Les mouvements baptistes, caractérisés par un bain d'immersion appelé en grec ancien baptisma (), apparaissent dans les marges du judaïsme au ou tout au moins au si l'on considère que les mouvements essénien ou du Yahad n'étaient pas vraiment baptistes. Ils se manifestent dans le Proche-Orient ancien et en Occident jusqu'à Rome. Ils sont attestés jusqu'au . L'un d'entre eux, appelés elkasaïsme est encore mentionné au par un auteur musulman. C'est dans la mouvance d'un de ces courants que naît le mouvement de Jésus de Nazareth.
Ils sont évoqués chez Flavius Josèphe, puis à partir du ne sont plus décrits que par leurs détracteurs chrétiens, ce qui rend l’histoire de ces mouvements difficile à établir, d'autant plus qu'ils n'ont pas d'unité entre eux. La région du Jourdain et les abords de la mer Morte, sont attestés comme leurs lieux d'implantation où peut-être nombre de ces mouvements ont pris naissance. À partir du tout début du , leur existence est mentionnée dans l'espace perse, où ils semblent avoir connu une certaine vigueur.
Pour certains critiques, ils jouent un rôle non négligeable dans la naissance de l'islam. Certains spécialistes estiment que les mandéens, existant encore en Iran et en Irak, pourraient être le seul mouvement héritier de ces mouvements baptistes et spécifiquement du mouvement elkasaïte. Cette filiation ne fait toutefois pas consensus.
Dénomination et origines Le mot vient du grec βαπτός traduisant l'hébreu tabal qui tous deux signifient « plonger [dans l'eau] ». Les derniers prophètes comme Zacharie (13, 1) et surtout Ézéchiel (36, 24-28) :
Dans un passage important comprenant l'extrait cité ci-dessus, Ézéchiel Après le retour d'exil, le baptême apparaît comme un rite de purification et de revivification.
Les Juifs ont peut-être Ceux-ci pratiquaient en effet
Des témoignages complexes
Il y a probablement lieu de regrouper sous la dénomination de Baptistes, un ensemble de « sectes » qui figurent dans les classements des hérésiologues chrétiens à partir du . Plusieurs témoins signalent en effet les attaches gnostiques de telle ou telle « secte » baptiste.
, car il est Des fragments d'écrits de certains de ces mouvements nous sont parvenus. Beaucoup plus rare sont les sectes dont nous disposons d'œuvres complètes.
André Paul remarque que les sectes baptistes dont un fondateur ou un promoteur est resté célèbre ont donné naissance à . Les esséniens, puis les elkasaïtes et enfin les mandéens semblent se situer dans une continuitéSimon Claude Mimouni, Les judéo-chrétiens elkasaïtes dans la tradition manichéenne, § Les elkasaïtes dans la Vita Mani du Codex Manichéen de Cologne, 1993, Annuaire de l'EPHE, Tome 102, ..
Pour Simon Claude Mimouni, les mouvements baptistes ne se développent en Judée et en Palestine qu'à partir du début du .. Ils Comme dans le monde gréco-romain où existaient divers mouvements à la recherche du salut, il y avait dans le monde juif des mouvements plutôt populaires, qui annonçaient la proximité du salut eschatologique. Dans les mouvements baptistes juifs, l'opposition au Temple de Jérusalem est un motif affirmé. Le Temple est souvent récusé comme lieu de médiation entre l'homme et Dieu à cause des sacrifices sanglants qui s'y déroulent.
Définition Les pratiques rituelles
Jean-Baptiste et l'essénisme examine la possibilité que Jean-Baptiste ait vécu à QumrânSous la direction de Hershel Shanks, L'Aventure des manuscrits de la mer Morte, chapitre 16 : Jean-Baptiste était-il essénien? pages 256 à 266 par , éditions du Seuil 1996, .. En effet établit de nombreux parallèles entre les textes bibliques et les manuscrits de Qumrân, Qumrân und das Neue Testament, Tübingen, J.C.B. Mohr (Paul Siebeck) 1966. C'est ainsi que la prophétie du Livre d'Isaïe. se retrouve dans l'Évangile selon Marc de la Bible.et dans le Manuel de discipline des manuscrits de QumrânManuel de discipline 8,13-14..
