Les farines de poisson sont des farines animales produites à partir de poissons.

Obtenues par séparation de la phase liquide (eau et lipides, extraite par cuisson/pressage) et des protéines, puis par broyage et séchage, elles sont riches en protéines animales (lysine, méthionine) faciles à digérer pour de nombreux mammifères et oiseauxGuerreiro Marthe (technicien Interpêche) et Retière Laurence (Ifremer) 1991-1992, Étude de la farine de poisson ; Collaboration INTERPECHE/IFREMER Archives d'Ifremer, 66p.

thumb|upright=1.3|Menhaden de l'Atlantique dans une soute de bateau de pêche minotière. Surpêchée cette espèce est en déclin rapide thumb|Usine de production de farine de poisson à Bressay thumb|Les minoteries transformant le poisson en farine sont généralement à la fois proches de la mer et éloignées des habitations en raison des odeurs dégagées par le processus industriel et les farines (Bressay, Îles Shetland) thumb|right|Usine de (West Lothian)

Le poisson utilisé pour les fabriquer peut avoir été pêché en mer spécialement à cette fin (pêche minotière) ou il peut s'agir de déchets de l’industrie du poisson (rejet de la chaine de filetage essentiellementArnaud P (1985) Utilisation de chutes de filetage et d'éviscération à l'usine Interpêche de Saint-Pierre et Miquelon ; IFREMER UVP ou valorisation de captures excédentaires invendues ou de poissons abimés lors de la pêche ou du transport ou présentant des anomalies (déformations, cancers, tumeurs, parasitoses qui défavoriseraient la vente à l’étal du poissonnier…).

Aspect Les farines de poisson se présentent comme une poudre jaunâtre à brun foncé selon le cas.

Elles sont vendues sous forme de granulés (pellets) ou de farine.

Histoire La production artisanale et familiale de farine de poisson est probablement très ancienne, notamment pour des espèces de petite taille faciles à faire sécher et broyer, et par ailleurs à faible valeur commerciale. Ainsi un très petit poisson bardé d'épines, l'épinoche (Gasterosteus aculeatus), Ref. 28219, 28964 de fish base.

Au milieu du , on expérimente cette farine pour alimenter des volailles et des porcsAshbrook Frank G. (1917), Fish meal as a feed for swine. Bulletin , United States Department of Agriculture, December 7, 1917, . Washington puis en 1873 et 1874 des moutons, avec de bons résultats (les expérimentateurs concluent que 77 à 83 % des protéines de poisson sont digérées par le mouton, ce qui est plus qu’avec des protéines végétales), et en 1877 on considère que le mouton digère 90 % environ de ces protéines, 76,4 % des graisses et 15 % des « cendres ». De nombreux éleveurs restent d'abord suspicieux vis-à-vis de ces farines car les premiers essais ont produit des viandes ou du lait ayant un net goût de poisson. On constatera peu à peu que si la farine ne dépasse pas une certaine proportion de la nourriture totale (10 % environ), et si elle a été suffisamment déshuilée (farine dite « maigre ») et si les animaux (porcs en particulier) n’ont pas mangé de poisson dans les mois ou semaines qui ont précédé l’abattage, ils n’ont pas de goût de poisson.

