Le cheval en Suisse fait partie de l'histoire du pays depuis l'époque Celte. Documenté sous les Carolingiens, l'élevage connaît des alternances de périodes de prospérité et de déclin. Au et grâce entre autres au couvent d'Einsiedeln, les chevaux Suisses sont très réputés. Une longue période de déclin suit les réquisitions effectuées par les troupes de Napoléon . L'élevage s'organise essentiellement à la fin du et au , où les objectifs d'élevage de la Confédération ne s'accordent pas toujours avec ceux des éleveurs eux-mêmes.
L'élevage suisse connaît désormais deux débouchés principaux, le cheval de loisir et l'hippophagie. Il est encadré notamment par le Haras national d'Avenches et diverses associations ou fédérations. La Suisse a toujours beaucoup importé de chevaux et ne compte qu'une seule race équine native de son territoire, le Franches-Montagnes. Depuis les années 2000, cet élevage tend à se développer. Le demi-sang suisse, cheval de sport dont la variété la plus connue est originaire d'Einsiedeln, prend lui aussi une importance croissante.
Histoire Préhistoire et Antiquité
Le cheval est présent sur le territoire suisse à l'époque magdalénienne, notamment à Hauterive-Champréveyres, mais recule nettement à l'arrivée de la période interglaciaire. Aucun indice n'atteste de sa présence au Mésolithique. Les premiers chevaux domestiques du territoire suisse apparaissent en faible nombre à l'âge du bronze. Ces animaux assez légers d' en moyenne gagnent en importance à l'âge du fer, en particulier à La Tène. D'après une étude effectuée à Bâle, ils mesurent de à de haut au .
Il est certain que l'élevage est antérieur à la période chrétienne, les trouvailles archéologiques, en particulier dans l'art Celte, en témoignent. Le type est vraisemblablement oriental, léger et aux membres fins, ces animaux sont montés ou bâtés. Leur taille moyenne chez les Helvètes avant la conquête romaine est d'environ à . Chez les Gallo-romains comme chez les Germains, le cheval possède un rôle cultuel, notamment en relation avec la déesse Épona. Il est enterré dans des tombes et sa viande est consommée lors de banquets. Jules César dit dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules que la cavalerie des Helvètes a vaincu celle des Romains Office fédéral de la culture, Élevage du cheval Franches-Montagnes, 19 juin 2012, 4 p..
Les Romains qui envahissent la région pratiquent l'élevage équin pour la selle, mais aussi le bât et la traction autre qu'agricole, cette dernière étant réservée aux bœufs. Deux types équins coexistent, le petit cheval léger type oriental et un autre, plus grand et plus fort.
Moyen Âge
L'élevage suisse est mieux connu à l'époque carolingienne, notamment au . L'interdiction de l'hippophagie par le pape Grégoire III en 732 met un terme à la consommation de viande équine, mais aussi aux coutumes germaniques. Sur tout le haut Moyen Âge, les Alamans élèvent des modèles légers tandis que les Burgondes possèdent des animaux plus lourds. L'importance de la cavalerie allant croissant, le cheval de selle est de plus en plus recherché. Les seigneurs locaux trouvent un intérêt à produire ces animaux estimés, comme le prouvent le capitulaire De Villis et le couvent de Saint-Gall, où ont été retrouvés des plans d'écuries et une mention de fers comme redevance (). Vers l'an Mil, l'élevage équin est aux mains de plusieurs monastères, notamment celui d'Einsiedeln qui héberge un haras abbatial assez coûteux. Au , quand les princes-évêques de Bâle obtiennent le Jura francophone, les chevaux de traction et de selle sont présents dans la région. Au début du , l'élevage est pratiqué dans l'évêché de BâleLes prémices de l'élevage jurassien dans .
