La spéléologie (du grec ancien , « grotte » et , « discours, raison, parole »)Le terme « spéléologie » fut créé en 1890 par le préhistorien Émile Rivière (voir : ). est l'activité qui consiste à rechercher, , explorer, étudier, cartographier ou visiter les cavités souterraines, naturelles, anthropiques ou artificielles, puis à partager ses connaissances. Celui qui pratique ainsi est appelé spéléologue.

La spéléologie est donc une activité à multiples facettes : scientifique, sportive, technique, contemplative. Elle se pratique principalement dans les régions karstiques. Cependant les spéléologues s'intéressent aussi aux cavités tectoniques, volcaniques (tunnels de lave), glaciaires qualifiées de « pseudokarstiques ». Les cavités anthropiques (carrières souterraines, habitat troglodytique, souterrains…), peuvent également faire l'iobjet d'investigations.

La spéléologie se pratique en milieu sec ou aquatique. Lorsqu'il est totalement immergé, le spéléologue est alors appelé « spéléoplongeur » ou « spéléonaute ».

Il n'est pas indispensable de pénétrer sous terre pour apporter une contribution utile à la spéléologie, dans ses aspects scientifiques, sportifs, techniques ou associatifs.

Pour des renseignements concernant la spéléologie en tant que sport, consulter techniques spéléologiques.

Contexte francophone Différemment de l'acception anglo-saxonne du mot « speleology » qui désigne des activités principalement scientifiques, alors que le côté sportif s'exprime par « caving », la spéléologie au sens francophone recouvre aussi bien les activités sportives, de loisir, voire de tourisme que les activités scientifiques et d'exploration.

Certains puristes, pratiquant essentiellement la prospection, la désobstruction et la spéléologie d'exploration, préfèrent employer le terme de « spéléiste », voire celui de « touriste », pour désigner les seuls adeptes du sport (« caving » ou « spelunking » en anglais), ou du loisirSchut, P.-O. (2006) - « Spéléologie et spéléisme. De la science au plein air (1930-1945) », Staps , Université du sport de Besançon, ; en particulier on peut y lire page 102 une citation de Robert de Joly : « On abuse même du qualificatif de spéléologue utilisé pour désigner un simple excursionniste du dimanche pénétrant sans matériel et sans connaissance particulière dans une caverne ! C'est probablement pourquoi le savant professeur R. Jeannel voudrait qu'on nomme ces derniers tout simplement des spéléistes ! Il n'a pas tort. »..

Le canyonisme relève de techniques et d'activités proches de la spéléologie. Les entraînements se pratiquent également dans des structures artificielles (parfois indoor) reconstituant le milieu.

Plus récemment, les visites à tendance sportive de cavités pas ou peu aménagées, organisées à but lucratif, sont désignées par les mots anglais « trekking » ou « safari », par analogie avec la randonnée ou la chasse ; on parle aussi de « via souterrata »Par exemple, Via souterrata de Caille sur la Côte d’Azur. par analogie aux parcours de via ferrata.

Enfin, depuis le milieu des années 2000, également sous l'influence anglo-saxonne, une activité de découverte ludique se développe au voisinage ou dans les entrées de grottes, dans le cadre du géocaching. Lorsque cette activité est pratiquée plus profondément dans les cavités souterraines, par des adeptes non formés à la spéléologie, elle entraîne alors un risque pour l'environnement souterrain et pour la sécurité des pratiquants.. vignette|gauche|Spéléologue à l'entrée d'une grotte. En France

Le comité directeur de la Fédération française de spéléologie a proposé, le , une définition partagée de la spéléologie qui débute par le résumé suivant. :

En outre, la Fédération française de spéléologie compte un nombre croissant d'adeptes de la descente de canyonEn 2013 35,3% des licenciés à la F.F.S. pratiquent la spéléologie et le canyonisme, 4,7 % pratiquent uniquement le canyonisme (in : Le Descendeur , F.F.S., 2014, Lyon, ). En 2014 34,98 % des licenciés pratiquent la spéléologie et le canyonisme, 5,12 % pratiquent uniquement le canyonisme (in : Le Descendeur , F.F.S., 2015, Lyon, ). En 2015 36,69 % des licenciés pratiquent la spéléologie et le canyonisme, 5,12 % pratiquent uniquement le canyonisme (in : Le Descendeur , F.F.S., 2016, Lyon, ) : Le Descendeur, bulletin d'A.G. de la F.F.S...

