Anne-Lise Stern, née AnnelieseFresco et Leibovici, in , . Stern à Berlin le et morte à Paris le Relevé des fichiers de l'Insee, est une psychanalyste française, survivante des camps de concentration.

Biographie 1921-1933 : enfance en Allemagne vignette|Ce qui se passait à Berlin, l’année 1921 où Anne-Lise Stern y est née : Manifestation pacifiste au Lustgarten. « Plus jamais la guerre » (pancarte à gauche : « Nie wieder Krieg »).

Les parents d’Anne-Lise sont des juifs assimilés, militants socialistes : elle est la fille de Henri Stern (1893-1948), psychiatre freudien, et de Käthe Ruben (1893-1968). Elle est la petite-fille de Regina Ruben, née en 1859 et tuée, et : " Cette façon toujours de dire : untel « meurt » au camp, comme si c’était la faute de son corps insuffisamment équipé. Un mort au camp est toujours un assassiné." à Sobibor, militante féministe et marxiste, compagne de lutte de Clara Zetkin et de Rosa LuxemburgLe 25 février 1916, peu après sa sortie de la prison berlinoise où elle était incarcérée depuis un an, Rosa Luxemburg écrit à Regina Ruben : « Chère camarade, je vous remercie de tout cœur de vos paroles d’amitié à l’occasion de ma libération. Je suis rendue à la « liberté » en éprouvant une grande envie de travailler et j’espère ne pas vous décevoir, vous et d’autres camarades. Avec mes sentiments les meilleurs » (lettre du 25 février 1916 à Regina Ruben, in Rosa Luxemburg, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance, 1914-1919, textes réunis, traduits et annotés, sous la direction de Georges Haupt, par Gilbert Badia et al., Paris, Maspero, 1977, )..

.Michael Dorland, "Psychoanalysis After Auschwitz?: The Deported Knowledge of Anne-Lise Stern" Other Voices, v.2, n.3 (janvier 2005), consulté le 25/10/2014. (J'étais jadis une enfant allemande). Née à Berlin, Anne-Lise Stern vit dès l’âge d’un an et jusqu’au printemps 1933 à Mannheim. d’où est originaire et où exerce son père, Henri Stern (1893-1948), un psychiatre freudien et marxiste. Le Stern y réitère son engagement dans le freudo-marxisme : « Nous pensons donc qu’il convient, pour l’étude psychanalytique, de se référer, à titre de complément et d’instrument de travail, au matérialisme dialectique qui découvre, sous les institutions politiques et sociales manifestes et leur rationalisation sous forme d’idéologie, la contrainte du mécanisme économique sous-jacent du système capitaliste de notre époque, méthode semblable à la psychanalyse, qui tend à dévoiler sous les conduites manifestes, plus ou moins raisonnées et conscientes, les tendances affectives et leur mécanisme prélogique et inconscient. », membre du SPD. Anne-Lise Stern grandit dans l’esprit de liberté, de créativité intellectuelle que connaît la brève république de Weimar, dans un milieu caractérisé par un engagement de gauche et laïc« On porte son regard vers l'avenir, non vers la tradition. Le passé auquel on se sent lié est uniquement celui du combat pour l'émancipation. On n'est pas juif, on est socialiste », Nadine Fresco et Martine Leibovici, « Une vie à l’œuvre », ..

vignette| La Kunsthalle de Mannheim, musée d’art moderne, et ses lions assis (photo de 1918). En 1933, débutent vicissitudes et périls pour les tableaux aussi, « culture judéo-bolchevique », « art dégénéré », parmi lesquels La Prise (ou La Prisée) de Chagall, tableau qu’Anne-Lise connaît bien : elle le voit, enfant, à la Kunsthalle ; puis en 1933 le tableau surgit derrière une vitrine dans une rue de Mannheim, auprès d’une pancarte qui l’expose à la vindicte. Parmi les peintures qui ne furent pas brûlées Anne-Lise reverra le Chagall soixante ans plus tard, quand en 1992 Berlin consacrera une exposition aux œuvres retrouvées.

L’engagement politique qui façonne ses années de jeunesse lui vient également de sa famille par les femmes. Elle est en effet la petite-fille de Regina Ruben, militante féministe et marxiste. Habituée des tribunes, traductrice de Multatuli, Regina Ruben a publié en 1906 une monographie consacrée à Mathilde Franziska AnnekeFresco et Leibovici in , note 19. pionnière de la lutte en faveur du droit de vote des femmes – que l’Allemagne institue en 1919. Membre du SPD, Regina Ruben y a milité aux côtés de Clara Zetkin et Rosa Luxemburg. La mère d’Anne-Lise, Käthe Ruben (1893-1968), est aussi membre du SPD.

