L'abbaye Saint-Martin de Nevers, est une ancienne abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin située à Nevers, dans le département de la Nièvre.
Localisation L'abbaye s'étendait dans un sens depuis la rue Lafayette jusqu'à la rue Pierre Bérégovoy (ancienne rue du Rempart) et dans l'autre depuis la rue Hippolyte Taine (autrefois rue de Rome) et la rue Jean-Desveaux (jadis rue de la Banque), jusqu'à l'actuelle place Carnot.
Historique
Moyen Âge D'après la tradition locale, l'origine du monastère de Saint-Martin remonte au . La Gallia explique notamment que l'évêque Jérôme y est enterré et que « de son vivant, si l’on en croit Coquille, après que l’église majeure eut été dépouillée de ses domaines, de ses revenus et de ses biens, lui-même ainsi que les chanoines habitaient et vivaient dans l’abbaye de Saint-Martin »Gallia christiana, t. XII, p. 676..
En 849, elle est restaurée par l’évêque Hériman qui la dote d’un chapitre de seize chanoines, de quelques biens et de terresRené de Lespinasse, Cartulaire de Saint-Cyr, Nevers, Gremion, 1916, p. 7-9.. L'établissement semble ensuite se développer : en 885, elle érige un monastère féminin à Cusset, obtenant pour cela l’autorisation du roi Charles le Chauve, et en 888, elle est confirmée parmi d'autres implantations nivernaises dans les biens de l'Église de NeversRené de Lespinasse, Cartulaire de Saint-Cyr, Nevers, Gremion, 1916, p. 33-35 et 68-70..
À la fin du Moyen Âge, les différents comptes de la ville de Nevers montrent l'importance de l'abbaye de Saint-Martin dans la vie municipale :
le trésor, et le chartrier de la ville sont gardés dans l'église abbatiale ; le guet de la ville se fait au clocher de Saint-Martin ; les réunions des échevins se tiennent dans la salle capitulaire de l'abbaye.
Le 16 avril 1455, la communauté est évoquée dans un acte de fondation : « Bertrand Tendron, abbé, Pierre Charlet, prieur, et Guillaume Patho, sous-prieur, Pierre Rousseau, prieur de Lucenay-lès-Aix, Jean de la Croix, prieur d'Achun, Guillaume Charbonnier, prieur de Saligny, Pierre Valzy, prieur et curé de Bazernes, Hugues Gargault, prieur de Saint-Hilaire, Jean Rossignol, prieur de Saint-Ouen, Étienne Feitibois, curé de Saint-Martin, Dreux Morant, prieur d'Aunai, Hugues Maury, prieur d'Épiry, Jehan Jacquinet, prieur de la Collancelle, Régnier de Sainte-Marie, prieur de Montreuillon, Pierre Maillard, secrétaire, Jehan de Tory, Guillaume Bazin, Jehan Bolaiguet, Jehan Ythier, prêtres, Étienne Tenon, Barthélémy Remigot, Philippe Bourbonnat et Guyot des Colons, tous religieux de cette église, assemblés à leur chapitre, faisant la plus grande partie des religieux d'icelle [...] »Michel de Marolles et Georges de Soultrait (ed.), Inventaire des titres de Nevers, Société nivernaise, Nevers, Imprimerie de Paulin-Fay, 1873, p. 81..
Époque moderne Le 21 avril 1512, la communauté est évoquée : « [...] le révérend Père en le Christ messire Etienne, abbé de la Tillaye ; vénérables et religieuses personnes Michel de Lanvaulx, grand prieur; Guillaume Reugle, sous-prieur ; Guillaume Garnier, prieur de Germenay ; Jean Nyauldin, prieur d'Achun ; Léonard Chaloppin, curé de Saint-Germain de Lucenay-les-Aix ; Charles Galoppe, prieur de Saligny ; Adrien de la Chaume, infirmier et prieur de Montreuillon ; Michel Marion, prieur de Saint-Genès de Lucenay-les-Aix ; Hugues Pevrot ; François Le Bault, prieur de la Colencelle ; Jean de Dangeul ; Jean Jacquinet, curé de Bazolles ; Louis de Lanvaulx ; Jean Joyn, prieur du Pin ; Jean de Chéry ; Jean de Carroble, sacristain ; Pierre Drouer ; Sébastin Fournier ; François Guyton, prieur de Saint-Hilaire ; Ainéas (sic) de Chaugy et Christophe de Druy, tous prêtres et chanoines dudit monastère, assemblés au son de la cloche [...] ».Pour l'année 1771, les recettes de l'abbaye s'élèvent à 16320 l., et les dépenses à 13489 lAndré Sery, Étienne Antoine Alfred Lelong, L'Abbaye Saint-Martin de Nevers de chanoines réguliers de Saint-Augustin, G. Vallière, 1902, p. 72..
