L'usine sidérurgique d'Uckange est une ancienne usine de production de fonte par haut fourneau à Uckange, en Moselle. Au début du , il ne reste du site que le haut fourneau U4 avec ses installations périphériques (gestion des matières premières, épuration du gaz et cowpers), classé monument historique.

Édifiée en 1890 par la société , l'usine est spécialisée dans la production de fonte en gueuses, élaborées à partir du minerai de fer local, la minette. Constamment modernisée, elle concentre toute la production de fonte de moulage française en 1965, bénéficiant des restructurations de l'industrie sidérurgique à cause de sa taille et de son emplacement idéal au cœur du bassin sidérurgique lorrainÀ la fin des années 1960, l'usine bénéficie à la fois du port fluvial d'Illange sur le Canal des mines de fer de la Moselle, d'une connexion à un oxyduc et à un gazoduc de gaz de haut fourneau, de la possibilité de vendre de la fonte liquide (transportée par wagons-torpille sur le réseau privé des usines sidérurgique) ou solide (exportée par la Ligne Luxembourg - Dijon)..

Malgré ses innovations techniques (abandon de la minette dès les années 1960, adoption d'injection de fioul puis de charbon broyé dans les années 1980, essai de torche à plasma, automatisation complète), le marché de la fonte de moulage décline et Usinor-Sacilor annonce la fermeture de l'usine en 1991.

Après une campagne en vue de sa conservation, soutenue par l'association MECILOR, le haut fourneau U4 est inscrit au titre des Monuments historiques, intégré dans un espace paysager, le Jardin des Traces.

Histoire de l'usine

Fondation (1890 - 1920) La famille de Wendel s’implante à Hayange en 1704. Ce sont les débuts du développement de l’industrie du fer dans la vallée de la Fensch. Peu après, l’année 1870 marque un tournant important dans l’histoire de la Lorraine, et plus particulièrement d’Uckange. En 1871, l'annexion de la Moselle est à l’origine du grand développement de la sidérurgie dans le bassin lorrain sous administration allemande. À la suite des De Wendel, les grandes firmes industrielles de fer s'implantent dans les vallées de la Fensch, de l’Orne et de la Moselle : les Thyssen, Röchling, La Paix, les .…

L'usine d’Uckange est particulièrement liée aux « frères Stumm », qui possèdent alors l', en Sarre, dans le bassin houiller lorrain. Après 1870, les frères Stumm sécurisent leurs approvisionnement en minerai de fer en achetant les concessions minières en Moselle annexée : la mine Charles-Ferdinand à Hettange-Grande et la mine Ida à Sainte-Marie-aux-Chênes.

Ces maitres de forges et industriels, achètent fin 1887, des terrains sur le ban de la commune d’Uckange (alors Uckingen). La construction du premier haut fourneau démarre en ., et les mises à feu s'enchaînent jusqu'en 1913 : le premier haut fourneau est mis à feu en 1891, 4 sont opérationnels en 1897/1898, les 2 derniers sont ajoutés en 1904. L'usine reste sur cette configuration jusque vers 1920. En 1913, juste avant la Première Guerre mondiale, elle emploie et a produit de fonte..

Durée de vie des et des 2 chaînes d'agglomération d'Uckange.Le seul long arrêt répertorié est celui du U4, mais il est probable que les arrêts de ce type aient été plus nombreux

Routine et prospérité (1920 - 1960)

+ Productions annuelles Fonte (t) Effectifs191319291949195219551956

En 1919, après la première Guerre mondiale, l'usine est placée sous séquestre, puis devient, avec les concessions minières des frères Stumm, la propriété des Forges et Aciéries du Nord et de Lorraine (FANL). Par suite de conventions juridiques, Uckange conserve des liens avec l'usine sarroise de Neunkirchen, bien que le nouveau propriétaire fait table rase de la gestion allemande, reconstruisant les bureaux, détruisant les archives, et passant d'une numérotation des hauts fourneaux en chiffre romains à une appellation alphabétique (la dernière numérotation, en chiffre arabe, date de 1930).

