L'île Tristan (Ar Fort ou Enez Tristan en breton) est une petite île française de Bretagne située dans la baie de Douarnenez, face au Port-Rhu. Propriété de la famille du poète Jean Richepin depuis 1911, elle a été rachetée par le Conservatoire du littoral pour être soigneusement préservée.

Elle offre une vue sur la baie de Douarnenez et ses environs. On y accède à pied uniquement quand les heures et le coefficient des marées le permettent. Vers la baie de Douarnenez se dresse son phare.

Toponymie La première mention de l'île la désigne comme insula Sancti Tutuarni (île saint Tutuarn) en 1118, siècle lorsque Robert, évêque de Quimper, la cède aux moines de Marmoutier en Touraine. En breton insula Sancti Tutuarni se dit alors Tutuarn Enez ; selon l'Office public de la langue bretonne, ce serait donc à ce saint que la ville de Douarnenez doit son nom.

À partir de 1432, l'île est dénommée île Tristan en français et enez Tristan en breton ; en breton, il arrive qu'on l'appelle aussi Ar Fort.

Lorsque Guy Éder de La Fontenelle l'occupa, à la toute fin du , il la rebaptisa isle Guyon, nom qui ne lui survécut pas.

Géographie L’île Tristan est située dans la baie de Douarnenez à environ de la côte, face au port et à la ville de Douarnenez, dont elle dépend administrativement. D'une superficie d'environ , elle mesure de long sur de large. Elle est accessible à pied à marée basse. La présence d'eau douce explique une occupation humaine constante depuis la Préhistoire. La végétation y est maigre (lande avec des bruyères et des fougères) aux endroits les plus exposés au vent, mais le sud de l'île abrite un verger d'arbres fruitiers..

Légendes Une légende bretonne raconte les célèbres amours de Tristan, neveu du roi de Cornouaille, Marc'h, tombé amoureux d'Iseult, la fiancée de ce dernier, et qui dut se cacher toute sa vie pour fuir la colère royale et vivre sa passion avec sa belle, selon certaines versions. Voir Tristan et Iseut. Selon la légende, l'île abriterait leur tombe dissimulée sous deux arbres enlacés.

D'après Joseph Loth Contributions à l'étude des romans de la Table Ronde, , l'île s'appelait autrefois Insula Trestanni, Tristan étant un nom francisé, il note aussi la forte présence de la légende du roi Marc'h dans la baie (à Porzmarc'h et Lostmarc'h). Trestan est un nom usité en Cornouailles britanniques. Il y a une connexion entre le roi Marc'h de Cornouailles et le Conomor de Bretagne armoricaine.

Selon une autre légende, l'île serait la partie émergée de la légendaire cité engloutie d'Ys.

Histoire

Du fait de sa position géographique, l'île Tristan a été occupée très tôt par les hommes qui en ont fait une place défensive sous différentes époques, un espace isolé pour des religieux, un lieu de villégiature pour la haute société parisienne ou encore un endroit consacré à l'industrie de la sardine.