Dans la même veine, James Charlesworth estime quant à lui que Jean le Baptiste a pu entamer l'initiation particulièrement exigeante en vue d'intégrer la communauté de Qumrân, mais qu'il l'a abandonnée avant de l'avoir menée à son terme du fait de la rigidité des vues et des pratiques de ce groupe, tout en conservant une part de l'enseignement qu'il y aurait reçu mais en l'actualisant, par exemple en matière de pratique de purification rituelle par l'eau :
Il ne semble y avoir aucune raison de douter que le Baptiste ait adopté au moins une partie des enseignements des Qumrânites. Il a probablement hérité des Qumrânites au moins l'interprétation d'Isaïe 40:3, le concept du Saint-Esprit, la croyance en l'imminence de la fin des temps et le concept des égarés tout comme celui de la race de vipères. Mais probablement, Jean le Baptiste est celui qui a refusé l'initiation complète en raison de la haine institutionnalisée de tous ceux qui ne faisaient pas partie de la communauté de Qumran. Le Baptiste semble donc être celui qui a été expulsé de - ou mieux, qui a quitté - la communauté de Qumrân.
Jean le Baptiste et les Qumrânites ont vécu à la même époque et au même endroit et présentent des similitudes frappantes. (...) En résumé, le Baptiste n'était pas un Essénien, mais, très probablement, il avait été presque entièrement initié au Yahad. Il a apparemment refusé la pleine initiation et a quitté la communauté de Qumrân à cause de leur prédestination rigide et de leur haine institutionnalisée de tous les Fils des Ténèbres. Ma thèse explique de nombreux autres aspects inexplicables de la vie du Baptiste, tels qu'ils nous sont présentés par les auteurs anciens comme Josèphe, Matthieu, Marc, Luc et Jean. Plus important encore, cette thèse explique pour la première fois deux dimensions clés des similitudes entre les Qumrânites et le Baptiste. Premièrement, elle nous aide à comprendre le choix et l'interprétation de l'Écriture par le Baptiste, en particulier Isaïe 40:3, sa localisation dans le désert non loin de Qumrân, son eschatologie apocalyptique et son utilisation de l'eau pour se préparer au jour du jugement. Deuxièmement, elle nous aide à comprendre son concept de n'avoir qu'un seul manteau, de ne manger que ce qui était autorisé par l'usage en vigueur à Qumrân et de ne pas accepter la nourriture des autres Juifs, ainsi que sa haine des impies et des impénitents.
A contrario, Émile Puech pointe qu'entre les pratiques rituelles de Jean-Baptiste sur les rives du Jourdain et celles des esséniens telles que les révèlent les manuscrits de la mer Morte, les différences sont fondamentales et « l'idéologie du Jourdain n'occupe aucune place dans les écrits de Qumrân »Émile Puech, « Jean-Baptiste était-il essénien ? », in Pierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Folio/Histoire, 2000 , p. 173-174.. Ces deux mouvements ne sauraient être confondus. Entre autres caractéristiques incompatibles, Émile Puech relève que les rites de purification chez les esséniens « n'ont rien de commun avec le baptême d'eau pratiqué par Jean devant l'imminence du Jugement divin et la venue du règne messianique », rites esséniens qui comportent une « confession des péchés de type collectif , [...] contrairement au pardon des péchés lié au baptême personnel administré par Jean ». En accord avec Puech, François Blanchetière écrit que Jean « n'a sans doute pas eu de contacts personnels directs avec l'essénisme ».
