Blanche Cavelli, de son vrai nom Eugénie Zélia Chevallier, née à Saint-Denis le et morte à Paris () le , est une artiste lyrique et comédienne française.

Elle a interprété des rôles dans des spectacles, opéras et pantomimes mais elle s'est surtout illustrée en France par le premier striptease complet le dans Le Coucher d'Yvette au Concert Lisbonne, salle de spectacle aussi appelée le Divan Japonais au 75 rue des Martyrs.

Ses débuts

Fille de Victor Adolphe Chevallier, manouvrier à Gretz en Seine-et-Marne puis employé de la Compagnie des chemins de fer du Nord à Saint-Denis, et de Louisa Désirée Sédille, couturière, Eugénie Zélia Chevallier connait une enfance modeste avec son frère jumeau Victor Louis Antoine, qui reprendra le même métier que son père, sa sœur Marie-Henriette, alias Berthe Cavelli de son futur nom de scène, sa sœur Louise Juliette Adolphine, l'aînée de la famille, et les benjamins jumeaux Henri Paul et Marcel Charles. Elle ne connaîtra pas sa sœur cadette Eugénie Malvina, morte à l'âge de 3 ansLouise Juliette Adolphine (1870-1961), Eugénie Malvina (1871-1874), Marie Henriette (1873-1952), Victor Louis (1875-1919), Henri Paul (1885-1967), Marcel Charles (7/1885-8/1885). À la fin du , toute la famille ira vivre chez Blanche au 30 de la rue Simart à Paris dans le , à l'exception de Louise qui se mariera en 1905acte de mariage du 8/5/1905, avec pour témoins Jean Terson, médecin, Louis Huvey, peintre, David Lahondé géomètre, Frédéric Wenz, artiste peintre ami de Henri de Toulouse- Lautrec avec l'ophtalmologue Albert TersonChirurgien oculiste (1867-1935) à qui l'on attribuera la découverte du syndrome de Terson syndrome de Terson.

Sans doute repérée pour ses qualités, BlancheAvec ses sœurs spécifiées dans la composition de la troupe " Mlles...Blanche, Louise et Berthe Cavelly" , revue Le Figaro du 14/12/1890 joue dès l'âge de 15 ans au Casino de ParisEn 1890 le Casino de Paris possède deux entrées: 16 rue de Clichy et 13 et 15 rue Blanche, peut-être une inspiration pour le nom de scène d'Eugénie Zélia Chevallier. en décembre 1890 dans Cocher, au Casino !Revue Le Gaulois du 23/12/1890 distribution dans la rubrique courrier des spectacles, page 3.

Revues Gil Blas 13/12/1890 et Le 14/12/1890., fantaisie-revue en 3 actes.

Le , elle campe le personnage de Sosthène au Théâtre des Menus-Plaisirs dans l'Opéra-Bouffe L'Oncle CélestinÉdouard Noël et Edmond Stoullig, Les Annales du Théâtre et de la Musique 1891, Paris 1892, page 341. Revue l'Orchestre 3/3/1891 de Maurice Ordonneau et Henri Kéroul puis elle joue dans Le Coq, opérette de P.Ferrier et Depré sur une musique de V.RogerRevue L'Orchestre, 1/12/1891.

En octobre de la même année, au Théâtre Bellecour à Lyon dans le vaudeville en un acte de Charles Mey et Georges Mentelé Un Chien au BiberonRevues l’Écho de Lyon des 25 et 27/10/1891., elle interprète le rôle d'un gamin avec sa sœur Berthe Cavelli (Marie-Henriette) qui joue une soubrette. Elle jouera encore avec Berthe dans Maître Bovarel de Georges Mentelé en 1891, dans l'opéra bouffe d'Offenbach Les Brigands en 1892Revue l'Echo de Lyon 29/9/1891. ainsi que dans les Cloches de Corneville, opéra-comique de Robert Planquette.

En , Blanche joue au théâtre des Fantaisies-Parisiennes de la rue Rochechouart, dans le vaudeville-opérette La Bonne de Chez DuvalRevue Gil Blas 7/10/1892 puis en dans le vaudeville Vert-VertChronique Artistique 1892-1893 du 25/12/1892, page . Le Journal du 3/01/1893, page , La soirée parisienne. Revue Gil blas du 4/01/1893, page , Propos de coulisses. de MM. De Leuven et De Forges, pantomimes et tableaux de Guillaume Livet et Charles Aubert, repris de la comédie du même nom créée en 1832 au théâtre du Palais-Royal par Virginie Déjazet et tirée de la pièce de Jean-Baptiste Gresset Vert-Vert ou le Voyage du Perroquet de Nevers (1734).

