L’Église protestante māòhi (EPM) ou Ètārētia porotetani māòhi (ÈPM) est la plus grande Église réformée de la Polynésie française, réunissant environ 38 % de la population.

Histoire

Contexte et arrivé de la London Missionary Society Vingt-cinq ans après l'échec d'une première tentative d'installation d'une mission catholique à Tautira, en 1772 puis en 1774-1775, dix-huit missionnaires de la London Missionary Society débarquent du ''Duff'' dans la baie de Matāvai, à Tahiti, le 5 mars 1797. Ils sont accueillis par Pōmare I et Itia, ainsi que par Haamanimani, oncle maternel de Pōmare I et conseiller du jeune ari'i rahi en titre, Pōmare II.

Les missionnaires reçoivent en donation un terrain à Matāvai de la part de Pomare I, alors âgé d'une quarantaine d'années, et de son fils, le jeune souverain âgé de seize ou dix-sept ans. Isolés géographiquement et coupés de tout soutien extérieur, ils se retrouvent rapidement exposés à un climat d'insécurité et contraints de dépendre de la protection, elle-même intéressée, de leurs hôtes tahitiens.

Une action missionnaire théoriquement indépendante du pouvoir colonial Les missionnaires, dont l'objectif premier est de convertir les populations locales au christianisme, agissent à Tahiti de manière largement autonome, sans soutien officiel du gouvernement britannique : la London Missionary Society n'entretient alors aucun lien institutionnel avec l'État.

Bien que l'entreprise missionnaire et l'expansion coloniale procèdent initialement de logiques distinctes, leur coexistence sur le terrain contribue à l'établissement de liens multiples et d'un certain appui mutuel entre les deux dynamiques. Par leur connaissance du territoire et des populations, les missionnaires jouent également un rôle d'intermédiaires et d'interprètes auprès des explorateurs, commerçants, militaires, diplomates et fonctionnaires de passage.

Confrontés à l'arbitraire des chefs tahitiens et à des comportements de marins et de négociants qu'ils jugent inacceptables, les missionnaires se trouvent progressivement impliqués dans des rapports de force locaux, ce qui les conduit à souhaiter l'instauration d'une autorité britannique et l'appui de leur gouvernement. Missionnaires protestants et catholiques, engagés dans une même entreprise de conversion, deviennent ainsi, sans l'avoir recherché, les instruments de rivalités nationales et coloniales plus larges.

L'apprentissage de la langue tahitienne par les missionnaires Malgré leur isolement, c'est leur entreprise d'alphabétisation — qu'ils considéraient pourtant comme secondaire par rapport à leur mission d'évangélisation — qui suscite le plus d'intérêt chez les Tahitiens. Un premier syllabaire, rédigé par Davies et imprimé à Londres en 1810 sous le titre Te Aebi no Taheiti, constitue le tout premier ouvrage publié dans une langue océanienne. Tiré à environ sept cents exemplaires, il ne devient réellement utile qu'à partir de 1812.

Pōmare II et la maîtrise de l'écriture Le jeune souverain Pōmare II se montre particulièrement attiré par l'écriture, y voyant à la fois une source de prestige personnel et un moyen d'asseoir son autorité sur les autres chefs de Tahiti et de Mooreà. Vers la fin de 1804, alors installé à Mooreà, il adresse aux missionnaires des notes rédigées « d'une main lisible... et fort bien orthographiées ». Dès 1805, il s'initie à l'écriture ; sa première lettre connue, en anglais, date de 1806, suivie d'une autre en tahitien traduite par les missionnaires. En 1815, il est le seul chef à maîtriser pleinement l'écrit, ce qui fait de lui un collaborateur central dans la traduction de la Bible et dans l'élaboration du premier recueil de lois écrites de la région.

