Jules Alexandre Duval (né le et mort le ), est un entrepreneur et un restaurateur français, héritier et dirigeant de la société des Bouillons Duval.
Biographie thumb|right|Auguste Renoir : Une serveuse du restaurant Duval, ca 1875, Metropolitan Museum of Art. thumb|right|Anonyme : Le Bouillon Duval dans le parc du Champ-de-Mars installé pour la durée de l'exposition universelle de 1878. thumb|right|Pierre Vidal : Au Bouillon Duval, publié dans Paris qui consomme (1893) d'Émile Goudeau. vignette| Publicité pour le potage et le bouillon Duval (1919) vendus en épicerie et fabriqués à Courbevoie : on notera la référence à Maggi Kub, entreprise avec laquelle Alexandre Duval fut en procès.
Jules Alexandre Duval est le fils d'Anne-Ernestine Bertrand, bouchère, et du boucher des Halles Adolphe-Baptiste Duval (1811-1870), qui développa sous le Second Empire le concept du restaurant populaire de type « bouillon » à Paris en ouvrant un premier établissement en 1854 rue de la Monnaie, puis de nombreux autres les années suivantesKilien Stengel, Histoire divertissante et curieuse de la gastronomie, Grancher, 2013, . À proximité de sa première boucherie établie de la rue Coquillière, Adolphe-Baptiste Duval ouvrit une deuxième brasserie, en 1856, rue MontesquieuLe Spectateur, Dijon, 23 septembre 1856, — sur Retronews., où les serveurs et serveuses avec le tablier blanc de la boucherie servaient des bouillons de bœuf, un restaurant plus vaste, de type table populaire, qui propose pour moins de quarante sous (2 francs) un plat unique aux ouvriers des Halles et aux bâtisseurs du colossal chantier HaussmannEn 1866, il est déjà signalé dans la presse parisienne l'existence de plusieurs bouillons Duval, in: Manuel général de l'instruction primaire, Paris, 12 mai 1866, — sur Retronews.. Le père Duval ouvrit de nouvelles boucheries dans tout Paris (par exemple au 31 rue Tronchet en 1859)Le Tintamarre, Paris, 3 avril 1859, — sur Retronews., ciblant la clientèle bourgeoise, et grâce à ses bouillons populaires, créa par l'intégration verticale, une entreprise florissante. Le père Duval fut activement impliqué dans le carnaval de Paris et la promenade du bœuf gras, suivant la tradition des bouchers parisiens. Le succès est considérable : le Bouillon-Duval ouvre une échoppe durant l'exposition universelle de 1867, puis fait même des émules à Saint-Pétersbourg en 1868, et l'année suivante la sociétéFondée le 28 décembre 1867 au nom de la « Compagnie anonyme des Établissements Duval », siégeant 5 rue de Rome, et au capital de 3,5 millions de francs — Le Moniteur universel, Paris, 22 janvier 1868, . entre à la bourse de Paris via un emprunt obligataireLe Petit Journal, Paris, 21 janvier 1869, — sur Retronews..
Alexandre Duval développa le concept de son père et ouvrit plusieurs restaurants dont les fameux Bouillons Duval (ce qui lui valut le surnom ironique de « Godefroi des Bouillons »Eric Mension-Rigau, L'Ami du prince : Journal inédit d'Alfred de Gramont (1892-1915), Fayard, 2011, par référence à Godefroy de Bouillon) et aussi celui de « Petite Marmite », du fait de son habitude à porter un demi haut-de-forme, un chapeau dit « cronstadt ».
Durant le siège de Paris, Alexandre Duval obtient du général Trochu l'ouverture des bouillons Duval et la possibilité de servir des repas à prix modérés.
Vers 1875, Auguste Renoir peint le portrait Une serveuse au restaurant DuvalAuguste Renoir, Une serveuse au restaurant Duval, ca. 1875, huile sur toile, Metropolitan Museum of Art, New York, inv. 61.101.14 (Voir la notice A Waitress at Duval's Restaurant en ligne ).. En 1879, Aristide Bruant écrit les paroles de La Caissière du bouillon Duval.. Le , le Bouillon de la salle Montesquieu accueille la première réunion des fondateurs de la Société des artistes indépendantsJean Monneret, Catalogue raisonné. Salon des Indépendants, 1884-2000, 2000 ..