Dans les années 1900 on est encore très loin de l'économie circulaire, mais un souci de recyclage et de valorisation marchande des déchets alimentaire est présent Lindsey (1919) Animal residues as a food for farm stock. Report, Massachusetts AgricuItural Experiment Station 1908, pt. 2, January, 1909, . Amherst, Mass. . Ce souci devient un besoin alors que la Première Guerre mondiale commence à imposer ses privations. La pêche minotière commence à se développer, avec la chasse aux bancs de Menhaden de l'Atlantique notammentGreer Rob Leon (1915), The menhaden industrv of the Atlantic coast. Appendix III, Report, United States Cornmlssioner of Fisheries, 1914 (1915), 27 pp., VII pl. Bureau of Fisheries ; Document 811. Washington. De nombreux éleveurs apprennent à connaitre la farine de poisson alors vendue comme « aliment de guerre » et dès 1916-1917 ils la considèrent intéressante pour l'élevage porcinCrowther Charles (1916), Fish meal as food for pigs. Journal of the Board of Agriculture; vol. 23, , April, 1916, . London ou d’autres animauxBartlett J.M. (1917) Fish wastes for feeding animals, Bulletin , Maine Agricultural Experiment Station, November, 1917, . Oro no, Me., dont les bovins Wood R Cecil (1914), The use of fish as cattle food. Agricultural Journal of India, vol. 9, , October, 1914, . Calcutta and Pusa . Dans les années 1920, on juge qu’elle peut remplacer les déchets de viande bovine alors utilisés en farineBlair, Saxby W (1923) Fish meal vs. beef scrap. Report of Superintendent for 1923, Canada Experimental ; Farms Station, . Kentville, Nova Scotia., et être utile à l’élevage des saumonsCrawford Donald Russel et Ahamedur Rahman Nizam (1929). Fish meals as food for young salmonoid flshes, Publications in Fisheries, vol. 2, , June, 1929, , University of Washington Collefe of Fisheries. Seattle.. Même les vétérinaires de l'école de cavalerie de Saumur s'y intéressent au point d'y consacrer une étudeFlament MR (1929), Les Farines de poissons et leur utilisation dans l'alimentation des animaux domestiques. École de Cavalerie de Saumur. Revue Générale de Médecine Vétérinaire, 1929, . Toulouse.. La Norvège, l’Allemagne les États-Unis, le Japon et l'Angleterre ont été les premiers à développer l’industrie des farines (ou poudres) et huiles de poisson. Ils y consacrent peu à peu des flottes entières poursuivant les bancs de menhaden (), de « Hareng » en Norvège ; de Sardine et de Crabe, au Japon et sur les côtes du Pacifique ; ou même de « Langouste », en Afrique du Sud ; En 1933, Il existait déjà quelques bateaux qualifiés d’ « usines flottantes » (jaugeant jusqu’à environ , dotés de capacités de cuisson, déshuilage, broyage. Mais dans un premier temps, à cause d'échecs des premiers essais de transformation à bord de grandes quantités de poisson « tout venant », ces navires seront presque exclusivement réservés à la viande de baleine (transformée en farine de baleine, vendue comme la farine de poisson, mais très grasse (10 à 15 % de matières grasses). À cette époque, des chalutiers français de grande pêche comme l’« Aspirant-X» et le «Sergent-Y») étaient équipés pour produire la farine, mais ils peinent également à conserver la farine à bord (elle se dégrade en raison d'échauffement interne et d'une fermentation). Des tentatives de production de blocs et tablettes de farine compressée ayant alors également échoué). Au début des années 1930, on ne produisait guère « que » environ de farine de poisson par anOlivari Ch. (1933) « La farine de poissons » ; Recherches techniques] ; Tome VI Fasc 4 Dec 1933, , 173 p. , voir /373. Rem : l’auteur était alors Administrateur-Délégué des «Pêcheries de l'Océan » et « Conseiller du Commerce Extérieur », alors surtout utilisée pour l’aliment du bétail. Mais des farines de moindre qualité étaient déjà vendues comme « engrais agricoles », viticoles et betteraviers notamment ; à ne pas confondre avec l' « engrais de poisson » (un produit fabriqué à partir de poisson décomposé) ; un produit improprement nommé « Guano » ; une sorte de guano marin synthétique fabriqué par traitement à l’air de déchets de poisson en décomposition(par de l’acide sulfurique)Skinner RP (1911) Fish guano and its use as feed. United States Daily Correspondence and Trade Reports, vol. 14, , May 6, 1911, . Washington . Depuis les années 1920 au moins, les agronomes et zootechniciens ne doutent plus de la valeur nutritive de ces farinesKernot JC et Speer N (1927), The nutritive value of fish meals. Annual Report, Department of Scientific Industrial Research, Food Investigation, 1927, 64 pp. London.. Les réseaux industriels de production et de distribution se mettent en placeUS Bureau of Foreign and Domestic Commerce (1928) The fish meal industry Growing commercial importance of fish meal. Commerce Reports, published January 2, 1928, by the Bureau of Foreign and Domestic Commerce, United States Department of Commerce. Washington. Bureau of Foreign and Domestic Commerce (1928). The fish meal industry Trade Information Bulletin , United States Department of Commerce, March, 1928, 17 pp. Washington.. Selon Olivari, au début des années 1930 jusqu’à 60 % de la farine de poisson vendue en Allemagne a servi à nourrir des porcs, devant la volailleHart EB& al. (1927), Poultry experiments at the Wisconsin Agricultural Experiment Station. Cod liver meal as a source of vitamin A and vitam in D. Bulletin ; Wisconsin Agricultural Experiment Station, , 2 flgs. Madison, Wis.. Et à cette époque, l'Allemagne où existe une « Union des fabriques allemandes de farine de poisson » importe environ tonnes par an de farine (et guano de poisson utilisé comme engrais), soit 9 à 10 fois la production du pays qui est pour l’essentiel de la farine de hareng, morue et autres poissons blancs. L’Allemagne en importe donc des dizaines de milliers de tonnes par an, surtout achetées aux deux autres grands producteurs européens (Royaume-Uni et Norvège). En France Les premiers chalutiers équipés le sont à Arcachon ; ils stérilisent et sèchent la matière à bord, mais la farine est produite et tamisée à terre. Dans d'autres cas, le poisson est débarqué puis apporté à l’usine de farine.

