Jacques de Boutier (ou Bouthier) de La Cardonnie, dit le « chevalier de La Cardonnie », né le ou en 1727 à Villeneuve-d'Agen, en Lot-et-Garonne et mort en à Plymouth, Saint-Domingue, est un officier de marine et aristocrate français du .

Biographie Origines et famille Il est le deuxième fils de Denis de Boutier, seigneur de Majajouls, de Catus et de La Cardonnie (v. 1700-av. 1784) et de Jeanne Clairy, dame de Clévis (v. 1688- av. 1784). Son frère aîné, Jean de Bouthier, chevalier de Saint-Sernin naît en 1722.

Carrière dans la Marine du Roi Garde de la Marine pendant la guerre de Succession d'Autriche (1744-1748) À dix-sept ans, il fait ses débuts dans la Marine royale, comme volontaire sur les frégates L'Amphitrite et La Mégère, commandées par M. Le Vassor de la Touche et armées en course pour effectuer une croisière en Amérique. Il est à la descente d'Anguilla (1745), enseigne de la compagnie de M. de Clairefontaine, tué lors de l'attaque meurtrière de cette île anglaise. Le drapeau, qu'on lui avait confié, est le seul rapporté à bord, et sa conduite, durant cette campagne, lui vaut les éloges de M. de la Touche auprès de Maurepas, qui le juge digne de figurer à la tête de la promotion des gardes de la Marine, du .

Le , le chevalier de Conflans, avec les vaisseaux Le Terrible, Le Neptune, de 74 canons, L'Alcion, de 50 canons, et La Gloire, de 46 canons, sort de la rade de l'île d'Aix, escortant un convoi de 230 voiles. C'est sur L'Alcion, commandant de Chauvereau, qu'est alors embarqué La Cardonnie, en qualité de garde de la Marine. La flotte mouille, le , à la Caye Saint-Louis, à Saint-Domingue, et en repart, le , avec les navires marchands destinés pour le Petit-Goave et pour le Cap Français. En doublant le cap Saint-Nicolas, Conflans rencontre l'escadre anglais de l'amiral Davers ; composée de 5 vaisseaux de guerre, dont un de 80 canons, deux de 70 canons, un de 60 canons et un de 40 canons, avec une frégate de 20 canons et huit à dix navires corsaires. D'après Étienne Taillemite, l'escadre anglais était commandée par le commodore Cornelius Mitchell et non pas l'amiral Davers.

Par la suite de la manœuvre de la flotte anglaise pendant les journées des 14 et , M. de Conflans s'aperçoit que l'amiral Davers n'avait d'autre objectif que de tâcher de rompre la flotte française pour donner l'occasion à ses corsaires de faire de nombreuses prises. Quoique inférieur en nombre, il se résout, le , à aller attaquer son adversaire avec les vaisseaux Le Terrible, Le Neptune et L'Alcion, laissant La Gloire et la frégate Le Zéphir, qu'il avait jointe au Petit-Goave, pour garder les navires marchands contre les tentatives des corsaires.

M. de Conflans met toutes voiles dehors, l'ennemi cherchant plutôt à l'éviter. Comme Le Terrible par sa marche avantageuse gagne le premier l'escadre anglaise, M. de Conflans se bat, durant trois quarts d'heure contre cinq vaisseaux ; mais Le Neptune s'étant approché pour délivrer Le Terrible du feu trop vif qu'il essuyait, les deux navires continuent le combat. L'Alcion n'arrive qu'à la fin et ne tire que quelques coups. Un de ses canons, en éclatant, blesse 11 hommes, parmi lesquels M. de Concise, enseigne de vaisseau.

M. de Conflans se dirige vers le Cap Français, sans être inquiété par l'amiral Davers, qui reste trois jours et demi avant de réapparaître.