Le cheval devient comme dans d'autres régions d'Europe le symbole de la classe supérieure et de la chevalerie, le coût d'alimentation en avoine et en foin des destriers peut même concurrencer le besoin de nourriture des hommes les plus pauvres. Les chevaux élevés à l'aube du en Suisse toisent en moyenne , mais ceux de la haute noblesse sont peut-être plus grandsLes prémices de l'élevage jurassien dans . Ils servent essentiellement au bât ou à la selle, pour la guerre. Aux et le collier d'épaule et le fer à cheval se diffusent. Des chevaux de modèle plus lourds et musclés, très coûteux, toisant jusqu'à et nommés « Grosses ross », sont destinés essentiellement à être montés au pas, pour la guerre. Le cheval fin et léger plus petit ( à ), généralement élevé dans les montagnes pour être bâté, commence à se différencier des modèles plus grands et lourds issus du plateau suisse, destinés à la traction. Les étalons sont réservés aux chevaliers et les hongres sont moins réputés. Les premiers élevages dans le Jura suisse pourraient remonter à 1315, mais aucun document ne l'atteste.
L'agriculture médiévale utilise assez peu le cheval de traction par rapport au bœuf, bien que la généralisation du collier d'épaule et du ferrage rendent l'utilisation agricole du cheval plus simple. L'élevage des paysans des Alpes joue un rôle dès la fin du et au siècle suivant, la participation des paysans sur les marchés augmente. Les animaux sont élevés en liberté dans les forêts ou entravés individuellement, pratique contre laquelle la ville de Berne lutte en interdisant l'accès des chevaux aux forêts avant mai, puis en l'interdisant totalement, cité par . Le voit un développement grâce à l'extension des voies de communication, les monastères perdent leur monopole sur l'élevage au profit de bourgeois et de paysans, les chevaux deviennent moins onéreux à l'achat. L'hypothèse de certains auteurs du début du , selon laquelle des étalons lourds introduits dans la Suisse médiévale auraient donné une race de trait indigène (en particulier après la défaite de Charles le Téméraire) ne semble pas tenir face aux découvertes archéologiques, cité par , il est plus vraisemblable qu'ils aient été vendus dans toute l'Europe comme montures de guerreLes prémices de l'élevage jurassien dans .
En 1459, Jean V von Venningen acquiert des chevaux flamands pour l'élevage du château de Porrentruy, mais ces animaux n'ont vraisemblablement pas influencé les souches locales.
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Le voit une ère de prospérité, en particulier grâce aux montures de guerre très rares et réputées fournies sur le territoire Suisse, qui approvisionnent aussi la France et l'Italie. Les volumes peuvent atteindre à chevaux par hiver. L'élevage est si florissant et rémunérateur que les éleveurs suisses peuvent placer 10 % d'animaux borgnes dans leurs lots. Le gouvernement de Berne met même à l'amende les personnes prises à guider les marchands de chevaux étrangers, pour favoriser le marché intérieur. Le couvent d'Einsiedeln est alors l'un des principaux éleveurs, il fournit les troupes pontificales et les Vénitiens à Tessin et en Lombardie.
Colbert se fait conseiller, lors de l'établissement des haras nationaux français, d'y placer quelques chevaux suissesMémoire pour l'établissement des haraz en France, 1639, cité par et au , le prix d'un cheval en Suisse est d'environ six à neuf fois celui d'une vache laitière.
vignette|gauche|Prescription du canton de Berne annonçant des mesures de soutien à l'élevage, 1760. Au , la vente des chevaux représente la principale rentrée financière du canton de Berne, c'est pourquoi le gouvernement du canton publie le un amendement qui soutient cet élevageRegistre généalogique suisse pour le cheval de trait, volume V, Berne, Verbandsdruckerei AG, 1939 p. VI. De nombreux sujets sont exportés, en particulier vers la France : les haras français comptent fréquemment des chevaux suisses jusqu'au . Ainsi, à Saint-Claude, les étalons suisses pallient le manque de chevaux ComtoisPatrick Wadel, « Le Montagnon, paysan roulier de Franches-Comté au » dans Voitures, chevaux et attelage, Association pour l’académie d’art équestre de Versailles, Paris, 2000, p. 280, 289. La majorité des étalons stationnés sur Besançon est également suisseGérard Guillotel, Les haras nationaux, Lavauzelle-Graphic Editions, 1985, p. 150 et en 1807, le haras de Cluny compte huit de ces étalons étrangers. L'inspecteur des haras sous Louis XVI note qu'il n'est pas rare que des éleveurs frontaliers s'approvisionnent en poulains en Suisse et revendent ensuite leur cheptel comme étant des chevaux normands.
