La formation de l'île de Tahiti Géologiquement, l'île de Tahiti est un ensemble de deux volcans (Tahiti Nui et Tahiti Iti) créés par le point chaud de la Société (actuellement situé à 85 km au sud-Est de Tahiti) Volcanisme et risques volcaniques dans les îles du Pacifique Sud : exemples de la Polynésie française et de l'arc du Vanuatu par R.C. MAURY, M. LARDY, C.ROBIN, M.MONZIER, J.-P. EISSEN, P. BANI, P. ROSSI, S. BLAIS, G. GUILLE, H. GUILLOU & C.LEGENDRE, Assises de la Recherche Française dans le Pacifique - Nouméa - 24 au 27 août 2004.. Ainsi, Tahiti fait partie d'un alignement de volcans (îles et monts sous-marins), toutes issues de ce point chaud. Les laves les plus anciennes ont 1,7 million d'années. L'activité volcanique principale de Tahiti Nui a eu lien entre 1,3 et 0,6 millions d'années. Les laves les plus récentes se trouvent sur Tahiti Iti et ont 0,2 million d'annéeshttps://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1029/94JB00991. Les volcans de Tahiti sont donc éteints depuis au moins 200000 ans.

Le peuplement de l’île de Tahiti

Les anthropologues estiment que les premiers habitants de Tahiti sont arrivés vers 800-900 de notre ère. Des populations austronésiennes sont arrivées en Océanie proche depuis l’Asie du Sud-Est ou l’Indonésie, et se sont installées en Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’Australie et les îles Salomon. Le mélange de ces populations et des autochtones a créé la culture Lapita qui s'est propagée au Vanuatu, en Nouvelle-Calédonie, aux Fidji, aux Tonga et aux Samoa. À partir de 500 avant notre ère, apparait une civilisation proto-polynésienne dans les archipels de Samoa, Tonga et Wallis-et-Futuna. C'est de ce noyau que sont partis les premiers habitants de Tahiti.

Cette hypothèse des migrations depuis le Sud-Est asiatique est étayée par de nombreuses preuves linguistiques, biologiques et archéologiques. Par exemple, les langues des Fidji et de la Polynésie appartiennent toutes au même sous-groupe océanien, le fidjien-polynésien, qui fait lui-même partie de la grande famille des langues austronésiennes.

Cette migration, à travers plusieurs centaines de kilomètres de haute mer, a été rendue possible par l’emploi de pirogues à balancier pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres de long et transporter familles, plantes en terre dans des paniers et animaux domestiques. Ainsi, en 1769, James Cook remarque à Tahiti un bateau de de long, pouvant progresser à la voile ou aux pagaies.

En 2010, une expédition sur une pirogue simple à balancier et à voile a retracé, en inverse, le chemin de peuplement, de Tahiti à l'Asie..

La civilisation pré-européenne Avant l’arrivée des Européens, l’île est divisée en différentes chefferies aux territoires bien précis dominés par un clan. Ces chefferies étaient liées entre elles par des rapports d’allégeance fondés sur les liens de parenté de leurs dirigeants et leur puissance guerrière. Le clan le plus important de l’île est celui des Teva, dont le territoire s’étendait au sud de Tahiti Nui jusqu’à la presqu’île vers Tahiti Iti. Le clan des Teva était composé des Teva i Uta (« Teva de l'intérieur ») et des Teva i Tai (« Teva de la mer »), et était dirigé par Amo et Purea.

Un clan est composé d’un chef (ari’i rahi), de nobles (ari’i) et de sous-chefs (’Īato’ai). Les ari’i, descendants des dieux polynésiens, sont investis du mana (pouvoir, puissance surnaturelle). Ils portent traditionnellement des ceintures de plumes rouges, symbole de ce pouvoir. Le chef de clan n’a pas de pouvoir politique absolu : il doit composer avec les ari’i et les ’Īato’ai lors de conseils ou des assemblées générales, notamment en cas de guerre. Plus les ari’i sont éloignés du chef de clan, plus ils sont autonomes et font contrepoids à son autorité.

