Le Collectif contre les expulsions (CCLE), créé en 1998 à Bruxelles, est un collectif autonome pour la défense de la liberté de circulation et pour la solidarité avec les étrangers en situation irrégulière détenus dans les Centres fermés gérés par l'Office des étrangersOffice des étrangers sur le site du Service Public Fédéral Intérieur où environ personnes sont enfermées chaque année en vue de leur expulsion ou de leur refoulement.

Privilégiant la résistance par l'action directe non violente et la désobéissance civile, le CCLE ne se positionne pas « pour » les sans-papiers, mais pour agir « avec » euxCataline, Des sans-papiers et nous…, Alternative libertaire (Belgique), , mars 1999..

En Belgique, la gestion de la politique des étrangers revient à la Direction générale de l'Office des étrangers. Les règles de bases applicables en la matière sont décrites dans la loi du sur l'accès au territoire, le séjour, l'établissement et l'éloignement des étrangers et dans l’arrêté royal d’exécution du .

L'article 77 de cette loi punit « quiconque [qui] sciemment assiste un étranger […] dans […] son entrée illégale ou son séjour illégal dans le Royaume […] » à une peine de huit jours à trois mois et d'une amende de à . Le texte prévoit cependant que cette réglementation « ne s'applique pas si l'aide ou l'assistance est offerte à l'étranger pour des raisons principalement humanitaires ».

Cette législation a été durcie en 1995, par la loi du contenant des dispositions en vue de la répression de la traite des êtres humains et de la pornographie enfantine qui a introduit des peines plus lourdes pour lutter contre la criminalité organisée.

Historique Le Collectif Contre les Expulsions est né fin Le Collectif contre les Expulsions en 2 mots, lundi 20 avril 1998., au sein du Centre Social de Bruxelles, à l’initiative d'une quinzaine de personnesBénédicte Vaes, AU COLLECTIF CONTRE LES EXPULSIONS Les quinze porteurs de voix des sans-voix Ils ne sont qu'une quinzaine à s'opposer aux rapatriements forcés de demandeurs d'asile. Ils ont rouvert le débat tabou de la régularisation des sans-papiers. Mais d'où sortent-ils?, Le Soir, 3 octobre 1998. voulant dénoncer l’existence des Centres fermés où sont détenus des étrangers en situation irrégulière.

Dans un premier temps, le Collectif, mène des actions spectaculaires pour médiatiser l’existence de ces centres peu connus du grand public : production de textes, tracts, conférences de presse, actions de sensibilisation et manifestations relais dans les centres fermés, contact avec les sans-papiers, parrainageChristian Laporte, Sortir les sans-papiers de la clandestinité Il faut battre le fer tant qu'il est chaud: le monde associatif demande une procédure exceptionnelle des régularisations. Les Belges invités à parrainer les étrangers sommés de partir Tobback: «Ne pas respecter les règles nourrit la xénophobie» Le Collectif se mobilise pour empêcher le départ de Samira, Le Soir, 15 juillet 1998., dons de vêtements, de cartes téléphoniques pour leur permettre de rester en contact avec l’extérieur.

Le Collectif manifeste régulièrement à Steenokkerzeel, où se trouve le « complexe fermé » le plus proche de Bruxelles. Celui-ci comprend trois centres fermés. Le Centre INAD au sein même de l’aéroport de Bruxelles-National, en territoire international, où les personnes retenues n’ont aucun contact avec l’extérieur. Le Centre 127 situé dans la partie militaire de l’aéroport. Le Centre de rapatriement 127bis, le plus visible et le plus accessible qui se trouve le long des pistes d’atterrissage. C’est devant celui-ci que le Collectif manifeste, à la fois pour montrer son soutien aux personnes qui peuvent les entendre de l’intérieur, mais surtout pour alerter les médias.

Radicalisation thumb|right|No Border À partir de mars-Fabienne Defrance, Hugues Doorzee, Justice - L'aumônier et le chef de la sécurité de Zaventem entendus hier au procès Sémira « Toute la violence venait de l'extérieur » Soirée de soutien à la Madeleine, Le Soir, 19 septembre 2003., c'est l'action directe dans les aéroports qui a le plus de retentissement : il s’agit de convaincre les passagers du vol de s’opposer à l’expulsion en coursMartine Vandemeulebrouke, Plaidoyer pour expulsés à Bruxelles-National Parler aux passagers des expulsions, cela «ne se fait pas», estiment les gendarmes. Mais les militants ne respectent pas les usages., Le Soir, 5 août 1998.. C'est lors d'une de ces actions que le Collectif prend pour la première fois contact avec Semira Adamu.

À cette époque, les sans-papiers sont expulsés sur des vols réguliers. S'ils résistentPatrice Leprince, Heurts autour du départ d'une réfugiée «Quitte à mourir, je préfère mourir dans mon pays», Le Soir, 19 août 1998., ils sont menottésMichelle Lamensch, Deux Maliens menottés et escortés embarqués à Zaventem La France délocalise ses expulsions, Le Soir, 21 avril 1998., parfois bâillonnés ou drogués, maintenus au fond de l’avion jusqu’à la fermeture des portes. Si un ou plusieurs passager refuse de s’assoir au moment du décollage, l’avion ne part pas. La législation internationale en matière de transport aérien prévoit qu’un avion ne peut pas décoller si tous les passagers ne sont pas consentants pour effectuer le vol. Certains pilotes s'opposent également aux expulsions.