Le haras de Porrentruy, créé en 1754, produit des animaux très estimésFrançois Noirjean, « Les attelages du château de Porrentruy » dans Le Franc-Montagnard, 9 août 1979, cité par . Les chevaux sont plus présents en Suisse romande qu'en Suisse alémanique, ils y sont aussi réputé plus qualiteux, malgré leur taille réduite. Les éleveurs de Moutier-Grandval font naître de petits chevaux ramassés à l'encolure courte et à la tête lourde, plus estimés que ceux des états voisins. L'éleveur choisi lui-même l'étalon reproducteur et paie la saillie en nature, avec du grain. Les reproducteurs doivent avoir plus de trois ans, être exempts de tares, et ne pas présenter trop de blanc sur la tête. Les croisements avec des chevaux turcs sont préconisés, les chevaux normands et danois sont déconseillés en raison de leur taille trop élevée. Ces mesures ne seront jamais mises en place, puisque les troubles politiques et militaires dans la région conduisent à la création de la république rauracienne puis à son annexion par la France qui crée le département du Mont-Terrible et y recense les chevaux susceptibles de réquisition. Les éleveurs de la région donnent leur préférence aux chevaux bais.
Le entraîne une fragilisation de l'élevage suisse en raison des conséquences de la Révolution française et des réquisitions faites par Napoléon pour la lutte contre les Autrichiens, mais aussi de l'exportation des meilleurs sujets, de l'apparition du chemin de fer, de la production de fromage qui réserve les meilleures pâtures aux bovins, et de programmes d'élevage chevalins dans les pays voisins, notamment en France où les races de trait lourd créent une concurrence. Alors que des exportations de chevaux militaires de type milanais (nommés Maylander-Schlag) concernaient encore l'Italie au début du siècle, la concurrence allemande y met un terme en 1814. Le nombre d'importations augmente et les exportations chutentJoahness Müller, « L'élevage du cheval en Suisse, rapport présenté au département de l'agriculture par le chef de la division », Annuaire agricole de la Suisse, 1901, II, p. 22-23. L'utilisation de ces animaux est pourtant très forte, tant pour les militaires que dans l'agriculture et les transports. Le coût de ces importations, estimé à 2 à 4 millions de francs suissesPropositions concernant la participation de la confédération à la restauration et à l'élevage du cheval suisse, p. 3, cité par au milieu du , inquiète et appelle une série de mesures : mise en place de primes fédérales, importation d'étalons reproducteurs et création d'un dépôt fédéral d'étalons à Thoune.
Les pratiques d'élevage de l'époque sont souvent critiquées par les spécialistes, tant en ce qui concerne l'hygiène des écuries que le manque de possibilités d'exercice pour les animaux : la mauvaise aération des écuries entraîne souvent des troubles respiratoires. De plus, une pratique fréquente chez les éleveurs est d'immobiliser et d'engraisser les étalons avant les concours, pour qu'ils aient plus du succès en présentation. La commission bernoise d'élevage recommande d'éviter de faire saillir les étalons trop jeunes, d'écarter les juments méchantes de la reproduction, et de bien soigner les juments gestantes, mais ces recommandations ne sont pas vraiment respectées. La présentation des animaux en concours est elle aussi critiquée, en raison de l'excitation des chevaux et de la relative brutalité de certains éleveurs, même si elle relève des cas de présentations exemplaires.