La Révolution En 1790, d'après les comptes présentés par les religieux, les recettes de l'abbaye Saint-Martin s'élèvent à 7552 l., et les dépenses à 7757 l.
Sur place en dehors de l'abbé commendataire qui ne réside pas, quatre religieux sont présents :
Jean-Louis Peccat de la Renne, né en 1752, au diocèse de Reims, prieur et curé de Saint-Martin de Nevers depuis 1782, âgé de 38 ans ; Jacques Louis Laramée, né le 14 février 1755, au diocèse de Reims, vicaire de la paroisse depuis 1789, âgé de 35 ans ; Antoine Gilbert Bassue de Préfontaine, né en 1756, au diocèse de Lisieux, vicaire depuis 1786, âgé de 34 ans ; Alexis-Melchior-Joseph Baivier, né en 1760, au diocèse de Cambrai, vicaire depuis 1786, âgé de 30 ansJules Charrier, Histoire religieuse du département de la Nièvre pendant la Révolution, tome II (1795-1803), Paris, Guitard, 1926, p. 241..
Époque contemporaine
Architecture
Général Il ne subsiste rien de l'abbaye Saint-Martin à l'exception du logis du prieur, d'un pan de mur avec arcade et supports dans le centre-ville et de deux chapiteaux romans et d'un sarcophage ancien, déposés au Musée archéologique du Nivernais.
Église abbatiale vignette|339x339px|Plan de l'église abbatiale de Saint-Martin de Nevers. L'église Saint-Martin comprenait une nef de sept travées, bordée de bas côtés, un transept débordant de la largeur d'une travée, auquel étaient accolées, à l'est, une chapelle et la sacristie. Le chevet, composé d'une travée droite et d'une abside, était entouré d'un déambulatoire, sur lequel s'ouvraient la chapelle et la sacristie contiguës aux croisillons, et trois absidiolesMarcel Anfray, L'architecture religieuse du Nivernais au Moyen-âge : les églises romanes, Paris, Picard, 1951, p. 103-104..
La longueur totale de l'édifice dans œuvre était de 54 m 40 ; la largeur de l'ensemble des trois nefs mesurait 14 m 50 ; la longueur du transept était de 22 m 50. Le logis du prieur Située au 5 rue Saint-Martin, le logis du prieur est le seul bâtiment restant de l'ancienne abbaye. De style gothique, cette construction du est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 28 septembre 1926https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00112958.
Prieurés-cures, propriétés, bénéfices
Prieurés-cures Les chanoines réguliers se distinguent en particulier par leur action pastorale, en assurant la cura animarum dans les paroisses qui leur sont confiées. Entre l’abbaye et l’assemblée des fidèles se place le prieuré-cure, structure assez mal connue qui mérite d’être caractérisée.« [...] le terme de prieuré-cure doit être utilisé avec précaution mais il est commode pour désigner la situation d’une église dont au moins les dîmes sont perçues au profit d’un chanoine résident sur place et représentant l’établissement patron de l’église, que ce représentant soit seul ou avec des confrères, en fait ou en droit, que ce représentant laisse ou ne laisse pas à un séculier la charge et les profits du ministère en tout ou en partie [...] »Philippe Racinet, Moines et monastères en Occident au Moyen Âge, Paris, Ellipses, 2007, p. 100..La documentation conserve la trace de plusieurs prieurés-cures dépendants de l'abbaye Saint-Martin de Nevers :
Achun : Jean de la Croix est mentionné prieur en 1455 ; Asnois : Simon, prieur-curé est évoqué en 1319 ; une liasse est disponible aux ADADN : H 239. ; des fouilles y ont été effectuées en 2017https://www.lejdc.fr/asnois-58190/travaux-urbanisme/des-fouilles-tres-prolifiques-au-pied-de-l-eglise-d-asnois_12503518/ ; Aunay : fondation de la famille Pioche au prieuré en 1375ADN : H 240. ; Jean Lassailly est mentionné prieur-curé en 1460ADN : fiches Flamare, famille Pioche. ; Bazolles : une liasse est disponible aux ADADN : H 241. ; Beffes : Guillaume, est mentionné prieur en 1320Michel de Marolles et Georges de Soultrait (ed.), Inventaire des titres de Nevers, Société nivernaise, Nevers, Imprimerie de Paulin-Fay, 1873, p. 93. ; Bois-Giraud : une liasse est disponible aux ADADN : H 242. ; La Collancelle : Jehan Jacquinet est mentionné prieur en 1455 ; Épiry : une liasse est disponible aux ADADN : H 243. ; Germenay : une liasse est disponible aux ADADN : H 244. ; Guipy : prieuré fondé en 1156 par Seguin de la Tournelle ; une liasse est disponible aux ADADN : H 245. ; Laché : une liasse est disponible aux ADADN : H 509. ; La Montagne : Jean, est mentionné prieur en 1320 ; Guillaume Juysard, ancien prieur de l'abbaye est prieur-curé en 1542ADN : 3 E 1/446. ; Montreuillon : une liasse est disponible aux ADADN : H 251. ; Régnier de Sainte-Marie est mentionné prieur en 1455 ; Moraches : une liasse est disponible aux ADADN : H 252. ; Saint-Hilaire-en-Morvan : Guillaume, est mentionné prieur de Saint-Hilaire-soubs-Château-Chinon en 1320 ; Saint-Romain : bel acte de 1231 ; une liasse est disponible aux ADADN: H 246-250. ; Pierre de Lanvault, abbé en 1494 est prieur de Lucenay en 1464 ; Saint-Ouen : Jean Rossignol est mentionné prieur en 1455.
