Roger G. Katan est un architecte, urbaniste et sculpteur franco-américain né le à Berguent (aujourd’hui Aïn Bni Mathar), dans le Maroc Oriental. Au début des années 1960 aux États-Unis, il est l’un des initiateurs et praticiens de l’advocacy planning, qui prône la démocratie participative dans le domaine de l’aménagement urbain. Artiste cinétique, il fréquente et expose avec les figures montantes du post-modernisme. À partir de 1975, il s’investit dans l’action humanitaire et continue d’encourager la participation et l’autogestion des populations défavorisées. Sa pratique privilégie les méthodes de culture et de construction traditionnels et durables. Installé depuis 1999 à Sauve, dans le Gard, il s’est remis à la sculpture luminocinétiqueVoir Roger Katan: Kinetics, http://rogerkatan.4ormat.com/ (site Web). et travaille sur ses publications.
Biographie Formé à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Roger Katan obtient une bourse pour un master au Massuchusetts Institute of Technology (MIT) de Boston (1960-1961) puis travaille pendant deux ans dans l'atelier de Louis Kahn à Philadelphie. De 1964 à 1975, il s’installe à New York, dans Spanish Harlem, et enseigne l’architecture et la planification urbaine participative au Pratt Institute et au City College of New York. Il participe alors au mouvement des droits civiques, à la lutte des étudiants pour une plus grande responsabilité sociale, et dès 1964 à la création de l’advocacy planning, prônant la participation des habitants et mettant son talent d’architecte au service des populations les plus démunies. Parallèlement, grâce à ses publications, il aide à propager le mouvement participatif à travers de multiples conférences dans plusieurs universités à travers les États-Unis, dont Yale, Harvard, MIT, Berkeley, Columbia, etc., ainsi qu’en Europe. Il y est notamment invité par les mouvements étudiants aspirant à des changements de société. Il obtient la nationalité américaine en 1968.
Parallèlement, entre 1963 et 1975, Roger Katan évolue à New York dans le monde de l’art. Il fréquente et expose avec la génération montante du post-modernisme. Il côtoie notamment Allan Kaprow, Roy Lichtenstein ou Robert Smithson« R. Smithson, A. Kaprow & R. Katan: What is a Museum? », 19 oct. 1966 dans Robert Smithson and Nancy Holt papers, 1905-1987, Archives of American Art, Smithsonian Institution, Washington, DC, http://www.aaa.si.edu/collections/robert-smithson-and-nancy-holt-papers-7105/more. Le début des années 1960 voit l’émergence du Pop Art et la renaissance du mouvement cinétique, initié en Europe dans les années 1930. Dans son atelier, en recyclant des rebuts de la société de consommation comme les cartons à œufs et d’autres types d’emballages, il commence à élaborer des structures évoquant des cités abstraites. Il « éternise » ces matériaux en les imprégnant de résine, leur permet ainsi de capter et de renvoyer la lumière. Ces sculptures prennent en miniature l’apparence de villes et de villages imaginaires, dont certains font écho à l’enfance marocaine de l’artiste.
À partir de 1975, et jusqu’en 1999, il s’investit comme consultant dans des missions humanitaires, essentiellement en Afrique et en Amérique latine, pour le compte des Nations unies, de l’Union Européenne ou de la Coopération Française. Fidèle à ses principes d’advocate planner, il privilégie toujours l’intérêt des populations et l’autogestion. Il met en œuvre des programmes de relogement, de microcrédit, d’enseignement, etc. En agriculture comme en construction, il encourage l’emploi de méthodes et matériaux locaux traditionnels et durables.
