Tineola bisselliella, connue sous le nom de Teigne commune des vêtements ou de Mite des vêtements, est une espèce de petits lépidoptères (papillons) de taille variable (environ 7 à ou un peu plus), qui appartiennent à la famille des Tineidae.

La mite des vêtements appartient aux insectes kératophages (bio-décomposeurs capables de dégrader la kératine, une protéine présente dans les poils, plumes et cuticules de nombreux animaux). Sa présence peut aussi induire des allergies chez les personnes sensibles.

Systématique L'espèce Tineola bisselliella a été décrite par l'entomologiste suédois en 1823, sous le nom initial de Tinea bisselliella.

Elle appartient à la famille des Tineidae et à la sous-famille des Tineinae, et elle est l'espèce type du genre Tineola.

Son épithète spécifique est souvent mal orthographiée en « biselliella », notamment par VAG Herrich-Schäffer quand il a établi le genre Tineola en 1853Pitkin & Jenkins (2004), FE (2009), voir références in Savela (2003).

Habitats naturels Dans la nature, les chenilles de ces papillons — comme d'autres insectes kératophages — sont notamment présentes dans les nids d'oiseaux où elles se nourrissent des plumes et de certains restes de nourriture. Elles jouent aussi un rôle positif en éliminant de l'environnement certaines parties moins dégradables (peau, fourrure, ongles, griffes, cornes, sabots...) des cadavres de mammifères et d'autres animaux.

C'est aussi le cas des cadavres humains momifiés. Des chrysalides de mites des vêtements peuvent d'ailleurs servir d'indice à la médecine légale pour identifier la date de la mort, si elle n'est pas trop ancienne (quelques années), comme ce fut le cas, semble-t-il pour la première fois avec le Bergeret, médecin de l'Hôpital civil d'Arbois, qui en 1850 a utilisé l'examen de pupes et cadavres de mouches et de larves de mites pour dater la mort d'un bébé momifié retrouvé peu de temps avant par un maçon dans une cavité fermée, contre une cheminéeInfanticide, momification naturelle du cadavre (extrait d'un livre traitant d'un cas de médecine légale, citant le cas d'un bébé trouvé en 1850 dans une cheminée non utilisée, momifié depuis plusieurs années, en partie mangé par des larves de mouche identifiée (p 228) par l'auteur, comme étant la Mouche carnassière Musca canaria, Linné), puis des mites nécrophages, qui n'étaient autres que la mite des vêtements), consulté 2011-07-10 sur le site Entomologie forensique en Suisse des entomologistes Claude Wyss & Daniel Cherix. La mort datait selon cette enquête de 4 ans plus tôt, et il restait encore des chenilles de mites vivantes à l'intérieur du cadavre, dans ses parties les plus charnues. Le médecin précise (...). Il fait référence à Mathieu Orfila, théoricien pionnier de la médecine légale, qui n'avait pas pu disposer d'un tel cadavre (momifié) et qui a dû faire appel à d'autres auteurs, plus anciens (Vicq d'Azyr, dans les Mémoires de l'Académie de Toulouse, 1787 et de Puymaurin fils, dans l’Histoire de la Société royale de médecine, 1779) qui ont décrit l'état des corps momifiés retrouvés dans les caveaux des Cordeliers de Toulouse, pour évoquer les dégâts que les mites peuvent faire sur les cadavres momifiés (p 701).

Dans l'environnement humain (habitations, magasins, entrepôts de tissus, musées, etc.), ces mites peuvent s'attaquer aux textiles, tapis ou habits constitués de fibres d'origine animale, comme la laineE.H. Mercer, A note on the digestion of wool by clothes-moth larvae ; Biochimica et Biophysica Acta, Volume 15, Issue 2, October 1954, Pages 293-295 (Résumé) ou la soie. Elles sont pour ces raisons considérées comme « nuisibles ». Bien qu'appréciant les lieux plus humides, ayant de très faibles besoins en eau, elles peuvent se développer (plus lentement) dans des lieux très secs.

