L'armée du Nord est une des armées conjointes levées par la Sixième Coalition pour combattre l'Empire français de Napoléon. À la conférence de Trachenberg en , les Alliés décident de créer une force commune rassemblant des troupes de l'armée russe, prussienne et suédoise financées par le Royaume-Uni. Elle est commandée par le prince royal de Suède et ancien maréchal français Jean-Baptiste Bernadotte, devenu suédois sous le nom de Charles Jean. Elle prend part aux opérations de la campagne d'Allemagne de 1813 où elle défend Berlin et contribue à la victoire de Leipzig. Pendant la campagne de 1814, elle mène des opérations aux Pays-Bas, en Belgique et dans le nord de la France, en même temps qu'une guerre locale contre le Danemark. Elle se dissout après l'abdication de Napoléon.
Contexte Basculement des alliances
thumb|Charles XIII de Suède (à g.) recevant Bernadotte (à dr.), aquarelle anonyme, . Bernadotte, maréchal de Napoléon et son parent par alliance (il est le beau-frère de Joseph Bonaparte), est élu prince héritier de Suède en sur proposition du roi Charles XIII, vieux et sans enfants. Il devient rapidement populaire dans son nouveau pays et en assure le gouvernement effectif sous le nom de Charles Jean mais ses relations avec Napoléon se dégradent quand celui-ci, en , fait occuper la Poméranie suédoise. La Suède renonce à soutenir Napoléon pendant la campagne de Russie de 1812 et, au contraire, se rapproche de son adversaire Alexandre , empereur de Russie, qui lui promet l'acquisition de la Norvège, alors unie au royaume de Danemark. Le , le prince Charles Jean et l'empereur Alexandre se rencontrent à Åbo en Finlande, en présence de l'ambassadeur britannique William Cathcart, et conviennent d'une entente secrète contre Napoléon. Outre la promesse de la Norvège, le prince royal espère la reconnaissance par les puissances de la Sixième Coalition de son droit de succession.
Le par le traité d'Örebro, Bernadotte s'allie avec le Royaume-Uni et promet de lever une armée de hommes : les Britanniques offrent à la Suède un subside d'un million de livres sterling ainsi que l'île de la Guadeloupe. Le royaume de Prusse, qui a déclaré la guerre à la France le , conclut aussi une alliance avec la Suède le .
Préparatifs thumb|Stralsund, capitale de la Poméranie suédoise et base de l'armée du Nord, gravure allemande, Illustrirte Zeitung, 1851. vignette|Fantassin suédoise, gravure de Adolf Ulrik Schützercrantz, s.d. thumb|La ville de Trachenberg, gravure allemande de Ch. Fischer et C. Stuckart, 1819.
Fin , l'armée suédoise reprend possession sans combat de la Poméranie suédoise. Le , Charles Jean débarque à Stralsund pour prendre la tête de ses troupes ; cependant, il n'est pas encore prêt à déclarer la guerre à la France et il ordonne le retrait du général suédois Georg Carl von Döbeln qui avait brièvement occupé Hambourg le . La guerre en Allemagne s'avère épuisante pour les belligérants mal remis des guerres précédentes et, le , Napoléon signe avec les coalisés l'armistice de Pleiswitz. Pendant que les deux camps refont leurs forces, les pourparlers vont bon train : en juillet, Charles Jean est invité à la conférence de Trachenberg en Silésie entre le tsar Alexandre et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Charles Jean, ancien maréchal de Napoléon, est considéré comme le meilleur spécialiste de la stratégie française et c'est en grande partie sur ses conseils qu'est rédigé le « ». L'empire d'Autriche, officiellement neutre, fait savoir qu'il est prêt à se joindre à la coalition : il est possible de réunir hommes entre la mer Baltique et la Saxe. Ce plan, combiné avec celui proposé par le chef d'état-major autrichien Joseph Radetzky, vise à éviter une bataille générale contre Napoléon, jugé encore trop puissant, mais à chercher des victoires partielles contre ses maréchaux. Le plan de Trachenberg, discuté en présence des généraux Barclay de Tolly, Wittgenstein, Blücher, Bülow, Wintzingerode et Pozzo di Borgo, prévoit les dispositions suivantes :
Les trois armées du Nord, commandée par Bernadotte, de Silésie, sous commandement prussien, et de Bohême, sous commandement autrichien, doivent se soutenir mutuellement, chacune se tenant prête à couper les arrières de Napoléon s'il marchait contre l'autre. L'état-major de l'armée du Nord est accompagné par trois commissaires diplomatiques : Pozzo di Borgo pour la Russie, Charles Vane-Stewart pour le Royaume-Uni et Nicolas-Charles de Vincent pour l'Autriche.
