den Linden de Berlin Selling (1970), .. Ce boulevard s'étendrait du lac Brunnsviken au nord à la place Gustav Adolfs torg au sud, sans se soucier ni des constructions existantes ni du relief, en passant notamment au travers de l'église Adolphe-Frédéric, de la place Hötorget et de la place Brunkebergstorg. Dans la direction est-ouest, une connexion entre le pont de Lidingö et Traneberg est proposée Gullberg (1975), tome 1, p. 41..

thumb|Représentation du plan de Hallman de 1912.

Le plan Lindhagen n'est jamais approuvé par le conseil municipal, et ce n'est qu'après un débat houleux et de multiples amendements qu'il est partiellement mis en œuvre Gullberg (1975), tome 1, p. 46.. La rue Sveavägen est transformée en une avenue de de large, limitée côté est afin de laisser en paix l'église Adolphe-Frédéric, et prolongée seulement d'un pâté de maisons au sud de la rue Kungsgatan Gullberg (1975), tome 1, p. 49. Larsson (1960), p. 3-. Selling (1970)..

Le plan d'urbanisme de 1912

Dans les années 1910, on débat à nouveau du prolongement de la rue Sveavägen, sans en revenir au projet de Lindhagen. En 1912, l'un des plans dessinés par le directeur de l'urbanisme Per Olof Hallman est approuvé. La rue Sveavägen doit être prolongée vers le sud, de la rue Kungsgatan à la rue Hamngatan, mais avec une largeur limitée à , en raison de la situation difficile des finances de la commune Gullberg (1975), tome 1, p. 83.. Au sud de la rue Mäster Samuelsgatan, elle doit se séparer en deux branches, de façon à créer une zone triangulaire, au milieu de laquelle un îlot urbain hexagonal baptisé La pépite d'or () est créé. Cette proposition est représentée sur la carte de Stockholm dessinée en 1926 par le cartographe Carl-Otto Krakau. La pépite d'or deviendra plus tard la place Sveaplatsen, qui a aujourd'hui pour nom Sergels torg.

Ce plan ne sera jamais mis en œuvre, mais lorsque des années plus tard, et après une longue série d'autres propositions, la décision de prolonger la rue Sveavägen est prise, on reprendra largement les idées de Hallman, à l'exception toutefois de la bifurcation Larsson (1960), p. 4..

En 1927, le mandat de Per Olof Hallman en tant que directeur de l'urbanisme arrive à son terme, et n'est pas renouvelé. On lui préfère celui qui est alors l'urbaniste le plus en vue de Suède, Albert Lilienberg, qui occupe des fonctions équivalentes à Göteborg Hall (1999), p. 132..

Processus décisionnel

Le long débat politique qui précède les travaux de redéveloppement du est lancé dès la fin des années 1920, en conjonction avec l'augmentation du trafic automobile. La décision finale est longtemps repoussée en raison des conflits douloureux qui opposent différents groupes d'intérêts, y compris au sein même des partis politiques Gullberg (1975), tome 1, p. 98.. La crise économique, puis la Seconde Guerre mondiale, mettent aussi un frein au processus de transformation et retardent le début des travaux Gullberg (1975), tome 1, p. 102..

Motivations

thumb|gauche|Véhicules garés dans une cour d'immeuble, Norrmalm 1956.Foto: Lennart af Petersens. thumb|Trafic automobile dans la rue Klarabergsgatan en 1952.Foto: Lennart af Petersens

Un large consensus se dégage sur l'urgence du redéveloppement et de la modernisation de Norrmalm-Sud. Le besoin s'articule sur trois axes Larsson (1960). :

Développement des infrastructures : les urbanistes pointent que le centre-ville de Stockholm n'est pas adapté à la croissance de la population et aux infrastructures que celle-ci exige. La construction de transports en commun sous la forme du métro rend impérative des démolitions entre autres dans le quartier de Klara et constitue finalement le facteur décisif dans la décision de démarrer les travaux de redéveloppement. La croissance rapide du trafic automobile impose aussi la création de voies de circulation plus larges pour la sécurité des piétons.

Travaux d'assainissement : le quartier de Klara est largement délabré lorsque les travaux de démolition commencent. La plupart des immeubles d'habitation, qui ont été construits avant 1900, manquent de confort moderne. Les appartements sont petits et ne disposent pour la plupart pas de salle d'eau. La situation est encore aggravée par les décisions de la commune interdisant les nouvelles constructions et autorisant les expropriations, qui ont placé les acteurs du secteur immobilier en situation d'attente. En raison de l'étroitesse des rues, et de l'exiguïté des cours intérieures, logements et lieux de travail sont sombres et insalubres. Il apparait plus facile de construire de nouveaux immeubles plutôt que de rénover le parc immobilier existant.

Création d'un centre urbain : depuis l'avènement du chemin de fer dans les années 1860, entreprises et institutions ont délaissé la vieille ville pour s'installer à Norrmalm. La ville a besoin d'un noyau urbain moderne adapté aux besoins de la vie économique.

L'air du temps est au progressisme, et l'architecture fonctionnaliste a permis au modernisme de prendre pied en Suède, notamment après l'exposition de Stockholm de 1930. Les familles nombreuses quittent les logements exigus du centre-ville pour s'installer dans de nouveaux lotissements à Traneberg ou Hammarbyhöjden. Les nouvelles constructions se doivent d'être lumineuses, aérées et économiques, non seulement dans les villes mais aussi à la campagne. De nombreux propriétaires se débarrassent de leurs fenêtres à croisillons au profit de fenêtres panoramiques, et portes et façades sont parées des derniers isolants thermiques à la mode.

thumb|upright|gauche|Albert Lilienberg (à droite) et Sven Markelius, vers 1954.

Le plan général de Lilienberg (1928)

En 1928, le plan général pour Stockholm signé du nouveau directeur de la construction urbaine Albert Lilienberg devient le point de départ des discussions qui aboutiront à la décision de principe de 1945. Le projet de Lilienberg comprend un prolongement de la rue Sveavägen jusqu'à la rue Hamngatan et jusqu'à la place Gustav Adolfs torg, en droite ligne des plans de Lindhagen et de Tessin.

Afin de minimiser la surface à construire à proximité de la nouvelle rue Sveavägen, Lilienberg souhaite voir la construction de dix gratte-ciel de style art déco, dont il a puisé l'inspiration lors d'une visite à New York. Une réplique de Times Square en quelque sorte. Le plan général évoque en cela la rue Kungsgatan dont l'aménagement récent s'est aussi inspiré de l'architecture américaine, avec les tours jumelles dites Kungstornen.

Le plan n'est toutefois pas approuvé, le « non » l'emportant à une courte majorité lors d'un vote à l'hôtel de ville. Un opposant particulièrement influent au projet est le maire-adjoint Yngve Larsson.

La compétition d'urbanisme (1933)

thumb|Trois architectes de premier plan réunis à Stockholm en 1933 (de gauche à droite) : Erik Lallerstedt, Le Corbusier et Ivar Tengbom.

thumb|Le quotidien Svenska Dagbladet commente la proposition de Le Corbusier dans son édition du 23 décembre 1933.