Dénomination et graphie du nom de l'Église vignette|Temple protestant de Paofai, plus important et plus ancien temple de Papeete. L’Église protestante māòhi est enregistrée au répertoire des entreprises de la Polynésie française sous le nom « EGLISE PROTESTANTE MAOHI », sans accent ni apostrophe. Cette notation officielle est reprise anarchiquement sans majuscule par les textes publiés au journal officiel de la Polynésie française : « Église protestante Maohi », « Église protestante maohi », « église protestante Maohi », « Église Protestante Maohi » Les auteurs d'ouvrage de recherche préfèrent, suivre les recommandations de l’Académie française pour les deux premiers termes, puis employer une des deux orthographes du tahitien respectueuses de la prononciation pour le dernier ; ils la nomment donc « Église protestante » ou « Église protestante », sans systématiquement utiliser l'italique. Son nom tahitien dans l'une des deux graphies principales de cette langue est .

Le déplacement de la mission vers Mooreà L'effort scolaire initié par Jonh Davies est interrompu en 1808 par le soulèvement d'une grande partie de la population tahitienne contre l'autorité de Pōmare II, période connue sous le nom de Hau manahune et qui dure plus de cinq ans. La mission se replie alors sur Mooreà, qui accueille entre 1809 et 1814 de nombreux chefs des îles Sous-le-Vent accompagnés de leurs guerriers.

Une première chapelle est construite à Papetoài pour la tenue de cultes en anglais et en tahitien, accompagnée d'une école. En 1814, plus de trois cents fidèles assistent régulièrement aux prédications, et l'école ouverte par Davies compte 660 élèves dès septembre 1815. Cet engouement conduit à désigner les adeptes du nouveau culte, jusque-là appelés pure atua (adorateurs de Dieu), sous le terme de haapi parau (apprentis de la parole).

L'apprentissage du tahitien par les missionnaires Ne disposant initialement que d'une connaissance limitée du tahitien, les missionnaires font appel, dès 1806, à deux interprètes finlandais et suédois dont les traductions se révèlent toutefois approximatives et peu fiables. Ce n'est qu'à partir de 1810-1811 que leurs progrès en reo māòhi permettent d'améliorer sensiblement la qualité de leurs prédications.

Entre 1802 et 1820 environ, un petit groupe de missionnaires sans formation linguistique préalable, rejoint progressivement par des recrues plus expérimentées, se consacre à l'étude du tahitien oral et écrit — l'une des toutes premières langues océaniennes à faire l'objet d'une description systématique. Cette entreprise donne lieu, à partir de 1817, à une controverse générationnelle : les missionnaires les plus récents reprochent à leurs aînés de monopoliser leur savoir linguistique et de les discréditer auprès des populations locales, tandis que les anciens perçoivent d'un mauvais œil l'indépendance et les ambitions de leurs cadets. Ces tensions internes n'empêchent cependant pas la poursuite du travail linguistique.

Le 16 août 1801, Henry Nott — déjà réputé comme le meilleur locuteur de tahitien parmi les missionnaires — devient le premier à prêcher publiquement sans recourir à un interprète, un exemple bientôt suivi par plusieurs de ses collègues. Diverses tournées de prédication itinérante se poursuivent jusqu'en 1807 autour de Tahiti, à Èimeo et à Tetiàroa, mais se heurtent à l'indifférence, voire à l'hostilité des populations, certains allant jusqu'à accuser les missionnaires de propager les épidémies.

L'installation d'une imprimerie à Àfareàitū en 1817 permet la diffusion d'un abécédaire (2 600 exemplaires), d'un catéchisme en tahitien (2 300 exemplaires) et du premier évangile imprimé en Polynésie, celui de Luc.

La formation de relais autochtones À partir de 1815-1817, les missionnaires se dispersent dans tout l'archipel de la Société et fondent, dès 1818, des stations qui deviennent de véritables foyers d'éducation religieuse. Ce dispositif permet de former des catéchistes et pasteurs autochtones envoyés comme émissaires auprès de populations voisines : c'est le cas de Auna, actif à Huahine et Maiào, de Tuahine à Raìātea, de Puna et Mahamene envoyés à Rurutū, de Papeiha et Vahapata dépêchés à Rarotonga, ou encore de Tauta et Tiere aux Îles Cook.

