Le grand barrage de la Renaissance (en , ; en tigrigna : ; ) est un barrage en Éthiopie, dans l'État régional de Benishangul-Gumuz sur le Nil Bleu, alimentant une centrale hydroélectrique dont la première des treize turbines est mise en service le . Avec une puissance installée de , elle est, depuis son achèvement, la plus puissante d'Afrique et figure parmi les vingt plus importantes du monde.

Le barrage suscite des tensions avec les pays situés en aval, le Soudan et surtout l'Égypte, qui craignent une diminution des débits d'eau.

La construction, dont le projet est rendu public le , démarre le et s'achève le , avec une inauguration le .

Histoire

Projet et conception

Le gouvernement éthiopien voulait développer l'agriculture irriguée, quasi inexistante avec 3 % de ses surfaces agricoles et sa production hydroélectrique, afin d'industrialiser l'ÉthiopieMehdi Labzaé, « Éthiopie. L’inauguration d’un barrage, mais pour quelle Renaissance ? », Afrique XXI, 11 septembre 2025.. De nombreux barrages ont été construits depuis 1995.

Les besoins en électricité de l'Éthiopie augmentent de 30 % par an, et l'exportation de l'électricité produite par le barrage vers les pays voisins fournirait d'euros par an au pays, qui actuellement importe plus qu'il n'exporteBarrage de la grande renaissance d’Éthiopie : L’Afrique qui gagne, sur .monde-economique.ch, consulté le 22 novembre 2017.

L'emplacement du barrage avait été envisagé par les États-Unis lors d'une étude conduite entre 1956 et 1964. Un nouveau projet est lancé en puis par le premier ministre Meles Zenawi.

Le , un contrat de de dollars est attribué à la société italienne Salini Impregilo (renommée Webuild en 2020), sans appel d'offres. Salini Impregilo avait déjà réalisé les projets Gilgel Gibe II, Gilgel Gibe III et Tana Beles. Le projet prévoit de couler plus de de tonnes de béton pour le barrage principal et pour le barrage secondaire. Le gouvernement éthiopien recommande de favoriser l'utilisation de produits locaux.

Le barrage s'est appelé « Projet X », puis « barrage du millénaire » avant de devenir le « Grand barrage de la renaissance éthiopienne » le .

Construction

La première pierre est posée le par le premier ministre Meles Zenawi. Une usine de concassage de pierres est construite à proximité, permettant un approvisionnement rapide du chantier. Il est prévu que les deux premières turbines fonctionnent après 44 mois de travaux.

En , Salini demande à la firme italienne Tratos de fournir des câbles haute et basse tension Tratos wins contract for 6800 MW Ethiopian project, sur hydroworld.com du 3 février 2012, consulté le 22 novembre 2017. Alstom fournira les 8 turbines Francis de , pour .

En , le gouvernement éthiopien annonce un changement des plans du barrage, pour passer de .

En , le projet est achevé à 32 %.

Le , le Nil Bleu est détourné et une cérémonie a lieu le même jour.

En , plus de de béton ont été versés, et deux turbines sont sur le point d'être installées. La première production de est prévue plus tard dans l'année.

En , la puissance du barrage passe à , en raison de l'amélioration des générateurs, alors que les travaux sont achevés à 56 %, selon le ministre éthiopien de la communication.

Fin , il est achevé à 63 % selon les autorités éthiopiennes. L'avancement s'élève à 76 % en .

En , après de nombreux pourparlers entre l'Éthiopie et l'Égypte, l'Éthiopie espère pouvoir commencer sa production d'énergie en avec , grâce à deux turbines ; le barrage devrait être totalement opérationnel à la fin de l'année 2022Comment le barrage de la Grande Renaissance va transformer l'Éthiopie, La Tribune Afrique, 30 mai 2019..

En , le plan du barrage est de nouveau modifié, le nombre de turbines étant réduit de 16 à 13. La puissance totale est ramenée à .

En , le barrage de la Renaissance termine prématurément le deuxième remplissage du réservoir.

