Ugo Fantozzi, comptable (, d'où l'inscription : Fantozzi Rag. Ugo sur la porte de son appartement dans les films) est un personnage imaginaire inventé et interprété par Paolo Villaggio en littérature et au cinéma. Ses aventures sont inventées par Paolo Villaggio, en roman ou en film, parfois avec la collaboration du réalisateur du film (ainsi en 1980 Fantozzi contro tutti est coréalisé avec Neri Parenti).
Le personnage Paolo Villaggio fait apparaître Fantozzi en 1968 quand il participe à l'émission télévisée Quelli della domenica. Dans les sketches de cette émission, Villaggio racontait des histoires comiques et catastrophiques, avec son vocabulaire très particulier du fait de son recours habituel à l'hyperbole : le protagoniste en était souvent le pauvre Fantozzi. C'était le nom d'un employé de la grande entreprise où travaillait Villaggio (Italsider).
À partir de ces histoires, Villaggio en compose des nouvelles pour l'Europeo, lesquelles seront rassemblées dans un livre, Fantozzi (1971), qui devient vite un best-seller (plus d'un million d'exemplaires vendus) Dizionario dei film, édité par Paolo Mereghetti. En 2011, pour le anniversaire de l'Unité italienne, le livre est choisi pour figurer dans la liste des 150 livres qui ont marqué l'histoire du pays par le comité scientifique Centro per il libro e la letturaLa Repubblica.it - Leggete l'Italia in 150 libri con D'Azeglio e Fantozzi.
Du fait du succès, une mise en scène au cinéma est envisagée, avec Paolo Villaggio lui-même comme interprète du personnage de Fantozzi.
En 1975 sort le premier film, intitulé tout simplement Fantozzi, composé d'extraits des deux premiers livres sur le personnage et réalisé par Luciano Salce. Villaggio, au début, ne désirait pas jouer le rôle principal, et l'avait demandé à son ami Renato Pozzetto, puis devant son refus, à Ugo TognazziInterview de Villaggio du 30 décembre 2010 - Blog de Gaetano Lo Presti; sur le refus de ce dernier, Paolo Villaggio se décide à interpréter le personnage qu'il a inventé.
Le film a un grand succès, et sera le début d'une saga de neuf autres épisodes : le second réalisé encore par Salce, alors que du troisième au neuvième la réalisation est assumée par Neri Parenti, et qu'enfin le dernier (Fantozzi 2000 - La clonazione) est réalisé par Domenico Saverni.
Caractéristiques du personnage Le personnage de Fantozzi, pensé à l'origine comme représentation de l'homme peu doué et malchanceux contre lequel la déveine et les abus des autres semblent s'acharner, entre dans l'imaginaire collectif des italiens pour son attitude grotesque de soumission envers le pouvoir établi, et comme paradigme de l'homme ordinaire ou même médiocre, blessé par la société et continuellement en attente d'une rédemption. (le prototype du misérable, ou encore la quintessence de la nullité) pour reprendre les mots de Villaggio.
Villaggio a inventé ce personnage alors qu'il était employé à Italsider (Gênes), au vu des attitudes de servilité et d'arrivisme dont il avait été témoin, et qu'il a ensuite caricaturées avec ironie.
Fantozzi est une hyperbole vivante, un caractère excessif, mais au sens paradoxal où les énormes avanies qu'il subit ne provoquent en lui aucune réaction. Sa médiocrité s'exprime par sa vulgarité (rots, jurons), mais aussi par sa servilité, ce qui fait de lui un personnage à la fois comique et tragique. Une autre caractéristique sera celle de devoir toujours se soumettre à tous, et d'avoir toujours à la bouche un mot d'excuse pour ce qui pourrait surprendre son entourage. À la fin, on retient surtout son inertie devant les difficultés et le mauvais sort.
Selon le critique Riccardo Esposito, Fantozzi représente l'archétype de l'italien moyen des années 1970, semi-bourgeois, au style de vie simple (aucun diplôme, travail comme employé, maison à loyers plafonnés, etc.), et par lui s'expose toute une tranche de la société du travail : il est probable qu'en toute entreprise on trouve une séductrice à double jeu comme , un chef exigeant ou un collègue arriviste.
