Un indicateur de développement durable est un outil de mesure qui permet d'évaluer les progrès en faveur du développement durable, c'est-à-dire sur les plans économique, environnemental et social (les trois piliers du développement durable). Aux termes du rapport Brundtland (1987), le développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Autrement dit, il s'agit d'un développement à la fois économiquement efficace, écologiquement soutenable et socialement équitable...

Les indicateurs de développement durable sont utilisés pour mesurer les progrès vers les objectifs de développement durable définis par les Nations unies..

Genèse L’idée du développement durable apparaît à la fin des Trente Glorieuses et durant toute la décennie des années 1970, cette notion reviendra dans les débats plutôt sous des formes qui pourraient être qualifiées d’ébauches du développement durable. L'indicateur permettant d'observer l'économie des pays, le produit intérieur brut (PIB), montre alors ses limites. Différents indicateurs ont depuis été élaborés pour rendre compte non seulement de l'aspect économique mais aussi du bien-être des populations puis des effets de leurs actions sur leur environnement, sans qu'aucun ne prenne réellement la place du PIB dans l'esprit des spécialistes des médias ou du public.

Historique

Le Club de Rome, constatant qu’il y a nécessité de traiter les questions du développement et de l’environnement comme un seul problème, et cela à l’échelle globale, publie en 1972 un rapport intitulé The limits to Growth (Halte à la croissance) qui accuse la croissance économique, la croissance démographique et l’exploitation des ressources énergétiques fossiles. Le rapport ne parle pas encore de développement durable mais évoque la notion de « croissance zéro ».

Au cours de la même année (1972) l’ONU organise le premier sommet de la Terre à Stockholm (Conférence des Nations unies sur l’environnement humain). Ce sommet permet la confrontation entre le développement et l’environnement, avec entre autres, la mise en évidence des problèmes liés à la pollution, mais provoque simultanément une scission entre les pays du Nord et ceux du Sud, entre ceux de l'Est et ceux de l’Ouest. De cette conférence naîtra le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et sera lancée l’idée d’écodéveloppement, déclinée en trois dimensions : autonomie des décisions, prise en charge équitable des besoins et prudence écologique.

Le développement durable apparaît pour la première fois dans la « Stratégie mondiale de la conservation de la nature » publiée en 1980 par l’UICN (en collaboration avec le WWF et le PNUE). Cette expression sera par la suite reprise par d’autres instances internationales. Ainsi, en 1983, l’assemblée générale des Nations unies crée la Commission mondiale sur l’environnement et le développement (dite Commission Brundtland) qui publie en 1987 le rapport « Notre avenir à tous » et qui définit le développement durable comme «un type de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Cette même commission souligne la nécessité de trouver des nouveaux moyens de mesurer et d'évaluer l'évolution du développement durable. thumb|upright=1.5|Les trois piliers du développement durable: viser simultanément le viable, le vivable et l'équitable Le troisième sommet de la Terre (Rio de Janeiro, 2001) a accordé une place centrale au développement durable notamment en adoptant la Convention sur le changement climatique, la Convention sur la diversité biologique, documents-clés du développement durable, et en mettant en place l’agenda 21. Ce dernier est un instrument stratégique à l'application locale de mesures pour un développement plus durable. C'est à l'occasion de ce sommet de la Terre que les premières stratégies du développement durable sont élaborées et que les premiers indicateurs du développement durable voient le jour. Le thème du développement durable est désormais devenu celui des sommets de la Terre – qui ont lieu tous les dix ans – à l’occasion desquels des synthèses des travaux scientifiques permettent d'en redéfinir les objectifs sur le plan global.

En 1994, à la suite de la Conférence européenne des villes durables, la Charte d'Aalborg est élaborée. Elle permet de concrétiser l'application du développement durable au niveau local, via les Agendas 21. En 1997, la Conférence des Nations unies traite également de la concrétisation du développement durable, mais seulement au niveau national. La Suisse est un des premiers pays a présenté sa stratégie nationale.

En 2000 sont définis les objectifs du millénaire pour le développement (Millenium Development Goals en anglais) qui établissent une liste de 8 objectifs à atteindre avant 2015. Ces objectifs sont décrits de manière quantitative, afin d'être mesurable et de pouvoir évaluer leur évolution. Ce sont surtout des objectifs liés aux situations précaires des pays en voie de développement, mais ils comprennent également un volet environnement et développement durable.

En 2001, le Conseil de l'Union européenne prône une dématérialisation de l'économie dans sa stratégie en faveur du développement durable. Il insiste sur le rôle du politique, mais également sur celui des entreprises et des citoyens. La même année, les Nations unies publient leur rapport sur l'évaluation des écosystèmes pour le millénaire qui s'intéresse à l'importance des écosystèmes pour les sociétés humaines.

Un an après a lieu le sommet Rio+10 à Johannesbourg, sommet consacré pour la première fois, spécifiquement au développement durable. La communauté internationale adopte le Plan d'action de Johannesburg afin d'aider les différents acteurs (ONG, société civile, gouvernements et entreprises) et à mettre en place un cadre propice au développement durable, chacun à son échelle.

