vignette|Illustration d'une scène tirée du roman Bian er chai Épingle de femme sous le bonnet viril, (Chinois simplifié : 弁而钗, Bian er chai) est un roman anonymeÉpingle de femme sous le bonnet viril, Chronique d'un loyal amour, Mercure de France, 1997 composé de quatre nouvelles, chacune de cinq chapitres, considéré comme le chef-d’œuvre de la littérature chinoise sur l’homosexualité masculine.
Cet ouvrage est loin d’avoir connu le retentissement du Jin Ping Mei. Il demeure pratiquement inaccessible, n’ayant, semble-t-il, jamais été réédité depuis sa parution que l’on peut situer entre 1630 et 1640, quelques dizaines d’années après celle du Jin Ping Mei.
Le titre de cet ouvrage se compose en chinois de trois caractères, Bian er chai, soit : , concision qui relèverait d’une mode qui a peut-être été lancée par le Jin Ping Mei.
Pour l’instant seule la première des quatre nouvelles, Chronique d’un loyal amour, a été traduite en langue française, par André Lévy... Les trois autres nouvelles ont été décrites par Alain Peyraube.
Chronique d’un loyal amour (情贞纪)
Cette chronique raconte l’histoire d’un jeune académicien, Feng Xiang, qui tombe amoureux d’un garçon de quinze ans, Zhao, et qui se déguise en étudiant afin d’entrer dans la même école que lui pour s'en rapprocher. Zhao tombe sous le charme de l’académicien qui manie si bien le pinceau, mais il fait tout pour l’ôter de ses pensées. Petit à petit, par le biais de cadeaux courtois, de poésies et par l’intermédiaire des valets, leur intimité croît. Mais le jour où l’académicien, sous l’emprise de l’alcool, lui déclare sa flamme, Zhao part. L’académicien est alors pris d’une grave fièvre. Zhao apprenant cela accourt à son chevet et promet au malade de s’occuper de lui. Zhao, voyant l’académicien pris d'un soudain accès de fièvre – fictif cette fois –, entre dans le lit du malade pour le réchauffer. Ce dernier abuse alors de lui. Zhao déclare alors à l’académicien son amour qu’il n’osait jusque-là pas s’avouer : . L'auteur ajoute : . Mais un jour ils doivent se résigner à ne plus se revoir, car deux individus découvrent leur amour et alertent le père de Zhao, qui lui ordonne dorénavant de continuer ses études chez lui. Ils se font alors leurs adieux. L’académicien promet à Zhao qu’ils se reverraient à Pékin deux ans plus tard. En effet, Zhao réussit tous les concours et se présente au doctorat à Pékin et l’examinateur n’était autre que l’académicien. Doctorat qu’il obtient. Il rentre pour se marier et à la suite d'une brillante carrière mandarinale, il terminera sa vie . Toute cette fin est assez brève, car la la fin de l’ouvrage était manquante.
Cette nouvelle est, du début à la fin, une histoire d'amour. Ici l'académicien même s'il s'amuse avec ses valets, profitant de son rang, n'est pas comme Ximen Qing, c'est-à-dire un assoiffé de sexe. On ne peut pas parler d'abus sexuel car les valets ont aussi l'air d'y prendre beaucoup de plaisir. De plus l'académicien tombe éperdument amoureux de Zhao, qui devient l'amour de sa vie. Pour lui il est même prêt à redescendre au rang d'étudiant. Les différentes phases de l'histoire, où l'académicien tombe amoureux, où il se languit d'amour pour Zhao, arrive à le conquérir et enfin de leur amour réciproque, sont traversées par les poèmes composés par l'académicien et par des lettres, révélant leurs sentiments les plus profonds. L'académicien a établi un dossier spécial dans lequel sont regroupés les poèmes qu'il a composés en pensant à Zhao. Ceux-ci y reflètent parfaitement ses pensées :
.
Mais dans Souvenir de Wangsun : , le sens y est moins évident. Comme le découvrira plus tard Zhao, en comprenant le sens de la pierre aux trois vies, la dernière phrase est une déclaration d'amour. Mais il ne nous est pas dit clairement ce qu'est cette pierre : l'amour, la destinée,… ? Les lettres qu'ils s'envoient sont aussi pleines d'émotion, comme celles où ils se disent adieux, car Zhao est cloîtré chez lui et qu'ils ne peuvent se revoir :
. Et comme l'ajoute l'auteur, en fin de chapitre : .
Chronicle of Chilvaric Love (情侠纪)
Cette deuxième nouvelle est une histoire de paladins. Un chevalier, Zhang, est aimé d’un autre chevalier, Zhong, mais n’est pas du tout attiré par les hommes. Zhong utilise de belles femmes pour soûler Zhang et le violer. Zhang, dégrisé, devient fou furieux et veut tuer Zhong. Mais Zhong le convainc de l’aimer et Zhang accepte ces rapports. Les pages manquantes devaient sûrement contenir l’explication psychologique d’un revirement si soudainTraduction des titres en anglais pour les nouvelles 2, 3 et 4, cf Causality and Containment in seventeenth-century chinese fiction, Keith Mc Mahon, E.J. Brill, 1988 .
