Golden Brown est une chanson du groupe de rock britannique The Stranglers, sortie en single en 1982 sur le label Liberty, filiale de EMI. Il s'agit du deuxième extrait de l'album La Folie. Les paroles sont écrites par le guitariste Hugh Cornwell et la musique par Dave Greenfield et Jet Black. Ode à l'héroïne et aux femmes, ses arrangements acoustiques et son rythme de valse en font un titre intemporel. Il a la particularité, rare dans les années 1980, d'être interprété principalement au clavecin.

À l'époque de sa sortie, Golden Brown se classe dans les charts britanniques et représente toujours, pour le groupe, le titre qui a rencontré le plus grand succès mondial. C'est également le disque de la résurrection après une période difficile sur le plan artistique (aucun de leurs six 45 tours précédents n'est rentré dans le ), financier (ils sont sortis ruinés de l'enregistrement du précédent album) et personnel (prison, mort de proches).

Genèse Au début de l', quand les Stranglers commencent à écrire leur sixième album, La Folie, ils ont désespérément besoin d'un hit. Leur précédent opus The Gospel According to the Meninblack, sorti en et dont l'enregistrement leur a coûté très cher, est un échec commercial. Par conséquent, les relations se dégradent avec leur nouvelle maison de disques, EMI qui vient de racheter United Artists, le label avec lequel ils avaient signé leur premier contrat en 1976.

Réunis chez Jet Black, dans le sud-ouest de l'Angleterre, ils travaillent sur leurs nouvelles compositions pendant six semaines. Parmi ces titres, Golden Brown va connaître un succès inespéré. Sa genèse - comme ses arrangements - est plutôt atypique pour le groupe : d'une part, c'est l'une des rares compositions du claviériste Dave Greenfield et du batteur Jet Black, d'autre part, elle est issue d'une mélodie que le premier a essayé à plusieurs reprises et sans succès d'insérer dans d'autres titres des Stranglersen particulier Second Coming qui se trouve sur le , The Gospel According to the Meninblack comme le révèle Hugh Cornwell dans : .

C'est Hugh Cornwell qui, en l'entendant hors de tout contexte, a l'idée d'en faire une chanson à part entière. Il raconte : Hugh Cornwell écrit alors les paroles en dix minutes.

Enregistrement thumb|Le producteur Tony Visconti en 2007. Les Stranglers vont ensuite enregistrer l'album au studio The Manor qui appartient à Richard Branson, le PDG de Virgin. L'enregistrement a lieu du au . La Folie est produit, comme le précédent, par le groupe aidé de l'ingénieur du son Steve Churchyard.

Il est mixé à Londres, aux studios Good Earth, par un producteur réputé, Tony Visconti, qui vient de produire David Bowie pour la neuvième fois (Scary Monsters, 1980). Le choix s'est porté sur lui à cause de son travail sur les voix qui est jugé excellent par le groupe. Or, comme le dit Hugh Cornwell,

Tony Visconti ne croit pas à Golden Brown, jugeant que la chanson . Néanmoins, à la demande du groupe, il y consacre le temps qu'il passe d'habitude sur les chansons qui sont susceptibles de rencontrer le succès.

Parution et classement des ventes L'album La Folie sort le au Royaume-Uni, précédé par la sortie d'un premier , Let me Introduce you to the Family, le . À l'origine, Golden Brown n'était pas destiné à devenir un single ; seul Jet Black y croyait. Mais quand les DJ anglais commencent à le programmer régulièrement à la radio, il fait pression sur leur maison de disques pour qu'elle le sorte.

