vignette|Étendard animalier provenant d'Alacahöyük (art hittite). Le cerf dans la culture est présent dans de nombreux récits, contes ou légendes, chez tous les peuples qui l'ont côtoyé ou chassé depuis la préhistoire. Il a donc joué un rôle important du Maghreb, de l'Europe, de l'Asie et via le Détroit de Béring, de l'Amérique du Nord. Ce sont les bois qui ornent son front qui en ont fait un animal mythique par leur majesté et leur renouvellement périodique considéré comme un symbole de fertilité, de mort et de renaissance. La puissance de son brame et le caractère tumultueux de ses amours s'ajoutent au mythe et témoignent du renouvellement continu de la vie dans de nombreuses traditions religieuses. Ce fut l'un des animaux les plus représentés de la Préhistoire, à l'Antiquité puis au cours du Moyen Âge dans les miniatures et enluminures ornant une grande partie des livres et traités de chasse lui ont été consacrés..
Pierre Moinot en préface à son Anthologie du cerf en souligne les raisons :
Préhistoire vignette|alt=Brigitte et Gilles Delluc à Lascaux|Brigitte et Gilles Delluc devant les cerfs de Lascaux , le cerf est omniprésent dans les légendes et contes tant profanes que religieux de tous pays où cet animal mythique a sollicité les imaginationsÀ propos du cerf de saint Hubert , Paul Delatour, Les Echos du Lyonnais, 11 décembre 2006.
Le cerf apparaît au paléolithique supérieur (entre et avant notre ère) sur les parois de grottes comme celles Lascaux, Niaux, Chauvet, Altamira en tant qu'animal de chasse.
Mythes et légendes hongroises gauche|vignette|Le cerf magique (Csodaszarvas) (Musée national hongrois) Il devient même le , le cerf magique de la mythologie hongroise, où il a joué un double rôle. Tout d'abord, il fut considéré comme l'ancêtre maternel des tribus des Huns et du peuple hongrois. Puis cette divinité fut déchue de son statut de déesse-mère pour devenir l'ancêtre mâle des mêmes..
Une légende veut que partirent une fois chasser avec leurs hommes. Ils étaient sur la piste d'une bonne proie, quand ils aperçurent un cerf et se mirent à le poursuivre. En dépit de tous leurs efforts pour le forcer, ils n'y parvinrent point avant le crépuscule. Ils s'installèrent pour camper. Le lendemain, ils virent à nouveau le cerf magique et continuèrent à le poursuivre. Finalement, le cerf les conduisit vers une nouvelle et riche terre où ils décidèrent de s'installer et de se marier. Les descendants de Hunor furent les Huns, ceux de Magor les Magyars.
Mythes et légendes celtes vignette|Cernunnos sur le chaudron de Gundestrup Cernunnos, le Cornu, est un dieu gaulois qui porte des bois de cerf et un torque. Dieu de la virilité, des régions boisées et de la régénération, il est souvent accompagné d'un serpent à tête de bélier et d'un cerfCernunnos, le dieu celtique aux cornes de cerf. Bien qu'on ait plusieurs représentations, son nom n'est attesté que par une unique inscription gallo-romaine : celle du pilier des Nautes de Paris, conservée au musée de ClunyPatrice Lajoye, « Le pilier des Nautes de Paris. Le début de la religion gallo-romaine », Histoire antique, Hors série 10, juillet-septembre 2008. On le retrouve sur le chaudron de GundestrupAnne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, .. Tout comme le cerf magique, Cernunos figure la puissance du culte masculin .
En tant que dieu de la régénération de la vie, il connaît une nature cyclique: il apparaît au solstice d'hiver, se marie à la fin du printemps et meurt au solstice d'été. Puis à Samain il sort des Enfers pour se lancer dans sa Chasse Sauvage. Selon l'archiviste paléographe Anne Lombard-Jourdan, le dieu père des Gaulois auquel Jules César donne le nom d'un dieu romain, Dis Pater, nom archaïque de Pluton, pourrait être CernunnosAnne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, .. Le cerf serait aussi lié au souffle. La représentation de Cernunnos, dieu mi-humain, mi-animal, cesse apparemment au de notre èreAnne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, .. Mais elle aurait pu perdurer sous d'autres formes puisque certains voient dans la cohorte des saints bretons semi-légendaires, saint Herbot, saint Edern et saint Théleau, tous traditionnellement représentés comme chevauchant un cerf, ses héritiers. Quant à saint Cornély, il serait tout simplement le dieu celte christianisé..
