est un conte merveilleux traditionnel russe dont Alexandre Afanassiev reproduit deux versions dans ses Contes populaires russes. Elles portent les numéros 129a et 129b dans l'édition originale, 234 et 235 dans l'édition de 1958. La première version écrite russe connue remonte à 1795Mentionné en note par Barag et Novikov, repris par Lise Gruel-Apert (voir Bibliographie)..
Résumé Version 129a / 234 thumb|left|upright=1.1| (Bilibine) Le lieu de collecte de cette version n'est pas précisé.
Un vieillard a trois filles : les deux premières sont coquettes, la troisième s'occupe de la maison. Il s'apprête à se rendre en ville ; tandis que les deux aînées lui demandent de leur rapporter du tissu pour se faire des robes, la plus jeune lui demande une plume de Finist le Faucon blancSur le symbolisme ornithologique dans le chamanisme, voir Mircea Eliade, Le chamanisme. Il cite notamment Chirokogorov, qui sur la foi d'informateurs toungouses, précise que « le costume d'oiseau est indispensable pour le vol vers l'autre monde » et Ohlmarks, selon lequel dans les légendes, « une chamane s'envole dans les airs dès qu'elle atteint la plume magique ». Eliade précise qu'« encore plus fréquent est le motif d'une fée-oiseau qui, mariée à un humain, prend son vol dès qu'elle réussit à s'emparer de la plume longtemps gardée par son mari ».. Le père rapporte du tissu, mais n'a pas trouvé la plume. Il se rend une seconde fois à la ville, rapportant cette fois des foulards, mais toujours pas de plume. La troisième fois, alors qu'il a trouvé des boucles d'oreilles pour les deux coquettes, il rencontre un vieil homme portant une cassette contenant une plume de Finist, et il la lui achète fort cher, pour le plus grand bonheur de sa benjamine.
Celle-ci ouvre la cassette dans sa chambre, et la plume, tombant au solL'expression удариться об пол / о сыру землю, « frapper, heurter le sol / la terre humide » revient avec insistance tout au long du conte., se transforme en un beau prince, avec lequel elle échange de doux propos. Intriguées par le bruit des voix, ses sœurs viennent aux nouvelles, mais le prince s'est déjà changé en plume. Une fois ses sœurs sorties, la jeune fille demande à la plume de s'envoler pour revenir le soir suivant.
La scène se répète le lendemain ; le père, alerté par ses filles aînées, ne découvre lui non plus rien d'anormal et les réprimande. Le troisième soir, les méchantes sœurs ont disposé autour de la fenêtre des lames et des aiguilles : en arrivant, Finist se blesse et déclare à la jeune fille pendant qu'elle sommeille que, désormais, elle doit partir à sa recherche dans un pays si lointain qu'il lui faudra user trois paires de souliersбашмаки (bachmaki), « souliers, sabots » (terme d'origine turque ou tatare). de fer et trois bâtons de fonte, ainsi que ronger trois pains de pierreMotif traditionnel, avec des variantes, indiquant la distance surhumaine que le héros devra parcourir pour arriver dans l'autre monde. On le trouve notamment dans La Princesse-Grenouille. pour y parvenir. À son réveil, elle découvre les traces de sang, comprend la traîtrise de ses sœurs, et se résout à se mettre en route à la recherche de son bien-aimé.