Aire de répartition L'aire originelle de répartition naturelle de l'espèce est l'Eurasie occidentale, mais ce papillon a été transporté par les voyageurs ailleurs sur la planète, dont par exemple en Australie où il est très étudié.

Dans certaines banques de données, sa présence n'a pas été officiellement enregistrée en France, Grèce, Slovénie et Suisse, mais cela reflète plutôt le manque d'intérêt pour l'espèce ou l'absence d'effort d'acquisition de données sur les évènements plutôt que de l'absence réelle de ce papillonABRS (2008), FE (2009).

Morphologie et identification vignette|redresse|Macrophotographie de la tête d'une mite des vêtements.

Œufs thumb|redresse|gauche|Macrophotographie d'un œuf fraîchement pondu, non collant, qui mesure moins de . L’œuf est petit (moins de ), ovoïde et blanchâtre.

Larves thumb|redresse|Larve (chenille). Leur croissance passe par plusieurs stades. Elle est plus rapide en présence de nourriture abondante et aux alentours de 28 °C. La larve est le stade entre l’œuf et la chrysalide.

Chrysalides

Imago (adultes) thumb|redresse|Adulte (chez les spécimens vivants, les antennes ne sont pas ainsi recourbées).

Importance économique et sociale des dommages Dans l'environnement humain, cette mite peut causer d'importants et irréversibles dégâts sur les textiles, textiles anciens, fourrures, objets en plumes, collections d'insectes ou d'animaux naturalisés, avec dans ce cas d'éventuelles pertes de matériel irremplaçable d'une importance esthétique, historique et scientifiqueP.D. Cox, D.B. Pinniger ; Biology, behaviour and environmentally sustainable control of Tineola bisselliella (Hummel) (Lepidoptera: Tineidae) ; Review Article ; Journal of Stored Products Research, Volume 43, Issue 1, 2007, Pages 2-32 (Résumé).

La littérature ne cite pas de pathogènes touchant l'homme et véhiculés par cet insecte. Mais sa présence dans l'environnement humain (émanations ?, inhalation d'écailles ou poils ?) peut induire des affections de type asthmatiforme ou de type rhinite allergique chez des personnes sensiblesErich Urbach, Philip M. Gottlieb, Asthma from insect emanations : Report of a case due to moths ; Journal of Allergy, Volume 12, Issue 5, July 1941, Pages 485-492 (Résumé), avec de possibles confusions à une allergie à un pesticide utilisé pour traiter une infestation. Dans un cas l'allergie, (confirmée par des tests cutanés), d'une durée de 9 ans, a disparu avec l'éradication des mites dans le domicile du patient.

Écologie Dans la nature, cet insecte fait partie des décomposeurs. À ce titre, il joue un rôle utile en éliminant et recyclant des matières difficilement dégradables.

In vitro, par exemple élevées sur de la caséine, la température optimale de développement des chenilles est de 28 °C.

En dépit d'apparents caractères primitifs, cet insecte (pour les deux sexes) est doté de nombreux capteurs biologiques lui permettant de s'orienter, de détecter des prédateurs ou la présence de femelles pour le mâle (via les phéromones qu'elles émettent) : deux types de sensilles trichoïdes, deux types de sensilles basiconiques, des sensilles otoïdes, chétiformes, cœloconiques, styloconiques et campaniformes, des sensilles de Böhm ainsi que des structures squamiformes sont présents chez le mâle et la femelleFAUCHEUX M. J. ; Morphology and distribution of antennal sensilla in the female and male clothes moth, Tineola bisselliella Humm. (Lepidoptera: Tineidae)Journal Title Canadian journal of zoology ; ; 1985, vol. 63, no2, pp. 355-362 (43 ref.) (Fiche INIST/CNRS), leur permettant d'explorer et exploiter au mieux leur environnement.

