Lépidémie de variole de Montréal démarre à la fin du mois de février 1885 et s'étend jusqu'au début de 1886. Elle fait parmi la population montréalaise, surtout les habitants des quartiers défavorisés, et au total victimes à l'échelle du Québec. C'est la pire épidémie de variole dans l'histoire de la province. La propagation de la maladie à Montréal est également à l'origine d'un désordre social opposant à la fois les anglophones aux francophones, les catholiques aux protestants, les riches aux pauvres, le tout dans le contexte de la Rébellion du Nord-Ouest et de la pendaison en novembre 1885 de Louis Riel, chef des Métis. Cette épidémie est aussi à l'origine d'une émeute qui éclate à la suite de l'opposition d'une grande partie de la population francophone contre la vaccination obligatoire, pourtant efficace, obligeant le maire de Montréal Honoré Beaugrand à faire appel à des militaires pour rétablir l'ordre. L'ampleur et la durée de cette épidémie sont aggravées par une confusion dans la population entre l'état sanitaire de la ville, très mauvais en cette fin de siècle et le virus de la variole, dont la virulence ne dépend pas des conditions sanitaires, mais des mesures de vaccination et de l'efficacité de la mise en quarantaine des personnes contaminées. De plus, la propagation de la maladie est grandement facilitée par des combats politiques, de mauvaises décisions, un vaccin mal maîtrisé dans certains cas et un rejet de la science par une partie de la population, influencée entre autres par l'Église catholique qui met du temps à appuyer la vaccination obligatoire, ainsi que par des médecins opposants farouches à la vaccination, tant anglophones que francophones. Finalement, le choléra est bien plus redouté que la variole, beaucoup de montréalais ne voyant pas cette maladie comme un fléau. C'est la dernière fois qu'une épidémie de variole est non maîtrisée dans une ville moderne du siècle.

Contexte

Protagonistes Variole Le virus de la variole fait partie de la famille des poxvirus (poxviridae). Très contagieuse et épidémique, la variole humaine se transmet entre les personnes par les voies respiratoires (typiquement des gouttelettes ou des postillons) et par contact cutané direct avec les lésions de la peau des personnes infectées. « Les symptômes apparaissent 12 à 14 jours après l’infection et se caractérisent principalement par de la fièvre, des malaises, des maux de tête, un état de prostration, de graves douleurs dorsales, et parfois des douleurs abdominales et des vomissements. Après 2 à 3 jours, la température corporelle s’abaisse et une éruption cutanée apparaît d’abord sur le visage, les mains et les avant-bras, puis sur le tronc ».. L'origine du virus de la variole remonterait à ans avant J.C. et serait apparu dans le nord-est de l'Afrique, en Chine ou dans la vallée de l'Indus, à partir d'un virus animal qui se serait adapté à l'être humain.. La variole prend une forme épidémique à plusieurs reprises à Montréal et au Québec au siècle durant les années 1872 et 1873, mais, avant la grande épidémie de 1885, c'est surtout en 1875 que le virus fait le plus de victimes le long des villes portuaires du Saint-Laurent, surtout à Montréal. À l'époque, on nomme aussi la maladie « picote » ou « petite vérole ».

Honoré Beaugrandgauche|vignette|194x194px|Honoré Beaugrand en 1887 Le , Honoré Beaugrand est élu maire de Montréal avec la volonté d'améliorer sensiblement l'hygiène publique. En effet, l'état de salubrité de la métropole est fortement dénoncé par des experts. C'est donc dans l'optique de mieux lutter contre le choléra que le nouveau maire Beaugrand annonce sa volonté de rajeunir le Comité d'hygiène lors de son discours inaugural du 9 mars. Il succède à Jean-Louis Beaudry, maire de Montréal à trois reprises, très critiqué pour son inaction sur le dossier de l'insalubrité de la ville.

William Hales Hingston vignette|William Hales Hingston, médecin et maire de Montréal de 1875 à 1877. Le docteur W. H. Hingston est médecin, chirurgien et maire de Montréal de 1875 à 1877. Il est responsable du lancement de la campagne de vaccination obligatoire lors de l'épidémie de variole en 1876. En 1885, il est élu président du Bureau d'hygiène publique de la province.

Alphonse Barnabé Larocque

Médecin et fonctionnaire, le docteur Larocque est nommé officier de santé de la ville de Montréal en 1870. Il est un fervent défenseur de la vaccination et « de la déclaration obligatoire au bureau de santé de toutes les maladies contagieuses et la désinfection des corps des personnes décédées ».. Durant l'épidémie de variole de 1885 il est accusé par le maire Beaugrand et le Comité d'hygiène de Montréal de négliger ses obligations et tâches municipales au profit d'une vision provinciale de la gestion de la santé publique. Il sera démis de ses fonctions au printemps 1885, alors que l'épidémie en est encore à ses débuts et n'a pas atteint son pic de contagion.

William Bessey

Le docteur William Bessey se démarque dès 1870 par sa capacité à produire un vaccin contre la variole à partir de lymphe de veau. Membre du Comité d'hygiène de la ville au début de l'épidémie de 1885, il est également fournisseur du vaccin, surtout pour la communauté anglophone de la ville, mais il occupe un rôle important à l'échelle de Montréal. Ses erreurs dans la production d'un vaccin qui s'est avéré à plusieurs reprises de mauvaise qualité et donc peu fiable, son unilinguisme anglophone et son arrogance participent à la méfiance des francophones sur les bienfaits de la vaccination et permet à ses détracteurs d'avoir une tribune importante.