thumb|Tonnage de menhaden pêché de 1950 à nous jours. C'est l'un des poissons les plus recherchés par la pêche minotière dans le monde. L'effort de pêche a augmenté en raison de la demande en farine de poisson, pour la pisciculture et les élevages industriels. Depuis les années 1990, la production diminue en raison de la raréfaction de la ressource thumb|Effondrement des populations de sprat (en millions de tonnes pêchées, de 1950 à 2010), autre espèce ciblée par la pêche minotière thumb|L'aiguillat, un petit requin transformé en farine fait partie des espèces qui sont exposées à la surpêche. En raison de sa raréfaction, il est classé vulnérable par l'UICN mais néanmoins encore abondamment pêché

Utilisations Alimentation animale Associées ou non avec l'huile de poisson obtenue par chauffage des tissus biologiques des poissons gras, ces farines servent à l’alimentation animale.

L’élevage industriel (de volailles, bovins, porcins, lapins…) les utilise abondamment. Elles sont appréciées en pisciculture et indispensables pour l'élevage des poissons carnassiers, le plus répanduOn les utilise également pour la production de nourriture pour animaux de compagnie (chats notamment, mais pas uniquement, chiens…). Des éleveurs d’animaux à fourrure en utilisaient également . Elles sont aussi utilisées comme composants de laits artificiels pour jeunes animaux d’élevage, dans certains compléments alimentaires, ou encore dans certains engrais (car les protéines contiennent beaucoup d’azote, et la farine est riche en oligoéléments, iode, potassium, magnésium…).

Engrais À titre d’exemple, M. V. Vincent dans les années 1930 recommandait d’utiliser en automne des farines comme « engrais de fond ». Il les conseillait dans le Finistère sur les terrains légers ou calcaires, à utiliser comme le fumier (et comme ce dernier à renouveler après quelques années) à raison de 400 kg/ha pour la pommes de terre, 600-800 kg/ha pour les betteraves, 500-600 kg/ha pour les choux, 400-500 kg/ha pour les carottes et 500 kg/ha pour les arbustes et 1000 kg/ha pour le maraîchage.

Amorces de pêche Une utilisation contemporaine mineure (par rapport aux autres usages) est la fabrication de « bouillettes fraîches carnées » utilisées pour la fabrication d'amorces de pêche par les pêcheurs à la ligne. On leur vend pour cela en Europe des farines de saumon, de poisson divers, de thon, de coquilles de crevettes…À titre d’exemple et source, et non de publicité : Rouletesbouillettes.com. (2012) Farines de poissons (8 produits), consulté 2013-06-02.

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