Il travaille en Afrique de l’Ouest pour le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Entre 1976 et 1978, il aide à la création d’un microcrédit à Ouagadougou, au Burkina Faso, devenu aujourd’hui le Réseau National des Caisses Populaires du Burkina. Il intervient dans le cadre d'un déplacement de populations au Mali en 1978 et à la création en 1979 d’un Centre de technologies appropriées (normalisation du bâtiment) à Bamako. Après 1980, son travail se concentre en Amérique centrale et en Amérique du Sud, à travers des contrats de courte durée avec l’Union Européenne, les Nations unies et diverses ONG, aidant des individus à retrouver leurs traditions à travers de petits projets productifs autogérés. Photographies et plans d'une maison modèle construite en terre pour un déplacement de populations au Mali ont été exposés en 1981 à Paris, au Centre Pompidou, dans le cadre de l’exposition organisée par Jean Dethier sur les « Architectures de terre »Voir Roger Katan: Handmade Houses, http://rogerkatan.wordpress.com/ (site Web).. En 1980, il conseille en Colombie la Coopération Hollandaise à conceptualiser un nouveau type d’éducation en milieu rural et en 1984, il construit la première École Nouvelle rurale (Escuela Nueva) pour le gouvernement colombien. Aujourd’hui, il en existe plus de en milieu rural, et ce modèle a été exporté à travers toute l’Amérique latine.
Il publie deux livres en français. De quoi se mêlent les urbanistes?, paru chez Actes Sud en 1979 puis traduit en Italien. Le second, Bâtir ensemble, paru en 1988, énonce une méthodologie pour une pratique participative. Ce livre a obtenu une dotation de la à Chicago en 2010 pour sa traduction avec une mise à jour. Building Together est sorti aux États-Unis en 2014, chez , augmenté de deux chapitres par Ronald Shiffman., fondateur en 1963 du et l’un des pionniers de l’Advocacy planning.
Depuis 1999, il vit à Sauve, dans le Gard, où il a participé, avec sa femme actuelle Julie, céramiste, et , créatrice de BD, à monter une galerie d’art gérée par ces deux artistes, la Galerie VP. Il y a exposé ses premières œuvres cinétiques ainsi que de nouvelles, profitant des avancées techniques, notamment dans les domaines de la plasturgie, de la LED ou du sans-filFrançois Charcellay, « Roger Katan retrouve à Sauve le soleil de son Maroc natal », Midi libre, 18 août 2012, ..
Formation Roger Katan fait ses études primaires à Berguent, village marocain frontalier de l’Algérie qui compte alors environ 800 habitants. 1943-1949: Études secondaires aux lycées de Meknès et d’Oujda. Remporte à 17 ans le concours organisé pour le nouveau logo du lycée d’Oujda et décide d’étudier l’architecture. 1951-1953: École supérieure des beaux-arts d'Alger en classe préparatoire. 1954-1957: École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Obtient son diplôme d'architecte DPLG. Voyage à travers France, travaille chez des architectes pour financer ses études et découvre chaque année deux ou trois pays d’Europe. 1957-1960: Service militaire à Paris, pendant la guerre d’Algérie. Fin 1960, il est lauréat de la Grunsfeld Fellowship, une bourse pour étudier un semestre au Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Boston, et voyager aux États-Unis. 1961-1962: Obtient un Master en architecture et aménagement urbain (Architecture & Urban Design) du MIT de Boston sous la direction de Imre Halasz. et de . Il voyage durant un semestre aux États-Unis, notamment pour visiter les œuvres de Frank Lloyd Wright.