Sa famille, qui devrait être le seul refuge devant les étroitesses de la société qui ne le reconnaît pas sinon pour l'exploiter, est composée d'une femme insignifiante et pas trop jolie, Pina, qui est cependant pleine de compassion et d'estime envers lui, et d'une fille laide et au caractère obtus, Mariangela.
Rond-de-cuir zélé, Fantozzi continue de fréquenter ses collègues, malgré les nombreuses vexations dont il est l'objet, et pas seulement pendant les heures de travail à la Megaditta : il va avec eux aux sports d"hiver, il fête avec eux le nouvel an, il participe avec eux à des voyages en camping-car, à des courses cyclistes ou des parties de foot organisées pour les employés ; tout spécialement, il est souvent le partenaire de son collègue Filini, par exemple au tennis (à 6 h du matin) ; un autre collègue, Calboni, particulièrement arriviste, et Dom Juan de l'équipe, traite Fantozzi de "puccettone" (doux imbécile).
Fantozzi au cinéma Les deux premiers films (1975, 1976) sont réalisés par Luciano Salce.
À partir de 1980, Paolo Villaggio travaille avec le réalisateur Neri Parenti, en commençant par John Travolto... da un insolito destino (1979), et en reprenant la saga des films de Fantozzi. Il collabore avec l'équipe de scénaristes comprenant : Leo Benvenuti, Piero De Bernardi, Alessandro Bencivenni et Domenico Saverni entre 1980 et 1996 (Fantozzi - Il ritorno). Cette collaboration s'étend aussi à d'autres films que la saga Fantozzi : par exemple Scuola di ladri (1986) et Le comiche (1990).
Le personnage de Fantozzi s'éteint en 1999 avec Fantozzi 2000 - La clonazione, réalisé par Domenico Saverni. Villaggio avait cessé de travailler avec Neri Parenti depuis 1996, ce dernier s'étant consacré avec Aurelio De Laurentiis, Christian De Sica et Massimo Boldi au tournage répété des films dits « ciné-panettoni ».
Effet culturel Les films de Fantozzi ont anticipé l'attention actuelle au harcèlement dans l'entreprise.
Dans ce registre, ils ont provoqué l'insertion dans la langue italienne d'expressions tirées des films ("Com'è umano, Lei!", l'adjectif "fantozziano", ou encore "alla Fantozzi").
Il en va de même pour le collègue de Fantozzi, Filini (Gigi Reder), qui organise sans se fatiguer des sorties après le travail : ces événements sont toujours ratés et marqués de contretempsOn fait remarquer que dans le premier film, Filini se fait appeler Renzo, alors qu'ensuite, il sera appelé Silvio ; dans les écrits de Villaggio, son nom complet est Renzo Silvio Arturo Filini.
Les modes de l'humour à la Fantozzi On y remarque la diversité des expressions de l'humour : verbal : des conjugaisons fantaisistes (qui se remarquent surtout en italien : "vadi, Contessa" soit "vas-y comtesse !" ), des titres ronflants et parodiques ("Rag. Gran. Figl. di. Putt.") des termes utilisés sans que personne les comprenne vraiment (prostate ou kibbutz); des hyperboles lexicales (les "92 minutes d'applaudissements", les "petites tomates à ", dans Il secondo tragico Fantozzi) des sarcasmes ("a quel punto Fantozzi ebbe un leggerissimo sospetto. In pratica, s'incazzò come una bestia!!!", soit il eut alors un très léger soupçon, en fait il péta les plombs dans Fantozzi subisce ancora). graphique : le geyser de rafraichissement après avoir mangé les tomates, les effets des essuie-main de Pina, les ouragans et les avalanches à la suite des rots... physique : les humiliations de Fantozzi (dans Fantozzi, Il secondo tragico Fantozzi et Fantozzi contro tutti): fusillé par l'inspecteur du travail avec un... canon ; empalé sur son vélo dont manque la selle; étouffant dans la tarte ou le plat de polenta ; utilisé comme paratonnerre... parodique et satirique : l'épisode du cuirassé Kotiomkin ; les élections politiques.