En , l’Éthiopie annonce, une nouvelle fois, la prochaine mise en production des deux turbines de ..

Le , la production d’électricité est officiellement lancée avec la mise en marche de la première turbine sur les treize de la centraleL’Ethiopie lance la production d’électricité du grand barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu, Le Monde, 21 février 2022..

Le , une seconde turbine produit de l'électricité.. Le gouvernement annonce le lendemain la fin de la troisième phase de remplissage..

Le , l'Éthiopie annonce la fin du remplissage du réservoir. L'Égypte proteste et rappelle que les actions du gouvernement éthiopien sont contraires aux accords de 2015. Le dernier remplissage correspond au niveau minimum d'opération qu'il est prévu d'atteindre en et avec un prélèvement sur la crue 2024 intervenant dans le cadre du fonctionnement normal du réservoir. Les négociations comportaient 5 remplissages. La fin de la construction est alors prévue pour 2025.

En , la puissance électrique de la centrale passe de après l'installation de deux turbines, soit presque un tiers de la capacité finale du projet.

Le , le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed déclare la construction officiellement terminée. L'inauguration se tient le . Il devient ainsi le plus important barrage d'Afrique... La centrale hydroélectrique devrait produire en moyenne par an, soit un doublement de la production nationale par rapport à la période précédant la mise en service des premières turbines, en 2022. Une partie de cette production devrait être exportée vers les pays de la région. Le remplissage progressif du réservoir, principale préoccupation du Caire, n'a pas eu d'impact significatif sur les ressources en eau de l'Égypte, qui persiste à revendiquer la signature d'un accord contraignant par l'Éthiopie pour garantir ses droits à un quota de 55,5 milliards de mètres cubes par an d'eau du NilJustine Babin, Le mégabarrage éthiopien sur le Nil, l'histoire d'un revers diplomatique cinglant pour l'Égypte, Les Échos, 9 septembre 2025..

Caractéristiques Le barrage de la Renaissance est situé en Éthiopie, sur le cours du Nil bleu, près de la frontière avec le Soudan, à une centaine de kilomètres en amont du barrage de Roseires.

C'est un barrage-poids de de haut, de long et composé de béton BCR. Son volume est de , et son réservoir a une capacité de stockage de pour une surface d'eau de , et une élévation normale de . Le barrage dispose de trois déversoirs, le principal étant situé à la gauche du barrage, contrôlé par et capable d'évacuer . De chaque côté du barrage se trouvent deux centres de production d'électricité. À droite, deux turbines Francis de et cinq de , et à gauche six turbines de produisent l’électricité..

Avec une puissance installée de , il est le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique (près de deux fois et demi la puissance du haut barrage d'Assouan par exemple). Il est cependant moins puissant que le barrage de Guri (), le barrage d'Itaipu (), ou le barrage des Trois-Gorges ().

Un plan de construction d'infrastructures de transport d'électricité est prévu en afin d'utiliser l'énergie produite. En effet, alors qu'il ne produit encore que la moitié de la capacité prévue, la consommation intérieure est insuffisante pour l'absorber. La consommation intérieure ainsi que l'exportation vers des pays voisins comme le Kenya ou Djibouti sont prévus..

Financement La situation conflictuelle a entravé les financements par des bailleurs de fonds internationaux, le gouvernement éthiopien a donc entrepris de financer seul la construction du barrage. Des contributions spéciales ont été demandées aux fonctionnaires et à tous les Éthiopiens à cette fin. Le gouvernement a ainsi émis des bons pour le financement du barrage Ethiopia: The Financing of the Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD), sur nazret.com du , consulté le . Presque tous les Éthiopiens ont ainsi participé à la construction du barrage, notamment via une diminution des salaires publics. Étant donné le PIB éthiopien de en 2016, le contrat de 4,8 milliards de dollars attribué à la société Salini Impregilo correspondrait à 6,5 % du PIB éthiopien. Djibouti a participé à hauteur de s au projet en .