Architecte et advocate planner (États-Unis, 1960-1976)
Dore Ashton écrit au sujet de Roger Katan dans son guide culturel de New York: thumb|Roger Katan, proposition pour les quais de Boston (maquette), 1961. Premier prix du concours, ce travail a été exposé au Faneuil Hall.« Les urbanistes citoyens [advocacy planners] comme Roger Katan son convaincus qu'un architecte ne peut jouer son rôle que s'il est préparé à se lancer dans des tâches jadis considérées comme extérieures à son domaine de compétence. Katan se situe aux antipodes de cette distance aristocratique affichée notamment par Richardson, dont les clients, toujours riches, buvaient les paroles. La clientèle de Katan est la communauté dans son ensemble, essentiellement les plus pauvres des ghettos de Harlem, avec qui il partage le travail d'urbaniste. [...] En les aidant à s'organiser et à formuler leurs besoins de façon cohérente, Katan réussit à élaborer des plans pertinents. Il souligne la nécessité d'apprendre les finesses de la bureaucratie municipale et de comprendre les enjeux politiques qui régissent la vie quotidienne. Petit à petit, au fil des années—il vit depuis environ sept ans à East Harlem, Katan a monté de nombreux projets de réhabilitation et de reconstruction dans son quartierDore Ashton, New York: Architecture, Sculpture, Painting (World Cultural Guides), Londres: Thames and Hudson, 1972, .. » 1955-1960 : Travaille pour plusieurs cabinets d'architecture en France et en Algérie, notamment sur les projets suivants: Hôpital et mairie de Saint-Lô, dans la Manche, Collège St Joseph, en Dordogne, Concours de logements à Paris, Etude pour 2 barrages sur le Rhin, Base aérienne de l'Armée de l'air à Niamey, au Niger (logements, restaurant, amphithéâtre et hôpital), Remporte un concours pour 3000 logements avec équipements collectifs et services de santé pour les bases américaines en France, Etude pour 100 logements à loyer modéré à Bir Mourad Raïs (anciennement Birmandreis), dans la banlieue d'Alger, Un magasin d'optique à Toulouse, Une blanchisserie à Paris, Villa Lehalle, au Paradou, Alger (1959), Villa Huet, à Toulon, Projet de résidence pour 2 familles à Toulouse. . 1961: Premier prix du concours pour l'aménagement des quais de Boston durant son Master au MIT. Son travail est exposé au Faneuil Hall. Inspiré par Honfleur, où chaque maison possède une vue sur le port. Dans ce projet comprenant 2000 logements, les terrasses à degrés plantées de verdure offrait à chaque famille une vue sur le port. Chacune pouvait choisir sa surface et l'aménager selon ses moyens. 1961-1964 : Chez Louis Kahn à Philadelphie. Recommandé par du MIT, il travaille 2 ans à Philadelphie, chez Louis Kahn Architecte, et enseigne l’architecture une fois par semaine à New York, à l’Institut Pratt. Il assiste Louis Kahn lors de ses cours hebdomadaires auprès de doctorants de l'Université de Pennsylvanie. Participation ou responsabilité des projets suivants: Salk Institute for Biological Studies, La Jolla, Californie, Plan directeur pour Center City, à Philadelphie, et Dacca, au Bangladesh, Palais présidentiel d'Islamabad, au Pakistan, Science Research Building, University of Virginia, Center for Performing Arts, Ft. Wayne, Indiana. 1964-1976 : Directeur de Environmental Ressource Associates (356 East 116th Street, East Harlem, New York, NY), l'un des premiers bureaux d'études solidaires (Community Design Center). Roger Katan s’installe dans ce quartier, pour aider à la conception d’un Centre de Loisirs et d’un projet pour retraités. Il met alors son talent d’architecte au service des populations les plus démunies. Il participe au mouvement des droits civiques, à la lutte des étudiants pour une plus grande responsabilité sociale, prônant la participation active des habitants. 1964-1968 : Brooklyn Bridge et East Harlem Triangle Gateways. Proposition à la ville de New York d’un système de “portes d’accès” des ponts et tunnels à l’entrée de l’ile de Manhattan. Analyse du mouvement des voitures pour mieux canaliser la circulation et offrir aux piétons de nouveaux espaces de loisir. Étude particulière du Pont de Brooklyn et des 3 Ponts d’East Harlem Triangle. Publication de 2 plaquettes de 32 et 38 pages financées par la Fondation Kaplan. Rénovation du Milbank : Étude d’un contre-plan des habitants à celui de la ville de New York. Publication d’une plaquette de 20 pages présentée à la ville. Rénovation de la Rue : Étude du quartier financée par la ville de New York. (Publication d’une plaquette de 40 pages et présentée à la Mairie de New York. East Harlem Summer Festival: Financé par le Conseil des Arts de la Ville de New York et célébré chaque été, le but du projet était d’utiliser les loisirs pour activer la participation des habitants afin d’améliorer leur cadre de vie.