L'accès à l'instruction devient ainsi une voie de promotion sociale, et les enseignants autochtones constituent progressivement un corps de cadres reconnu pour son engagement.

La conversion des chefs et la transformation de la société Conscients de l'importance du conformisme social dans la culture tahitienne, les missionnaires concentrent leurs efforts sur la conversion des chefs, condition jugée nécessaire pour entraîner l'adhésion des populations. Pōmare II demande à recevoir le baptême dès juillet 1812, mais sa demande est écartée faute d'un enseignement catéchétique suffisant. Il doit finalement patienter sept années supplémentaires.

Entre-temps, un groupe de jeunes gens proches de la mission de Matāvai se constitue en 1813 en groupe de prière, déclarant vouloir rejeter leurs divinités traditionnelles et n'adorer que Jéhovah. Le geste le plus marquant de cette période reste la destruction, le 19 février 1815, par le grand prêtre Pātii, des effigies divines du marae de Papetoài à Mooreà. Pōmare II est finalement baptisé le 16 mai 1819, devenant à la fois chef spirituel de la nouvelle Église et souverain unifié de Tahiti, selon un modèle calqué sur l'organisation politique britannique.

La conversion massive des chefs entraîne celle de leurs sujets, et de nombreux lieux de culte voient le jour à Tahiti, Mooreà et dans les Îles Sous-le-Vent entre 1811 et 1843 — on dénombre ainsi soixante-six lieux de culte sur la seule île de Tahiti un an après la bataille de Fēî Pī. La société tahitienne, structurée jusque-là en trois ordres (arii, raatira, manahune), évolue également : les deux derniers fusionnent sous l'appellation de huiraatira, tandis que l'autorité politique des chefs traditionnels est progressivement reprise par les tāvana (chefs de district).

Les difficultés de l'apprentissage linguistique Les responsables de la London Missionary Society avaient initialement sous-estimé la difficulté d'apprendre le tahitien. Lors de la fondation de la société en 1795, le révérend Thomas Haweis, se fiant aux propos rassurants du capitaine William Bligh, affirmait qu'un simple caporal de marine avait appris à le parler couramment après seulement trois mois. Cette évaluation se révèle erronée : les missionnaires rencontrent en réalité d'importantes difficultés orthographiques, lexicales, syntaxiques et conceptuelles, les vocabulaires existants s'avérant largement défaillants tant dans la prononciation que dans la compréhension des structures fondamentales de la langue.

Présidence 1963 à 1976 : Samuel Raapoto 1976 à 1987 : Utia Marurai 1987 à 2003 : Jacques Ihorai 2003 à 2019 : Taaroanui Taarii depuis 2019 : François Opura Pihaatae

Secrétariat général 2000 à 2023 : Céline Hoiore depuis 2023 : Hinatea Marotau

Une prière emblématique de l'Église protestante māòhi Une prière ancestrale très connue au sein de l'Église illustre cette articulation entre théologie, terre et identité : Ia Atua te Atua, ia fenua te fenua, ia taata te taata, ua maitaì roa ia. [i.a a.tu.a te a.tu.a | i.a fe.nu.a te fe.nu.a | i.a ta.ʔa.ta te ta.ʔa.ta | u.a ma.i.ta.ʔi ro.a i.a]

Cette formule peut se traduire ainsi : « Que l'Éternel demeure pleinement Dieu, que la terre reste fidèle à sa vocation et que l'Homme incarne pleinement son humanité, alors tout est profondément bon. » Régulièrement citée dans les documents synodaux de l'Église, elle exprime l'équilibre nécessaire entre le divin, la terre et l'humain, condition de la paix et du bien-être du peuple.

L'Église protestante māòhi et Théologie identitaire

Contexte historique du milieu protestant polynésien