vignette|Affiche de mobilisation après la mort de Clément Méric, Paris, 2013. Laffaire Clément Méric fait suite à la mort du militant antifasciste Clément Méric le , à la suite d'une rixe entre un groupe d'extrême gauche antifasciste et un groupe de skinheads d'extrême droite nationaliste, à Paris.
Cette affaire déclenche une vague d'émotion dans l'opinion. Elle conduit à la dissolution du groupe d'extrême droite Troisième Voie et de son service d'ordre, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), dirigées par Serge Ayoub.
Dans cette affaire, trois hommes sont renvoyés en cour d'assises pour violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner. En première instance, en 2018, deux d’entre eux, Esteban Morillo et Samuel Dufour, sont condamnés respectivement à onze et sept ans d’emprisonnement ferme, tandis que le troisième est acquitté ; les condamnés et le parquet font appel. Le procès en appel aboutit en 2021 à des condamnations moins lourdes (huit et cinq ans de prison ferme).
Événement Faits présumés vignette|Lieu de la rixe, rue de Caumartin, aux abords de l’église Saint-Louis-d'Antin.
Ce récit des événements est fondé sur les informations diffusées dans les médias. et sur la décision de la cour d'assises de Paris du Cour d'assises de Paris, section, arrêt criminel du 14 septembre 2018 (), feuille de motivation..
La rencontre Deux groupes de trois personnes, un de militants de l'Action antifasciste Paris-Banlieue, l'autre de militants des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, se rencontrent par hasard le , en fin d'après-midi, au cours d'une vente privée de vêtements de la marque Fred Perry« Mort de Clément Méric: Fred Perry, marque historique des Skinheads », L'Express, 7 juin 2013., au 60 de la rue de Caumartin, dans le de Paris... Ni Clément Méric, ni Esteban Morillo, principal inculpé dans cette affaire, ne sont présents sur les lieux à ce moment-là.
Réagissant au slogan affiché sur le t-shirt d'un skinhead ., proche de la devise des Jeunesses hitlériennes, un des militants de gauche interpelle d'abord les nationalistes qui se trouvent dans la salle de vente en leur disant, de son propre aveu : . Selon les nationalistes, le groupe d'antifascistes aurait alors continué à les provoquer, menaçant de les , tandis qu'eux-mêmes auraient demandé aux antifascistes de les laisser poursuivre leurs courses.
Les militants d'extrême gauche quittent alors l'espace de vente vers et se mettent un peu plus loin rue de Caumartin, au pied des marches de l'église Saint-Louis-d'Antin. Selon la chambre de l'instruction en , ils auraient alors attendu l'autre groupe , ce que les intéressés démentent en expliquant qu'ils attendaient l'arrivée de Clément Méric avec lequel ils avaient prévu de faire des courses, puis le départ des militants d'extrême droite pour l'accompagner à la vente.. Clément Méric les rejoint un quart d'heure plus tard. Pendant qu'il attend avec le groupe le départ des nationalistes, il échange des SMS dont le contenu sera dévoilé par Le Parisien. : ils ont trait à l'organisation de la fête d'anniversaire d'une amie qui devait avoir lieu le soir même. Pendant ce temps, les nationalistes terminent leurs courses et appellent du renfort par téléphone. Samuel Dufour appelle en particulier Esteban Morillo.
Un vigile, alerté par une cliente des tensions entre les deux groupes, tente d'abord de calmer les nationalistes, puis descend à la rencontre des antifascistes. L'un d'eux, Matthias Bouchenot, lui signifie que les nationalistes ont caché un poing américain dans un sac avant de pénétrer dans le magasin et l'invite à prendre des dispositions. Selon le vigile, Clément Méric aurait alors déclaré : , ou, dans une autre version du même témoin, . Lorsque le vigile retourne dans le magasin, Clément Méric le suit. En montant, il croise les nationalistes dans les escaliers et envoie à un dernier SMS à ses amis : .
