Section spéciale est un film de procès franco-italo-ouest-allemand réalisé par Costa-Gavras, sorti en 1975Allociné.com, Section spéciale.. Le film relate la création par le gouvernement de Vichy d'une Cour spéciale pour juger les résistants ou présumés tels.

Synopsis En , Hitler attaquant l'URSS, met fin au Pacte germano-soviétique. Les communistes français entrent alors dans la phase de la résistance armée.

Le , un jeune militant communiste abat dans le métro parisien un militaire allemand, l'aspirant de marine Alfons MoserL'aspirant Moser était un simple assistant d'intendance.. Cet épisode est connu sous le nom d'« attentat du métro Barbès »..

Redoutant les représailles allemandes dans la population parisienne, le gouvernement de Vichy décide de prendre les devants. Avec l'aval de l'amiral Darlan (vice-président du Conseil), Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur, propose au Conseil des ministres présidé par le maréchal Pétain, d'adopter une loiÀ ce moment, Pétain exerçait le pouvoir législatif en Conseil des ministres. d'exception pour juger, dans le but d'obtenir une condamnation à mort, six Français en échange de la vie de l'aspirant Moser, et ainsi satisfaire la marine de guerre allemande. Ces six accusés seront choisis parmi les ennemis ou les indésirables du régime de Vichy : communistes et Juifs.

Autour de la table, outre Pétain, Darlan et Pucheu, Joseph Barthélemy, ministre de la Justice, le général Huntziger, secrétaire d'État à la Guerre, le général Bergeret, secrétaire de l'Air, Yves Bouthillier, ministre de l'Économie

Pétain laisse faire Pucheu, mais Barthélemy se cabre, puis finit par se soumettre aux injonctions du maréchal ; les autres ministres suivent. Il parvient à recruter les magistrats, souvent des anciens combattants et ceux souhaitant finir à de meilleures fonctions.

Cette loi d'exception doit être rétroactive (puisque les condamnations doivent être prononcées et exécutées dans les plus brefs délais), si bien que les ministres, peu habitués à ce type d'exercice, la signent en laissant un article entier en blanc, lequel article sera plus tard rédigé à Paris par le procureur de l'État Maurice Gabolde avant sa publication au Journal officiel. Outre son caractère rétroactif, cette loi a ceci de particulier que les condamnations n'ont pas à être motivées, et qu'aucun recours n'est possible ; elle attribue compétence à des « sections spéciales » de la cour d'appel (d'où le titre du film).

Après la mascarade législative (la loi est même antidatée pour donner l'impression qu'elle a été adoptée avant l'attentat) et la parodie de justice (un des prévenus a déjà été jugé, ce qui viole la règle du Non bis in idem), s'engage alors une double course contre la montre : du côté des autorités françaises pour faire guillotiner les six prévenus, parfois contre leurs convictions, et du côté de la défense pour les sauver, notamment via un recours en grâce introduit auprès du chef de l'État, le maréchal Pétain, celui-là même qui a signé la loi.

Le carton indique que les allemands ont fait fusiller trois résistants gaullistes au lieu des trois . Ces derniers et les autres condamnés sont exécutés ou morts en déportation. Il est rajouté que les magistrats ayant participé à ces juridictions d'exception n'ont pas été sanctionné en s'achevant ainsi : .

Fiche technique Titre original français : Section spéciale Réalisation : Costa-Gavras, assisté de Denys Granier-Deferre et Jean-Michel Lacor Scénario : Costa-Gavras et Jorge Semprún, d'après L'Affaire de la Section Spéciale de Hervé Villeré Décors : Max Douy Costumes : Hélène Nourry Photographie : Andréas Winding Son : Harald Maury et Jacques Maumont Montage : Françoise Bonnot Musique : Éric Demarsan Production : Gérard Crosnier (exécutif), Jacques Perrin, Giorgio Silvagni (producteurs) et Claude Heymann (associé) Sociétés de production : Reggane Films, Les Productions Artistes Associés, Goriz Films et Janus Film Société de distribution : Les Artistes Associés (France) Pays de production : , et Langues originales : français, anglais et allemand Format : couleur (Eastmancolor) - 35 mm - 1,66:1 - son mono Genre : drame historique Durée : 110 minutes Dates de sortie : France : Suisse : Italie : Allemagne de l'Ouest : Affiche : René Ferracci (France)