Si les contours de ces implantations sont flous durant la période médiévale, ils le sont encore plus durant la période Moderne. À cette époque là, des chanoines de Saint-Martin sont toujours pourvus comme prieurs-curés (comme à Épiry en 1511), mais au fil des décennies le clergé séculier reprend la main sur ces paroisses et plusieurs prêtres, non mentionnés comme chanoines, se font appeler « prieur-curé ».
Au moment de la Révolution, seuls les prieurés-cures de Guipy et de Lucenay sont évoqués dans les ventes de biens nationauxADN : 1 Q 870-871..
Propriétés L'abbaye Saint-Martin est à la tête d'un temporel très important et très étendu. Aux archives départementales de la Nièvre, la série H renferme de nombreux parchemins évoquant les biens appartenant au monastère augustinADN : H 160-238..
À Nevers : des biens dans une vingtaine de rues, plusieurs vignes et vignobles, trois moulins, des fermes, des champs et des domainesADN : H 168-208. ; Dans le reste du Nivernais : des biens à Azy-le-Vif, Chaluzy (commune de Saint-Éloi), Challement, Chaulgnes, Coulanges, Cours (commune de Magny-Cours), Garchizy, Germenay, Gimouille, La Marche, Luthenay-Uxeloup, Mars-sur-Allier, Marzy, Montigny-aux-Amognes, Neuville-les-Decize, Ourouër (commune de Vaux d'Amognes), Patinges (commune de Torteron), Pougues-les-Eaux, Saligny (commune de Bagneux, Allier), Saint-Benin-d'Azy, Saint-Martin-d'Heuille, Saint-Parize-le-Châtel, Sermoise-sur-Loire, Tresnay, Urzy, Varennes-les-Nevers, Huez (commune de Bona)ADN : H 209-238..
Quelques actes donnent des précisions sur certaines de ces possessions :
la forêt de Venille, à Saint-Éloi, leur appartient en grande partie (mention de 1245)ADN : H 214. ; la chapelle Saint-Sylvain, le prieur de Saint-Martin a la collation de la vicairie au début du Auguste Longnon, Pouillés de la province ecclésiastique de Sens : Diocèse de Nevers, vol. IV, Paris, Imprimerie Nationale, 1904, p. 524. ;
Bénéfices L'abbaye Saint-Martin de Nevers détient de nombreuses paroisses dans l'ancien diocèse de Nevers mais aussi au-delà.
Ancien diocèse de Nevers : Achun, Asnois, Aunay-en-Bazois, Bazolles, Beffes, Bois-Giraud (commune de Challement), Bussy-la-Pesle, Challement, La Collancelle, Épiry, Germenay, Guipy, Laché (commune de Vitry-Laché), La Montagne (commune de Grenois), Montreuillon, Moraches, Saxi-Bourdon, Saint-Benin-des-Champs (commune de Montapas), Saint-Didier, Saint-Hilaire-en-Morvan, Saint-Genest et Saint-Romain (commune de Lucenay-lès-Aix), Saint-Ouen, Sougy-sur-LoireAuguste Longnon, Pouillés de la province ecclésiastique de Sens : Diocèse de Nevers, vol. IV, Paris, Imprimerie Nationale, 1904.. Ancien diocèse d'Autun : Le Pin, SalignyAuguste Longnon, Pouillés de la province ecclésiastique de Lyon : Diocèse d'Autun, vol. I, Paris, Imprimerie Nationale, 1904..
Abbés (Liste non exhaustive) 1179 : SilvestreADN : H 203. ;