La scène de violence Au lieu d'esquiver l'affrontement comme le vigile le leur avait conseillé, les nationalistes partent alors directement à la rencontre des antifascistes, qui attendent depuis une quarantaine de minutes sur le parvis de l'église Saint-Louis-d'Antin.
Une rixe éclate alors, décrite par le procureur comme une , sans que l'on sache qui a amorcé le combat, les deux groupes se renvoyant mutuellement cette responsabilité..
Un des antifascistes affirme que Samuel Dufour utilisait un poing américain, tandis que celui-ci affirme au contraire n'avoir porté que des bagues de combat, version contredite par des SMS trouvés sur son téléphone dans lesquels il se vante d'avoir frappé avec un poing américain..
Esteban Morillo reconnaît avoir porté deux coups à Clément Méric, dont celui qui a entraîné sa mort. Selon l'expertise médico-légale, la victime aurait reçu au visage, dont l'impact est qualifié de ..
Quant à celle de savoir si ces blessures ont été provoquées par des poings américains, une des nationalistes reconnaît qu'elle a vu Esteban Morillo ranger un poing américain dans le sac à dos de Samuel Dufour avant de faire ses courses, un témoin affirme l'avoir vu enfiler l'arme en quittant la boutique et d'autres l'avoir vu frapper avec un poing américain. D'autres témoins n'ont pas vu d'arme. Les expertises produites durant l'instruction s'abstiennent de prendre une position tranchée, considérant ne pas pouvoir conclure formellement à l'usage de telles armes, sans pour autant en exclure la possibilité.
Les nationalistes prennent ensuite la fuite. L'enquête établira qu'ils se retrouvent tous ensemble au Local, le bar de Serge Ayoub avec qui ils ont déjà été en communication téléphonique juste avant et juste après la rixeThierry Vincent, Violences de l'extrême droite, le retour, magazine Spécial Investigation, Canal+, diffusé le 24 novembre 2014., et ensuite tout au long de la nuit.
Clément Méric est transporté à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans un état de mort cérébrale.. Il est déclaré mort le lendemain. Trois et sept jours d'incapacité totale de travail sont délivrés à deux militants antifascistes et deux jours pour l'un des militants d'extrême droite.
Protagonistes Les protagonistes appartiennent à des groupes d'extrême gauche et d'extrême droite, dont les codes, les méthodes et les valeurs sont proches respectivement de ceux des Redskins pour les premiers et des Skinheads néonazis pour les seconds« Les agressions entre “skins” et “antifa”, résurgence des années 1980 », Le Monde, 6 juin 2013..
Clément Méric Né le à Brest, Clément Méric est le fils d'Agnès et Paul-Henri Méric., enseignants en droit de l'université de Bretagne occidentale à Brest. En 2012, il est élève au lycée de l'Harteloire de cette même ville, où il obtient un baccalauréat scientifique avec mention très bien..
Il commence à militer à l'âge de à la Confédération nationale du travail, anarcho-syndicaliste ; dans ce cadre, il anime localement un mouvement contre la réforme du lycée en 2010. Bon élève, il entreprend à la rentrée 2012 des études à l'Institut d'études politiques de Paris, et commence à militer au sein de Solidaires Étudiant-e-s contre le fascisme, pour les droits des étrangers et l'égalité hommes-femmes. Joueur de guitare, Clément Méric est également membre du groupe de musique Ze Ravacholians .. Il fréquente la tribune Rino Della Negra. du kop Bauer des supporters du Red StarHubert Artus, Le Red Star, l'anti-PSG, Marianne, 17 juillet 2015, lire en ligne.. Il est également antifasciste, membre de l'Action antifasciste Paris-Banlieue et, selon une source policière, . Militant anti-homophobie, il participe à des contre-manifestations en marge de manifestations contre le mariage homosexuel début 2013.. Il est aussi militant antiraciste et antispéciste..
Esteban Morillo Esteban Morillo est né à Cadix (Espagne) le , d'un père espagnol artisan plombier et d'une mère française. Peu après sa naissance, ses parents s'installent à Neuilly-Saint-Front, petite commune rurale de l'Aisne« Clément Méric : Esteban Morillo, , skinhead, principal suspect dans la mort du militant », RTL, 9 juin 2013. où il a grandi.