Le label londonien EMI est réticent à l’idée de sortir le titre, jugé atypique au regard des succès de l'époqueDans la semaine de sa sortie, le anglais est composé soit de titres très pop issus de la jeune garde (Human League est avec Don't You Want Me, on trouve aussi Madness, Adam and the Ants), soit de titres de rock classique sortis par des artistes plus vieux (Cliff Richard, Status Quo, Foreigner) et d'une touche de disco (Kool and the Gang, Imagination, Diana Ross). et du passé musical des Stranglers. Le groupe doit lui forcer la main en invoquant une clause de son contrat. Le sort d'ailleurs en deux fois, une première fois entre Noël et le Jour de l'An 1981, c'est-à-dire à une période qui n'est pas considérée comme très favorable en Grande-Bretagne pour les sorties de disques, et une deuxième fois le les deux dates de sortie sont issues de : . Cela donne au groupe l'occasion de passer deux fois dans l'émission Top of the Pops qui programme les succès, futurs ou avérés, du britannique.

Le single entre à la des charts britanniques le et grimpe rapidement jusqu'à atteindre la deuxième place, le , derrière A Town Called Malice de The Jam. Il restera classé douze semaines. Il est ensuite certifié disque d'or le et faire une recherche sur The Stranglers. Un remix du titre assorti d'une face B différente échouera à rentrer, à son tour, dans le en 1991. Mais Golden Brown fera sa réapparition dans les charts britanniques par deux fois, dans les années 1990, à la faveur de reprises (par Omar en 1997 et par Kaleef en 1996).

En France, il n'existe pas encore de classement officiel des ventes mais le titre est programmé régulièrement en radio et commence à faire connaître le groupeLe site Infodisc le classe à la en se basant sur une compilation des hit-parades de l'époque diffusés sur les stations de radio généralistes et des classements de ventes publiés dans divers magazines : et choisir Stranglers. En Belgique, il grimpe à la . Il fait également son entrée dans d'autres classements européens : aux Pays-Bas, en Irlande et chercher avec The Stranglers. En Allemagne, il rentre à la et ne reste qu'une semaine, parce que, selon Hugh Cornwell, EMI ne fait pas suffisamment de promotion. Le disque rencontre également, ici et là, des problèmes de distribution imputables au label qui n'a pas vu le succès venir et n'a pas fait presser suffisamment d'exemplaires. C'est un des points d'achoppement qui provoquera le départ des Stranglers de EMI pour Epic, cette même année.

Ni l'album, ni le single ne sortent en même temps aux États-Unis et au Canada. Hugh Cornwell expliquera des années après, dans sa biographie, que Dans un effort pour faire découvrir la chanson au public nord-américain, Epic inclura Golden Brown sur l'album suivant Feline mais n'ira pas jusqu'à le sortir en single.

Accueil critique Curieusement, les journalistes britanniques qui ont critiqué l'album avant la sortie de Golden Brown n'ont pas vu l'impact du futur single. Le Melody Maker écrit, en pointant le potentiel de Tramp qui ne sortira pourtant jamais en : Encore moins clairvoyant, Sounds estime :

Quant au single, il n'est pas mieux accueilli au moment de sa sortie. Le Melody Maker ironise en parlant du Smash Hits, qui s'adresse à un public d'adolescents fans de pop, ne le critique même pas. Les Stranglers sont considérés comme un groupe à bout de souffle et l'insuccès relatif du premier et de l'album n'aide pas les journalistes à réviser leur opinionLet me Introduce you to the Family se classe à la et La Folie la des charts britanniques..

En France, les journalistes se montrent un peu plus clairvoyants. Golden Brown est le premier titre que remarque le magazine Best dans sa critique de l'album (). Tandis que Rock & Folk juge :

Aujourd'hui, les sarcasmes de la presse britannique n'ont plus cours et celle-ci estime généralement que la chanson est un des plus grands titres des Stranglers. Le magazine Uncut écrit par exemple en 2013 que Golden Brown est

Description musicale thumb|Le morceau est interprété au clavecin par Dave Greenfield Malgré les apparences, Golden Brown n'est pas une valse au sens strict. En effet, le rythme régulier de cette musique de danse est remplacé ici par une alternance de mesures sur l'intro et le pont ( en suivies d'une mesure en ) tandis que les couplets respectent le . Vraie ou fausse, ce n'est pas la première valse écrite par les Stranglers ; entre les albums Black and White et Feline, ils en mettent même une par disqueOutside Tokyo sur Black and White, Longships sur The Raven, Waltzinblack sur The Gospel According to the Meninblack, Let's Tango in Paris sur Feline. et en composeront ponctuellement d'autres par la suite.