La crise des années 1920 frappe durement l'usine qui est contrainte d'éteindre momentanément tous les hauts fourneaux.. Entre 1928 et 1935, les 4 hauts fourneaux restants sont modernisés, les hauts fourneaux 5 et 6 sont arrêtés et démantelés. L'usine acquiert alors une physionomie qui ne changera guère jusqu'à sa fermeture.

De 1920 à 1960, excepté pendant la Seconde Guerre mondiale, l'usine poursuit l'exportation de fonte sous la forme de gueuses vers l'industrie sarroise qui constitue son principal débouché. Pendant toute cette période, les qualités des fontes plus ou moins phosphoreuses pour le moulage évoluent peu. Le minerai de base reste la minette lorraine, à faible teneur en fer, 30 % environ. Mais à partir du début des années 1960, l’usine se réorganise pour diversifier son offre et s'adapter à d'autres minerais.

Premières restructurations du secteur de la fonte de moulage : l'usine est consolidée (1960 - 1965)

À ce moment, l'usine commence à se restructurer. En 1962, la production d'électricité à partir de gaz de haut fourneau est abandonnée et l'usine est connectée au gazoduc de la centrale thermique commune de la sidérurgie sise à Richemont, dont Uckange fournit alors 10 % du gaz. Cette même année, le , est démarrée la chaîne d'agglomération A. C'est une petite chaîne de (dimensions ), soit la moitié des chaînes qui sont mises en service en ce moment-là dans le bassin sidérurgique lorrain. Mais sa conception par est moderne, en particulier sur l'assainissement car les fumées bénéficient d'une double filtration (électrofiltre puis tour de lavage).

Trois ans plus tard est organisé le « Plan professionnel » de la sidérurgie et la première restructuration : l'usine de Saulnes (appartenant à la famille Raty) est réunie à celle de la FANL au sein de la nouvelle société des Hauts Fourneaux Réunis de Saulnes et Uckange (HFRSU). Alors que Saulnes ne poursuit que la fabrication de fonte électrique (fontes Raty), toute la production à partir de minerai est concentrée à Uckange. La production s'oriente vers les fontes de moulage pour laquelle l'usine d'Uckange abandonne les minerais lorrains pour des minerais hématites d'importation. La capacité atteint et les effectifs atteignent . Elle devient rapidement la seule usine de fabrication de fontes spéciales en France, toutes les autres unités ayant cessé leur activité…

Il faut alors bien situer l’importance de l’usine dans l’Hexagone. Une dizaine d’usines à fontes spéciales existaient en France dans les années 1950/60 (elles étaient plus nombreuses auparavant). Les qualités de fonte ont dû suivre la demande technique et commerciale, compte tenu des prix de revient et de la situation géographique de chaque site (notamment vis-à-vis de sa propre clientèle). Dans les années 1960 ferment pratiquement toutes les usines à fonte, pour des motifs divers : vétusté, surcoûts logistiques, taille insuffisante, concurrence de nouveaux produits sur le marché et surtout l'arrivée de nouveaux minerais plus riches en fer (60 à 70 % de fer contre 30 % pour la minette) et sans phosphore à des prix compétitifs. Pour alimenter l'usine d'Uckange, idéalement située sur les bords de la Moselle, les minerais d’importation (Brésil, Mauritanie, Australie, Afrique du Sud, Afrique de l’Ouest, Canada, Pays nordique…) arrivent à Rotterdam puis sont acheminés au port d’Uckange/Illange par barge de ou par péniches de , via le Rhin puis la Moselle.

Déclin et mort de l'usine (1965 - 1991)

Le déclin de l’usine d’Uckange s’est ensuite matérialisé peu à peu avec l’arrêt du haut fourneau U2 en 1964-1965 et sa démolition, puis l’arrêt temporaire du U3 vers 1966-1967, puis successivement l’arrêt du U4 et du U1. Le U4, qui avait fait l’objet d’une rénovation dans les années 1929 à 1931, est intégralement reconstruit en 1976… mais ne sera rallumé qu'en 1988!