En 2009, il commence un apprentissage de boulangerie au CFA de Laon dont il sera exclu en pour avoir arboré des tenues vestimentaires et des signes néonazis... La même année, une enquête de la gendarmerie est ouverte à la suite des provocations auxquelles il se livre dans son village avec trois de ses amis, portant des habits avec la croix gammée et faisant des saluts nazis. Lors d'une perquisition à son domicile, la gendarmerie découvre des drapeaux à croix gammée et des insignes SS et Totenkopf. Cette enquête n'a aucune suite judiciaireCroix gammées, saluts nazis et crânes rasés : l'Aisne et ses skins, Le Nouvel Obs, 14/6/2013.Alice Géraud, « Le fascisme ordinaire d’Esteban M. », Libération, 13 juin 2013.Ce que l'on sait de l'agresseur présumé de Clément Méric, Le Figaro, 9/6/2013..
Installé en région parisienne depuis fin 2011, il est agent de sécurité. En , il fait l'objet d'un fichage au système de traitement des infractions constatées pour port illégal d'arme de sixième catégorie. Il a un casier judiciaire vierge.. Selon le procureur, deux poings américains sont retrouvés par la police lors de la perquisition menée après les faits à son domicileA.B. avec AFP, « Le décès de Clément Méric est dû aux coups qu'il a reçus au visage, pas à sa chute », LCI-TF1, 8 juin 2013, texte intégral..
Il déclare être « sympathisant de Troisième Voie », mais . Sa proximité avec Serge Ayoub et le mouvement Troisième Voie est cependant attestée par diverses photos et vidéos., par ses tatouages, notamment celui du trident de Troisième Voie sur sa poitrine., et par leurs contacts le jour des faits. Il est également vu un mois avant les faits comme porte drapeau de la jeunesse nationaliste révolutionnaire (JNR), « le bras armé de Troisième Voie ». Morillo affirme avoir été là « par hasard ». Au procès, s'il affirme n'avoir été que quelques mois sympathisant de Troisième Voie, il considère cependant le mouvement comme « une seconde famille »..
Samuel Dufour Samuel Dufour est né à Dieppe (Seine-Maritime) le . Son père est agent d'entretien et sa mère coiffeuse à domicile.
Élevé , selon son père, Samuel Dufour est surnommé « le Führer » au Centre de formation par apprentissage de boulangerie qu’il intègre à , à cause de ses convictions et de son apparence. Il est renvoyé du centre après une bagarre.. Comme Morillo, il rejoint le mouvement Troisième Voie à via leur bar le Local.. Au moment des faits, il est skinhead et fait de la musculation pour rejoindre les Jeunesses nationalistes révolutionnaires, « le bras armé de Troisième Voie ». Il porte des tatouages, dont le slogan nazi sang et honneur, et se montre fasciné par le troisième Reich et le White Power ; les enquêteurs découvrent des dizaines de photos de symboles nazis sur une clé USB lui appartenant. Pendant les de détention provisoire, il subit des violences de la part de ses codétenus qui savaient qui il était et finit à l'isolement pendant six mois pour sa sécurité. Lorsqu’il sort de prison, il déclare avoir rompu avec Troisième Voie surtout parce qu'il n'est plus à Paris et que son contrôle judiciaire lui interdit de contacter certains membres.
Suites judiciaires Enquête et instruction Grâce à des informations recueillies par la Préfecture de police, quatre personnes sont interpellées dès le , à Saint-Ouen. Parmi elles se trouve Esteban Morillo, qui reconnaît en garde à vue avoir porté deux coups au visage de Clément Méric, dont celui ayant entraîné sa chute. Le même jour, trois autres personnes se rendent d'elles-mêmes à la police. Une huitième personne est interpellée le lendemain. Le , trois de ces personnes sont relâchées. Les cinq personnes gardées à vue ont entre ..