En 1893, Blanche fait officiellement partie des artistes permanents de la troupe du Théâtre des NouveautésAnnuaire des Artistes et de l'Enseignement Dramatique et Musical de France 1893, page 175.. En février, elle se produit également au Théâtre-Français de Rouen, dans la Revue des éperlans, pièce lyrique de Hugues Delorme et Paul Delesques.

Le coucher d'Yvette

Le succès du premier striptease De mars à juin 1894, Blanche Cavelli s'illustre dans Le Coucher d'Yvette appelé aussi Le Coucher de la mariée, pantomime lyrique en un acte de Francisque Verdellet accompagnée d'une musique d'Eugène Arnaud.

thumb|Examen de censure pour Blanche Cavelli dans le Coucher d'Yvette, cité dans l'article « L'anniversaire du nu », revue Frou Frou n°24.|232x232px Précédemment refusée par l'Eden-Théâtre, la pièce fait l'objet d'une répétition spéciale pour la censureArticle "L'anniversaire du Nu au théâtre", revue Frou-Frou n°24 du 16/5/1923, page 375.. Blanche Cavelli procède à l'effeuillage devant M. Bourdon qui donne son aval à condition de quelques remaniements. gauche|vignette|Blanche Cavelli. Divan Japonais. [Le coucher d'Yvette]. 1894 : [photographie]. BNF Gallica. C'est donc le qu'a lieu la première représentationAlmanach des Spectacles 1894, page 80. de ce spectacle en soirée de gala puis en nocturne sur invitationLe Monde des Artistes du 22/7/1894, page 404.Revue Le Grelot du 18/3/1894, vue 49 sur Gallica chez Maxime Lisbonne propriétaire du Concert Lisbonne alias Le Divan Japonais, célèbre cabaret parisien fréquenté par Toulouse-Lautrec. Blanche y reprend l'histoire d'Yvette qui se déshabille pour aller se coucher mais elle ose pour la première fois procéder au déshabillage completC'est-à-dire pour l'époque sans pantalon, sans bas et sans vêtement de jour, mais avec une chemise de nuit. Le Figaro du 25/2/1896 évoque page 1 à propos du Coucher des" lingeries intimes, flairées par les vieux messieurs et par les potaches" puis "partout des expositions de blanc, de trousseaux nombreux, des assortiments de bretelles et de jarretières"., ce qui vaut salle comble pour de nombreuses représentationsLes Déshabillés au Théâtre, Georges Montorgueil, librairie H.Floury, Paris, mai 1896.Le Nu au Théâtre depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, G-J. Witkowski et L; Nass, Daragon, Paris 1909, pages 192 et 226; La Vie à Montmartre, Georges Montorgueil, G. Boudet et C. Tallandier, Paris 1899, illustration Pierre Vidal, pp.183-184.Mes Mémoires, Jane Avril, Phoebus 2005, page 210.Le Banquet des Affamés, roman, Didier Daeninckx, Gallimard 2012.La Revue Biblio Iconographique du 15/5/1896.

