La Suisse alémanique, ou Suisse allemande, est la partie germanophone de la Suisse. Elle est caractérisée par une situation de diglossie dans laquelle ses habitants alternent entre l'allemand standard suisse, proche de l'allemand standard d'Allemagne, et le suisse allemand selon les situations. Le suisse allemand rassemble trois principaux dialectes alémaniques : le , le haut alémanique et l'. Le sud-bavarois, parlé dans la commune de Samnaun, est généralement inclus dans l'appellation suisse allemand bien qu'il ne fasse pas partie du groupe alémanique.
La Suisse alémanique couvre environ 65 % du pays et doit son nom aux Alamans, un peuple germanique qui s'installa dans la région d'Alémanie à partir du . Il faut distinguer la Suisse alémanique, qui regroupe tous les cantons parlant un dialecte alémanique, du terme peu usité d'Alémanie (aire de répartition de ces langues). Pour le Valais par exemple, la moitié du canton est alémanique, mais il est néanmoins inclus dans la Suisse romande.
La Suisse alémanique compte environ d'habitants, soit environ 70 % de la population suisse totale, qui est elle-même principalement concentrée dans les zones métropolitaines de Bâle, Berne et Zurich.
Toponymie Ce territoire est principalement connu sous les noms de « Suisse allemande » et « Suisse alémanique », étudiés ci-dessous :
Suisse allemande L'appellation « Suisse allemande » fait son apparition dans les ouvrages francophones au minimum dès 1727, dans un livre où il est question de Abraham Ruchat, Histoire de la réformation de la Suisse, tome 1, Genève, Marc-Michel Bousquet, MDCCXXVII (1727), ; cette appellation est toujours usitée au Arlette Mottaz Baran, Publics et musées en Suisse : représentations emblématiques et rituel social, Berne, Peter Lang, 2005, Jean-Louis Beffa, La France doit choisir, éditions du Seuil, 2012. Le mot « allemande » a en l'occurrence un sens uniquement linguistique, sachant qu'avant l'unification allemande de 1871, sont considérés comme « Allemands » tous les peuples dont la langue allemande (standard ou dialectale) est la langue maternelle, quelle que soit leur origine ou la domination sous laquelle ils viventFrédéric Schoell, Tableau des peuples qui habitent l'Europe, édition, Paris, 1812, . Concernant la Suisse, en 1843, les Les appellatifs « Suisses français » et « Suisses italiens » ont également un sens linguistique dans ce contexte de 1843. parlent de la « Suisse allemande » et des « Allemands » comme habitants de cette partie du pays qui forme plus que les trois quarts de la confédérationCommission royale d'Histoire, Compte-Rendu des séances de la commission royale d'histoire ou recueil de ses bulletins, tome VI, Bruxelles, Imprimerie Hayez, 1843, .
En allemand, l'équivalent de « Suisse allemande » est Deutsche Schweiz Ernst Heitz, Die Oeffentlichen Bibliotheken der Schweiz im Jahre 1868 : Bibliothèques publiques de la Suisse en 1868, Basel, Schweighauserische Verlagsbuchhandlung, 1872, Office fédéral de la statistique, Annuaire statistique de la Suisse 2011, éditions Neue Zürcher Zeitung, 2011, et DeutschschweizManuel Meune (dir.), Revue transatlantique d’études suisses, 6/7, 2016/17, Université de Montréal, 2017 , .
Suisse alémanique Le terme « Suisse alémanique » apparaît quant à lui dans les ouvrages en langue française dès 1896 au minimumBerthold Van Muyden, Histoire de la nation suisse, H. Mignot, 1896, ; le mot « alémanique » fait référence aux Alamans, des guerriers germaniques qui sont considérés comme étant les ancêtres des Suisses alémaniquesGeorges Andrey, L'Histoire de la Suisse pour les Nuls, éditions First, 2020.
En allemand : Alemannische SchweizWerner Kohlschmidt und Wolfgang Mohr, Reallexikon der deutschen Literaturgeschichte, Band 1 (A-K), Walter de Gruyter, Berlin, 2001, .
