Le combat du pont de Vrbanja est un épisode de la guerre de Bosnie-Herzégovine qui oppose, le , des Casques bleus français de la Force de maintien de la paix des Nations unies à l'armée de la république serbe de Bosnie (VRS). Les Français reprennent à cette dernière le poste d'observation de la force de protection des Nations unies (FORPRONU) situé aux deux extrémités du pont de Vrbanja à Sarajevo.
Contexte
Sarajevo est assiégée d' à . Le , l'ONU fait bombarder des dépôts de munitions serbes, à Pale. En représailles, les Serbes emprisonnent bleus, dont https://www.cairn.info/revue-inflexions-2006-1-page-173.htm. Leurs images humiliantes circulent ; ils servent de boucliers humains, parqués dans des sites militaires.
Déroulement
Capture du poste par les Serbes Le , déguisés en Casques bleus français, à quatre heures trente du matin, des miliciens de l'armée de la république serbe de Bosnie (Vojska Republike Srpske, VRS), de la faction menée par Slavko Aleksic (les Tchetniks), s'emparent sans combat du poste Sierra Victor situé aux deux extrémités du pont de Vrbanja, à Sarajevo. Enjambant la rivière Miljacka, l'ouvrage se trouve au centre dévasté de la ville, entre des immeubles tenus par les belligérants (l'un, au sud, occupés par les Bosniaques ; deux, à l'ouest et au sud-ouest, par les Serbes).
Les Tchetniks s'infiltrent par l'arrière du poste depuis l'immeuble appelé Prisunic. Les mines éclairantes disposées aux abords du poste n’ont pas fonctionné lors de leur progression, ne signalant pas leur présence. Le chef de section (Jean-Louis B.), le chef de groupe (Emmanuel G.), trois caporaux-chefs (Philippe K., Bernard L., Christophe C.), ainsi qu'un (Johnny B.) sont pris en otage dans la zone de transmission et le point d'observation. Le chef d'équipe (Caporal David Pochart), en repos, ne dort pas et se trouve dans la zone de vie, avec 4 soldats ( cl. Stéphane M., Thierry C., Manuel H., Arnaud Sarr) dormant dans l'algeco et le cl. Sébastien Ducloy, en faction à l'entrée du poste, à plusieurs mètres de la zone de vie. Le caporal Pochart entend des voix avec des accents étrangers dans le couloir, qui se rapprochent rapidement de lui. Il se place dans un coin de la zone de vie et pointe son Famas en direction du couloir. Il aperçoit son chef de section Jean-Louis B. avec le canon d'une Kalachnikov pointé sur lui par un Serbe. Le caporal David Pochart peut tirer, car le Tchetnik ne le voit pas, contrairement à son chef de section qui lui donne trois fois l'ordre de ne pas tirer, soulignant qu'une partie du groupe est retenue en otage. Les Serbes sont plusieurs dans le couloir, prêts à ouvrir le feu dans la zone d'habitation et notamment dans l'algeco. Le caporal obéit à son chef de section. Un des Serbes lui demande de réveiller ses camarades et de sortir les mains en l'air. Le chef de section demande alors à son tour au Sébastien Ducloy, en poste, de ne pas ouvrir le feu. Les Serbes capturent ainsi douze soldats français, qu'ils retiennent en otages.. Sur les douze, deux d'entre eux restés dans le poste, réussiront à s'échapper pendant l'assaut. Le reste du groupe sera transféré dans le quartier serbe juste avant l'assaut.
Sans réponse aux appels à la radio, le capitaine François Lecointre, escorté du sergent Taukapa et appuyé par le groupe 12 du sergent Hohmann, se rend sur place. Un soldat serbe tente de le prendre en otage.. Lecointre tourne les talons, protégé par le sous-officierhttps://www.lepoint.fr/monde/le-jour-ou-les-casques-bleus-francais-se-sont-rebiffes-22-07-1995-8571_24.php.