Les clans sont organisés autour du « marae », lieu de culte sacré en plein air. Ces marae sont véritablement le cœur de la vie religieuse et sociale du clan : on y invoque les dieux, intronise les chefs, on y prépare la guerre et la pêche, on y célèbre les naissances et les décès. Il existe une hiérarchie des marae, allant du simple marae familial au marae royal. La taille du marae est proportionnelle à l’influence de la famille. Un des marae royaux de Tahiti est Farepu’a, construit à l’avènement de Tetuana’e Nui (voir plus bas : patrimoine archéologique). Les marae sont protégés par le tapu, interdit absolu et sacré, dont la transgression attire la malédiction. Le terme passera d’ailleurs dans les langues occidentales : tabou.

Premiers contacts avec les Européens

A la fin du , naît l'hypothèse que Pedro Fernandes de Queirós aurait été le premier Européen à apercevoir en 1606 l’île de Tahiti, qu’il aurait nommée La Sagitaria (ou Sagittaria). Cependant, cette théorie est aujourd'hui démentie par la compilation des divers récits de son voyage, exhumés des archives au , et il s'avère que La Sagittaria correspond en réalité à un atoll des Tuamotu.

Le premier Européen à découvrir Tahiti est en réalité le lieutenant britannique Samuel Wallis qui accoste le dans la baie de Matavai, située sur le territoire de la chefferie de Pare (Arue/Mahina), dirigée par la cheffe Oberea (ou Purea). Wallis baptise l’île « Île du Roi George »Pierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, . Les premiers contacts sont difficiles : les chaloupes anglaises envoyées dans le but de sonder sont prises à partie par les habitants de l'île dès le , et malgré de premiers échanges du 21 au , les relations se détériorent à nouveau et du 24 au , des pirogues tentent de prendre le navire à l’abordage, soit pour s’approprier les objets métalliques du navire, soit par crainte d’une installation durable des Anglais. En représailles, les marins anglais tirent sur les pirogues et la foule massée sur les collines. En réaction à cette puissante contre-attaque, les habitants de la Baie déposent de nouvelles offrandes aux Anglais, manifestant ainsi leur volonté de paix ou de soumission. Après cet épisode, Samuel Wallis eut des relations cordiales avec la cheffe Oberea (Purea) et resta sur l’île jusqu’au .

vignette|gauche|La baie de Matavai, peinte par William Hodges, membre d'une expédition de Cook alt=Rencontre entre l'équipage mené par Louis-Antoine de Bougainville et la population de Tahiti. A gauche, les explorateurs armés, délaissent les navires en arrière plan. À droite les tahitiens à demi-vêtus avancent à leur rencontre, selon une vision colonialiste.|vignette|Bougainville abordant à Tahiti, gravure de Rouargues Frères de 1846 Le Louis-Antoine de Bougainville« Voyage autour du monde par la frégate la Boudeuse et la flûte l'Étoile », , ch VIII Lire sur Wikisource, c’est au tour de Louis-Antoine de Bougainville d’accoster dans la baie de Matavai. Il ne reste qu’une dizaine de jours dans cette île qu’il surnomme la « Nouvelle-Cythère », en hommage à l’accueil chaleureux et à la douceur des mœurs tahitiennes. Le récit qu’il fera de son escale contribuera à la création du mythe du « paradis polynésien » et alimentera le thème du « bon sauvage », cher à Jean-Jacques Rousseau et alors très à la mode. De cette date jusqu’à la fin du , le nom de l’île est phonétiquement orthographié « Taïti ». À partir du , l’orthographe tahitienne « Tahiti » devient d’usage en françaisBooks Ngram Viewer « Taïti » contre « Tahiti » .

James Cook est missionné en juillet 1768 par la Royal Society pour observer le transit de Vénus devant le Soleil, phénomène qui doit être visible depuis Tahiti le . Voir aussi Transit de Vénus. Il arrive à Tahiti à bord de l’Endeavour en et reste sur l’île pendant 3 mois. Ce séjour permet de réaliser pour la première fois un véritable travail scientifique d’observation ethnographique et naturaliste de l’île. Assisté du botaniste Joseph Banks et du dessinateur Sydney Parkinson, Cook rassemble de précieuses informations sur la faune et la flore, ainsi que sur la société, la langue et les coutumes. Son équipe entretient par ailleurs des relations amicales avec la cheffe Oberea (Purea), à l’origine de la dynastie Pomare.