En 1976, la HFRSU met en service la deuxième chaîne d'agglomération des minerais.. Comme la chaîne A, elle fait . Les 3 hauts fourneaux sont modernisés sur la période 1976-1977. Au total, 90 millions sont investis dans ce plan de rénovation..

En 1985, le haut fourneau 3 est définitivement éteint ; le U1 produit de la fonte d'affinage pour les aciéries de la région tandis que le U4 est spécialisé dans les fontes spéciales de moulage. Peu après, Usinor-Sacilor, devient majoritaire dans HFRSU et lie l'usine aux aciéries du Groupe.

La remise à feu du U4 en 1988, après 12 ans de sommeil, nécessite son automatisation. Il est redémarré pour une courte campagne au cours de laquelle est expérimentée l'utilisation de torches à plasma (procédé P.T.M.) dans les tuyère. L'Aérospatiale fournit alors 6 torches de chacune, utilisées avec des taux d'injection de charbon pulvérisé de plus de , une performance remarquable à cette époque..

L’arrêt définitif de la production de fonte de l’usine, annoncée au milieu de l’année 1991, a eu lieu le , en dépit de manifestations sociales importantes. L'usine d'agglomération, idéalement placée pour produire de l'aggloméré à partir de minerai importé, reste, elle, opérationnelle jusqu'en 1994.

Classement aux monuments historiques

De nombreuses années de procédure, initiée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Lorraine, de multiples études diverses menées par l’Association MECILOR (Mémoire Culturelle et Industrielle de LORraine) en collaboration avec la municipalité d’Uckange et le soutien actif du CILAC, ont abouti à l'inscription du U4 et de ses annexes, à Inventaire supplémentaire des monuments historiques en 2001.. La communauté d'agglomération du Val de Fensch prend ensuite le relais et devient propriétaire du site en .

L’association MECILOR, fondée en 1991, regroupe d’anciens cadres et salariés de l’usine et s’est battue dès 1991 pour la sauvegarde de l’usine à fonte d’Uckange. Elle réalise une exposition afin de justifier l’héritage technique, culturel, politique, syndical et humain de la sidérurgie, s'employant à démontrer qu’une usine, pour ceux qui y travaillent comme pour ceux qu’elle fait vivre, est plus qu’un simple outil de production. D'autres personnes, notamment issues de la sidérurgie, ont rejoint l’association qui s'est investie dans la vie du parc industriel du U4 avec ses guides bénévoles.

La mise en lumière « Tous les soleils » résulte d’une commande publique réalisée avec le soutien du ministère de la Culture, la Délégation aux Arts plastiques avec la Direction régionale des Affaires culturelles de Lorraine. La réalisation de cette mise en lumière est effectuée par l’artiste plasticien Claude Lévêque.

Centre de recherche En 2015, les magasins généraux du fourneau U4 sont en travaux pour accueillir la plateforme MetaFensch de recherche sur la métallurgie et les procédés voulue par François Hollande, qui doit ouvrir courant 2016..

Caractéristiques générales et particularités techniques

L'usine d'Uckange se distingue pour avoir été pionnière dans l'abandon du minerai lorrain, dont le phosphore ne pouvait être retiré qu'au moment de la conversion en acier. Dès 1965, toute la fonte est produite à partir de minerais d'importation.

En 1974, les trois hauts fourneaux d'Uckange emploient et ont comme caractéristiques : U1 : creuset de de diamètre, volume utile , 14 tuyères, contrepression, gueulard à cloche type GGV, alimentation par skip (sa construction a nécessité la destruction du U2) ; U3 : creuset de , volume utile , 14 tuyères ; U4 : creuset de , volume utile , 16 tuyères, gueulard à cloche type GGV, alimentation par bennes Staehler.

Actuellement, de la batterie originelle de 6 hauts fourneaux, alimentée par une usine d'agglomération et envoyant la fonte dans 2 machines à couler les gueuses, il ne reste que le haut fourneau U4 et ses installations périphériques.