Reprise du poste À la demande du colonel Erik Sandhal, le général Hervé Gobilliard commandant les unités françaises de la place de Sarajevo, sort de son mandat légal et ordonne de reprendre le postehttps://www.cairn.info/revue-cites-2007-4-page-93.htm. Il ne consulte pas le général français Bernard Janvier, qui commande les Casques bleus de la FORPRONU. La France vient tout juste de changer de président de la Républiquehttps://www.elysee.fr/la-presidence/proclamation-des-resultats-du-scrutin-du-7-mai-199, lequel (Jacques Chirac) vient de donner des consignes de fermeté.
D'une longueur de soixante-cinq mètres, le long de la berge sud de la rivière, le poste comprend un point d'observation du côté est et une zone de vie établie par trois containers ; un couloir d'une trentaine de mètres conduit au poste d'observation.
La première section de la (surnommée « les Forbans »), soit du d'infanterie de marine, qui sort de dix journées passées dans ce poste, est désignée pour l'opération « Douaumont ». Elle se reposait en vue d'une cérémonie de prise d'armes. Aux premières heures de la matinée, la section se met en route. Elle sort des véhicules, au cimetière juif, à quatre cents mètres au sud du pont. Le sergent-chef Check, adjoint de la section, se déploie en appui, avec des fusils de précision de . Les Français parlementent avec les Bosniaques pour traverser leurs lignes. Menée par son chef, le lieutenant Bruno Heluin., ainsi que par le capitaine Lecointre, la section reconquiert les trois bunkers du poste et le pont, en lançant des grenades et en tirant contre ses occupants. « À mon signal, nous dévalons, baïonnette au canon dans la tranchée à une cinquantaine de mètres de l’objectif, appuyés d’abord par les tirs Bosniaques » (lieutenant Heluinlivre de Michel Goya, "Sous le feu : La mort comme hypothèse de travail", éditions Tallandier, 2014).
Parti à trente mètres du pont, le premier groupe du sergent Le Couric, stoppé par les barbelés, déplore cinq blessés, dont Colantonio et Maudoigt. Le peloton de chars français et la section de véhicules de l'avant blindés (VAB) tirent en appui sur les deux immeubles serbes. Le lieutenant Heluin franchit le découvert avec le deuxième groupe. Dannat, l'infirmier, est blessé gravement au poumon. Djaouti et Coat sont blessés. Les défenses de barbelés et de croisillons sont franchies. Un merlon protège l'entrée du poste. Le FAMAS du lieutenant ne fonctionne pas. Ce dernier jette une grenade et s'élance, suivi de Dupuch, Llorente, Humblot et Jego. Le bunker oriental est pris. À son poste d'appui, le marsouin Amaru est tué. Du toit d'où il couvre la progression, le marsouin Jacky Humblot est également tué, mortellement frappé au ventre par la balle d'un tireur serbe. Delcourt avance. Dans la zone de vie, un rideau blanc se trouve devant une cuisine. Le lieutenant lance une grenade, qui fait exploser une bouteille de gaz. Delcourt et Dupuch reculent. Blessé au visage par un éclat, le lieutenant Heluin s'arrête. Un Serbe tire sur trois Français (dont le caporal-chef Bentehami et le caporal Coat) s'inquiétant du lieutenant, ensanglanté. Ils ripostent et le tuent. Trois Serbes sont capturés. Le lieutenant s'évanouit. Le capitaine Lecointre poursuit avec trois sergents, Taukapa, Lecouric et Hohmann, ainsi qu'avec d'autres hommes, dont le caporal-chef Llorente, le caporal-chef Bentehami, les caporaux Coat et Ibanez, les Brébion et Lemarié. Les Serbes reculent. Deux d'entre eux font feu : l'un est blessé, l'autre tué. Le couloir est trop étroit et les grenades fusent en direction des Forbans, les obligeant à trouver une autre voie d'accès tout en laissant un élément en appui dans la zone vie pour empêcher les Serbes de contre-attaquer depuis le couloir ; le capitaine et le groupe passent par l'extérieur, longeant les défenses. Ils lancent plusieurs grenades. Les chars français mitraillent les Serbes qui ripostent. À l'entrée du deuxième bunker, côté ouest, les Serbes menacent de tuer deux soldats français, otages gardés sur place. Le capitaine Lecointre menace à son tour un prisonnier serbeEntre guerres, F. Lecointre, chez Gallimard, 2024, page 106. Le colonel, un médecin et un interprète viennent négocier.