Les larves sont dotées de moyens d'excrétion ou de stockage des métaux toxiques qui peuvent contaminer leur nourriture (par exemple via les colorants de la laine ou des tissus, ou dans la nature, via des métaux bioaccumulés par l'animal dans ses plumes, poils ou autres phanères consommés par les larves de mites). Les métaux non-excrétés sont stockés par la larve dans des granules éliminés au moment de la nymphoseDF Waterhouse ; Studies on the Digestion of Wool by Insects IV. Absorption and Elimination of Metals by Lepidopterous Larvae, With Special Reference to the Clothes Moth, Tineola Bisselliella (Humm.) ; Australian Journal of Biological Sciences 5 (1) 143 - 168 ; Doi:10.1071/BI9520143 (résumé, en anglais).

Cycle de vie et propagation des infestations Les œufs sont blanchâtres, ovoïdes et mesurent moins de (loupe nécessaire).

Une femelle en pond plusieurs centaines au cours de sa vie, dans des emplacements leur donnant les meilleures chances de survie. Les œufs, plus ou moins groupés, sont attachés au substrat avec une substance collante. Après l'éclosion, la larve se met immédiatement en quête de nourriture. Elle se transformera en papillon en moins de deux mois si les conditions sont bonnes, mais peut hiberner ou entrer en léthargie durant un certain temps quand ces conditions sont moins bonnes. Elle est détruite par la congélation ou la chaleur (Même pour un tissu ne comportant pas de fil métallique, le passage au four à micro-ondes peut être fortement dommageable).

De deux mois à deux ans après la ponte, la chenille prépare sa transformation en papillon en tissant un cocon où elle se nymphosera. La larve passe un à deux mois dans son cocon puis en émerge à l'état adulte, à la recherche d'un partenaire sexuel pour produire une nouvelle génération.

Comportement La femelle détecte, au moyen de biosenseurs de type goût/odorat, des molécules volatiles (sémiochimiques) la guidant vers des milieux de ponte (fibres naturelles ou des matières animales telles que cadavre de gros papillon par exemple).

Les adultes et plus encore les larves sont lucifuges (préfèrent l'ombre à la lumière).

Alors que de nombreux autres Tineidae sont attirés par la lumière, la mite commune semble préférer les zones sombres ou noires et plutôt humides, bien qu'un adulte dérangé puisse parfois tournoyer autour d'une lampe.

Les larves sont lucifuges ; placées dans un lieu bien éclairé, elles vont tenter de gagner les bords de meubles ou de tapis, des fentes de plancher, de moulures sur les bords de pièces à la recherche de zones plus sombres (comme les acariens, elles peuvent souvent y trouver des poussières contenant des poils ou plumes et autres phanères).

Capacité à produire de la soie et tisser un cocon Les larves peuvent intégrer dans leur cocon des fibres prélevés dans leur environnement, voire en milieu confiné une partie de leurs excréments.

Larves et médiateurs chimiques Comme l'adulte, la larve semble capable de détecter les sémiochimiques qui l'orienteront vers ses ressources alimentaires.

Le vol des adultes Un comportement typique de cette espèce est que le papillon adulte se laisse chuter au fond d'un récipient vertical (éprouvette par exemple) sans chercher à en sortir quand on l'y fait tomber. L'immobilisation semble être l'un de ses comportements de défense.

Adultes et sémiochimique Les adultes détectent les phéromones de l'espèce (peut-être en partie et aussi émises par l'intestin qui est chez les insectes l'un des organes hormonauxMark R. Brown, Insect Gut as an Endocrine Organ ; Encyclopedia of Hormones ; Pages 328-333 doi:10.1016/B0-12-341103-3/00171-6), et semble-t-il des substances émises par d'autres espèces mortes (sémiochimiques).

Adultes et la production de sons

Ponte, oviposition La femelle semble choisir avec attention des milieux de ponte qui conviendront aux futures larvesR. M. M. Traynier, R. K. Schumacher, D. M. Lau , Oviposition site selection by Tineola bisselliella, Tinea spp (Lepidoptera: Tineidae) and Anthrenus flavipes (Coleoptera: Dermestidae) ; Journal of Stored Products Research, Volume 30, Issue 4, October 1994, Pages 321-329 (résumé)).