Les acteurs de la saga Au cinéma, c'est Paolo Villaggio qui interprète le personnage de Fantozzi. Avec lui, on voit revenir souvent : Milena Vukotic et Liù Bosisio dans le rôle de sa femme Pina, Anna Mazzamauro pour Silvani, Gigi Reder en Filini, Plinio Fernando qui joue la fille de Fantozzi, MariangelaFernando joue ce rôle jusqu'à la fin des années 1990.
Les cibles de la critique de Villaggio En fait, Villaggio s'en prend à la classe dirigeante dont il montre l'infantilisme. Les personnages de Cobram, mégadirecteur galactique, de la comtesse Serbelloni Mazzanti Vien dal Mare, du directeur passionné de cinéma soviétique des années trente, sont autant de caricatures des personnes parvenues par la fortune ou la rouerie. Il en montre l'arrogance, le sadisme et la fausse libéralité, avec en répondant la servilité de Fantozzi.
Les "clones" de Fantozzi Devant le succès de la saga, Villaggio répète les mêmes gags, les mêmes gestes dans des personnages semblables : Paolo Casalotti (dans I pompieri et dans Missione eroica - I pompieri 2); Paolo Ciottoli, (dans Ho vinto la lotteria di capodanno); Paolo Coniglio (dans Sogni mostruosamente proibiti); et Sergio Colombo dans les films Io no spik inglish et Banzai.
On peut encore assimiler à la liste des clones : Gino Sciaccaluga dans A tu per tu (de Sergio Corbucci), chauffeur de taxi victime d'un entrepreneur sans pitié joué par Johnny Dorelli, et qu'une jolie blonde (Moana Pozzi) vient sauver du suicide ; Arturo De Fanti, sans doute moins convaincant, dans Rag. Arturo De Fanti, bancario precario.
Il faut mettre à part Giandomenico Fracchia, que Paolo Villaggio crée en même temps que Fantozzi dans l'émission Quelli della Domenica et qui a eu sa propre série télévisée : Giandomenico Fracchia - Sogni Proibiti di uno di noi (1975). Ensuite seront réalisés (Fracchia la belva umana et Fracchia contro Dracula) et le personnage sera repris dans quelques émissions télévisées en 1986. La différence principale de Fracchia avec Fantozzi, c'est son statut de célibataire.
Analogie entre Fantozzi et Fracchia Dans les premiers livres sur Fantozzi, Villaggio avait créé un personnage appelé Fracchia, malchanceux, malheureux et méprisé comme Fantozzi ; il disparaitra ensuite au profit de Filini, même si celui-ci existait déjà dès le début, sauf qu'il cumule alors l'ensemble des traits de caractère de l'ex-Fracchia, avec les siens propres, relativement moins attrayants.
Au contraire, le personnage de Fracchia, tel que Villaggio l'interprétait dans les années 1960 dans l'émission Quelli della domenica, n'est pas du même ordre que Fantozzi, malheureux de sa condition : Fracchia est quant à lui tellement habitué à son rôle inférieur et méprisable, qu'il est rassuré de cet état. Par ailleurs, il rate tout ce qu'il fait, et ne parvient même pas à parler d'une façon compréhensible. Quand on lui pose une question, il ne répond que par des sons monosyllabiques, tout en gesticulant pour se faire comprendre. Son expression fétiche est : "Com'è umano lei!" (comme vous êtes humain), alors que tout le monde le juge stupide et inférieur. Lui-même étant persuadé de son infériorité, il a toujours peur de rencontrer qui que ce soit, et ne se trouve au repos que dans la solitude.
Dans les premiers films de Fantozzi on ne voit pas de tels traits de caractère : il est malheureux, mais ne manque pas d'assurance. C'est à partir de Fantozzi contro tutti (en 1980) que s'opère un amalgame des deux personnages, Fracchia et Fantozzi : l'employé perd toute confiance en soi, et chaque confrontation avec une autre personne est l'occasion de manifester ce mépris de soi qui l'habite.
Le Cuirassé Potemkine Un des rares moments de courage de Fantozzi dans toute la saga est sa réaction à l'obligation pour les employés de regarder des films soviétiques, dont Le Cuirassé Potemkine, (qui s'appelle, dans Il secondo tragico Fantozzi (1976), Le Cuirassé Kotiomkin, parce que les droits d'auteurs ne furent pas concédés) :