Cook revient à Tahiti entre le et le , et une dernière fois entre le et le . Lors de ce dernier séjour, il accompagne le chef Tū (neveu de la cheffe Oberea/Purea) lors d’une expédition guerrière à Mo’orea (’Aimeo). Cook refuse cependant d’apporter son soutien militaire et se contente de visiter l’île.

L'influence britannique et l’ascension des Pomare Les mutinés du Bounty

Le , le Bounty, dirigé par le capitaine William Bligh, débarque à Tahiti avec pour mission de rapporter des arbres à pains tahitiens (’Uru) aux Caraïbes. Joseph Banks, le botaniste de la première expédition de Cook, estime en effet que cette plante serait idéale pour nourrir à moindre coût les esclaves africains travaillant dans les plantations des Caraïbes. L’équipage reste à Tahiti environ 5 mois, le temps de transplanter les pousses d’arbres. Trois semaines après le départ de Tahiti, le , l’équipage se mutine sur l’initiative de Fletcher Christian. Les mutinés s’emparent du navire et débarquent le capitaine et les membres d’équipage restés fidèles sur une chaloupe. Une partie des mutinés revient alors s’installer à Tahiti.

Alors que les explorateurs ont refusé de prendre part aux conflits tribaux, les mutinés du Bounty offrent leurs services de mercenaires et fournissent des armes à la famille qui deviendra la dynastie Pomare. Le chef Tū sait en effet tirer parti de sa présence sur les havres préférés des navigateurs. Grâce à l’alliance avec les mutinés, il parvient à accroître considérablement sa suprématie sur l’île de Tahiti.

Vers 1790, l’ambitieux chef Tū prend le titre de roi et se donne le nom de Pomare. Le capitaine Bligh expliquera que ce nom était un hommage à sa fille aînée, morte de tuberculose, une « maladie qui la faisait beaucoup tousser (mare), surtout la nuit (pō) ».

En 1791, le capitaine Edward Edwards débarque à Tahiti dans l’espoir de retrouver des mutins. Le nouveau roi Pomare Ier lui livre les rebelles. Le départ du marque la fin de l’aventure des mutinés du Bounty sur l’île de Tahiti, mais leur présence aura marqué durablement l’histoire tahitienne.

Les escales des baleiniers Dans les années 1790, des baleiniers commencent à faire escale à Tahiti lors de leurs campagnes de pêche dans l’hémisphère Sud. L’arrivée de ces baleiniers, rejoints ensuite par des négociants originaires des colonies pénitentiaires d’Australie, marque le premier bouleversement majeur de la société traditionnelle tahitienne. Les équipages introduisent l’alcool, les armes et les maladies dans l’île, et encouragent la prostitution et la création de distilleries. Ces premiers échanges avec les Occidentaux ont des conséquences catastrophiques sur la population tahitienne, qui décroît rapidement, ravagée par les maladies.

L'arrivée des missionnaires Le , des missionnaires de la London Missionary Society débarquent à la pointe Vénus (Mahina) à bord du , avec pour ambition de détruire les cultes maohi et de christianiser la population. L’arrivée de ces missionnaires marque un nouveau tournant pour l’île de Tahiti, dont la culture locale et la structure sociale sont profondément bouleversées.

Les premières années sont laborieuses pour les missionnaires, malgré leur association avec les Pomare, dont ils connaissent l’importance grâce aux récits des précédents navigateurs. En 1803, à la mort de , son fils Vaira'atoa lui succède et prend le titre de . Il s’allie encore davantage avec les missionnaires, et dès 1803 ces derniers lui enseignent la lecture et les Évangiles. Les missionnaires encouragent par ailleurs sa volonté de conquête, afin de n’avoir à traiter qu’avec un seul interlocuteur politique. La conversion de Pomare II en 1812 inaugure l’essor du protestantisme dans l’île.