Distribution Hommes politiques et hauts fonctionnaires Michael Lonsdale : Pierre Pucheu, le ministre de l'Intérieur Louis Seigner : Joseph Barthélemy, le garde des Sceaux François Maistre : Fernand de Brinon, le délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés Roland Bertin : Georges Dayras, le secrétaire général du ministère de la Justice Ivo Garrani : l'amiral François Darlan, vice-président du Conseil Henri Serre : le préfet Jean-Pierre Ingrand, délégué du ministère de l'Intérieur en zone occupée Pierre Risch : Lucien Romier, un ministre d'État Hugh Morton : l'amiral William Leahy, l'ambassadeur des États-Unis Rick Neilan : l'assistant de l'ambassadeur des États-Unis René Eyrouk : José Félix de Lequerica, l'ambassadeur d'Espagne Jean-Marie Robain : le général Jean Bergeret, secrétaire d'État à l'Aviation Henri Marteau : Henry du Moulin de Labarthète, le directeur du cabinet civil du maréchal Pétain

Magistrats et avocats Pierre Dux : Raoul Cavarroc, le procureur général Jacques François : Maurice Gabolde, le procureur de l'État français Claudio Gora : Francis Villette, le premier président de la cour d'appel Claude Piéplu : Michel Benon, le président de la Section spéciale Jacques Perrin : Roger Lafarge, l'avocat d'Abraham Trzebrucki Michel Galabru : le président Jean Cournet Julien Guiomar : le substitut général Maurice Tetaud, le « réfractaire » Jean Bouise : René Linais, le conseiller Hubert Gignoux : Maurice Cottin, le juge « en noir » Julien Bertheau : l'avocat général Victor Dupuich, chef du Service central du Parquet Jacques Ouvrier : Robert Baffos, le conseiller Alain Nobis : Paul Larricq, le conseiller Jean Champion : l'avocat général Léon Guyenot Maurice Teynac : le substitut général Lucien Guillet Robert Benoit , l'avocat de Léon Redondeau Gilbert Brandini : , l'avocat de Lucien Sampaix Jean-François Gobbi : Hild, l'avocat de Bernard Friedmann Patrick Lancelot : , l'avocat d'André Bréchet Jean-Pierre Miquel : Alec Mellor, l'avocat d'Émile Bastard Louis Daquin : le bâtonnier Étienne Carpentier du Barreau de Paris Claude Vernier : le président Baudry de la douzième Chambre du Tribunal de la Seine Jacques Mathou : , l'avocat d'Octave Lamand Patrick FeigelsonNon crédité au générique. : un avocat

Les Allemands Heinz Bennent : le major Boemelburg Hans Richter : le général Otto von Stülpnagel, Militärbefehlshaber Romain Bouteille : le sergent Hans Gerecht, tankiste allemand dans le métro Daniel Breton : l'aspirant auxiliaire de la Marine Alfons Moser Dagmar Heller : la secrétaire du major Boemelburg Willy Schultes : Jonathan Schmid, chef de l'état-major d'administration

Les Résistants Jacques Spiesser : Pierre Georges, dit Frédo (plus tard le colonel Fabien) Patrick Raynal : Pierre, le résistant porte-drapeau Michel Caccia : un résistant Denis Le Guillou : Henri Gautherot, un des deux manifestants exécutés Jean-Gabriel Nordmann : Robert Gueusquin, le résistant citant Engels et accompagnant Frédo au métro Pierre-François Pistorio : un résistant Nathalie Roussel : une résistante Gilles Tamiz : Samuel Tyszelman, un des deux manifestants exécutés Yves Wecker : Fernand Zalkinow, un résistant accompagnant Frédo au métro Éric Laborey : Gilbert Brustlein, le résistant qui aide Frédo au métro Didier Albert : un résistant Carole Lange : une résistante