Les esséniens et le mouvement du « Yahad » Le dénominateur commun des groupes baptistes est le recours fréquent à des bains dans un souci de pureté rituelle, que l'on connaît par ailleurs chez les membres du mouvement dont il est question dans une centaine de manuscrits de la mer Morte. Certains critiques qui adhèrent à ce qui est parfois appelé le « modèle standard » dans lequel les auteurs des Manuscrits de la mer Morte sont les esséniens et les ruines de Qumrân sont celles de l'un de leurs établissements, estiment souvent que les esséniens n'étaient pas authentiquement un groupe baptiste. À la suite de Roland de Vaux, ils pensent que le système de bassins retrouvés dans les ruines de l'établissement de Qumrân servait aux membres de la secte pour effectuer leurs bains rituels, alors que les rites des groupes authentiquement baptistes avaient lieu dans l'eau vive. Toutefois, toute une branche de la recherche se range derrière les archéologues pour qui Qumrân a été initialement une forteresse hasmonéenne. . dont le système d'adduction d'eau n'a rien d'exceptionnel. On trouve ainsi quinze bains dans la forteresse de Massada située plus au sud de la mer Morte. Pour eux, rien n'indique que ces bassins ont servi de bains rituels aux auteurs des manuscrits, dont les plus de 850 écritures individuelles différentes montrent qu'ils n'ont pas été copiés sur le site.. Ils font remarquer que malgré plusieurs campagnes de fouilles aucun lien n'a pu être établi entre les ruines de Qumrân et les manuscrits et qu'il n'est donc absolument pas prouvé que Qumrân a été un établissement esséniens ou sectaire. Pour eux, à partir des ruines de Qumrân on ne peut donc rien déduire sur la façon dont « la secte de Qumrân » ou les esséniens pratiquaient leurs bains quotidiens..
Les esséniens
Les esséniens sont un mouvement du judaïsme de la période du Second Temple qui a prospéré à partir du et dont l'existence est attestée au en Palestine et dans la province romaine de Syrie. Au , les esséniens sont mentionnés dans Apologia pro Judæis (« Apologie en faveur des Juifs »)Philon d'Alexandrie, Apologie pro Judæis. Ouvrage perdu, mais dont certains passages nous sont connus par des citations qu'en fait l'écrivain chrétien Eusèbe de Césarée (v.265-339) dans Preparatio evangelica (« Préparation évangélique »), Livre 8, chap. XI. et Quod omnis probus liber sit (« Tout homme vertueux est libre »)Philon d'Alexandrie, Quod omnis probus liber sit, XII, 75. Cité par Eusèbe de Césarée dans Preparatio evangelica, Livre 8, chap. XII. de Philon d'Alexandrie (v.12 av. J.-C.-v.54). Ils sont aussi décrits par Flavius Josèphe (v.37-v.100) dans la Guerre des JuifsFlavius Josèphe, Guerre des Juifs, Livre 2, chap. VIII, 2-13. et les Antiquités judaïquesFlavius Josèphe, Antiquités judaïques. et figurent dans une courte notice de lHistoire naturellePline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre 5, XV. de Pline l'Ancien (23-79). Par la suite, des Pères de l'Église les mentionnent en parlant des zélotes, des ébionites ou des elkasaïtes. Le terme « essénien » ne figure dans aucun des manuscrits de la mer Morte, ni dans le Nouveau Testament, ni dans l'immense littérature talmudiqueAndré Paul, La Bible avant la Bible, Paris, Cerf, 2005, .. Ils croient à la résurrection des morts, au déterminisme et à la prédestination.
vignette|droite|Via Vitæ de Joseph Chaumet. Détail : le Sermon sur la montagne. Le plus marquant dans ces communautés était la mise en commun et la répartition des biens de la collectivité selon les besoins de chaque membre. Les esséniens méprisent les richesses : les postulants doivent abandonner leur fortune et leur héritage à la communauté. Ils ne pratiquent aucun commerce. Ils sont vêtus de blanc et, à la mi-journée, après un bain rituel, ils consomment un repas de pain et de vin, en silence et en communLaurent Héricher, « Les esséniens entre mythe et réalité », dans Qumrân le secret des manuscrits de la mer Morte, Paris, BNF, 2010, 130..
Le « Yahad »