Bien qu'un financement chinois a été supposé pour les turbines du barrage« The River Nile:A dam nuisance. Egypt and Ethiopia quarrel over water », The Economist, 20 avril 2011, consulté le 29 mars 2021, il n'a jamais été confirmé par le gouvernement éthiopien. Le gouvernement chinois s'est engagé en 2018 à financer pour de dollars l'amélioration du réseau de transmission électrique entre l’Éthiopie et Djibouti, pays où la Chine a implanté sa première base militaire outre-mer.

En 2021, le coût final du barrage est estimé à de dollars.

Tensions avec les pays en aval Les eaux venues des plateaux éthiopiens représentent 86 % de l'eau consommée en Égypte et 95 % en période de crueKendie , ..

À lui seul, le Nil Bleu fournit 59 % du débit du Nil. Le projet de barrage de la Renaissance a donc engendré de vives tensions avec le gouvernement du Caire.

En 1902, un traité du . engage l'Éthiopie à ne pas construire d'ouvrage hydraulique arrêtant les eaux du Nil bleu ou du Sobat sans l'accord des autorités britanniques qui dirigeaient alors le Soudan (art. 3). La version amharique du traité autorise la construction d'ouvrages hydrauliques sans en référer aux britanniques si l'eau n'est pas détournée du bassin du Nil.

En 1929, un premier accord concernant la répartition des eaux du Nil est conclu entre l'Égypte et le Soudan (représenté par les britanniques).

En 1959, un accord signé entre l'Égypte et le Soudan, leur attribue respectivement de mètres cubes. Les autres pays riverains se verront attribuer des quotas au bon vouloir de l'Égypte et du Soudan. Le solde correspond à l'évaporation générée par leurs ouvrages hydrauliques (l'interprétation de cette clause diffère entre l'Égypte et du Soudan).

En 1999 est créé à Addis Abeba la « » qui regroupe des pays riverains du Nil (Burundi, Congo, Égypte, Éthiopie, Kenya, Rwanda, Soudan, Tanzanie et Ouganda) qui remettent en cause cette répartition.

En , un accord-cadre (CFA) sur le partage des eaux du Nil, ou accord d'Entebbe, est signé entre le Rwanda, la Tanzanie, le Kenya, et le Burundi, provoquant le mécontentement de l'Égypte et du SoudanÉthiopie : la construction du barrage « Renaissance » et ses enjeux, sur lexpansion.com du , consulté le .

En 2015, l'Égypte, le Soudan et l'Éthiopie signent, en mars, un accord de principe sur le barrage de la RenaissanceBarrage sur le Nil: accord entre le Soudan, l’Égypte et l’Éthiopie, sur rfi.fr du 24 mars 2015, consulté le 22 novembre 2017. Ils décident de faire appel à un « Groupe national de recherche scientifique indépendante » (NISRG) pour évaluer les incidences environnementales, les calendriers de construction proposés par ces pays. Ce groupe s'est réuni régulièrement et s'apprêtait à publier un rapport de consensus et des recommandations alors que l’Égypte a décidé de faire appel à la médiation, ce qui dans le groupe a mis les égyptiens en difficulté, pouvant .

En , Sameh Choukri, ministre égyptien des Affaires étrangères, est en visite en Éthiopie afin de faire avancer les négociations.

Le , l'Égypte souhaite discuter directement avec l'Éthiopie, en excluant le Soudan des négociations, et propose la Banque mondiale comme médiateur neutre dans le conflit.

Le , le Premier ministre d'Éthiopie Haile Mariam Dessalegn rend visite au Caire au président de la république arabe d'Égypte Abdel Fattah al-Sissi afin d'obtenir un assouplissement de la position des deux pays : l'Éthiopie souhaiterait un remplissage rapide du barrage, de moins de sept ans, afin de bénéficier rapidement de la production électrique, quand l'Égypte voudrait rallonger ce délai, afin de ne pas diminuer trop le débit du Nil. L'Éthiopie refuse l'arbitrage de la Banque mondiale qui n'avait pas voulu financer la construction du barrage.