L'ancienne aluminerie de Shawinigan est une ancienne usine d'électrométallurgie située à Shawinigan au Québec (Canada). Elle comprend industriels et administratifs construits entre 1900 et 1927, situés sur un plateau surplombant la rivière Saint-Maurice, à proximité du complexe hydroélectrique de Shawinigan.
En 1899, la Shawinigan Water and Power Company convainc la Pittsburgh Reduction Company, qui devient plus tard l'Alcoa, de s'installer près de ses installations hydroélectriques. La construction de l'usine débute au cours du printemps 1900. Elle a probablement été construite sur le modèle de l'aluminerie de Niagara Falls, démolie en 1923. Une fonderie et une salle de cuves sont construites entre 1900 et 1901. Le premier lingot d'aluminium du Canada est coulé le . Un atelier de tréfilerie et de câblerie est ajouté la même année. La compagnie crée une filiale canadienne, la Northern Aluminium Company Limited, en 1902.
En 1905 et 1906, l'usine est agrandie par l'ajout de trois salles de cuves, d'un laboratoire couplé à des bureaux, d'un espace d’expédition et d'un atelier de broyage du coke. On y introduit un modèle de cuves plus grandes et aux parois plus épaisses pour en améliorer la résistance à la chaleur. De nouveaux bâtiments sont ajoutés graduellement durant les années 1910 et 1920. En 1925, la Northern Aluminium Company change son nom pour celui d'Aluminium Company of Canada Limited, mieux connue sous l'acronyme d'Alcan. En 1927, des bureaux administratifs sont ajoutés au complexe. Au début des , l'usine se spécialise dans la fabrication de câbles en aluminium. La production du métal primaire est arrêtée en 1944. Quant aux activités de câblerie, après avoir connu des années fastes durant les , l'usine connaît un lent déclin pour s'arrêter définitivement en 1986. Une partie du complexe est vendue en 1989 à la papeterie voisine. Quelques bâtiments, dont une salle de cuves, sont démolis.
En 2001, Alcan cède le reste des bâtiments à la Cité de l'énergie, un musée consacré au patrimoine industriel. Le complexe est désigné comme lieu historique national du Canada en 2002. Les bâtiments sont ensuite restaurés et ouvrent en 2003 sous le nom d'Espace Shawinigan, lieu qui sert à présenter des expositions muséales ainsi qu'à recevoir plusieurs évènements. En 2013, le complexe est classé immeuble patrimonial par le ministère de la Culture et des Communications.
Localisation alt=Plan avec les bâtiments qui sont situés à gauche de la rue, la plupart des bâtiments sont reliés entre eux.|vignette|gauche|upright=1.5|Plan de l'ancienne aluminerie de Shawinigan. L'ancienne aluminerie de Shawinigan est située à Shawinigan, sur un site situé près de la baie, des chutes et de la rivière Shawinigan. Il comprend construits entre 1900 et 1927L'aluminerie a eu plus de , mais tous n'ont pas été conservés.. L'ensemble comprend des salles de cuves, une fonderie, un atelier de tréfilerie et de câblerie, des laboratoires, des ateliers de broyage du coke, un espace d'expédition, des bureaux administratifs et des annexes reliant les différents bâtiments.
Elle est située sur un plateau surplombant la rivière Saint-Maurice. Le sommet du plateau étant relativement plat, ceci a favorisé la construction du complexe industriel ainsi que la construction du chemin de fer menant à l'usine. Ce plateau constitue une digue naturelle surplombant la baie de Shawinigan. Cette digue force le Saint-Maurice à emprunter les chutes de Shawinigan, qui avec leurs dénivelés de , constituent un site de choix pour la construction d'installations hydroélectriques. Avec les grands besoins énergétiques que nécessite une aluminerie, la présence d'une telle source d'énergie à proximité a favorisé l'installation du complexe industriel...