Naissance de la spéléologie vignette|droite|redresse|Édouard-Alfred Martel, l'un des fondateurs de la spéléologie moderne.

De tous temps, l'homme a fréquenté les cavernes pour trouver abri et protection, puis pour se rapprocher de ses dieux et croyances.

La fréquentation plus moderne des cavernes est issue des mythes, comme de la curiosité mêlée de la science issue du siècle des Lumières. Puis, les romantiques en font une mode ; plus tard encore, les aventuriers du s'avisent du « conservatoire » privilégié que constitue la caverne.

La naissance de la spéléologie est liée au développement des sciences en Europe au siècle des Lumières : « L'étude des grottes ou cavernes, tel est en effet l'objectif de la spéléologie, qui commence, en tant que branche spéciale, à revendiquer une petite place parmi les subdivisions déjà si nombreuses des sciences physiques et naturelles, place justifiée par l'extension des recherches et trouvailles souterraines de toute nature ».

L’exploration méthodique des cavités va commencer dans la partie slovène de l’empire austro-hongrois. Arenstein et Freyer explorent les cavités de la Carniole à partir de 1778. En 1841, Lindner explore la Grotta gigante et atteint le fond de Trebiciano, ou Trebic (-322), après onze mois de travaux. Entre 1850 et 1857, Adolf Schmidl explore la grotte d'Adelsberg (grotte de Postojna) et les cavités avoisinantes. En 1853, il publie Zur Höhlenkunde des Karstes (Die Grötten und Höhlen von Adelsberg, Lueg, Planina und Laas), que Édouard-Alfred Martel reconnaît être la première description remarquable d’une caverne. Ce livre en fait le fondateur de la spéléologie moderne.

En 1850, Édouard-Alfred Martel commence sa prodigieuse carrière avec explorations et 922 références de publication. Malgré certaines réserves sur les théories qu’il a émises, son œuvre en fait la grande référence en spéléologie. Robert de Joly, Norbert Casteret, Pierre Chevalier et d'autres seront ses continuateurs les plus connus en France (voir la partie historique de la Fédération française de spéléologie).

Le premier Institut de spéléologie au monde est créé en 1920 à Cluj (Roumanie) par le biologiste Émile Georges Racovitza.

Conquête des gouffres Le développement des techniques et des matériels est allé de pair avec l'exploration progressive de cavités de plus en plus complexes et profondes. Cette conquête de l'espace souterrain a été menée par les spéléologues de différents pays, œuvrant en parallèle ou ensemble dans le cadre de coopérations internationales. Il faut cependant mentionner la grande part des spéléologues français dans l'évolution des techniques d'exploration.. On ne peut oublier Robert de Joly, Georges Marbach et Jean-Claude Dobrilla. pour leurs publications sur le sujet.

Conquête des gouffres en Belgique

Conquête des gouffres en France

Conquête des gouffres en Suisse

Conquête des gouffres majeurs dans le monde vignette|droite|redresse=2.6|Plan schématique du réseau de la Dent de Crolles, plus profonde cavité mondiale de 1944 à 1947.Les couleurs correspondent aux différents niveaux, le Guiers Mort étant le point 0 ; le bleu représente la rivière : niveau 0 à ; le jaune (le Métro) le niveau +100 à ; le rouge (le boulevard des Tritons) le niveau +140 à ; le vert (Glaz-Annette) le niveau .Le dénivelé entre l'entrée la plus haute, le gouffre Bob Vouay (), et la grotte du Guiers Mort est de .