En 2005, le sommet mondial de l'ONU fait une première évaluation des résultats obtenus à la suite de la définition des objectifs du millénaire pour le développement. Peu satisfaisants, les résultats réussissent tout au moins à engendrer une clarification des priorités du développement durable. La même année, lors de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de la coopération au développement, près de 100 États s'engagent à améliorer leur coopération au développement. Un des domaines-clés de cette déclaration est la requête aux pays de présenter des résultats mesurables. Toujours en 2005, l'ONU amorce ce qu'elle décide d'appeler la décennie des Nations unies pour l'éducation en vue du développement durable qui s'étendra jusqu'en 2014. Le pilotage de ce projet a été confié à l'UNESCO.

Après la crise économique de 2008, un point d'honneur est mis sur la croissance économique et le développement durable est relégué en second planV. Boisvert, Économie et Environnement, Lausanne: Université [Conférence du 5 novembre 2012]. Les conférences qui suivent ont des thèmes significatifs: en 2011, la Stratégie de l'OCDE pour la croissance verte voit le jour avec pour objectif l'accélération de la croissance avec une utilisation efficace des ressources. C'est au cours de cette même année que le PNUE élabore son Initiative pour une économie verte. L'accent est mis sur le potentiel des investissements privés à créer des emplois, diminuer la pauvreté et protéger l'environnement.

En 2012, le cinquième sommet de la Terre (Rio+20), qui se tient de nouveau à Rio de Janeiro (Brésil), insiste également sur la mise en place d'une économie verte dans le contexte du développement durable. Elle permet également de faire un bilan des programmes d'action précédents.

Mesurer le développement durable

Principes de Bellagio

En 1996, un groupe d'experts s'est réuni à Bellagio en Italie pour définir un ensemble de principes destinés à guider l'évaluation des progrès en faveur du développement durable, qui s'appelle principes de Bellagio. BellagioSTAMP a remplacé en 2009 les principes originels définis en 1996BellagioSTAMP sur le site de l'International Institute for Sustainable Development.

Ces principes doivent guider l'élaboration de tout indicateur ou système d'indicateurs destinés à mesurer les progrès en matière de développement durable.

Controverses autour de la mesure du développement durable Le développement durable n’est pas une réalité, mais une idée contemporaine qui décrit un processus complexe, ce qui explique la difficulté de construire un système global d’indicateurs susceptible de le décrire de façon pertinente dans son ensemble et pour l’ensemble des secteurs (Berline et Lapierre, 2009). La mesure du développement durable est polémique, d'une part, du fait que le développement durable ne se traduit pas naturellement de manière quantitative, et, d'autre part, que sa définition n’est fixe ni dans le temps et ni dans l’espace. Il n’y a donc pas une définition de ce qu’est le développement durable, mais une pluralité de définitions. La manière de le définir est déterminée par la vision du monde et l’idéologie des acteurs, et la définition adoptée va déterminer tant la manière de mesurer son état que son évolution. Comme chaque définition peut se traduire dans une mesure spécifique, il n'est pas facile (ni souhaitable d'ailleurs) d‘obtenir une mesure unique et unifiée.

Bien que la définition du développement durable par la Commission Brundtland soit devenue la référence, la définition des indicateurs, elle, ne fait pas encore l’unanimité et est en constante mutation.

La mesure du développement durable est cependant déterminante dans la mesure où elle a un impact fort sur la définition même du développement durable. Cela rappelle le débat plus général sur le lien entre le monde et nos modèles, qui est très souvent illustré par les propos de l’économiste Walras (Dockès et Potier, 2005 : 4) qui soutient que le problème de la science économique n’est pas de s’approcher de la réalité, mais que la réalité se plie à nos modèles. Bien que ses propos puissent paraître exagérés, ils illustrent assez bien la tendance actuelle. En effet, on crée de plus en plus de modèles et d'indicateurs pour mieux comprendre le monde, mais ces modèles et mesures n'en sont qu'une représentation.

Les indicateurs pour le développement durable constituent un outil-clé du développement durable (Da Cunha et Ruegg, 2013). Ils offrent un moyen de mesurer et d'évaluer le développement durable, de se rendre compte des progrès accomplis et de ce qu'il reste à entreprendre, de rendre compte de ce progrès au niveau international et de permettre la comparaison, mais aussi et surtout d'alimenter le débat entre les acteurs sociaux et d'informer les citoyens et les autorités.. Ils permettent également de faciliter l'éducation du public, en rendant le concept plus concret via l'utilisation de chiffres (Elliott, 2013: 308). Ces indicateurs sont indispensables, comme le souligne le gouvernement du Royaume-Uni lors de la publication de sa stratégie pour un développement durable : (DETR, 1999:3 cité par Elliott, 2013: 304). La plupart des scientifiques sont d’avis qu’il faut une grille d’analyse pour orienter, bonifier ses lacunes ou caractériser l’avancement d’une démarche de développement durable (Claude Villeneuve et al., 2009).

La controverse autour des indicateurs du développement durable rappelle que la définition de ce dernier est du registre de l'idéologie et que la sélection d’indicateurs pour le mesurer reste un choix éminemment politique et conflictuel et ne peut relever d’un simple exercice technique délégué à des experts (Berline et Lapierre, 2009). Ces incertitudes autour de la définition et de la mesure du développement durable deviennent problématiques lorsqu’il s’agit de l’intégrer dans les politiques publiques.

Évolution des indicateurs dans le temps