Les sites industriels n'ont généralement aucun aménagement paysager élaboré. L'aménagement du chemin de fer, des voies d'accès et des stationnements ont fait disparaître la quasi-totalité de la végétation en façade. La forêt a cependant repris ses droits à l'arrière de l'usine et du côté ouest. Cette végétation a pour avantage de stabiliser le sol, qui a déjà connu des glissements de terrain dans le passé..
Histoire Construction et développement de l'usine C'est en 1886 que l'ingénieur américain Charles Martin Hall découvre le procédé de production de l'aluminium par électrolyse.. En 1888, il s'associe avec le métallurgiste et industriel américain Alfred E. Hunt pour fonder la Pittsburgh Reduction Company.. L'entreprise utilise initialement des génératrices à vapeur pour produire son électricité, mais elle se tourne rapidement vers l'hydroélectricité, qui est plus économique. Une usine est construite à Niagara Falls dans l'État de New York en 1895.
vignette|alt=Bâtiments en construction.|Les bâtiments AL-7 et AL-9 en construction au cours de l'été 1900. En 1898, la Shawinigan Water and Power Company fait l'acquisition des droits d'exploitation des chutes de Shawinigan dans le but d'y exploiter une centrale hydroélectrique... Dès sa création, la compagnie cherche à signer des contrats d’approvisionnement avec des industries consommant de grandes quantités d'énergie. Elle signe son premier contrat en 1899 avec la Pittsburgh Reduction Company, qui est intéressée à la fois par l'énergie à faible coût et l'accès au marché de l'Empire britannique. La même année la Shawinigan Water and Power Company construit une ligne de chemin de fer pour relier le site au réseau de la Great Northern Railway of Canada..
vignette|gauche|alt=L'usine de la perspective du chemin de fer.|Les installations vers 1907. Le chantier de construction débute au début de 1900, sous la supervision de l'ingénieur Edwin Stanton Fickes (1872-1943) et du surintendant de la Pittsburgh Reduction Company, F. H. Stoughton. Pour dresser les plans de l'usine, on pense que Fickes a utilisé comme modèle celle de Niagara Falls, qui a été détruite en 1923. Une fonderie (AL-9), une salle de cuves (AL-7) et une annexe (AL-8) reliant les deux bâtiments sont érigées en 1900 et 1901. Une centrale hydroélectrique est aussi construite en contrebas du site. Le premier lingot du Canada est coulé le et il est livré à New Glasgow en Nouvelle-Écosse. La production des de type « Hall » se stabilise rapidement autour des par jour.. La branche canadienne de la Pittsburgh Reduction Company adopte le nom de Northern Aluminium Company Limited en 1902 et un atelier de tréfilerie et de câblerie (AL-3) est construit la même année. Vers la fin de 1902, le nombre de cuves est porté à 44 et la production augmente à par jour. La production annuelle de métal primaire s'élève à en 1901 et à en 1902. Un autre ajout notable est l'installation de ponts roulants en 1907, qui facilite de beaucoup le travail de manutention.. C'est là que sont produits les premiers câbles conducteurs en aluminium canadiens. En 1907, la Pittsburgh Reduction Company change son nom pour celui d'Alcoa, l’abréviation d'Aluminium Company of America.
vignette|alt=L'une vue du bas du plateau.|Le site en 1910. En avant-plan, la centrale Shawinigan-1 avec le toit de la centrale N.A.C. à l'arrière. En haut de la colline, l'aluminerie.