À la fin de la journée, une tentative sera entreprise pour échanger des prisonniers de guerre français contre des prisonniers serbes, mais cet échange échouera. La milice serbe fait volontairement exploser une mine anti-char afin de laisser passer un VAB où se trouvent les cadavres serbes en vue de l'échange. Au moment de l'explosion, le caporal David Pochart et le première classe Arnaud Sarr se trouvent sur la route à proximité de la mine, tenus en joue par une kalachnikov. À la suite de la détonation de la mine antichar, le Serbe tire une série de rafales en direction des 2 soldats pour les empêcher de s'échapper. Un autre tchetnik pointe son lance-roquettes RPG-7 en direction du caporal David Pochart et du Arnaud Sarr afin de simuler une exécution. Bien que les Serbes aient pu récupérer leurs morts dans le VAB, la tentative d'échange des 10 prisonniers de guerre français a échoué.
Le bunker ouest est lui repris à la suite de l'assaut, ainsi que le pont et le poste Sierra Victor.
À , la section du lieutenant Heluin est relevée. Elle rejoint sa base, la patinoire Skanderija. Les blessés partent vers l'immeuble médical de l'état-major du régiment.
Bilan et conséquences Dix soldats français restent en captivité dans des conditions très difficiles pendant 18 jours. Plusieurs d'entre eux servent de boucliers humains sur des bâtiments stratégiques. Les premiers jours, ils sont soumis à des simulacres d'exécution quotidiens, roués de coups, logés dans des caves puis transférés dans une caserne serbe à Sarajevo. Par la suite, ils sont transférés à Novi Sad, Split puis Zagreb. Ils sont libérés le .
Parmi les quatorze soldats serbes, il y a quatre morts, deux blessés et quatre prisonniers. L'opération a duré de à 9 h 08..
L'attaque est appuyée par le régiment d'infanterie chars de marine, ses tirant au moyen des mitrailleuses de véhicules blindés, dont des ERC-90 Sagaie. Profitant de l'assaut français, des soldats de l'armée de la république de Bosnie-Herzégovine (ARBiH) ouvrent le feu sur les postes d'observation tenus par la VRS, blessant accidentellement un otage français.
Le soldat de Marcel AmaruCaporal Marcel Amaru, né le 20 décembre 1970 à Uturoa-Raiatea (Polynésie Française), Mort pour la France le 27 mai 1995 (Sarajevo, Bosnie-Herzégovine), à 24 ans. Médaille militaire (à titre posthume). Voir : de la section Forban 2, posté en appui avec une mitrailleuse de 12,7 depuis le cimetière juif, est touché à deux reprises par un sniper et meurt des suites de ses blessures. Le marsouin Jacky Humblot est mortellement touché à l'abdomen alors qu'il se trouve sur le poste de Vrbanja.
Après ce combat, les forces serbes de la VRS évitent de s'engager contre les soldats français de l'ONU déployés dans la ville.
Hommages Ce combat est considéré comme la dernière charge « baïonnette au canon » de l'armée française (les soldats avaient muni leurs fusils d'assaut de cet équipement). Il a une grande répercussion dans l'opinion publique minute.
Lors des obsèques des marsouins Amaru et Humblot, le à Vannes, le président Jacques Chirac déclare : Une plaque sur le pont mentionne leurs noms..
Par décret du , le capitaine Lecointre et le lieutenant Heluin sont faits chevaliers de la Légion d'honneurhttps://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000168862. Par décret du , le sergent-chef Check, les sergents Taukapa et Le Couric, le caporal-chef Dupuch et le soldat Lemarie reçoivent la médaille militaire. Par décret du , le soldat de première classe Marcel Amaru et le soldat Jacky Humblot sont décorés de la médaille militaire.
Une voie d'Angoulême, sa ville natale, porte le nom de Jacky Humblot.
En 2016, un musée est créé à Bordeaux par le sergent-chef Quintana, dans la caserne Nansouty, en hommage à ce fait d'armeshttps://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2016/03/31/pont-de-vrbanja-15927.html.
Le , une cérémonie commémorative rappelle le anniversaire de l'assaut..