Antoine-François Vivenel, né à Compiègne (Oise) le 27 ventôse an VII, Archives départementales de l'Oise, 5Mi 1548 (en ligne), mort à Paris le Archives de Paris, , 20 février 1862 = V4E 356, vue 14/31, est un entrepreneur-architecte du , qui a construit de nombreux monuments et maisons de Paris sous la monarchie de Juillet.
Biographie Descendant d'une longue lignée de maîtres-maçons établis à Compiègne depuis le , le père d'Antoine-François Vivenel a souhaité donner à son fils une formation digne d'un architecte. Après des études au collège de Compiègne, il part à Paris où il suivra les cours de l'École royale gratuite de dessin dans la classe de Jean-Paul DouliotJ. M. Mathonière. Jean-Paul Douliot (Avignon 1788-1834), compagnon passant tailleur de pierre et professeur d’architecture à l’École royale gratuite de dessin de Paris. Conférence donnée en Avignon le 9 décembre 2011.. En plus de ses études Antoine-François Vivenel entre comme commis dans l'entreprise Marcel, sous la direction de l'architecte DuquesneyAndré Alexandre Marcel (1777-1841), entrepreneur de charpentes, et François-Alexandre Duquesney (1790-1849), entrepreneur puis architecte.
Le jeune Vivenel va effectuer plusieurs voyages pour sa formation : il serait allé à Rome, étape incontournable de la formation d'un futur architecte, mais aussi à Nuremberg en Allemagne ainsi qu'à Londresd'après les archives du musée Antoine-Vivenel, Compiègne.
Les premiers chantiers Idéaliste, Vivenel adhère aux idées fouriéristes et rêve de la construction d'un phalanstère. Une société se crée vers 1827 entre Étienne Bénard et d'autres entrepreneurs ou artisans du bâtiment, dont Louis Puteaux, pour construire des maisons d'ouvriers autour de ParisAlain Lemoine et Rodolphe Trouilleux, Des Ternes aux Batignolles. Mairie du et musée Carnavalet, Paris, 1986.. Le projet du village des Batignolles séduit Vivenel qui achète un terrain rue Caroline, en vue d'y construire. Mais la faillite du projet de Bénard, le conduit à revendre son terrain sans l'avoir construit (1831).
Plus solide sur le plan financier, la compagnie Saint-Georges, fondée par MM. Dosne, Loignon et Sensier, projette de construire les terrains des jardins Ruggieri, au faubourg Montmartre, après avoir créé une place et des rues nouvelles. Vivenel achète en 1830 les terrains 3 et 5 rue de Vatry. Sur le premier il construit en dix-huit mois une maison de quatre étages avec une aile en retour, qu'il revendra dès 1834 à Charles Comte.
Vivenel, recherchant des travaux d'architecture, sera choisi par Luscomb, évêque anglican, aumônier de l'ambassade d'Angleterre à ParisJ. G. Alger, ‘Luscombe, Matthew Henry Thornhill (1775-1846)’, rev. Ellie Clewlow, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004., pour construire une église de style néo-gothique, en pierre de taille, au 5 rue d'Aguesseau en face de la résidence de l'ambassadeur anglais, sous la direction de l'architecte Dalstein et avec le concours du sculpteur François DerreDaniel François Alexandre Derre (1804-1856), sculpteur, né à Bruges (Belgique), ayant travaillé avec Visconti et Vivenel à de multiples occasions : fontaine Gaillon 1827, église anglicane de la rue d'Aguesseau 1834, Hôtel de Ville 1842, fontaine Saint-Sulpice vers 1847, Hôtel des Invalides 1853.. Ce chantier sera terminé en sept moisEpiscopal Church for the Use of the British Embassy and Residents in Paris. The British Magazine, London, 1836, Turrill & T.C. Smith, vol. X.: ..
