Jusqu'à un certain point (titre original : ) est un film cubain réalisé par Tomás Gutiérrez Alea et sorti en 1983.

Synopsis Oscar, scénariste, et Arturo, cinéaste, envisagent de réaliser ensemble un film de fiction sur la persistance du machisme à Cuba. Ils choisissent comme terrain de leurs observations le milieu des dockers du port de La Havane. Leur objectif est de mettre en relief le décalage entre la conscience politique et l'attitude réelle des hommes à l'égard des femmes. Au cours de son enquête, Oscar s'éprend d'une employée, Lina, jeune fille-mère, cultivant avec fierté son autonomie. Le ménage d'Oscar se trouve alors menacé. Un autre conflit apparaît entre Oscar et Arturo au sujet du film. Leur projet commun finit par échouer en raison de divergences de conception. De son côté, Lina, en femme libérée, dénonce l'attitude contradictoire d'Oscar, prisonnier de certains comportements qu'il croyait pouvoir critiquer chez les autres. Elle décide, en définitive, de retourner dans sa ville natale, Santiago de Cuba, où elle peut espérer une ascension professionnelle.

Fiche technique Titre du film : Jusqu'à un certain point Titre original : Réalisation : Tomás Gutiérrez Alea Assistant réalisateur : Guillermo Torres Scénario : Juan Carlos Tabío, Serafin Quiñones, T. Gutiérrez Alea Photographie : Mario García Joya Format : Couleur, 35 mm Musique : Leo Brouwer Montage : Miriam Talavera Décors : José M. Villa Costumes : Jesús Ruiz, Lidia Lavallet Production : Humberto Hernández (ICAIC) Pays d'origine : Langue originale : Espagnol Durée : 68 minutes Sortie : au Festival du film de La Havane

Distribution Oscar Alvarez : Oscar Mirta Ibarra : Lina Omar Valdés : Arturo Coralia Veloz Rogelio Blain Ana Viña

Commentaire Nancy Berthier, Tomás Gutiérrez Alea et la Révolution cubaine, Éditions du Cerf-Éd. Corlet, Collection Art, Paris, 2005. Selon Julio García Espinosa, il fut, dès lors, nécessaire Vanguardia politica y vanguardia artistica, cité par Ambrosio Fornet dans Alea, una retrospectiva crítica, Editorial Letras cubanas, La Havane, 1987.

De nombreux films cubains reflétèrent cette nouvelle orientation en situant leurs intrigues au cœur des problèmes contemporains de la société cubaine. Furent, à ce titre, considérés comme films clés, Ustedes tienen la palabra (Vous avez la parole) de Manuel Octavio Gómez en 1974 puis, en 1977, De cierta manera de Sara Gómez. Tomás Gutiérrez Alea, tout en participant à cette dynamique, attendra toutefois 1983, avant d'imposer concrètement dans son œuvre fictionnelle cette dramaturgie du quotidien, même si l'on peut considérer La Mort d'un bureaucrate, réalisé dix-huit ans plus tôt, comme un film critique à l'intérieur du socialisme en construction.

Néanmoins, le projet était ancien, datant du temps des Mémoires du sous-développement (1968). , déclara le réalisateurCité par A. Fornet, op. cité.. Le thème du film, le machisme, rejoint les préoccupations politiques officielles du régime cubain. Mais, comme pour le film De cierta manera de Sara Gómez, à qui il rend un hommage explicite, Hasta cierto punto n'est pas une œuvre de circonstance. Le film N. Berthier : op. cité.

L'essentiel de l'intrigue se déroule en milieu ouvrier, chez les dockers du port de La Havane, choix motivé par un principe d'exemplarité. Dans cet environnement social, conditionné, plus qu'ailleurs, par les idées révolutionnaires, le divorce entre théorie et pratique s'éclaire d'autant mieux. Le signe de cette imperfection apparaît dès le pré-générique et explique le titre attribué au film.

Le réalisateur cubain En outre, , écrit, plus haut, Nancy Berthier.

Enfin, Alea ne se limite pas à utiliser ses personnages (Arturo et Oscar) en tant que vecteurs de son propre discours. Il les met en scène, dans leur vie extra-professionnelle, et dévoile, ainsi, leurs contradictions intimes. Au quotidien, ceux-ci sont

Une autre dimension du film apparaît, à travers les divergences réalisateur-scénariste : le protagoniste d'Arturo, ainsi que son épouse le déclare, révèle aussi une volonté de pouvoir illimitée. Il refuse les arguments d'Oscar et ce qu'il importe de faire primer c'est, au-delà d'un postulat (bon au mauvais), sa volonté personnelle de domination ("On va faire un film sur le machisme, un point c'est tout").

Le réalisateur Jesús Díaz regrette, cependant, qu'Alea , dit-il, J. Díaz : Les défis de la contemporanéité : notes sur le cinéma cubain, in : Le cinéma cubain, Éditions du Centre Georges-Pompidou, Paris, 1990, p. 118.

Or, Gutiérrez Alea reconnaît lui-même : Cité par Silvia Oroz : Los filmes que no filmé, Editorial Unión, La Havane, 1989. La limitation de durée du film fut également une des conséquences de cette transformation du scénario original, conduisant à ce qu'une expérience stimulante ne fut réussie que jusqu'à un certain point.

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