Parfois les actions sont plus radicalesMartine Vandemeulebrouke, Après les pétitions, les cisailles, Le Soir, 23 juillet 1998.. Le , 22 jeunes activistes s'enchainent sur le chantier du Centre de Vottem (près de Liège)Martine Vandemeulebrouke, Hugues Doorzee, Le débat sur l'accueil des réfugiés et la régularisation des sans-papiers relancé Les évadés du centre 127 bis demeurent introuvables L'évasion du 127 bis révèle un malaiseDerrière le Collectif contre les expulsions, des militants révoltés par la politique d'asile dans notre pays. Un premier coup de semonce, sans lendemain, à Vottem, Le Soir, 23 juillet 1998.. Le , une trentaine de sans-papiers s'échappent du Centre de rapatriement 127bis à la suite d'un départ de feu volontaireChristian Bruelle, Aidés par un «commando» Une trentaine de réfugiés s'évadent du centre 127 bis, Le Soir, 22 juillet 1998.. Des fourgons cellulaires sont également bloqués entre le Centre fermé 127 bis et l'aéroport par des jets d'œufs remplis de peinture. En septembre, un mois d'actions est organisé autour du futur centre fermé de Vottem, des sabotages sont commis sur le chantier pour en retarder l'ouvertureDaniel Conraads, Manifestation mardi contre le premier centre fermé pour réfugiés en Wallonie Un «mois de résistance» contre Vottem Louis Tobback, «ministre de la Terreur», Le Soir, 31 août 1998..

À Liège et à Bruxelles, plusieurs dizaines de militants sont inculpésMartine Vandemeulebrouke, Sept des manifestants contre le 127 bis sont inculpés pour aide aux étrangers en situation illégale Le Collectif contre les expulsions annonce des actions, Le Soir, 24 juillet 1998., certains d'entre eux commencent à passer devant les tribunaux, menacés des AssisesFrederic Delepierre, Leur collectif crie à la dérive sécuritaire Les opposants aux expulsions passibles des assises, Le Soir, 20 août 1998.. La répression s'accentueFrederic Delepierre, Des gendarmes ont «visité» un responsable du Collectif Après les expulsions, les perquisitions, Le Soir, 22 août 1998.. Le Centre social est délogé par la police du squat qui lui sert de localMarie-Line Gabriel, Patrice Leprince, Michel De Meulenaere, Le Collectif sans nom est délogé par la police Une ordonnance a scellé le sort des squatteurs de Saint-Gilles. Ils ont été évacués mardi à l'aube. Manu militari. RÉTROACTES Le Collectif sans nom. Des acteurs, un objectif: créer un lieu de rencontre pour tous. Installés à Saint-Gilles depuis le mois d'avril, les squatteurs venaient sans doute de battre le record de durée du genre. Quand une société préfère s'asseoir sur ses contradictions, Le Soir, 26 août 1996.Martine Vandemeulebrouke, Son siège bruxellois n'est pas le «fort de Bellonzio» Le Collectif sans nom pliera bagage, Le Soir, 17 septembre 1998..

Un Comité de soutien au Collectif s'organiseA Bruxelles, l'appel du Collectif contre les expulsions a été entendu, Le Soir, 21 août 1998., composé notamment d'intellectuels comme Lise Thiry ou Anne MorelliMartine Vandemeulebrouke, Le Collectif contre les expulsions entend poursuivre ses actions Sept manifestants inculpés pour aide aux illégaux L'article 77 punit les trafiquants Lise Thiry ne peut plus avoir de contact avec Sémira, Le Soir, 24 juillet 1998.. Dans un geste de désobéissance civile, en août, une centaine de personnalités belges affirment publiquement « avoir hébergé » un fugitif évadé du 127 bisMartine Vandemeulebrouke, Un «acte d'hébergement et de soutien» contre les expulsions de réfugiés Cent personnalités protègent les sans-papiers Cent personnalités «parrainent» les réfugiés évadés du 127 bis Artistes, intellectuels, hauts fonctionnaires: ils déclarent publiquement «avoir hébergé» un fugitif. «Héberger Abdullah, c'était un geste citoyen», Le Soir, 8 août 1998., parmi elles : pratiquement tous les députés et sénateurs Ecolo mais aussi Jacky Morael, des députés Agalev, François Martou, Sarah Goldberg (membre de la Fondation Auschwitz), un magistrat honoraire au tribunal du travail, et surtout beaucoup de personnalités du monde de la culture et du spectacle, le réalisateur Jaco Van Dormael, les frères Dardenne, les chanteurs Jean-Luc Fonck et Claude Semal, etc.

Le collectif reçoit, par ailleurs, le soutien appuyé d'associations comme la Ligue des droits de l'homme (Belgique francophone) ou le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX).

Devant l'ampleur que prend le mouvement, le Sénat se saisit du débat sur la politique d'asileMartine Vandemeulebrouke, Anne-Marie Lizin Sur les actions du Collectif contre les expulsions et la politique d'asile en Belgique., Le Soir, 24 juillet 1998..

Semira Adamu

Semira Adamu, demandeuse d'asile nigériane, a fui son pays pour échapper à un mariage forcéBelgian police tried over asylum death. Incarcérée au Centre fermé 127bis, elle fait l'objet de plusieurs tentatives d'expulsion forcée, notamment le Martine Vandemeulebrouke, Le témoignage de Sémira sur les violences commises dans l'avion le 21 juillet: on a tenté de la rapatrier de force Un Collectif sous haute surveillance policière Discordance entre le discours officiel et certains témoignages, en matière d'expulsions d'étrangers., Le Soir, 31 juillet 1998.. Le Collectif parvient à communiquer avec elle et Lise Thiry en devient la marraine. L'affaire est médiatisée et provoque un large débat publicMartine Vandemeulebrouke, Selon le CGRA, Sémira Adamu n'a pas donné un récit «crédible» Le droit d'asile et la discrimination sexuelle, Le Soir, 27 juillet 1998.. Semira, en quelques semaines, est devenue le symbole public de la lutte menée par le Collectif contre les expulsions massives d'étrangers.