L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est une église catholique paroissiale située à Villers-Saint-Paul, en France. Comme nombre d'églises médiévales de la région, elle associe une nef romane du à un chœur gothique du , mais les deux parties bien distinctes présentent des particularités qui rendent l'église unique en son ensemble. La position du clocher entre croisillon nord et chœur est inhabituelle pour la région. La nef possède un portail monumental roman à la multiple archivolte, et surtout des corniches dont non seulement les modillons sont sculptés, mais également les intervalles, avec les motifs les plus divers. À l'intérieur, les grandes arcades ouvrant sur les bas-côtés sont parmi les premières du département à être en tiers-point, et elles retombent sur des chapiteaux d'une sculpture archaïque, avec également une multitude de motifs. Le chœur, qui forme un ensemble homogène avec le transept, se caractérise par son plan, avec des croisillons et des chapelles latérales de deux travées successives chacun au lieu d'une seule, et par la diversité des types de fenêtres et l'abondance de l'éclairage. C'est en même temps un édifice haut et élancé, où l'architecte a cherché à créer un grand espace vide à l'intérieur. L'élégance qui s'y manifeste ne se soupçonne pas depuis l'extérieur, où le chœur paraît plutôt austère. Depuis son achèvement vers 1225, l'église de Villers-Saint-Paul n'a jamais été remaniée, et elle a également été épargnée par des restaurations radicales, ce qui lui confère une rare authenticité. L'édifice a été classée au titre des monuments historiques par liste de 1862., soit vingt-deux ans après les premiers classements en France. Elle est affiliée à la paroisse de Tous les Saints du Creillois-Nord.

Localisation

L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, sur la commune de Villers-Saint-Paul, à la limite sud-est du centre-ville. Les façades nord et est donnent sur la rue Jules-Uhry, le chevet est contourné par la ruelle de l'Église, qui est si étroite ici que les contreforts du clocher ont dû être percés d'arcades pour permettre son passage. Cette ruelle devient la rue de l'Église un peu plus loin. La façade méridionale donne sur le jardin du presbytère, et le presbytère lui-même a été bâti à peu de distance de la nef.

Historique Les origines

L'histoire de Villers-Saint-Paul n'est pas connue avant le , bien que sa mention la plus ancienne remonte au début du . Le village appartient à la châtellenie de Creil dépendant du comté de Senlis, qui tombe entre les mains des comtes de Clermont en 1030. En 1006, le roi Robert le Pieux offre les terres qu'il possède au village voisin de Nogent-sur-Oise à l'abbaye de la Trinité de Fécamp afin qu'elle y établisse un prieuré bénédictine. Étant donné que ses terres se situent en partie sur l'actuelle commune de Villers-Saint-Paul, où une rue rappelle le prieuré, Maryse Bideault et Claudine Lautier se sont laissé induire en erreur en parlant d'un prieuré de Fécamp au sein de la commune. Effectivement la cure de Villers-Saint-Paul appartient aux bénédictins de Fécamp qui installent un petit prieuré près de l'église, mais il n'y a là aucun rapport avec la fondation du roi Robert. Le prieuré gagne une importance non négligeable et se trouve au à la tête d'une seigneurie importante, où le roi garde tout juste un droit de gîte...

La construction et les questions de datation thumb|upright|Chapiteau du bas-côté sud. thumb|upright|Contraste entre bas-côté roman et chœur gothique. thumb|upright|Transept et chœur, vue depuis l'angle sud-ouest. thumb|upright|Vue depuis l'est.

L'église elle-même n'est mentionnée dans aucun texte antérieur au .. Il ne fait cependant aucun doute que la nef remonte au . Eugène Woillez qui est le premier à étudier les églises romanes de la région d'une façon scientifique, la date de la fin de ce siècle.. Il se laisse sans doute dérouter par la forme en tiers-point des grandes arcades., qui paraît pourtant dans le Soissonais et le Laonais dans les années 1130 / 1140.. Vers 1850, Jules Quicherat penche tout au contraire pour le en tenant compte du caractère archaïque des chapiteaux des grandes arcades.. Dans sa monographie de 1886, Eugène Lefèvre-Pontalis confirme ce caractère archaïque et la ressemblance avec la deuxième moitié du , mais souligne que le relief des chapiteaux de Villers-Saint-Paul est plus prononcé qu'à cette époque, et que des motifs nouveaux y apparaissent. L'architecte se serait laisser influencer par les chapiteaux de l'église de Saint-Leu-d'Esserent, c'est-à-dire la précédente église considérée comme l'une des plus vastes églises romanes de la région en son temps, et les deux chapiteaux romans engagés dans le massif occidental côté nef ressembleraient fortement à ceux de Villers-Saint-Paul. Les piliers sont par ailleurs analogues à ceux de l'église Saint-Quentin de Berzy-le-Sec, qui date bien du . En tenant compte des corniches et des cordons à l'extérieur de la nef, Lefèvre-Pontalis conclut à une construction à la fin du premier quart du , et l'église serait alors contemporaine de celle de Cambronne-lès-Clermont.. Un siècle plus tard, Bideault et Lautier indiquent une période de construction d'une dizaine d'années plus tardive, vers 1130 / 1135.. Michèle Baudrillard les rejoint dans son étude..