En route, elle rencontre une vieilleLe motif des trois vieilles femmes, ou sorcières, généralement sœurs, qui habitent à distance l'une de l'autre aux confins du monde des vivants, et qui guident et conseillent le héros (l'héroïne) est récurrent dans les contes russes. Elizabeth Warner commente à ce sujet : « la maison de Baya-Yaga et celle ses trois sœurs, dont chacune est plus âgée et plus sage que la suivante, sont comme des postes de péage tout au long de la route en direction de l'autre monde. Le héros ne peut aller plus loin que s'il a réussi à convaincre Baba-Yaga qu'elle ne l'intimide pas et qu'il peut traiter avec elle. » qui habite dans une petite isbaLa jeune fille utilisera trois fois la même formule pour se faire admettre par chacune des vieilles femmes : Добрые хозяева! Укройте от темной ночи красну девицу (« Bonnes gens (qui vivez ici) ! Laissez s'abriter une belle jeune fille de la nuit noire ! », et qui lui donne une quenouille d'argent, un fuseau d'or, et une pelote roulant toute seule pour la guider dans sa quête. Cheminant à sa suite, elle parvient chez une deuxième vieille, qui lui fait don d'un plat d'argent et d'un œuf d'or, et l'envoie chez sa sœur aînée, qui pourra la renseigner. Lorsqu'elle y parvient, elle a usé ses trois paires de souliers de fer, ses trois bâtons de fonte, et rongé ses trois pains de pierre. La troisième vieille l'informe que Finist est marié à la fille d'une boulangère. Elle lui offre un tambour à broder en or et une aiguille qui brode toute seule, et lui conseille d'entrer au service de la boulangère. thumb|upright=1.4|« Mais Finist dort, il n'entend rien. Et c'est ainsi que s'écoula la nuit. » (Bilibine) La jeune fille s'acquitte de ses tâches à la boulangerie avec diligence et le soir, elle file des fils d'or fin sur la quenouille d'argent et le fuseau d'or. La fille de la boulangère s'extasie et veut lui acheter ces objets magiques, et l'héroïne demande en échange de passer une nuit avec son mari. Finist arrive à tire-d'aile, plus beau que jamais, mais il ne reconnaît pas son ancienne fiancée. Son épouse lui fait boire une drogue, avant d'autoriser la jeune fille à aller dans la chambreСтупай к нему в горницу да мух отгоняй!, « Entre dans sa chambre et chasse les mouches ! » ; celle-ci se lamente de ne pas parvenir à réveiller son prince.
Elle obtient une deuxième nuit auprès de lui grâce à l'œuf d'or et au plateau d'argent, et la même scène se répète ; puis une troisième grâce à l'aiguille qui brode toute seule. Mais cette fois, à force de pleurer, elle laisse tomber une larme brûlante sur la joue du jeune homme, qui se réveille et la reconnaît enfinUne scène similaire apparaît dans le conte norvégien À l'est du soleil et à l'ouest de la lune (la jeune fille laisse tomber trois gouttes de cire brûlante sur la chemise du prince endormi ; motif repris du mythe d'Amour et Psyché), mais les conséquences en sont bien différentes, puisque ce faisant l'héroïne a enclenché la malédiction annoncée.. Ils quittent tous deux au plus vite la maison. Au matin, la fille de la boulangère découvre que son mari s'est envolé avec la servante, et part à leur poursuite, en vain.
Finist et sa fiancée atterrissent près de la maison du père : le faucon blanc frappe la terre et redevient plume. Le père retrouve sa fille avec joie et elle lui affirme qu'elle s'était absentée pour effectuer un pèlerinage. Comme c'est la semaine sainte, le père et ses deux filles aînées s'en vont à la messe, mais la plus jeune déclare préférer rester à la maison, n'ayant rien de convenable à se mettre. Lorsqu'ils sont partis, le prince reprend son apparence humaine, fait apparaître un superbe carrosse et son équipage, et emmène la jeune fille à la messe, au grand étonnement de l'assistance qui se demande qui est ce couple qui leur fait tant d'honneur ; puis ils s'éclipsent. Le lendemain, la même chose se reproduit, et le surlendemain encore : mais cette fois, le vieux père, au sortir de l'église, aperçoit le carrosse qui se dirige vers sa maison et disparaît. Il questionne sa fille qui raconte tout, et fait apparaître le prince à partir de la plume. Les noces des deux amoureux sont célébrées.
Version 129b / 235 thumb|left|« Il vole dans les cieux sous forme de clair faucon, mais quand il frappe la terre, il devient le plus beau garçon du monde ! »(Faucon gerfaut) (Cette version a été recueillie dans la province de Vologda.)