Le dessous des dessous thumb|Blanche Cavelli dans le procès Verdellet, revue Le Gaulois du .|583x583px Le spectacle est repris en à l'Alcazar d'été aux Champs-ÉlyséesEn mai 1894, c'est Mlle Holda qui prendra le rôle dans le Coucher d'Yvette à l'Alcazar d'Eté de Paris à la suite du refus de Blanche (Le Figaro 26/5/1894; Le Journal 02/05/1894) mais Blanche refuse de s'y produire, tout comme au Théâtre de l'Eldorado de Lyon où elle est remplacée par Louise WillyJournal Le XIXe siècle du 20/06/1894; Le Passe-Temps du 9/2/1896. En effet, fidèle à Maxime Lisbonne, elle refuse de suivre dans ces établissements M. Verdellet, auteur de la pièce Le Coucher d'Yvette et directeur du Casino de Lyon en 1888. M. Verdellet l'assigne alors en justice pour abus de confiance. Blanche lui rend les "dessous" dont l'étoffe était sa propriété mais garde la robe confectionnée par sa mère couturière Louisa ChevallierLe Gaulois du 1/2/1896. À l'occasion du procès où Maxime Lisbonne, convoqué, fit un scandale politiqueLe jour du procès, Maxime Lisbonne convoqué par l'avocat de Blanche Cavelli, Me Louis Lagasse (qui fut l'avocat de Ravachol et de Landru), arrive au tribunal dans un fiacre rouge. Les harnais des chevaux sont couleur lie-de-vin et sur la lanterne est figuré le numéro 104, ce qui ne manque pas de déclencher les quolibets des passants. Le numéro 104 était une référence non voilée à la liste des 104 parlementaires accusés d'avoir touché des pots-de-vin pour favoriser la compagnie du canal de Panama lors du scandale. (Journal des Politiques et Littéraires du 1/2/1896, Le Rappel du 6/2/1896, revue Gil Blas du 27/7/1897, supplément de La Lanterne du 15/9/1900)., chaque pièce de vêtements de la petite bourgeoise est évaluée : Une paire de mules roses achetée au Gagne-Petit, avenue de l'Opéra; un costume de drap rouge et jaquette, des bottines en chevreau glacé, un peignoir, jupon et corset achetés au Géant des Mers, rue MarcadetJournal des débats du 1/2/1896, Le Petit Parisien du 1/2/1896 et revue Le des 2 et 6/2/1896.. Le tribunal l'acquitte en appel le 31/1/1896 et elle reçoit des dommages et intérêts pour abus de citation directeLe Gaulois du 17/6/1894Le Temps du 1/2/1896..

Malgré les déboires du procès Verdellet, Blanche connaît le succès en 1894 aux Folies Bergère de RouenLe Travailleur Normand 1/7/1894., à l'exposition d'Anvers et à l'Alcazar Royal de Bruxelles où elle se produit avec la troupe de Maxime Lisbonne. Le Coucher venait en seconde partie après la pièce En Famille de Oscar Méténier"Le Monde Artiste" du 22/07/1894, page 404, livre Mes Mémoires, Jane Avril, page 210..

À cette même période, le , Blanche donne naissance rue Simart à Yvette (Blanche Germaine) BlavetArchives de la Ville de Paris. qu'elle a conçue avec Paul BlavetPaul Blavet, secrétaire administratif du Divan Japonais en 1893 sous la direction d’Édouard Fournier, administrateur du Concert Lisbonne en 1894. Le Courrier Français 5/02/1893, ; 18/03/1894, , publiciste, secrétaire du Divan Japonais puis administrateur du Concert Lisbonne, fils de l'homme de lettres et secrétaire général de l'Opéra Émile Blavet(1838-1924) Également journaliste et chevalier de la légion d'honneur, né à Courmonterral dans l'Hérault et décédé à Paris.. Paul reconnaît en juin 1896 Yvette BlavetActe de naissance d'Yvette Blavet, Archives de la Ville de Paris . mais n'épouse pas Blanche.

Réorientation de carrière

Après une série de représentations à l'exposition de Budapest (mai à Octobre 1896), Blanche reprend des rôles plus traditionnels.

Elle participe à la pantomime Les Chimères de Xavier Privas et Ch. Aubert sur une musique de M. Arnaud-Picheran au Théâtre du Champ de Foire en 1897Revue La Lanterne 24/12/1897,

Revue Le Gaulois 24/12/1897,

Les Théâtres Parisiens Disparus 1402-1986 par Philippe Chauveau, éd de l'Amandier/Théâtre, 1999, page 255..

En 1898, elle joue dans La fin de Lucie PelegrinLe Gaulois du 31/1/1898., Paternité, La Gourdelle de Pierre Veber, Franches lippées de Tristan Bernard, Le facteur bien noté de Georges Docquois et Émile Marchais et l'Aventure de Tourte comédie de Marsan et Delbost toujours au Théâtre du Champ de FoireLe Gaulois du 31/1 et 19/2/1898,

Le Figaro du 19/2/1898,

La Lanterne 29/3, 25 et 26/4/1898,

Le 25/4/1898,

La Justice 28/4/1898..

Un nouveau succès l'attend le cette fois au Théâtre de la Bodinière, où Blanche prend le rôle de Colombine auprès du mime Georges Wague qui interprète Pierrot dans la pantomime en un acte Sommeil Blanc de Xavier PrivasLe Figaro du 20/2/1899 et Le Gaulois du 20/2/1899.La Chanson des Heures, Xavier Privas, page 207., sur une musique de Louis Huvey(1868-1954). C'est à cette occasion que Blanche fréquente ce compositeur lithographe-artiste peintre.