Au , l'église de Villers-Saint-Paul connaît la même transformation que les églises voisines Sainte-Maure-et-Sainte-Brigide de Nogent-sur-Oise et Saint-Lucien de Bury, ainsi qu'un nombre non négligeable d'églises romanes plus petites dans la région. Le chœur et, s'il a existé, le transept romans, sont remplacés par un vaste chœur-halle gothique, comportant un nouveau clocher au nord-est. En opposition à la plupart des églises de la région, ce dernier n'est pas édifié au-dessus de la croisée du transept, mais à l'angle entre croisillon nord et chapelle latérale nord du chœur. C'est un choix rare qui singularise l'église de Villers-Saint-Paul. Eugène Lefèvre-Pontalis situe ces parties au début du , ou tout au moins au premier quart du .. Bideault, Lautier et Baudrillard s'accordent pour une date autour de 1225.. Des pierres de Saint-Maximin ont été utilisées pour la construction, acheminées par voie fluviale.. Contrairement à la plupart des églises des environs, celle de Villers-Saint-Paul ne subit pas le moindre remaniement après son achèvement. Tout au plus les charpentes apparentes de la nef et des bas-côtés sont elles remplacées par un plafond plat et des fausses voûtes en berceau brisés, et l'arcade entre la troisième et la quatrième travée de la nef a-t-elle été supprimée..

Les restaurations

Les premières réparations depuis la Révolution française sont effectuées à la fin du et concernent les vitraux, mais ne sont apparemment pas suffisantes : en 1810, le mauvais état des vitraux est toujours déploré.. L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul se trouve dans un très mauvais état global au milieu du , comme il ressort d'un devis présenté par l'architecte en chef des monuments historiques Aymar Verdier en 1850, qui propose de nombreux travaux.. Mais il semble que ces travaux ne sont pas exécutés, car le même architecte rappelle dans une seconde lettre l'urgence des réparations à faire, notamment celle des voûtes. L'église est classée monument historique relativement tôt par liste de 1862, soit vingt-deux ans après les premiers classements en France. En 1886, Eugène Lefèvre-Pontalis se réjouit que l'édifice a été épargné par des restaurations malencontreuses.. D'importants travaux sont menés en 1894 et 1895 sous la direction de l'architecte en chef des monuments historiques Sainte-Anne Auguste Louzier. Il s'agit de la restauration des pignons du transept, du chœur, de la reprise des parements, de la corniche des murs gouttereaux, de la réparation de la toiture du chœur, de l'assainissement des bas-côtés de la nef, de la reprise des angles entre les chapelles latérales du chœur et ce dernier, et de la modification de la charpente et des toitures. Louzier accuse la faible pente des toits du et les rend responsables des problèmes d’humidité à l'intérieur de la nef, mais nous savons par Eugène Lefèvre-Pontalis qu'au moins les bas-côtés avaient déjà des toits fortement inclinés depuis longtemps. On est en tout cas loin d'une reconstitution de l'état d'origine, qui aurait permis de dégager les fenêtres hautes de la nef, à moitié obturées. La piscine liturgique à droite du chevet est réparée à la suite d'un incendie survenu en 1923. Le clocher et les couvertures sont réparés en 1934, et les façades sont restaurées en 1941.

Appréciations

Tous les auteurs partagent l'avis que l'église de Villers-Saint-Paul occupe une place à part dans l'architecture religieuse de la région des bords de l'Oise et du Beauvaisis. Elle est, comme l'écrit Eugène Lefèvre-Pontalis, un édifice très original d'une grande valeur archéologique, qui se singularise notamment par l'archivolte de son portail, la sculpture des corniches de la nef, les chapiteaux de la nef, la particularité du plan des parties orientales et l'élégance du clocher. En s'intéressant principalement aux parties orientales gothiques, Michèle Baudrillard souligne l'aspect novateur de leur architecture, imputable à la situation géographique de Villers-Saint-Paul sur des voies d'échanges. Faisant partie du diocèse de Beauvais, le diocèse de Senlis et le diocèse de Soissons sont en même temps très proches. La cathédrale Notre-Dame de Noyon est bien avancée lorsque la transformation du chevet de Villers-Saint-Paul commence et peut servir d'inspiration. La façade et la nef de la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons sont à peu près contemporaines des parties orientales de Villers-Saint-Paul, alors que les cathédrales de Beauvais et d'Amiens sont mis en chantier après l'église de Villers-Saint-Paul, et l'abbaye de Royaumont est achevée environ dix ans après elle.. Selon Bideault et Lautier, un seul édifice peut être comparé à Villers-Saint-Paul pour l'ordonnance des percements, la variété du dessin des fenêtres, l'alliance des divisions doubles et triples, le tout associé à un chevet plat : l'abbatiale de Dammarie-lès-Lys. Les auteurs remarquent aussi la sévérité des élévations extérieures, dont la nudité et la platitude des surfaces et la rigueur des volumes ne fait pas soupçonner l'élégance de l'espace intérieur. C'est ce que Michèle Baudrillard appelle une malhabileté sur les pleins, la priorité de l'architecte ayant été la conception d'un grand espace vide à l'intérieur, grâce à une hauteur importante des arcades, des voûtes et des fenêtres.

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.