Bernadotte, qui établit son commandement à Stralsund avant de le transférer à Potsdam le , envoie ses instructions à ses chefs de corps : les Suédois Curt von Stedingk, nommé chef de l'armée suédoise avec Adlercreutz comme chef d'état-major, et ; les Russes Vorontsov et Wallmoden ; les Prussiens Tauentzien et Bülow. À Stralsund, Bernadotte reçoit la visite d'un ancien compagnon d'armes : Jean Victor Marie Moreau, général de la République devenu opposant à Napoléon, exilé et finalement conseiller du tsar Alexandre. Bernadotte lui expose son plan de campagne fortement marqué de calculs politiques :
Entrée en campagne Juste avant la rupture de l'armistice, le , le commandement de la principale armée coalisée, dite armée de Bohême, est confié au feldmarschall Schwarzenberg, chef de l'armée autrichienne, avec hommes ; le général prussien Blücher commande l'armée de Silésie avec hommes, et Charles Jean reçoit le commandement d'une « armée combinée du Nord » composée de Russes, Prussiens, Suédois, avec un petit contingent de l'.
Le , veille de la reprise des hostilités, Bernadotte lance une proclamation aux différentes nations qui composent son armée, où le prince royal de Suède retrouve les accents des soldats de l'an II :
Composition en 1813 À l'automne 1813, l'armée du Nord compte fantassins et cavaliers répartis comme suit : prussien (Bülow) : fantassins et cavaliers prussien (Tauentzien) : fantassins et cavaliers Corps suédois (Stedingk) : fantassins et cavaliers corps russe (Wintzingerode) : fantassins et cavaliers En outre, le corps russe de Levin August von Bennigsen, comptant fantassins et cavaliers, est rattaché à l'armée du Nord à partir de la bataille de Leipzig.
Ludwig von Wallmoden et ses hommes qui font face à Hambourg sont aussi sous l'autorité de Bernadotte.
Opérations Combats en Allemagne du Nord thumb|Combat de Lauenbourg (18 août 1813) et bataille de Gross Beeren (23 août 1813). Le , dès l'expiration de l'armistice, l'armée du Nord envoie des escadrons de cavalerie des généraux , Borstell et Thümen pour faire des incursions derrière les lignes françaises ; ils capturent des prisonniers et la caisse d'un régiment, contenant francs, et rapportent que les Français du maréchal Oudinot sont concentrés autour de Baruth et prêts à l'offensive ; un détachement de cosaques a pour mission de s'emparer de Napoléon, qu'on dit proche, mais échoue à le trouver car il est déjà parti faire face à l'armée de Silésie. Quelques jours plus tard, les cosaques s'emparent d'un convoi français contenant du matériel et la somme de francs.