Chaque jour, il se rendait au 21 rue Saint-Fiacre, à son siège social, où venaient au rapport tous les grands chefs de ses maisons qui, en 1900, comptaient employés (dont 75 % de femmes). « On sait combien Alexandre Duval, ce parfait Parisien, avec son chapeau cronstadt, sa lavallière à pois, ses guêtres blanches, était populaire dans tous les milieux où l'on s'amusait. Les revenus de ses restaurants lui permettaient une oisiveté bien pourvueAndré Becq de Fouquières, Mon Paris et ses Parisiens. Vol. 1, Paris, Pierre Horay, 1953, ». Durant l'exposition universelle de 1889, sa société assure le service restauration des visiteurs.
À partir de 1896, les frères Frédéric et Camille Chartier, en s'inspirant du concept des bouillons Duval viennent concurrencer ses établissements.
Le , il est nommé officier de la Légion d'honneur à la suite d'un rapport du ministère du CommerceNotice de la base Léonore, Archives nationales de France..
En 1912, il reçoit le soutien de Léon Daudet qui accuse Julius Maggi - concurrent de Duval - de couvrir des activités d'espionnage au profit de l'Allemagne. Au début de la Première guerre mondiale les boutiques parisiennes de Maggi sont vandalisées par une foule revancharde.
En , il est à l'origine d'une nouvelle polémique quand il se heurte aux « baraques Vigrain », ouvertes par Ernest Vilgrain, chargé du ravitaillement par le Gouvernement, et rappelle dans la presse, que les bouillons Duval participent à l'effort général, et offrent de quoi manger pour à peine trois francs le repas (soit moins qu'avant guerre)A. Duval, « Le Menu Vilgrain », in: Le Journal, Paris, 23 mars 1919, — sur Retronews.. En mai suivant, il devient pour la première fois comédien dans l'opérette Les Deux Aveugles créée au Français au bénéfice de l'Orphelinat des Arts. Dans les mois qui suivent, il s'en prend à la viande congelée, importée par bateau des colonies françaises.
Juste avant sa mort, il ouvre un dernier bouillon, celui du restaurant du Palais-BourbonLe palais Bourbon se modernise : Le restaurant des députés a été inauguré hier dans Le Matin : derniers télégrammes de la nuit du 20 mai 1921, (voir en ligne sur le site gallica.bnf.fr de la BnF).
Sa mort, survenue le au 23 rue Georges-Bizet à la suite d'une péritonite, donne lieu à de nombreuses nécrologies dans la presse parisienne, qui rappelle son élégance vestimentaire, sa vivacité et son goût pour le théâtre.
Il est inhumé au cimetière de Passy, ( division).
Vie privée En 1872 la rupture théâtrale de la liaison passionnelle qu'entretenait le jeune Alexandre Duval avec la demi-mondaine Cora Pearl — pour laquelle il avait créé la recette de la — fit la une des journaux. « M. Alexandre Duval, le fils du fondateur des établissements de bouillon que tout Paris connaît, s'est tué parce que Cora Pearl, lui ayant pris jusqu'à son dernier billet de mille francs, l'a jeté à la porte d'un hôtel qu'il avait acheté pour elle… M. Alexandre Duval lui avait donné un magnifique hôtel rue de Chaillot, une maison de campagne à Maisons-Laffitte, des chevaux, un train de maison splendideThomas Grimm, Les amours malsaines, article publié dans Le Petit Journal du 21 décembre 1872 (en ligne). ». L'affaire fit d'autant plus scandale que certains gazetiers avides de sensationnel avaient exagéré la gravité des faits en insinuant que Duval s'était tué alors qu'en réalité sa blessure était superficielle.
Marié le à Marie Eugénie Henriette Chéron du Villiers (Paris ), le couple a trois trois enfants, dont l'acteur André CheronL'Intransigeant, Paris, 3 février 1938, .[https://archives.yvelines.fr/rechercher/archives-en-ligne/registres-paroissiaux-et-detat-civil/ Archives des Yvelines, Saint-Germain-en-Laye, Acte de naissance année 1880, n° 221, vue 41/65..
Alexandre Duval résidait en 1900 au 6 bis rue de Presbourg.
La société continua sous le nom de « Compagnie anonyme des Établissements Duval », déclarant après guerre un capital de francs ; elle réalisait francs de bénéfice en 1911, et en 1931, administrée par un certain M. Rabel, elle affiche un résultat de près de 2,298 millions de francs au titre des bénéficesÉtablissements Duval, in: L'Information financière, Paris, 6 mars 1931, — en ligne.. Elle est encore signalée à Paris, en 1937, à l'adresse du siège historique, rue Saint-FiacreL'Information financière, Paris, 10 juin 1937, — en ligne..