La situation initiale est la même, mais la plus jeune des trois sœurs demande à son père une « petite fleur vermeille »En russe : аленький цветочек (alen'kiï tsvetotchek ; « аленький » est un terme d'origine turque). Cette expression a été reprise par Sergueï Aksakov pour intituler un conte, adaptation russe de La Belle et la Bête. Dans Mythologie des arbres, Jacques Brosse, qui se réfère à divers auteurs de l'Antiquité dont Lucien de Samosate, mentionne des cérémonies rituelles qui se tenaient autrefois à proximité du Mont-Liban en l'honneur d'Adonis, à l'époque (avancée dans l'année) où fleurit l'anémone rouge ou Adonide goutte-de-sang.. Le père rencontre un vieillard qui accepte de lui donner cette fleur en gage à condition que sa fille épouse son propre fils, qui n'est autre que Finist-Clair-Faucon. Le père accepte avec réticence, et donne la fleur à sa fille en lui avouant les termes du marché : à sa surprise, celle-ci lui déclare connaître déjà Finist, qui apparaît tantôt sous la forme d'un faucon, tantôt (après qu'il a frappé la terre du pied) d'un beau garçon amoureux d'elle.
Le soir, Finist apparaît à la jeune fille sous la forme d'un fauconDans cette version du conte, Finist est régulièrement décrit comme un faucon aux « plumes chatoyantes » (цветные перышки)., et se métamorphose en beau jeune homme. En la quittant à l'aube, Finist lui dit que, chaque fois qu'elle placera la fleur vermeille à la fenêtre, il reviendra la voir ; il lui confie une de ses plumes, qui a le pouvoir de faire apparaître tout ce qu'elle peut souhaiter.
Le dimanche suivant, les deux sœurs aînées vont à la messe dans de beaux atours pendant que la benjamine reste à la maison ; agitant la plume, elle fait apparaître carrosse de cristal, chevaux de race, laquais et se rend en cet appareil à l'église, où elle fait sensation. Elle s'esquive dès la fin de la messe, et rentrée chez elle, fait tout disparaître en agitant à nouveau la plume. Les deux dimanches suivants, la jeune fille fait de même, mais la troisième fois, elle oublie en se dévêtant une barrette de diamants piquée dans sa natteкоса (kossa), la tresse torsadée traditionnelle des jeunes filles.. Ses sœurs la remarquent et exigent des explications, mais elle se dérobe. Dès lors, les sœurs l'épient, et un soir elles surprennent sa conversation avec Finist. Par méchanceté, elles placent des couteaux à la fenêtre ; lorsque Finist arrive par les airs, il se blesse à la patte droite ; courroucé, il s'envole, tandis que la jeune fille dort.
Elle découvre le forfait à son réveil, sous la forme de traces de sang sur les couteaux. Désormais, elle aura beau agiter la plume, Finist ne reviendra plus. Elle décide alors de partir à sa recherche, après avoir demandé la bénédiction de son père et s'être fait forger trois paires de souliers de fer, trois bâtons de fer, trois bonnets de fer et trois pains de fer. Elle marche longtemps à travers la forêt, jusqu'à parvenir à une petite isbaчугунная избушка (tchougounnaïa izbouchka), une petite isba de fonte. La raison de l'évocation de la fonte (tchougoun, mot d'origine tatare) n'est pas claire. montée sur des pattes de poule, qui tourne et vire. Elle lui demande de se tourner face à elle, dos à la forêt, et fait la connaissance de la baba Yaga qui y habiteв ней лежит баба-яга — из угла в угол, губы на грядке, нос в потолок (« la baba Yaga y est étendue d'un coin à l'autre (de tout son long), les lèvres sur l'étagère (ou la plate-bande), le nez fiché dans le plafond ». Ce type surprenant de présentation de la sorcière est récurrent dans les contes russes. et qui lui indique que Finist s'est fiancé à une princesse et qu'il habite très loin. Avant de la laisser partir en direction de sa sœur, la deuxième baba Yaga, elle lui fait don d'un petit marteau d'or et de dix clous de diamant et lui enseigne comment s'en servir quand elle rencontrera la fiancée de Finist.