vignette|Château d’Ognon où Caix a passé son enfance. Robert Louis Ernest Marie de Caix de Saint-Aymour, né le à Paris (Seine) où il est mort le , est un journaliste, homme politique, écrivain et diplomate français. C'est une des personnalités historiques ayant participé à la naissance du mandat français en Syrie et au Liban après la Première Guerre mondiale. Il fut Haut-commissaire de la République française au Levant par intérim de 1922 à 1923.

Membre éminent du parti colonial, il contribua à son évolution : d'abord essentiellement « africain » sous l'époque d'Eugène Étienne, il devint plus nettement « asiatique » ou « syrien ». Défenseur du mandat français en Syrie, il fut choisi pour devenir le collaborateur civil du général Gouraud, le nouveau Haut-Commissaire en Syrie et au Liban en 1919. Avant sa nomination en tant que secrétaire général du Haut-Commissariat à Beyrouth.. Puis devient lui-même haut-commissaire par intérim en 1922.

Entre 1919 et 1923, Robert de Caix joue un rôle clé dans la négociation des intérêts français au Levant, participant à des discussions stratégiques avec Mustapha Kemal et l’émir Fayçal.

Biographie

Enfance et éducation Robert Louis Ernest Marie de Caix de Saint-Aymour, né le à Paris (Seine) au 79 boulevard HausmannArchives en ligne de Paris, arrondissement, année 1869, acte de naissance , cote V4E 938, vue 2/31, avec mentions marginales de mariage et de décès. Seul fils de l'historien et archéologue Amédée de Caix de Saint-Aymour, portant le titre de courtoisie de vicomte, il passe son enfance dans le domaine familial du château d'Ognon. Il s'intéresse très tôt à la politique, ayant grandi dans un pays humilié par la défaite de la guerre franco-prussienne de 1870 et par la perte de l’Alsace-Lorraine.

Après avoir effectué ses études primaires à l’école Fénelon et au lycée Condorcet, il se prépare au baccalauréat avec l’ambition affirmée d'intégrer le ministère des Affaires étrangères. Toutefois, ses échecs répétés (il échoue deux fois à l'examen) nourrissent en lui une forme de modestie tout en renforçant sa détermination. Il étudie finalement à l'École libre des sciences politiques de la rue Saint-Guillaume à Paris. où il sort diplômé de la section diplomatique et s'oriente rapidement vers une carrière de publiciste. Cependant, la ruine de son père perturbe quelque peu ses ambitions professionnelles. En 1893, bien qu'il obtienne la troisième place au concours du Quai d'Orsay, il choisit de renoncer à une carrière consulaire, qu'il juge alors moins prestigieuse que la diplomatie et s'oriente vers le journalisme.

Début de carrière Sa première expérience significative dans le domaine du journalisme se fait en tant que rédacteur en chef du Journal de Senlis, avant qu’il intègre, après recommandation d'Émile Boutmy, l’équipe du quotidien national le Journal des Débats, où il est chargé des questions diplomatiques. Soucieux comme son père de comprendre le monde et de voyager, il commence sa formation pratique avec un séjour en Amérique (1894‑1897). Il prend alors conscience des relations compliquées entre l’Amérique du Nord et Cuba et s’ouvre d’autant plus aux questions impériales et à l’expansion ultramarine qu’il voit en elles un moyen de préparer la revanche de la France sur l’Allemagne. C’est là, probablement sous l’égide de son directeur, Georges Patinot, qu'il prend contact avec tous les ténors de l’expansion coloniale française.

À partir de 1896 et 1897, il devient l’un des chroniqueurs attitrés de l’organe principal du parti colonial en se spécialisant plus particulièrement dans le récit de ses propres voyages, et il se voit chargé des chroniques diplomatiques. Il enseigne également à l’École libre des sciences politiques. Comme tous les autres membres du réseau colonial français, il est membre de plusieurs organismes coloniaux comme la Société de géographie de Paris, la Société d’histoire des colonies françaises, la Ligue coloniale française, le Comité France-Amérique et le Comité de l’Océanie française. Il participe activement à redorer l’image de la France dans le monde. De 1898 à 1909, il effectue de nombreux voyages en Asie et est promu en 1901 comme rédacteur en chef du Bulletin du Comité de l'Asie française. Au début des années 1900, il se lie avec Philippe Berthelot, secrétaire général du quai d'Orsay, qui lui ouvre les portes du ministère des Affaires étrangères et entretient une correspondance avec le maréchal Lyautey. À l’instar de Lyautey, il conçoit la perte de la terre égyptienne comme la preuve de l’incapacité de la France à prendre en considération l’action des hommes de bonne volonté (Lesseps). Combinant absolument tous les aspects de « l’expérience de la création d’une domination naissante et la pratique des choses de Paris », la conquête du Maroc constitue une immense école de formation pour Robert de Caix. La diplomatie, la finance, la capacité d’action de l’armée et la propagande par voie de presse ont agi de concert pour imposer la France au Maroc. Il accomplit de nombreuses missions d’études à l’étranger: de 1898 à 1902 en Tunisie, en Algérie, au Maroc et dans le sud-Oranais pour le compte du Comité Afrique Française puis aux États-Unis, Canada et à Terre-Neuve pour la Société de Géographie et le journal Les débats, au Siam, en Indochine, en Chine, en Corée et en Mandchourie de 1902 à 1903.