Quelques Bouillons Duval vignette|redresse| Potages et Bouillon Duval, affiche lithographiée (Paul Carrey, 1918). Duval père ouvrit 14 établissements avant sa mort. Il en exista près de 250 à Paris, en province et hors de la France métropolitaine (Alger, Tunis), incluant sans doute des franchises, et sans compter les bouillons temporaires liés aux expositions internationales. Parmi ceux-ci :
Bouillon Duval, rue de la Monnaie (quartier du Palais-Royal) Bouillon Montesquieu (1854), rue Montesquieu (quartier du Palais-Royal)L'Illustration, journal universel du 27 janvier 1855, (en ligne). Bouillon Duval (avant 1878), rue du Quatre-Septembre (quartier Vivienne), près de la Bourse, au coin de la rue des Filles-Saint-ThomasAdolphe Joanne, Paris illustré en 1878, Paris, Hachette, 1878, (en ligne). Bouillon Duval (avant 1878), rue des Filles-Saint-Thomas (quartier Vivienne), près de la Bourse Bouillon Duval (avant 1878), rue Montmartre 143Immeuble disparu (quartier Vivienne), près de la Bourse Bouillon Duval (avant 1878), boulevard de Sébastopol 141 (quartier Bonne Nouvelle), Grands Boulevards, à l'angle du boulevard Saint-Denis, côté sud Bouillon Duval (avant 1878), boulevard Poissonnière (quartier Vivienne), Grands Boulevards côté sudKarl Baedeker, Paris et ses environs : manuel du voyageur, Baedeker, 1900 . Bouillon Duval (avant 1878), boulevard Montmartre (quartier Vivienne), Grands Boulevards Bouillon Duval (avant 1878), boulevard de la Madeleine (quartier de la Madeleine), Grands Boulevards, qui a aussi pour adresse, en 1903, le 10, place de la Madeleine, côté estKarl Baedeker, Paris et ses environs : manuel du voyageur, Baedeker, 1903 . Bouillon Duval (avant 1878), rue de Turbigo (quartier des Arts-et-Métiers) (près de la rue Saint-Martin) Bouillon Duval Londres (1894), sur Charing Cross RoadLancement d'une chaîne appelée « Duval Restaurants for London Ltd », Le Journal des débats, 31 janvier 1894, . Bouillon Duval (avant 1900), boulevard Saint-Germain Dans un immeuble d'angle (1880) qui a aussi comme adresse le 17, rue Saint-Benoît. En 2017, le rez-de-chaussée est occupé par un magasin de mode (en ligne). près de la place Saint-Germain et à côté du Café de Flore (vers 1887) qui est au avec un restaurant au étage Bouillon Duval (avant 1900), avenue de l'Opéra , même numéro que la Brasserie Universelle Bouillon Duval (avant 1900), boulevard des Capucines , côté sud ; Bouillon Duval (avant 1900), au coin du boulevard Magenta et de la rue Lafayette Bouillon Duval (avant 1900), place du Havre et (près de la gare Saint-Lazare) Bouillon Duval (avant 1900), rue de Strasbourg (près de la gare de l'Est) Bouillon Duval (avant 1900), au coin des rues de Rome et de la Pépinière Établissement Duval (1901), rue de Clichy , racheté et transformé en académie de billard en 1947, puis en Club Montmartre« This century was one year old », photographies anciennes et historique du lieu sur le site du Club Montmartre www.leclubmontmartre.com. Bouillon Duval (avant 1903), rue de Turbigo (près des Halles Centrales) Bouillon Duval (avant 1903), place de la République Restaurant du Palais-Bourbon (1921), rue de Bourgogne (quartier des Invalides), dans l'ancien bureau de poste. Il a une capacité de 148 places. La presse signale parmi les nombreuses personnalités politiques présentes à l'inauguration Paul Causeret, Adéodat Compère-Morel, Arthur Levasseur, Émile Wetterlé ou encore Jules Duclaux-Monteil. Bouillon Gandon-Duval (?) Hors de Paris:
Bouillon Duval à Dijon (avant 1904), dans la Maison Maillard, rue des Forges
Annexes Bibliographie Julien Turgan, Les Établissements Duval, Paris, Calman-Lévy, 1882.
Articles connexes Bouillon (restaurant)
Notes et références