Déjà comme l'a noté Paul Delatour dans son étude : .
Mythes et légendes gréco-romaines vignette|Statue de la Déesse Diane accompagné d'un cerf (Diane de Versailles, musée du Louvre) Actéon, chasseur habile, surprend, au cours d’une chasse, la déesse Artémis dans son bain qui le transforme en cerf. Il meurt déchiré par ses chiens. La psychologie post-jungienne, interprète le mythe comme symbole de transformation spirituelle et d'illumination mystique. Pour Jean-Paul Sartre, Actéon symbolise l’hybris de la curiosité humaine. Il appelle « complexe d'Actéon » le complexe du savant, semblable au « chasseur qui surprend une nudité blanche et qui la viole de son regard ». Les poètes dépeignent Diane, déesse de la chasse dans la mythologie romaine, après son assimilation à la déesse Artémis du panthéon grec, tantôt sur un char traîné par des biches ou des cerfs blancs, tantôt montée elle-même sur un cerf, tantôt courant à pied avec son chien, et toujours entourée de ses nymphes, armées comme elle d'arcs et de flèches.
L'ère chrétienne vignette|Dagobert chassant le cerf vignette|Miracle du cerf de Rouen. Miniature issue du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, vers 1484, BNF, f.185
Symbolique chrétienne Dans le Physiologus, composé au de notre ère, le cerf était assimilé au Christ. Quant à Bède le vénérable, il en faisait l'image du chrétien et Raban Maur le comparaît à l'homme innocent. Le cerf, symbole du Christ, apparaît dans la vie des saints tels que saint Patrick, sainte Hélidie, dite Alyre, sainte Begge ou Julien l'Hospitalier. Le psaume 42 (41) compare le cerf assoiffé à l'âme assoiffée de Dieu : Comme un cerf assoiffé Recherche les courants Et les ruisseaux, Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant Quand irai-je et paraitrai-je devant la face de Dieu ?
Lié par la mystique chrétienne au psaume 63 (62). (Ô Dieu ! tu es mon Dieu, je te cherche ; mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, dans une terre aride, desséchée, sans eau) ce psaume fait du cerf le symbole de l'âme désireuse du face à face avec Dieu : Roland et le pape Clément VI par exemple sont enterrés drapés dans un linceul en peau de cerf..
Les récits médiévaux le font figurer souvent dans les scènes bibliques, au Paradis, parmi les animaux dans l'Arche de Noé. Durant le Moyen-Âge un changement s’opère dans la hiérarchie bestiale le cerf se voit accorder une place majeure tandis que le lion, l’ours et le sanglier perdent leur aura des siècles passés. La société chrétienne joue un rôle essentiel dans ce virement de situation : elle voit dans la chute et la repousse annuelle des bois du cerf la Résurrection du Christ.
Culture profane Le cerf est également représenté dans de nombreux épisodes du cycle arthurien (Érec et Enide ou Gereint ac Enid, par exemple, où il est question d'un cerf blanc). Il est une des métamorphoses favorites de Merlin, ce dernier étant un personnage christianisé, il s'agit là vraisemblablement d'une survivance du paganisme passée dans le conteMartin Aurell, La légende du roi Arthur, Paris, Perrin, 2007.
Survivance de la symbolique celtique ? L'image celtique du cerf blanc messager du monde invisible semble avoir perduré jusqu'aux textes historiques ou littéraires des débuts du Moyen Âge relatifs à la vie des rois ou des personnages célèbres. Tout au long du Moyen Âge, le cerf – tout comme la biche – apparaît tel un révélateur des vérités recherchées par l'homme:vignette|Légende de Saint Gilles dans l'église Saint Nicolas de Civray. Une biche fit découvrir la retraite de saint Gilles aux officiers du roi Wamba (673), tandis qu'un cerf indiquait à Dagobert le lieu où reposaient les reliques de saint Denis. Toujours aux temps mérovingiens, saint Hubert, chassant un Vendredi Saint rencontre un cerf blanc avec une croix entre les bois qui lui reproche de ne penser qu'à la chasse au point d'oublier le salut de son âme.