Les prévenus Bruno Cremer : Lucien Sampaix, le journaliste ancien secrétaire général de L'Humanité Yves Robert : Émile Bastard, l'un des condamnés à mort Jean-Denis Robert : Émile Bastard jeune Guy Rétoré : André Bréchet, l'un des condamnés à mort Jacques Rispal : Abraham Trzebrucki, l'un des condamnés à mort Éric Rouleau : Bernard Friedmann Guy Mairesse : Léon Redondeau

Autres rôles Yvon Leenart : le chef d'orchestre Vincent Darconat : un chanteur d'opéra André Simon : un chanteur d'opéra Jacques Mars : un chanteur d'opéra Jacques Monnet : l'annonceur de l'opéra Eva Simonet : Marguerite-Marie, la fille et secrétaire du garde des Sceaux Claude-Emile Rosen : le vieux monsieur en fauteuil roulant lors de la manifestation Nicole Desailly : la compagne du bourreau Serge Marquand : André Obrecht, le premier adjoint de l'Exécuteur Maurice Dorléac : Jules-Henri Desfourneaux, l'Exécuteur en chef des arrêts criminels Maurice Baquet : Marcel Parinet, un secrétaire du Parquet général Bernard Zacharias William Sabatier : le fonctionnaire de la préfecture Rachel Salik : la mère de Lafarge János Gönczöl : le père de Lafarge Thérèse Liotard : la sœur de Lafarge Fanny Delbrice : la compagne du président Benon Roland Monod : le commissaire René de la Brigade Spéciale procédant à l'interrogatoire de Bréchet Agnès Château : Pauline, la compagne d'Émile Bastard Yves Montand, Bob Castella et Costa-Gavras : des miliciens mangeurs de soupe

Production

Lieux de tournage Paris : manifestation boulevard de Bonne-Nouvelle, puis fuite des manifestants rue de la Lune et rue de Cléry (ou rue Beauregard, ces deux rues se confondent en arrivant boulevard de Bonne-Nouvelle) Parvis de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre Station de métro Barbès - Rochechouart Flash-back au parc Monceau et au square Rapp lors de l’interrogatoire d’Émile Bastard au procès. Allier Vichy, hôtel du Parc

Distinctions Prix de la mise en scène ex aequo pour Costa-Gavras au Festival de Cannes 1975. Nommé au Golden Globes du Meilleur film étranger en 1976. Troisième meilleur film étranger au National Board of Review 1975.

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Analyse

Section spéciale s'inscrit dans le cycle des films politiques de Costa-Gavras : Z (1969), L'Aveu (1970), État de siège (1972), ainsi que le film d'Henri Verneuil, I... comme Icare (1979) tous les quatre avec Yves Montand dans le rôle principal, alors qu'ici ce dernier n'apparaît que de manière fugace. Ces films ont pour fil conducteur les rapports entre le monde politique et la justice, et Section spéciale n'y fait pas exception. Cependant, contrairement à ses prédécesseurs, Section spéciale n'est pas une demi-fiction réalisée au départ d'événements réels, mais une reconstitution minutieuse d'événements historiques, essentiellement établie d'après l'œuvre de Hervé Villeré qui s'est basé non pas sur les archives judiciaires françaises mais sur des archives allemandes.

L'affaire des sections spéciales sera pour beaucoup dans la condamnation à mort de Pierre Pucheu à Alger, en mars 1944Pierre Pucheu, Ma Vie, éd. Amiot-Dumont, Paris, 1948.. Elle constitue une base de départ pour une discussion à caractère historique sur la politique de collaboration : les collaborateurs y voyaient un moyen de limiter les représailles des Allemands, et surtout de diriger celles-ci vers des Français « d'une moindre qualité » ; les partisans de De Gaulle lui reprochaient non seulement de soumettre la Justice française à l'occupant, mais surtout d'établir d'odieuses distinctions entre Français.