Gentilé Au , les habitants de ce territoire sont appelés tantôt « Suisses allemands »Jürg Altwegg et Roger de Weck, L'Allemagne vue par les Suisses allemands, Collection le savoir suisse, , Presses polytechniques et universitaires romandes, 2006 , tantôt « Suisses alémaniques »Jésabel Robin, Ils aiment pas le français : Le rapport au français de futurs enseignants, Peter Lang, 2015, , ou encore plus simplement « Alémaniques »Christophe Büchi, Mariage de raison. Romands et Alémaniques, une histoire suisse, Genève, Zoé, 2001.
Sur le plan péjoratif, ils sont notamment surnommés « Totos » et « Bourbines » par les Suisses francophonesGeorges Pop, Les Français ne sont pas Suisses, Éditions Cabédita, 2014, .
Régions La Suisse alémanique est traditionnellement une région très diversifiée, avec des centres et des coutumes culturelles différents, dont chacun a ses propres caractéristiques politiques et sociales. Mais principalement l'on peut distinguer la sphère linguistique dans les régions suivantes :
vignette|236x236px|La ville de Bâle est la deuxième ville la plus peuplée de la partie germanophone du pays et forme le deuxième centre économique de Suisse.
Suisse du nord-ouest (Bâle) L'espace économique du nord-ouest de la Suisse est constitué par la région de Bâle, c'est-à-dire qu'il comprend les cantons de Bâle-Ville, de Bâle-Campagne et les districts de Laufenburg et Rheinfelden dans le canton d'Argovie, ainsi que les districts de Dorneck et Thierstein dans le canton de Soleure. Le centre économique et culturel de la région est la ville de Bâle, qui abrite l'Université de Bâle, la plus ancienne université de Suisse (fondée en 1460), le Kunstmuseum Basel, le plus grand musée d'art de Suisse, et le siège mondial de la Banque des règlements internationaux. En outre, la ville de Bâle est également considérée comme l'un des principaux centres chimiques et pharmaceutiques du monde, avec les sièges des deux grandes sociétés Novartis et Hoffmann-La Roche.
vignette|236x236px|La ville de Lucerne est généralement comptée comme la capitale de la Suisse centrale et forme un centre touristique très important du pays.
Suisse centrale La Suisse centrale comprend les cantons de Lucerne, Schwyz, Uri, Obwald, Nidwald et Zoug. Le centre économique et culturel de cette partie du pays est historiquement la ville de Lucerne, qui abrite, par exemple, le siège du Tribunal fédéral des assurances et de l'Université de Lucerne, fondée en 2000, ainsi que le Palais de la culture et des congrès de Lucerne avec le Lucerne Festival et le Musée suisse des transports.
Suisse orientale et Zurich La Suisse orientale comprend les cantons de Schaffhouse, Thurgovie, Saint-Gall, Glaris, Appenzell Rhodes-Extérieures, Appenzell Rhodes-Intérieures et la partie germanophone du canton des Grisons. Bien que la région de Zurich ne soit généralement pas considérée comme faisant partie de la Suisse orientale en termes culturels, elle n'en constitue pas moins son centre économique et social et reste donc fortement imbriquée dans la région. Le Tribunal administratif fédéral et l'Université de Saint-Gall sont situés dans la ville de Saint-Gall. Le canton de Schaffhouse, en revanche, a toujours une certaine importance dans l'industrie horlogère, derrière Genève, Bienne et La Chaux-de-Fonds, tandis que le canton de Thurgovie, autour du lac de Constance, est surtout connu pour sa culture du vin et de la pomme.
La région et la ville de Zurich, la ville la plus peuplée du pays, se caractérisent également par une offre culturelle et éducative très variée, ainsi que par un site économique très diversifié. Par exemple, la ville abrite l'Université de Zurich, l'EPFZ, le siège de la Banque nationale suisse, le siège de la Bourse suisse, le plus grand aéroport national de la banlieue de Kloten, le siège de la FIFA et le Kunsthaus de Zurich. vignette|235x235px|La ville de Berne constitue la capitale de l'espace Mittelland.