La blanche biche est un thème récurrent des légendes médiévales.
Propagande royale vignette|Écu aux armes royales de Courcelles-lès-Lens : D’azur semé de fleurs de lys d’or, au cerf d’argent brochant sur le tout vignette|Femmes médiévales chassant le cerf.|alt= Le cerf (en général blanc) est souvent le signe de la faveur dont jouit celui qui bénéficie de sa vision : En l'an 507, une biche montra à Clovis un gué sur la Vienne qui permit au roi chrétien de marcher sur les hérétiques wisigoths d'Alaric II et de les vaincre à la bataille de Vouillé. Dès le , le cerf entre dans l'emblématique royale de France. Charles VI fait du cerf ailé son emblème de prédilection, comme relaté par Philippe de Mézières dans le Songe du vieil pèlerin. Ses successeurs, Charles VII et Louis XII, ainsi que la branche princière des ducs de Bourbon.., le choisissent comme support de leurs armes. À la même époque, Richard II, roi d'Angleterre, adopte pour bannière le cerf blanc reposant sur une terrasse herbue.
Le cerf, symbole royal, symbole de victoire du roi de France : Sur la Tapisserie des Cerfs ailés, tissée à la fin du siècle, deux cerfs qui s'apprêtent à entrer dans enclos symbolisant le royaume de France, sont les figures de la Normandie et de la Guyenne, deux provinces reprises aux Anglais après les victoires de Formigny (1450) et de Castillon (1453) à l'issue de la guerre de Cent Ans. vignette|La Tapisserie des Cerfs ailés (Musée des Antiquités de Rouen).
Roi des forêts, gibier des rois Animal royal, le cerf est la figure obligée des scènes de chassehttp://www.kourita.com/img/encyclopedie/an/bete_tete10.jpg. Il apparaît notamment dans le traité de chasse de Gaston Fébushttps://classes.bnf.fr/phebus/images/2/marg.jpg, le Livre de chasseLe Livre de la chasse, texte de Gabrel Bise d'après Gaston Fébus, 1978 :
Le pape Clément VI avait fait peindre une fresque dans son cabinet de travail, la Chambre du cerf. au Palais des papes d'Avignon.
Pharmacopée .
Contes et récits européens Légende de saint Hubert
En réalité, il y a deux légendes où le cerf, symbole du Christ, parle et pousse à la conversion. Au fil du temps, l'une a chassé l'autre. Telle fut initialement l'aventure de Placidius, un romain illustre par sa naissance, ses richesses et sa valeur militaire. Il poursuivait à la chasse un cerf, quand soudain l’animal s’arrêta et son poursuivant vit entre ses ramures le Christ crucifié. Le cerf lui parla de son salut et l’invita à se faire baptiser, ce qu'il fit avec son épouse et leurs deux enfants.. Placide aurait reçu, après sa conversion, le nom d'Eustache. Devenu général, il revint victorieux d’une expédition, mais refusa de rendre grâces aux dieux et à l'empereur de ce triomphe. Ce qui lui valut d'être arrêté et exposé aux lions avec les siens. affirme le Martyrologe. Le récit de ce martyre apparaît uniquement à partir du et serait, selon le médiéviste Alain Boureau, une création de l'époque carolingienne. Eustache est l'un des quatorze saints auxiliateurs. Il aurait vécu vers l'an 130, avec sa femme et ses deux fils. On le fête le 20 septembre. Saint Hubert (656-727), est contemporain de la diffusion de cette légende. La sienne ne commença à prendre forme qu'à partir du , soit huit siècles après la mort de l'évêque de Liège. Avec le recul, elle apparaît comme un simple copier-coller de celle d'Eustache.