Dave Greenfield se sert d'un authentique clavecin pour jouer la mélodie principale et joue la ligne de basse sur un synthétiseur. En effet, Golden Brown est l'un des rares morceaux des Stranglers sur lequel Jean-Jacques Burnel ne figure pas, n'ayant pas pu . Par la suite, lors des concerts, il accompagnera la mélodie à la basse en délaissant le médiator pour jouer au pouce. Comme le remarquent plusieurs critiques, le passé de batteur de jazz de Jet Black ressort dans sa manière de jouer dans : . Composée de trois couplets suivis d'un pont au cours duquel Hugh Cornwell place un court et délicat solo de guitare, la chanson se termine sur la répétition de la dernière phrase des couplets, à deux voix en canon.

Golden Brown est un morceau très différent du reste de l'album auquel il appartient. C'est aussi un morceau très atypique au vu de la production de l'époque pour trois raisons : c'est une « quasi-valse », elle est jouée principalement au clavecin et assortie d'une partie de batterie qui doit plus au jazz qu'au rock.

Les Stranglers ne sont pas le premier groupe de rock à utiliser un clavecin : un certain nombre de musiciens des années 1960 qui constituent une référence pour les Stranglers, s'en sont servis, notamment The Kinks sur Village Green, The Doors sur Wintertime Love ou Love sur Stephanie Knows Who (ces deux derniers titres étant, en plus, des valses). Mais au moment où le disque sort, c'est un instrument qui est un peu passé de mode, détrôné par les synthétiseurs.

De la même manière, ils ne sont pas les premiers artistes rock ou pop à écrire une valse ou à en détourner le rythme ; outre les deux exemples mentionnés ci-dessus, on peut citer, dans les années 1980, Army Dreamers de Kate Bush, Rebel Waltz des Clash ou Waltz into Mischief de Madness mais très peu de valses ont terminé dans les charts.

Enfin, son instrumentation (clavecin/pas de guitare basse/batterie jazzy) en fait un morceau quasi acoustique à une époque où l'electropop commence à déferler.

Analyse des paroles Pendant longtemps, les Stranglers ont été réticents à expliquer de quoi parlait la chanson. Hugh Cornwell va jusqu'à dire que c'est un test de Rorschach auditif, chaque auditeur pouvant y entendre ce qu'il désire. JJ Burnel rompt le secret une première fois auprès de journalistes, en mais la peur que le scandale empêche le succès du titre incite les autres à le faire taire. Cela correspond aussi à une volonté du groupe qui n'a jamais fait l'apologie de la drogue. Jusqu'en 2001, on les entendra fournir plusieurs explications toutes plus fantaisistes les unes que les autres : la chanson parlerait de la mauvaise habitude qu'ils ont de faire trop griller leurs toasts, du trou dans la couche d'ozone, de la Marmite, condiment britannique, etc.

L'auteur des paroles finira par s'expliquer dans Song by Song, le livre qu'il a écrit pour expliquer l'œuvre des Stranglers première période : .

Les paroles très métaphoriques entretiennent en effet l'ambiguïté mais, comme le souligne le quotidien belge Le Soir, dans le rock, toute chanson comportant le mot a de fortes chances de parler d'héroïne. On citera par exemple Brown Sugar des Stones ou Mr Brownstone de Guns and Roses.. Un certain nombre de vers peuvent être interprétés dans ce sens : Lays me down with my mind she runs (Me repose et emporte mon esprit) ou Through the ages she's heading west (À travers les âges elle prend la direction de l'ouestL'héroïne étant produite majoritairement dans des pays d'Asie, elle prend la direction de l'ouest pour arriver en Angleterre.) tandis que d'autres font allusion à la relation amoureuse du chanteur : On her ship tied to the mast (Sur son vaisseau attaché au mât).