Dans la nuit du 11 au , un grain de vent et de pluie survient et Chauvereau perd de vue M. de Conflans. Il ouvre le paquet contenant ses instructions et y voit que, en cas de séparation de l'escadre, il devait gagner la baie de Chibouctou, sur les côtes de l'Acadie, et se placer sous les ordres du duc d'Anville. Il gouverne en conséquence, mais ses efforts sont vains, son bâtiment prenant l'eau. Le , ayant jugé opportun de revenir en France, il fait une prise estimée à , un navire anglais appelé Convener. À bord, se trouve une personne qui attire son attention. Il s'agit de Jean Edgart, fils d'Alexandre Edgart, de Kesthouken, en Écosse. Celui-ci, trop âgé pour suivre le prétendant Charles Édouard Stuart, avait sacrifié son fils unique à la cause royale. Jean Edgart avait assisté à tous les combats qui avaient eu lieu, mais la petite armée de Charles Édouard Stuart ayant été battue à Culloden (27 avril 1746), pour éviter d'être recherché et poursuivi par les troupes anglaises, il s'était sauvé comme domestique d'un seigneur de ses amis qui allait à Londres et avait pris passage sur le Conever, alors en partance pour la Virginie. Chauvereau se montre plein d'attention pour son prisonnier ; à Rochefort, il lui fait donner une chambre, et pourvoit à tous ses besoins, en attendant qu'il lui trouve un emploi au service du roi de France. La sort du prétendant n'ayant pas été plus heureux. Voltaire écrit . Pour Étienne Taillemite, le vaisseau anglais capturé est le HMS Severn, de 50 canons, dans le sud-ouest des Sorlingues, le (et non le 22).

L'année suivante, L'Alcion était au Canada avec le marquis de l'Estenduère, mais il ne prend pas part au combat du 25 octobre 1747, livré contre l'amiral Hawke. En 1748, il est affecté aux batteries positionnées le long de la côte du Poitou.

Travaux de cartographie dans les Indes occidentales (1748-1756) M. d'Orvilliers, commandant de la compagnie des gardes de la Marine à Rochefort (1749), jugeant l'application et les progrès de La Cardonnie dignes d'un avancement prématuré, le demande au ministre, de la façon la plus marquée et la plus pressante. Déjà M. de Macnamara, le prédécesseur d'Orvilliers (1748), s'était exprimé sur ce jeune marin : Il reçoit un brevet d'enseigne de vaisseau le .

Venu étudier à l'Observatoire de Paris pendant quatorze mois (1751-1752), pour y perfectionner ses connaissances théoriques, La Cardonnie reçoit les témoignages les plus flatteurs des membres de l'Académie des sciences. En 1753, M. Rouillé l'envoie à Saint-Domingue, dans le but d'observer le passage de Mercure sur le soleil, le , et de constater la longitude mal connue de cette île. Il lève le plan des débouquements des îles Turques-et-Caïques, et celui de Crooked Island, travail d'une grande importance, vu la quantité de vaisseaux que le commerce perdait chaque année dans ces parages. Pendant trois ans, son service est des plus pénibles sur l'Illustre un bateau du roi armé en guerre, il croise alors sans cesse contre les navires interlopes et les forbans. Il fait ses relevés en compagnie du lieutenant Jacques de Ruis-Embito et Barassé.

À la demande du duc d'Aiguillon (1756), il est choisi pour diriger, de concert avec un ingénieur, les fortifications de l'île d'Ouessant, et de la mettre en sûreté contre les attaques anglaises. Ses plans sont approuvés et exécuté sans aucun changements. De plus, malgré la saison avancée, et les écueils dont cette île est entourée, il propose d'en retirer de troupes qui manquaient de vivres. Aucun pilote de Brest n'ayant voulu accepter cette mission.

La guerre de Sept Ans (1756-1763)

L'expédition le long des côtes d'Afrique (1756) En 1756, le roi approuve le projet d'une double opération à exécuter sur les côtes de Guinée et d'Angola, par une escadre séparée en deux divisions : l'une commandée par le comte de Kersaint ; l'autre, par le chevalier de Caumont, montant le vaisseau le Saint-Michel, et ayant avec lui la frégate L'Améthiste, commandée par d'Herlye. La Cardonnie remplit les fonctions de second sur L'Améthiste. M. de Caumont est alors spécialement chargé de parcourir rapidement la côte d'Angola pour y surprendre les bâtiments anglais se livrant à la traite négrière, et de détruire leurs établissements, s'il le pouvait. MM. de Kersaint et de Caumont devaient ensuite se réunir à l'île du Prince, avec toutes les prises faites conjointement, ou séparément, et les conduire à la Martinique.