Henry Gray

Médecin et pharmacien né à Boston en Angleterre, Henry Gray s'installe à Montréal en 1859 et s'intéresse à la santé publique et à l'amélioration des conditions d'hygiène dans un contexte urbain.. À la suite de l'élection d'Honoré Beaugrand au printemps 1885, Gray est élu à la présidence du Comité d'hygiène de Montréal, beaucoup le voyant comme l'homme de la situation pour préparer Montréal à affronter la prochaine épidémie de choléra. Ardent défenseur de la vaccination et de la déclaration des malades, il est réélu à la présidence du Comité d'hygiène à la fin de 1885 et, devant le rôle prédominant qu'il joue pour lutter contre la variole, certains lui suggèrent de se présenter pour succéder au maire Beaugrand, ce qu'il refuse.

Louis Laberge

Élu médecin de la santé publique de Montréal en juin 1885 en remplacement du Docteur Alphonse Barnabé Larocque, Louis Laberge est un jeune médecin francophone bilingue, partisan de l'isolement des varioleux et de l'application stricte du règlement visant l'apposition d'affiches sur les maisons infectées par la variole. Comme d'autres médecins défendant la vaccination obligatoire, il est la cible des émeutiers antivaccination le 28 septembre 1885, la foule attaquant sa maison et le menaçant de mort.

Joseph Emery-Coderre

Foncièrement antivaccination, le docteur Emery-Coderre est très actif durant l'année 1885. « Leader de la communauté médicale francophone de Montréal », il refuse pourtant d'admettre que le vaccin issu de la variole de la vache (cow-pox) diffère de la variole chez les êtres humains. Il jouit d'une grande influence au sein de la communauté francophone de Montréal et publie des lettres ouvertes dans des journaux médicaux et dans la presse grand public, allant même jusqu'à accuser le vaccin de répandre d'autres virus ou maladies.

gauche|vignette|172x172px|Alexander Milton Ross Alexander Milton Ross

Médecin anglophone très actif durant l'épidémie, Alexander Milton Ross fait partie de la Ligue contre la vaccination regroupant des médecins anglophones et francophones. Personnage influent également membre des collèges de médecins et de chirurgiens du Québec, de l'Ontario et du Manitoba, il publie des articles dans la presse fustigeant les médecins vaccinateurs et le Bureau de la santé publique de Montréal.

George Longley

Considéré comme étant à l'origine de l'arrivée de la variole à Montréal, George Longley travaille pour la Grand Trunk Railway et arrive à la gare Bonaventure le 28 février 1885. Il est admis à l'Hôtel Dieu le 29 février et est atteint d'une forme légère de la maladie, ce qui n'empêche pas la contamination du personnel de l'hôpital. On comprend plus tard qu'il a été vacciné contre la variole aux États-Unis et qu'il est atteint de varioloïde, un cas de variole post-vaccinatoire.

Pélagie Robichaud

D'origine acadienne et travaillant à la buanderie de l'Hôtel Dieu. Elle est en contact avec les draps infectés du malade George Longley. Elle décède le avril 1885 et devient la première victime de la variole. gauche|vignette|189x189px|alt=|Monseigneur Fabre en 1886 Édouard-Charles Fabre

Évêque puis archevêque de Montréal de 1876 à 1896, Édouard-Charles Fabre use de son influence auprès de la communauté francophone afin d'encourager la vaccination. Il prend fait et cause pour la science médicale et déclare « qu'il est dans l'intérêt des fidèles de contribuer personnellement à la mitigation ou à l'élimination des ravages de l'épidémie en prenant toutes les précautions suggérées par la Faculté ». Il montre aussi l'exemple en se faisant vacciner deux fois.

Contextes sanitaire et médical Principale cause de mortalité dans le Québec du , les maladies infectieuses venues de l'extérieur comme la variole sont la source d'épidémies dans une province où « les habitudes de vie, l'alimentation et l'absence de systèmes d'approvisionnement en eau potable favorisent leur virulence ». La province est touchée à partir de 1832 par plusieurs épidémies du « terrible choléra » comme on l'appelle à l'époque et Montréal n'est pas épargnée puisque lors de la pandémie, « il y eut 2000 morts attribuables au choléra en 22 semaines seulement, soit le chiffre incroyable de 6 p. 100 de la population, estimée alors à 32 000 âmes ». En février 1884, le médecin et chercheur allemand Robert Koch découvre la nature exacte du germe du choléra, mais « il n'existait pas encore de nouvelles méthodes d'attaques contre les organismes » à l'origine de la maladie. À contrario, en 1885, on possède les moyens d'enrayer les épidémies de varioleDans son ouvrage Montréal au temps du grand fléau, Michael Bliss note que « La variole avait d'ailleurs été enrayée à Montréal en 1881, faisant chuter de manière spectaculaire le taux de mortalité »., surtout grâce à la vaccination, procédé découvert en 1796 par le médecin britannique Edward Jenner. De plus, même si les mesures de mise en quarantaine existent bien avant le début de cette épidémie de variole, le législateur (en l’occurrence les autorités de la ville) peinent à les faire appliquer par manque de rigueur dans la population et également parce que beaucoup de navires pratiquent le débarquement et le déchargement illégaux de passagers et de marchandises, certains officiers étant probablement encouragés par des pots-de-vin. Début 1885, c'est donc le choléra et non la variole qui inquiète les autorités de la ville, l'amélioration des mesures d'hygiène et la salubrité étant vues comme des mesures primordiales afin d'éviter une nouvelle épidémie de cette maladie qui peut tuer en quelques jours.

Contextes politique et social gauche|vignette|alt=|Conseil municipal de Montréal en 1885 Le début de l'épidémie de variole se déroule quasiment en même temps que les événements de la Rébellion du Nord-Ouest dirigée par le chef du peuple Métis Louis Riel qui est capturé par les forces canadiennes le 15 mai à la suite de la Bataille de Batoche en Saskatchewan.

Déroulement

Origine