Les 18 et , l'avant-garde de Wallmoden, comprenant le corps franc Lützow, subit une défaite à Lauenbourg près de Hambourg contre le du maréchal français Davout et doit se replier vers le Mecklembourg. Davout pousse son avantage en poursuivant le corps de Vegesack jusqu'à Wismar. Cependant, un détachement français envoyé vers le sud pour rétablir la liaison avec la garnison encerclée de Magdebourg est défait à la bataille de la Göhrde. Davout n'a plus qu'à se retrancher dans Hambourg d'où il garde le contact avec le Danemark, toujours allié de la France. La cavalerie coalisée intercepte tous ses courriers avec la Grande Armée et la France. thumb|Bataille de Dennewitz, Die Gartenlaube, 1861. Pendant ce temps, l'armée du Nord, stationnée dans le Brandebourg, doit faire face à l'offensive d'Oudinot vers Berlin. Bernadotte juge dangereux de risquer une bataille mais doit l'accepter sur l'insistance des Prussiens qui ne veulent pas abandonner leur capitale et se disent prêts à se battre seuls au besoin. L'empereur veut punir la Prusse de sa défection : d'après les Mémoires de Marmont, . À la bataille de Gross Beeren (), le corps prussien de Bülow repousse les Français et leurs alliés saxons ; dans les circonstances du combat, l'armée suédoise a peu donné, ce qui fera dire que Bernadotte a voulu économiser le sang suédois aux dépens de ses alliés. Le , sur ordre de Napoléon, Oudinot repart à l'attaque avec des renforts amenés par le maréchal Michel Ney : ils sont de nouveau battus à la bataille de Dennewitz, les Prussiens fournissant l'effort principal mais avec un important soutien suédois et russe. Ces deux victoires de l'armée du Nord rendent inutile la victoire de Dresde remportée par Napoléon les 26-. thumb|Retour triomphal à Cassel de l'électeur Guillaume IX de Hesse après le départ des troupes françaises en novembre 1813, gravure de Friedrich Campe, 1820. Les coalisés s'efforcent de provoquer des défections parmi les alliés allemands de Napoléon. Dans la nuit du 22 au , en Silésie, deux régiments de hussards du royaume de Westphalie, créé par Napoléon qui lui a donné pour roi son frère Jérôme Bonaparte, désertent pour passer aux Autrichiens. Cela donne l'idée au général Alexandre Tchernychev, un des adjoints russes de Bernadotte, de mener un raid sur Cassel, la capitale westphalienne, pour amener les habitants à se soulever. Il passe l'Elbe dans la nuit du 14 au avec à cavaliers réguliers et cosaques plus 4 à 6 canons, et marche en dissimulant soigneusement son itinéraire ; il fait croire que sa troupe n'est que l'avant-garde d'une armée plus importante. Il atteint la ville dans la nuit du 28 au et y sème une grande confusion, au point que le roi Jérôme doit s'enfuir ; cependant, n'ayant pas d'infanterie pour tenir la ville, Tchernychev l'évacue avec des prisonniers et du butin. Les Français réoccupent la ville du 7 au .
Le , un détachement commandé par Friedrich Karl von Tettenborn, officier allemand au service de la Russie, entre par surprise dans Brême ; le commandant de la garnison française, craignant une révolte des habitants, préfère évacuer la ville ; les soldats suisses de la garnison passent dans les rangs des coalisés.
Bataille de Leipzig
thumb|Assaut de l'infanterie suédoise à la bataille de Leipzig, dessin de Carl Johan Ljunggren, 1855. thumb|Bataille de Leipzig, journée du 18 octobre : Bernadotte et l'armée du Nord arrivent par le nord-est. Les armées coalisées convergent vers la Saxe. Napoléon regroupe ses forces autour de Leipzig : comptant sur la lenteur de ses adversaires, il espère les battre séparément avant qu'ils n'aient rassemblé leurs forces. Mais Bernadotte, bien renseigné par la population et par ses reconnaissances, devine ses intentions et met ses troupes en marche vers Leipzig à partir du . La bataille de Leipzig est d'abord à l'avantage de Napoléon qui, les 16 et , tient en échec des forces coalisées supérieures en nombre ; mais, le , l'arrivée à marche forcée des renforts de Bernadotte et Bennigsen fait basculer la bataille. Bernadotte est en première ligne au milieu d'une batterie d'artificiers britanniques tirant des fusées Congreve. Dans l'après-midi, la brigade de Louis-Guillaume de Hesse-Hombourg, bientôt rejointe par le reste du corps de Bülow, aux côtés de la division légère autrichienne de Bubna trouvée sur place, donnent l'assaut au village de Paunsdorf. Les corps de Wintzingerode et Stedingk viennent en renfort du corps russe de Langeron pour l'assaut final contre Schönefeld ; l'artillerie suédoise contribue à bombarder les positions françaises tandis que l'infanterie suédoise reste en réserve.