Époques celtique et romaine

L'ouest de la Cornouaille dans les tourments de l'histoire, guide de découverte sur le patrimoine fortifié du Pays Bigouden, du Cap-Sizun et du Pays de Douarnenez, Syndicat Mixte, Pointe du Raz, , , et voir : Plan d'interprétation du patrimoine bâti de l'ouest de la Cornouaille.. Des fouilles menées au cours du ont mis en valeur « des armes et des monnaies celtiques […] ». De plus, il aurait été retrouvé des outils destinés à l'alimentation comme des meules. Gustave Raimond Guillou-Penanros, alors propriétaire de l'île découvrit, en faisant des défrichements, « les substructions d'un très grand nombre de petites habitations disposées comme les cases d'un échiquier », faisant penser à des habitations gauloises, « ainsi que des monnaies gauloises et un très grand nombre de monnaies romaines »Chanoines Paul Peyron et Jean-Marie Abgrall, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon : Douarnenez, Archives diocésaines de Quimper et de Léon, 1907, consultable http://catholique-quimper.cef.fr/opac/doc_num.php?explnum_id=31. Cependant, les vestiges de ces fouilles amateurs n'ont pas été conservés. Dans la continuité, l'île serait l'un des deux pôles autour desquels une cité gallo-romaine se développe, le second étant le temple de Trégouzel, à quelques kilomètres au sud, l'île conservant sa position défensive et de surveillance de la baie. Dans les mêmes fouilles, « des statuettes, des fibules, des monnaies et un magnifique bas-relief en bronze de l'époque romaine » ont été retrouvés. La présence romaine s'affirme sur tout le pourtour de la baie de Douarnenez par des cuves à salaison de poisson produisant la sauce appelée garum, activité industrielle autour de laquelle la cité antique a prospéré, notamment sur le site des Plomarc'h, à proximité de l'île. De plus, dans le prolongement de l'île vers le sud, en passant par le passage à marée basse par la cale du guet, une voie romaine, correspondant à une rue actuelle, rejoignait Trégouzel et la voie Romaine Carhaix – Pointe du Van. À proximité de cette voie et en face de l'île Tristan ont été retrouvés une statue d'Hercule et un cercueil datant du .

L'île Saint Tutuarn et son prieuré au Moyen Âge thumb|L'île Tristan en baie de Douarnenez (dessin de 1912) Il faut attendre 1118 pour trouver un nom à l'île. C'est à cette date que l'évêque de Cornouaille Robert fait don par une charte de donation pour la version originale rédigée en latin ; voir Infobretagne pour sa traduction française aux moines de l'abbaye tourangelle de Marmoutier de sa petite île de saint TutuarnL'île est dénommée Sanctus Tutuarnus en 1126, Sanctus Tutuguarnus en 1162, Sanctus Tutualdus en 1248 et 1252, Sanctis Tutuarinus en 1255, Sanctus Tutuarnus en 1264, Saint Tutoarn en 1328, Saint Tutuarne en 1336 et enfin Saint Tutarn et d'une maison lui appartenant dénommée hamot (en breton) avec toutes les rentes et les dépendances, ainsi que les deux-tiers de la dîme du (Pouldergat) et de villages avoisinants situés dans les paroisses de Beuzec-Cap-Sizun, Meilars, Primelin, Mahalon et Poullan. La première supposition de l'origine du nom serait liée à un ermite du nom de l'île qui s'y serait installé au . Cependant la plus probable serait la suivante : ce serait une déformation du nom de saint Tugdual (ou Tudy), Tutual étant sa forme ancienne en vieux breton. Ce nom apparaît du avant que l'île « Trestain » puis « Trestan » vienne le remplacer dans les écrits.

L'île devint alors un prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye de Marmoutier ; par exemple en 1162, un moine de cette abbaye, dénommé Jean, le dirige (on le sait grâce à une donation de terres de paroissiens de Poullan faite cette année-là en faveur de ce prieuré ; mais dès le siècle suivant, ses revenus bénéficiant directement à l'abbaye de Marmoutier et très peu d'archives mentionnent ce prieuré dont l'existence est toutefois attestée par un aveu de 1336 et un pouillé de 1368. Dès 1352, une garnison était établie à l'île Tristan et elle contribua vraisemblablement à la décadence du prieuré.

Un aveu daté du , rédigé par le prieur Alain de Penc'hoetOriginaire d'une famille noble de Poullan, fils d'Henri de Penc'hoet et de Alix de Kerguélénen, aussi chanoine de Quimper donne un état très détaillé des biens du prieuré, qui a alors perdu certaines terres reçues en don antérieurement au , mais qui dispose alors de certains droits féodaux (droits de haute justice et basse justice, droit de suite au moulin, droit de lods et ventes, etc.). La juridiction du prieuré s'exerçait uniquement sur le bourg de Douarnenez et comprenait un sénéchal, un procureur fiscal, un greffier et une demi-douzaine de notaires et procureurs comparaissaient lors des plaids généraux, mais ces personnes occupaient généralement les mêmes fonctions ailleurs, la juridiction étant trop petite pour que les « épices et vacations » [revenus] perçues suffisent à leurs besoins. Par exemple le (l'interdiction est renouvelée le ), défense est faite aux sardiniers (patrons de bateaux sardiniers) et marchands de roguesŒufs de poissons utilisés comme appât dans la pêche à la sardine de payer les matelots en leur fournissant des boissons susceptibles de les enivrer, sous peine de 500 livres d'amende.