L'entrepreneur de Visconti Vivenel est remarqué par l'architecte-voyer Louis Visconti qui est l'auteur de plusieurs projets de monuments pour la ville de Paris. François Regnier, sociétaire de la Comédie-Française, a lancé l'idée d'un monument à Molière. Visconti, pressenti, présente au Conseil de Paris en , les plans d'une fontaine monumentale rue de Richelieu. Vivenel sera choisi aussitôt pour construire la fontaine Molière. Le gros œuvre sera réalisé en trois mois, mais il faudra attendre les œuvres des sculpteurs Seurre et Pradier plusieurs années encore, avant l'inauguration du monument le Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine; 1844, , . En 1843, un autre projet est soumis au Conseil par Visconti pour la fontaine Saint-Sulpice. Cette fois encore l'entrepreneur sera Vivenel qui va construire les fondations et le soubassement de la fontaine dans la même année. Vers 1846, les travaux sont arrêtés pendant une longue période. Les sculptures des quatre grandes statues et des autres décors seront attendues encore deux ans. Malgré les événements politiques de 1848 en France, la fontaine Saint-Sulpice sera enfin inaugurée durant l'été.
La collaboration de Vivenel s'étendait aussi aux projets de Visconti pour des particuliers : Vivenel va construire en 1840-1841, l'hôtel Collot, sur le quai d'Orsay (aujourd'hui quai Anatole-France) et l'hôtel de Pontalba, faubourg Saint-HonoréCet hôtel est aujourd'hui la résidence de l'ambassadeur des États-Unis. Presque entièrement remanié depuis, il ne reste que le portail au péristyle corinthien donnant sur le faubourg qui soit le travail de Vivenel.. En 1843, Visconti est désigné par le gouvernement pour réaliser sous le dôme de Saint-Louis des Invalides une crypte ouverte qu'il a dessinée pour recevoir le tombeau de l'empereur Napoléon. Cette crypte et la descente qui y conduit seront réalisées rapidement, mais il faudra attendre encore de très longues années pour le cénotaphe en quartzite rouge venu à grands frais de Carélie, les décors en marbres et les sculptures de Pradier et de Simart. Le tombeau ne sera achevé que quelques mois avant la mort de Visconti en 1853, et le cercueil de l'empereur n'y sera transporté qu'en 1861.
L'hôtel de ville de Paris Dès 1832, le conseil de département, dont l'administration se sentait à l'étroit dans les locaux de l'hôtel de ville construit au , avait fait le projet d'un agrandissement de cet hôtel de ville entre la place de Grève, les rues de la Tixéranderie et Lobau, et la Seine. Lorsque le comte de Rambuteau est nommé préfet de la Seine l'année suivante, il va reprendre ce projet et choisir comme architectes Godde et LesueurMarius Vachon, L'ancien Hôtel de Ville de Paris 1533-1871. A. Quantin, Paris, 1882, in-fol. 224 p., dont les plans seront acceptés par la ville en 1836A. Bailly, Notice historique sur l'Hôtel de ville de Paris : sa juridiction, ses fêtes et les principaux personnages qui se rattachent à son histoire, (1612 à 1839.) Beauté, Paris, 1840. En 1837, le chantier est adjugé à Vivenel et la première pierre posée le .
Vivenel démolit les édifices alentour en rachetant les matériaux récupérés pour ses propres chantiers, puis il dirige les terrassements et construit la maçonnerie et la charpente. Il sous-traite avec diverses entreprises pour le reste des travaux. Dès 1841, le gros œuvre est achevé, mais là encore les finitions et les sculptures dureront jusqu'à la révolution de 1848. En tout, l'entrepreneur Vivenel présentera des mémoires pour francsArchives de Paris = V1M2 art. 1 à 8.
Le musée Antoine-Vivenel Dès son arrivée à Paris, le jeune Vivenel, avide de culture, commence à collectionner des objets d'art qu'il achète dans les ventes, ou que des amis lui offrent. Il a une prédilection pour la céramique grecque, mais il veut une collection complète, éclectique, depuis la préhistoire jusqu'au temps présent.
Dès 1839, il fait le projet de donner et de léguer à sa ville natale Compiègne l'ensemble de ses collections, de ses estampes et de sa bibliothèque à charge d'en faire un musée, avec une école gratuite de dessin pour les jeunes compiégnois. En 1843, une donation officielle sera établie chez son notaire et la ville sera autorisée par le roi à l'accepterétude de Me Jamin, Paris, CARAN= ET/CXVII/1189. Le le roi Louis-Philippe autorise la ville de Compiègne à accepter la donation Vivenel.. Vivenel va expédier à Compiègne plus d'une centaine de caisses de vases grecs, d'antiquités égyptiennes, grecques ou romaines, de moulages en plâtre, de peintures, dessins et gravures, constituant le fonds primitif du musée de Compiègne, qui deviendra le Musée Antoine-Vivenel.