La diminution des coûts de production de l'aluminium ainsi que la découverte de nouvelles utilisations du produit font constamment monter la demande. Le premier agrandissement du complexe industriel a lieu en 1905 et 1906, avec la construction de trois salles de cuves (AL-5, AL-15 et AL-17), d'un laboratoire couplé d'un bureau (AL-2), d'un espace d’expédition (AL-11), d'un atelier de broyage du coke (AL-14) ainsi que d’une annexe (AL-6). Les salles de cuves sont toutes équipées de ponts roulants et les bâtiments sont tous reliés par des annexes ou des passages. Aucune salle de cuves n'est ajoutée depuis 1907, cependant des cuves sont remplacées par des plus modernes au gré de l'évolution de la technologie.. La production annuelle de l'usine double entre 1905 et 1907 pour passer de à . À la suite d'une saturation du marché d'outre-mer, l'usine ferme à la fin de 1907 pour rouvrir partiellement au cours de l'été 1908. Entre 1909 et 1916, la production passe de à . La Première Guerre mondiale augmente la demande d'aluminium. Dès 1915, les de l'usine sont pour la première fois utilisées à plein rendement. L'usine fait du Canada le principal exportateur d'aluminium au monde en 1920. Elle est aussi la plus grande consommatrice d'électricité au pays..
Quelques bâtiments secondaires sont ajoutés au cours des , comme un espace d'emballage et de magasin (AL-20). À la fin de la Première Guerre mondiale, l'usine emploie plus de .. En 1920, la taille des anodes des cuves passe de à et leurs longueurs de à , ce qui permet de réduire le nombre d'anodes par cuve de 64 à 52.. La production de l'usine cesse presque complètement en 1921, à la suite de la , causée par un sérieux problème de surproduction de l'aluminium après la guerre. Durant cette période, elle ne garde que en activité et .. La production reprend rapidement par la suite. Quelques autres bâtiments sont construits en 1924. En 1925, la Northern Aluminium Company change son nom pour l'Aluminium Company of Canada Limited, mieux connue sous son acronyme Alcan. L'usine atteint une production record de en 1927.
Évolution et déclin de la production vignette|gauche|alt=Une usine avec un château d'eau en avant plan.|Aluminerie de Shawinigan vers 1930. À la suite de l'échec de ses négociations avec la Shawinigan Water and Power Company pour augmenter la quantité d'électricité fournie, Alcan se tourne plutôt vers Arvida au Saguenay–Lac-Saint-Jean pour la production de métal primaire. De plus, le détachement d'Alcan vis-à-vis d'Alcoa ouvre de nouveaux marchés pour la câblerie, étant donné qu'elle n'est plus dans l'ombre des câbleries américaines. La production de l'usine passe progressivement de la production de métal primaire à celle de fabrication de câbles conducteurs. Ce changement d'utilisation amène l'agrandissement de certains bâtiments et le renouvellement de la machinerie de la câblerie, dont le laminoir et les tréfileuses. Un changement majeur à cette époque est la construction de bureaux administratifs (AL-22), probablement selon les plans de l'architecte américain Frederick de Peyster Townsend (1871-1951).
vignette|alt=Une salle un peu lugubre avec des cuves de chaque côté.|Salle de cuves de l'aluminerie vers 1945. On décide aussi en 1926 de tester un nouveau type de cuves qui sera utilisé dans le complexe d'aluminium d'Arvida. Contrairement à la cuve Hall, la cuve Arvida est entièrement isolée sur le fond et les côtés et comprend une plaque cathodique. Cette meilleure isolation permet d'augmenter la durée du revêtement intérieur de 200 à . Le nombre d'anodes est aussi réduit à 14 et ont une forme carrée plutôt que celle ronde des cuves Hall. En 1927, toutes les cuves de la sont remplacées par des cuves Arvida. L'amélioration de la productivité, de l’efficacité, ainsi que les gains dans l'organisation du travail incite la direction à modifier les cuves Hall. On isole le fond des cuves, ajoute une plaque cathodique et remplace les anodes par seulement 12 anodes de formes rectangulaires. Ces modifications permettent de réduire la consommation d'électricité des cuves de 10 % tout en augmentant leurs productions de 50 %. Les cuves Arvida doivent progressivement remplacer les cuves Hall, mais la crise économique des interrompt ce programme de modernisation..
vignette|gauche|upright=1.3|alt=Graphique présentant une augmentation constante avec des chutes subites en 1908, 1921 et 1930 et une fin en 1945.|Production d'aluminium primaire de l'aluminerie de Shawinigan.