Une chapelle existait dans l'île à cette époque puisque les reliques conservées dans l'église Saint-Jacques de Pouldavid étaient chaque année transportées en procession dans l'île le jour de l'Ascension. Parmi les autres prieurs dont l'histoire a conservé la trace, on peut citer : Jean, prieur en 1162 Geoffroy de Loudun, originaire probablement de Loudun, seigneur de Trèves et de Vernoil, aussi évêque du Mans de 1234 jusqu'à sa mort en 1255, prieur de Saint-Tutuarn à partir de 1148. Il a été canonisé, sa fête est le .. Jean de Brayde (1474) Alain de Penc'hoet, aussi chanoine de Quimper (1535-1844) Guillaume Kerdilès (Chardilée), aussi recteur de Poullan (attesté en 1573 et 1580) Yves Toullalan, probablement originaire de Tréboul, aussi chanoine et chantre de Quimper (attesté en 1586 et 1598) et qui fut un ligueur. Jean de Bertier, né à Toulouse en 1556, originaire d'une puissante famille parlementaire, chanoine et archidiacre de Toulouse, abbé commendataire de Saint-Pierre de Mas-Garnier., Saint-Sever de Rustan, Saint-Vincent de Senlis et de Lieu-Restauré, aussi évêque de Rieux entre 1602 et sa mort survenue en 1620. Il est attesté comme prieur de Saint-Tutuarn en 1605.

Le manoir du prieuré se trouvait à la pointe de Kerlosquet, face à l’île Tristan. À la fin du , ce prieuré était l'un des plus lucratifs du diocèse de Cornouaille, percevant par exemple de nombreuses dîmes sur des champs des paroisses de Primelin, Beuzec-Cap-Sizun, Pouldergat, Ploaré, etc. et de nombreux fermages perçus par des fermiers générauxSelon un système analogue à celui fonctionnant à l'échelle du royaume de France, voir fermiers généraux qui prélevaient leur part

Le prieur pouvait prélever chaque année 5 solsL'évêque de Quimper est débouté de ce droit par un arrêt du , mais les pêcheurs continuèrent à payer jusqu'à la Révolution française sur chaque barque qui se livrait à la pêche dans la baie de DouarnenezCe droit était très lucratif. On sait par exemple qu'au , il était devenu la première source de revenus du prieuré. Par contre, le prieur offrait « deux pots-de-vin et huit deniers de pain blanc » aux pêcheurs qui lui offraient la moitié de la tête d'un marsouin capturéOn suppose que cette gratification donnée aux pêcheurs capturant un marsouin était une sorte de prime destinée à encourager la destruction des marsouins, très nombreux alors en baie de Douarnenez.

L'historien B. Tanguy, dans son article « Hagionomastique et histoire : Pabu Tugdual alias Tudi et les origines du diocèse de Cornouaille », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, pp. 117-142, 1986, dans le chapitre intitulé « De Saint Tutgual Evêque à Saint Tutuarn Evêque », pose explicitement la question de l'établissement de saint Tugdual alias Tudy alias saint Tutuarn dans l'Ile Tristan près de Douarnenez : « Tudy alias Tugdual vint-il s'établir dans cette île [Ile Tristan] [...] ? La question reste sans réponse car si l'île Tristan a livré des vestiges gallo-romains, on n'a pas de trace de son lointain passé monastique [au V-VIe siêcle] ».