Pour abriter ses collections et profiter de sa bibliothèque, Vivenel se construit tout en haut de la rue Blanche, à la limite des nouveaux jardins de Tivoli, une maison particulière avec un étage et des combles. Les salons, le cabinet de travailCabinet reconstitué et conservé dans l'hôtel-de-ville de Compiègne. C'est ce cabinet de travail qui est représenté sur le portrait de Vivenel par D. Papety, aujourd'hui au musée Antoine-Vivenel à Compiègne., la bibliothèque, la salle à manger sont décorés de boiseries Renaissance et de meubles anciens. Le jardin ouvre sur le chemin de ronde de la barrière Blanche.
Il a depuis quelques années une liaison amoureuse avec une lointaine cousine, Octavie Cailleaux (1815-1862). Il fera même relier leurs lettres d'amour, pour les inclure dans sa bibliothèque.
Vivenel fait faire son portrait par les artistes du moment : peintures par Charles Landelle et par Dominique Papety, bustes par Jean-Pierre Dantan ou par Jean-Louis Brian, statuette par Dantan ou Flosi…
Les chantiers privés Pour couvrir les frais de son train de vie et malgré la charge des chantiers qu'il conduit pour Visconti et pour l'hôtel de ville, Vivenel va construire diverses maisons à Paris (voir la liste des travaux). Depuis 30 ans, son métier consiste à bâtir des maisons et à les revendre. Il réalise ces chantiers avec l'argent qu'il emprunte par l'intermédiaire de la banque de WaruBanque Adolphe de Waru et Cie à Paris, représentée par Adolphe Laurens de Waru (1802-1890) né à Crépy-en-Valois (60), demeurant à Paris, banquier, administrateur du Chemin de fer d'Orléans, et futur régent de la Banque de France de 1856 à 1871.. Ses principaux créanciers Joseph BaudonPascal-Augustin-Joseph Baudon de Mony (1776-1848), receveur général des Finances du département de Seine-inférieure, régent de la Banque de France depuis 1834. et le baron de Saint-AlbinJoseph-Louis Michel, baron de Saint-Albin (1784-1858), ancien receveur général des Finances puis député de la Moselle, maire de Saint-Saëns (76). vont soutenir son activité jusqu'en 1848.
Les immeubles du 3 rue de Vatryaujourd'hui 16 rue Notre-Dame de Lorette, 42 rue Neuve-Vivienne, 3 place Sainte-Opportune, 21 rue Galande, 2 et 4 rue des Anglais, 60 rue de Provenceaujourd'hui 66 rue de Provence et 37 rue d'Enghien sont aujourd'hui conservés. Le style est presque toujours dépouillé à l'extrême, rez-de-chaussée avec boutiques, quatre à cinq étages carrés et un comble couvert d'ardoises, corniche à denticules, des fenêtres à persiennes et des garde-corps en fonte moulée. Quelquefois, on trouve des ornements discrets en façade, un balcon à l'étage noble, balcon filant pour le dernier.
L'affaire Cécile et Margantin Le , le charretier Margantin va quitter le chantier de l'hôtel-de-ville avec deux charrettes de moellons et de briques. Le gardien demande où vont ces matériaux et appelle le chef d'atelier de l'entreprise Vivenel, Louis Cécile, qui affirme que, sur ordre de Mr. Vivenel ces matériaux doivent être transportés sur des chantiers de son entreprise rue de Charonne et quai de la Mégisserie.
L'architecte Godde pensant que ces ouvriers détournent des matériaux appartenant à la Ville ou à Vivenel, prévient aussitôt celui-ci, qui le prend très mal et met aussitôt dehors ses deux employés. Pour ne pas aller plus loin, il propose un dédommagement à la Ville.
Mais Cécile vient se plaindre à l'hôtel-de-ville et dit que ce trafic est organisé par Vivenel. Le préfet envoie l'architecte sur le chantier de la rue de Charonne où il découvre quelques garnis en provenance de l'hôtel-de-ville. Le procureur ouvre une enquête, Vivenel porte plainte contre les ouvriers qui sont arrêtés.