L'engagement de Robert de Caix en faveur du Levant se renforce après 1912, une année clé où la France, à la croisée de ses ambitions orientales, fait face à des enjeux stratégiques décisifs. Ce moment correspond à une réconciliation au sein des factions du « parti colonial », jusque-là divisées par des questions religieuses, qui s'unissent face aux menaces grandissantes des puissances britanniques et allemandes en Turquie, ainsi qu'à la montée des tensions provoquées par les guerres balkaniques. Fort de cette dynamique, Robert de Caix, aux côtés d'autres intellectuels et publicistes, participe à la formulation d'un discours revendicatif sur la Syrie, qui se transforme au fil du conflit sous l'effet conjugué des pressions britanniques sur l'Orient et des ambitions françaises concernant la « Grande Syrie », comprenant la Cilicie et la Palestine. Au cours de cette période, après son départ du Journal des Débats en 1915 et une mission temporaire en Russie, il perfectionne ses compétences en matière de presse et de propagande, notamment à travers sa participation aux Bulletins de Propagande français créés par son ami Philippe Berthelot au Quai d'Orsay. Secrétaire du Comité d’action française en Syrie, il prend position en faveur du démembrement de l'Empire ottoman dès le début du conflit. L’ensemble de ces démarches intellectuelles et politiques alimente les négociations qui mènent aux accords Sykes-Picot de , dans lesquels François Georges-Picot, consul de France à Beyrouth et membre influent du lobby colonial, joue un rôle déterminant. Robert de Caix s’impose alors comme un rassembleur des différentes factions du mouvement colonial, défendant la prééminence de la France en Syrie et en 1916, il est nommé secrétaire du Comité d’action en Syrie.

À cette époque, il est déjà bien introduit au Quai d’Orsay, où ses relations avec des diplomates influents tels que Jean Gout, Emmanuel de Margerie, et Henri Ponsot lui permettent de se faire reconnaître comme un acteur clé de la réflexion sur le Levant. Son rôle à la Maison de la presse, un centre de réflexion rattaché au ministère des Affaires étrangères, lui donne l’occasion de contribuer activement à l’élaboration des stratégies françaises en Orient. Inspiré par les principes impérialistes et soucieux de répondre aux préoccupations diplomatiques de ses confrères, Robert de Caix développe une vision de l’Orient comme un « agrégat de municipes », un espace où la France devrait exercer son rôle d’arbitre et de protectrice des intérêts chrétiens, tout en consolidant son influence face aux ambitions des autres puissances européennes et au déclin de l’Empire ottoman.

Première Guerre Mondiale

Dans le numéro de de L’Asie française, et se basant sur la récente perte de territoires de l'Empire Ottoman, Robert de Caix affirme qu’une province perdue par la Porte est également perdue pour l'influence française et affirme que la disparition de l'Empire empêcherait le retour des positions acquises par la France . Selon lui, la France doit profiter de l'éradication des intérêts allemands pour s'assurer les concessions de chemins de fer entre le Taurus et la région d’Alep. Ses revendications se concentrent sur le maintien de l'Empire ottoman, avec des mesures comme le rétablissement des capitulations et des réparations pour les établissements français affectés par la guerre. Trois mois plus tard, Robert de Caix inspire, un article important qui définit la position du Comité de l’Asie française après l'opération alliée des Dardanelles. Il défend une politique visant à forcer les Détroits et occuper la capitale ottomane. Le Comité estime que le maintien du régime ottoman doit être accompagné d'avantages pour la France, notamment en Syrie et dans les régions voisines. La France doit obtenir des droits similaires à ceux des Britanniques en Mésopotamie et des Russes en Arménie, en matière de chemins de fer, de travaux publics et de contrôle administratif. Le Comité rejette l'idée d’une compensation aux visées russes sur Constantinople et insiste pour que les compensations se trouvent au Levant.

Le , lors d'une réunion du comité, Robert de Caix propose d'envoyer des résolutions au Quai d'Orsay, mettant en avant des revendications précises concernant les lieux saints et les territoires à attribuer à la France dans l'Empire ottoman. La France doit obtenir des avantages équivalents à ceux de la Russie et de la Grande-Bretagne, et ne peut se contenter de promesses vagues obtenues du cabinet britannique. En , le Comité de l’Asie française demande une revendication claire de la part de la France sur la Syrie, la Cilicie, et les régions voisines, y compris la Galilée, la Transjordanie, et une partie de l'ancienne Judée. Les lieux saints du Hedjaz devraient bénéficier d’un régime international, et la France, la Grande-Bretagne et la Russie y seraient représentées à part égale. La Syrie, en particulier, doit être suffisamment vaste pour couvrir ses propres dépenses et résister aux influences des puissances voisines.

Mandat français en Syrie et au Liban

Établissement du mandat