Historique des records de profondeur

Les premiers grands gouffres connus furent explorés dans l'empire austro-hongrois : Macocha (-138) et Trebic (-322), devenu Trebiciano. De grandes explorations furent conduites aussi en Suisse et en Autriche.

L'Italie détint ensuite le record avec l'Antro di Corchia (-480), avant que la France ne commence une longue domination en 1944 avec le gouffre de la Dent de Crolles ( de dénivellation). Le record mondial de profondeur atteinte dans une cavité naturelle est resté en France jusqu'en 2003, avec le gouffre Berger, le gouffre de la Pierre-Saint-Martin, le gouffre Jean-Bernard, le gouffre Mirolda.

Depuis 2004 cependant, les plus grandes profondeurs atteintes par des spéléologues en cavité naturelle se situent dans deux gouffres d'Abkhazie, province occidentale sécessionniste de la Géorgie. Dans ces cavités remarquables du Caucase occidental, la profondeur mythique de a été atteinte et même dépassée par des équipes internationales de spéléologues, notamment des Russes et des Ukrainiens.

De 2001 à 2018, les explorations se sont succédé dans le gouffre Krubera-Voronja, malgré les difficultés physiques et politiques rencontrées ; elles ont donné lieu à la série de records suivants : en , la cote de est atteinte au fond d'un puits s'ouvrant dans la Chamber of Soviet Speleologis (en français : salle des spéléologues soviétiques) ; en , les cotes de puis sont atteintes dans la même cavité, beaucoup plus loin dans deux siphons suspendus des branches sud-ouest puis sud-est du réseau ; en , la profondeur atteinte à l'extrême sud-est du réseau, dans la salle Gra Skinchylas (en anglais : Game over, en français Fin du jeu), était de , dépassant pour la première fois la barrière mythique des ; en , la profondeur passait à , en siphon, dans la branche s'orientant plein nord depuis les Vikna Series ; en août-, plus loin dans le même siphon, un nouveau record est atteint à ; parmi les 50 spéléologues de l'expédition, pour la plupart ukrainiens, les trois hommes qui ont atteint le dernier palier furent l'Ukrainien et chef de l'opération Yuri Kasyan, assisté de Gennadij Samokhin de Simferopol et de Yuri Evdokimov de Moscou. en , la profondeur de . ou . est atteinte dans le gouffre de Krubera-Voronya, et des collemboles Plutomurus ortobalaganensis sont découverts à près de de profondeur..

À partir de 2017, les efforts se portent sur une cavité voisine nommée gouffre Veryovkina (, ) : une expédition du au organisée par les clubs russes Perovsky Club teams et Perovo-spéléo a atteint la profondeur de dans ce gouffre Aleksandra Verovkina (ou Verevkina Cave en anglais), située également en Abkhazie sur le massif d'Arabika. ; une expédition avec sondage du siphon terminal à en a amené la profondeur de cette même cavité au nouveau record de ...

Listes de cavités majeures Plus généralement, la liste des cavités remarquables par leurs dimensions s'accroît d'année en année, au fil des explorations.

Certaines parties verticales de cavités naturelles, appelées « puits » dans le jargon spéléologique, peuvent atteindre des profondeurs de plusieurs centaines de mètres.

De grandes profondeurs sont également atteintes en zones noyées, appelées siphons.

Enfin, les cavités dans la glace (moulins) et les cavités pseudokarstiques (dans le gypse, le basalte) sont aussi explorées par les spéléologues.

Spéléologie et société Aujourd'hui la spéléologie se pratique également comme un loisir de nature, démocratisé, où certaines cavités deviennent des « classiques », topographiées par les spéléologues mais visitées aussi bien par les spéléologues que par des centres de vacances, des familles ou des professionnels de l'industrie du loisir avec leurs clients.

À côté de cette pratique touristique et de loisir, le spéléologue est porteur d'une éthique, formulée notamment par la Fédération française de spéléologie (FFS) et par l'Union internationale de spéléologie (UIS). Il contribue ainsi à la connaissance et à la protection du patrimoine souterrain. Il devient alors un véritable acteur concret du développement durable.