Conseiller municipal SPD, le père d'Anne-Lise est arrêté quelques semaines après l’arrivée de Hitler au pouvoir en . Trois mois plus tard, il sort de prison, et, le jour même, les Stern et leur fille quittent l’Allemagne. Käthe Seitz, secrétaire du Stern et opposante au régime hitlérien, sera décapitée à la hacheComme de nombreuses « victimes oubliées » cf. , ainsi que Fresco et Leibovici in , note 2.. Quant aux sœurs de Käthe Ruben, les deux tantes d’Anne-Lise, Ilse et Martha : la première, Ilse, sera exterminée à AuschwitzFresco et Leibovici, . ; Martha Ruben-Wolff, gynécologue et militante réputée, tenante de la régulation des naissances, se suicidera à Moscou après l’assassinat de son mari considéré comme un espion anti-soviétiqueHelmut Grauber, Pamela Graves, Women and Socialism, Socialism and Women between the Two World War, 1998, Berghahn Books.. Nadine Fresco et Martine LeiboviciÉditrices de l’œuvre d’Anne-Lise Stern, Nadine Fresco et Martine Leibovici signent la biographie qui préface Le Savoir-Déporté : « Une vie à l’œuvre » () et l'apparat critique en apportant une perspective historique. ravivent l’atmosphère intellectuelle et artistique de Mannheim, de sa Kunsthalle, située entre la maison et le Gymnasium, où Heini"Heini" est usuel pour Heinrich (Henri). Stern emmenait sa fille découvrir Chagall, Otto Dix et l’art contemporain ; puis la terreur des exilés allemands, des bannis de Hitler de la période 1933-1939.

1933-1944 : adolescence en France - naturalisation et déportation En , Anne-Lise et ses parents sont en France et s’installent à Blois, où le Stern trouve un emploi à l'hôpital psychiatrique de la ville. L’adolescente, rapidement francophone, termine le lycée et obtient son baccalauréat. Elle et ses parents sont naturalisésFresco et Leibovici in , intertitre « En France » . à la fin de 1938. À l’automne 1939, au moment de la déclaration de la guerre, elle a seulement le temps d’entamer à Tours le Certificat d'études physiques, chimiques et biologiques (PCB) nécessaire pour entreprendre un cursus médical : au printemps suivant, c’est l’entrée en France de l’armée allemande et l'exode. Avec ses parents, elle passe alors en zone libre.

À Nice, où elle vit, elle se lie d’amitié avec Eva Freud, une des petites-filles de Sigmund Freud.En novembre 1989, Anne-Lise Stern adressa une lettre à propos d’Eva à un cousin de celle-ci, Ernst-Freud-Halberstatdt, lui-même petit-fils de Freud : « Je partageais avec elle un poste de secrétaire au casino municipal de Nice, qu’elle occupa à plein temps par la suite. Nous parlions peu de sujets personnels, parfois de combien sont difficiles les rapports avec les parents et importantes les relations amoureuses. Le grand-père était pour elle un grand-père très aimé. Peut-être éprouvions-nous chacune une appréhension à en parler davantage. La peur d’être pris par les nazis faisait tellement partie du quotidien, et nous étions si jeunes, que nous la ressentions vraiment à peine. Il en alla ainsi durant quelques mois, de novembre 1943 au début de mars 1944. » [Eva Freud mourut peu après, d’une septicémie consécutive à un avortement] « Où est-elle morte? Où est-elle enterrée? (…) Sous quel nom? Cela a dû se passer juste avant ou juste après la libération de la France. Dès lors, ça aurait pu être sous son vrai nom. J’ai aussi un vague souvenir : il se serait dit à l’hôpital que, si on l’avait hospitalisée plus tôt, comme petite-fille de son grand-père, il ne se serait rien passé. Qui m’aurait raconté ça ? De toute façon, il y avait encore des déportations à l’été 1944 !… Aujourd’hui il me semble incompréhensible – à vous aussi sûrement – que personne, immédiatement après la guerre, n’ait véritablement fait de recherche à ce sujet. Il est vrai que nous étions tous très occupés. J’avais moi-même vécu tant de morts sans sépulture qu’à l’époque j’ai probablement compté la douce Eva parmi les autres. Ce n’est pas exact – et pas une consolation non plus – mais c’est d’une manière ou d’une autre au plus proche de la vérité », Anne-Lise Stern, « À Ernst Freud-Halberstadt, souvenirs personnels sur sa cousine Eva ». , ..