Espace Mittelland et Haut-Valais L'Espace Mittelland est composé de parties germanophones des cantons de Berne et Fribourg et de la partie sud du canton de Soleure. Le centre général de la région est la ville de Berne, avec les centres secondaires de Bienne (officiellement bilingue), Thoune et Soleure. La ville fédérale de Berne se caractérise par les nombreux départements fédéraux installés dans la ville, le Palais fédéral, le deuxième siège de la Banque nationale suisse, l'Université de Berne, le Centre Paul Klee et le Kunstmuseum Bern, entre autres.
La ville bilingue de Bienne est principalement caractérisée par l'industrie horlogère résidente, siège de la société Swatch, et la capitale cantonale Soleure, avec sa cathédrale Saint-Ours, est généralement considérée comme la plus belle ville baroque de Suisse.
La partie germanophone du canton du Valais, appelée Haut-Valais, se caractérise par le fait qu'elle est culturellement et économiquement très liée au canton voisin germanophone de Berne et au territoire cantonal inférieur francophone et donc à la Suisse romande. Le centre économique et culturel de la partie germanophone du canton est formé par les deux villes de Brigue et de Viège.
Identités suisses alémaniques Les Suisses alémaniques ont relativement peu d'affinités avec leurs voisins allemands, malgré la parenté linguistique de part et d'autre du Rhin. Les raisons en sont essentiellement historiques : la Suisse alémanique a été séparée de facto du reste des régions germanophones à partir de la fin du Moyen Âge, et officiellement à partir des Traités de Westphalie en 1648 grâce aux efforts du maire et diplomate de Bâle, Johann Rudolf Wettstein.
Une autre raison tient au statut accordé au dialecte. Bien que la langue officielle des cantons suisses alémaniques soit l'allemand standard (Hochdeutsch), dans la vie quotidienne, la population s'y exprime presque exclusivement en dialecte suisse allemand (Schwiizerdütsch), apparenté à la langue du sud-ouest de l'Allemagne et à l'alsacien (voir alémanique). Celui-ci est également très présent dans la production cinématographique helvétique. Ainsi, À vos marques, prêts, Charlie! (Achtung Fertig Charlie!) ou encore Grounding sont des réalisations en version originale suisse allemande. En Allemagne, en revanche, l'usage du dialecte est beaucoup plus limité.
Les Suisses alémaniques ne se sentent pas comme formant un groupe uniforme : selon les régions, chacun se sentira plutôt Bâlois, Bernois, Lucernois, Zurichois etc. Le fédéralisme très poussé en Suisse, où les décisions politiques sont souvent prises au niveau cantonal ou communal, renforce encore cette attitude.
Culturellement parlant, la Suisse alémanique ne constitue pas non plus un ensemble homogène. Au Moyen Âge déjà, des différences marquées existaient entre cantons ruraux et urbains. Après la Réforme, les clivages ont surgi entre les régions devenues protestantes et celles restées catholiques. Aujourd'hui, avec le brassage des populations et le recul du fait religieux, les clivages confessionnels ont perdu en importance ; on assiste par contre à un regain des différences entre les villes (progressistes) et les campagnes (conservatrices).
Culture
Comme pour toutes les régions linguistiques du pays, la vie culturelle et intellectuelle de la Suisse alémanique est largement orientée vers le reste de la sphère germanophone. Néanmoins, la vie culturelle de cette partie du pays est également fortement influencée par les échanges avec la Suisse latine et par les nombreuses coutumes locales.
Musées vignette|Le Musée des Beaux-Arts de Bâle est le plus grand et ancien des musées d'art de Suisse et généralement compté comme le premier musée d'art public du monde. vignette|Le Museum Rietberg à Zurich est le plus grand musée d'art non européen de Suisse.