Chronicle of Sacrifing Love (情烈纪)
La troisième nouvelle est une histoire d’amour violent. Wen Yun a quatorze ans, il est très beau et est persécuté par son futur beau-père qui ne veut pas lui donner sa fille en mariage. Il s’échappe à Hangzhou, sans un sou. Le patron de l’hôtel lui propose de chanter l’opéra dans son établissement. Le jeune homme hésite parce que c’est mal vu, mais il n’a guère le choix. Un jour, arrive un client, Yun, jeune, très beau, de bonne éducation, qui fait bonne impression à Wen. Il enseigne les arts martiaux et protège Wen des clients trop entreprenants. Wen veut se donner à lui pour le remercier, mais Yun, très droit, refuse. Wen ne renonce pas à le séduire et, un jour d’ivresse, parvient à se glisser dans le lit de Yun et à se faire prendre par lui. Les deux amis décident de monter une troupe de théâtre et de se rendre dans la capitale. Hélas, un client veut coucher avec Wen et Wen, ne pouvant refuser, se suicide. Son fantôme part aussitôt son ami sur la route de la capitale. Yun ne se rend pas compte de la substitution et croit voyager avec Wen, dont il ignore la mort. Le fantôme aide Yun à passer ses examens, le convainc d’épouser une jeune fille de bonne famille, le soutient dans son travail de juge, et finalement lui révèle qu’il n’est qu’un fantôme. Yun le venge en tuant le client abusif.
Chronicle of a Strange Love (情奇纪)
La quatrième histoire est celle de l’amour extraordinaire d’une fée homme qui voulait être femme pour voir comment c’était. Li Xian, un garçon de quinze ans, se vend comme esclave au marché pour payer le procès de son père faussement accusé. Par erreur, il entre dans une cour où se trouvent les mignons destinés aux fonctionnaires. Ces mignons s’habillent en femme, mais avec des vêtements d’homme par-dessus. Ils servent le vin comme des garçons et, selon le désir des clients, enlèvent leurs vêtements d’homme et jouent le rôle de femmes. Li Xian signe son contrat sans comprendre qu’il s’engage à être plus qu’un échanson. Comme il se refuse à céder à un premier client, le maquereau l’initie brutalement, devant tout le monde, à son nouvel office. Il devient rapidement le plus coté de tous. Un lettré attiré par sa réputation l’achète et l’installe chez lui comme une concubine. Quand le lettré, faussement accusé à son tour, est emprisonné, Li Xian, toujours en femme, prend sous sa protection le seul enfant du lettré et habite avec lui dans un monastère où il joue le rôle d’une nonne bouddhiste. Il abandonne ses vêtements de femme quand l’enfant a dix-huit ans, a réussi son examen impérial et retrouvé ses parents. Fin de l’histoire de la fée homme qui voulait jouer le rôle d’une femme.
C’est du reste ainsi que s’explique le titre du recueil, par l’assemblage d’idéogrammes signifiant, d’une part, «attacher les cheveux comme les hommes» et, d’autre part, «épingler les cheveux (pour les femmes)», soit littéralement «Bonnet d’homme mais sur des épingles à cheveux de femme», le mais prudent pouvant être entendu comme un et, ou, plus simplement, Épingle de femme sous le bonnet viril.
Bibliographie
En français
En anglais Wah-Shan Chou, Tongzhi: politics of same-sex eroticism in Chinese societies, New York, Routledge, 2000, 358 p. Bret Hinsch, Passions of the cut sleeve: the male homosexual tradition in China, Berkeley, University of California Press, 1993, 250 p. Martin W. Huang, Desire and fictional narrative in late imperial China, Cambridge, Harvard University Asia Center, 2001, 368 p. Keith McMahon, Causality and containment in seventeenth-century Chinese fiction, Leyde, Brill, 1988, 157 p. Keith McMahon, Misers, shrews, and polygamists: sexuality and male-femalerelations in eighteenth-century Chinese fiction, Durham, Duke University Press, 1995, 392 p. Giovanni Vitiello, The libertine’s friend: homosexuality and masculinity in late imperial China, Chicago, University of Chicago Press, 2011, 304 p. Cuncun Wu, Homoerotic sensibilities in late imperial China, New York, Routledge, 2012, 256 p. En chinois 黃衛總, <《弁而釵》和《林蘭香》裏的“情”與同性戀>Martin W. Huang, L’Homosexualité dans deux romans chinois : Lin Lan Xiang (林蘭香 Parfum d'une forêt d'orchidées) et Bian Er Chai (弁而釵, Épingle de femme sous le bonnet viril) 何大衛, <明末清初的「男色」風氣與笠翁之文學作品>David D. Evseeff, Homoeroticism in the Late Ming & Early Qing and the Literary Works of The Old Man inthe Bamboo Hat 《中國文學研究》第十九期,2004 年 12 月,頁133~158。) 林慧芳, <《弁而釵》、《宜春香質》與《龍陽逸史》中的男色形象研究> (NDLTD, National Digital Library of Theses and Dissertations in Taiwan) 蕭涵珍, <晚明的男色小說:《宜春香質》與《弁而釵》> (NDLTD, National Digital Library of Theses and Dissertations in Taiwan) 林雨潔, <晚明男色小說研究─以《龍陽逸史》《弁而釵》《宜春香質》為本<> (NDLTD, National Digital Library of Theses and Dissertations in Taiwan)
Notes et références
Liens externes Illustration de Bian er Chai provenant des Archives Digitales de Taïwan
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