Le docteur Henri Stern, père d'Anne-Lise, se mobilise pour nourrir et soigner les internés du camp de Gurs, où beaucoup meurent et dont il réussit à extraire sa propre mère, et cinq autres femmes de Mannheim, « louant pour les accueillir une grande maison » à Gelos, près de Jurançon, dans la banlieue de PauFresco et Leibovici in , .. Pour sauver les enfants internés à Gurs, Il se rapproche de l'abbé Glasberg, s'active en synergie avec l'Œuvre de secours aux enfants (Ose), et le Secours suisse aux enfants (Cimade)L'assertion selon laquelle il s'engage dans la Résistance et rejoint le maquis à Albi n'apparaît pas dans ; se lit dans la presse au moment du décès d'A.-L.S., in . On sait que l'abbé Glasberg, que côtoie le Dr Stern, est résistant dans le réseau du Tarn..

Après le débarquement des Alliés en Afrique du nord en , les Allemands envahissent la zone non occupée : Anne-Lise Stern est contrainte de vivre sous une fausse identité. Au début de 1944, elle part pour Paris. Dénoncée comme juive, elle est arrêtée le .

1944-1945 : plusieurs camps - Textes du retour Anne-Lise Stern est déportée au camp d’Auschwitz-BirkenauFresco et Leibovici in . par le convoi , parti du camp de Drancy le . Ce convoi emporte 34 des 44 enfants d’Izieu raflés le sur ordre de Klaus Barbie. Parmi leurs compagnes d'infortune, se trouvent aussi Marceline Rozenberg, qui est la future cinéaste Marceline Loridan-Ivens et Simone Jacob, avec sa mère Yvonne Jacob et sa sœur Madeleine Jacob. Simone Jacob est la future Simone Veil. Les enfants d'Izieu sont gazés à l'arrivée à Auschwitz-Birkenau.

Anne-Lise reste à Birkenau, « ce trou noir, cet anus mundi, qui cite le médecin SS Heinz Thilo. » jusqu’au moment où, à l’automne 1944, devant l’offensive de l'Armée rouge, les déportés des camps de Pologne sont évacués vers l’Ouest. Elle fait partie d’un convoi envoyé au camp de Bergen-Belsen. De là, avec les femmes de son block, elle est emmenée en à Raguhn, un kommando du camp de Buchenwald. Elle en repart en avril par un convoi qui met une semaine pour atteindre le camp de Theresienstadt. Le , un mois après la capitulation allemande, Anne-Lise Stern rentre en France, à Lyon où elle est accueillie par la Croix-Rouge.

Pendant l’été 1945, Anne-Lise Stern qui a alors vingt-quatre ans, écrit les Textes du retourregroupés sous ce titre dans , . : « Départ-arrivée », « Un tournant », « Le wagon à bestiaux », « L’arrivée à Theresienstadt » ; récits dont Pierre Vidal-Naquet estime qu’ils atteignent « les sommets de la littérature concentrationnaire, Primo Levi, Ravensbrück de Germaine Tillion, le Grand Voyage et Quel beau dimanche de Jorge Semprún »recension dans Libération du livre d’A.L. Stern en 2004, par Pierre-Vidal Naquet : Fragments d’Anne-Lise 21/10/04, consulté le 16/05/13..

Les exactions du docteur Mengele qui l'ont terrorisée à Birkenau la détournent à jamais de son désir antérieur de devenir médecin comme son père, passim, p. 231 : elle décrit une colonne de femmes marchant vers la chambre à gaz sous l’œil du Dr Mengele et de quelques autres qui « rigolaient » ; p. 114 : « Drancy. Auschwitz-Birkenau. D’autres camps. Des études de médecine après ça ? Impossible. Après son retour des camps, quand elle s’inscrit pour le PCB, loupé au début de la guerre, on lui propose une… session spéciale. Elle prend la fuite. « Session spéciale ». SS… Sonderkommando… À ce moment elle n’était pas consciente de cela, qui la faisait fuir. Et aussi la médecine. Médecine, après le Dr Mengele, impossible. ».

Après-guerre