Avec deux chaloupes armées, La Cardonnie attaque en plein jour et enlève, l'épée à la main, deux vaisseaux négriers de 14 canons chacun. MM. de Caumont et d'Herlye, voyant le feu prodigieux de ces deux navires, donnent l'ordre à leur subordonné d'abandonner son entreprise ; il n'en tient pas compte et justifie sa désobéissance par le succès. L’Améthyste se bat une seconde fois au cours de cette campagne, pendant huit heures, contre la Victoire de Londres, une frégate de 44 canons, au mois de .

De retour en France, M. d'Herlye témoigne au ministre M. de Moras sa satisfaction sur la manière dont La Cardonnie l'avait secondé, et joint ses instances à celles de M. de Caumont, pour lui faire obtenir la Croix de Saint-Louis. Il ne recevra pas cette distinction avant plusieurs années encore, mais il est néanmoins promu au grade de lieutenant de vaisseau, le .

Combats en Inde et dans les Antilles (1756-1762) La Cardonnie reste trois années consécutives dans l'Inde, avec L'Illustre, commandant Jacques de Ruis, sous les ordres de M. Froger de l'Éguille. Il est au combat du 10 septembre 1759, sur la côte de Coromandel. Le chevalier de Ruis ayant été blessé presque au commencement de l'action, La Cardonnie se retrouve second de L’Illustre qui combat seul contre le vice-amiral Pocock et ses trois vaisseaux. C'est grâce aux mesures qu'il avait prises pour exercer l'équipage, que celui-ci s'était montré si bien préparé à soutenir un engagement aussi inégal. Enfin, en 1759, il sauve à l'Isle de France le vaisseau Le Zodiaque (74), qu'un ouragan avait jeté à la côte et que l'on croyait perdu.

Il est reçu chevalier de Saint-Louis, le . La campagne de La Cardonnie sur La Diligente, commandant de Bory (1762), n'est pas brillante. L'escadre de M. de Blénac retourne à Brest après avoir vu La Martinique tomber aux mains des Anglais, sans avoir pu la secourir à temps. La diversion que M. de Bory avait reçu l'ordre d'opérer sur la Jamaïque n'a pas de suite.

Nouvelles missions de cartographie aux Antilles (1764-1768) Se trouvant en Guyane française, où il commande la flûte Parham (1764), La Cardonnie trouve le moyen, que l'on cherchait en vain depuis six mois, de procurer au vaisseau hollandais Niebourg, la sortie du port de Cayenne, opération difficile pour un aussi gros bâtiment. L'ambassadeur de Hollande à la cour de France en remercie chaudement M. de Choiseul. Dans ce même port, sans son activité et son intelligence, deux navires de commerce, emportés par la rapidité du courant, seraient allés s'abîmer sur la côte. MM. de Fiedmont et de Maurice, commandant et commissaire de la colonie, se rendent à son bord pour le féliciter. La Cardonnie reçoit un brevet de capitaine de frégate le .

Après avoir été nommé premier aide-major à Brest le , poste qu'il occupe jusqu'au , La Cardonnie retourne aux îles d'Amérique à bord de la corvette Bergère (1768), pour y achever sa carte sur les débouquements de Saint-Domingue ; mais les troubles survenus dans cette colonie le retiennent près de 6 mois aux Cayes et l'empêchent de poursuivre le cours de ses travaux, qu'il ne peut reprendre qu'en . En dépit d'obstacles multiples, il continue les observations qu'il avait déjà faites autrefois et présente une carte, en état d'être gravée, du débouquement anglais de Crooked Island.

thumb|right|Don Antonio María de Bucareli y Ursúa, gouverneur de Cuba. En revenant en France, il passe, selon ses instructions, par le canal de Bahama, sur lequel il devait prendre le plus de renseignements possible, et consulter les marins les plus expérimentés. Ayant mouillé à La Havane pour remplacer une ancre perdue, toute communication avec la terre lui est interdite par le gouverneur, don Antonio María de Bucareli y Ursúa, qui lui écrit le une lettre assez curieuse, qui révèle un des côtés de la politique étrangère espagnole au .

Onze jours auparavant, conduits par le lieutenant-général étaient partis de La Havane pour aller soumettre les habitants de la Louisiane.