Charlotte BrontëPrononciation en anglais britannique retranscrite selon la norme API. Bien que la prononciation usuelle soit bien selon le dictionnaire Webster, le même dictionnaire indique que la prononciation correcte est ., née le à Thornton dans le comté du Yorkshire de l'Ouest et morte le à Haworth dans le même comté, est une romancière et poétesse anglaise. C'est la sœur aînée d'Emily Brontë et d'Anne Brontë.
Troisième fille du révérend Patrick Brontë, au sein d'une famille de condition modeste qui compte six enfants, elle bénéficie, comme ses quatre sœurs et son frère, de la présence d'un père qui a poussé ses études classiques jusqu'à l'université de Cambridge, et n'hésite pas à leur transmettre sa culture et sa vision du monde.
Elle connaît cependant très tôt, alors qu'elle est encore tout enfant, le deuil de sa mère, puis de ses deux sœurs aînées, frappées par la tuberculose.
Malgré sa condition de femme et son absence de moyens financiers, elle réussit à publier ses poèmes et ceux de ses sœurs (sous des noms masculins), en 1846, et surtout, à publier son œuvre principale Jane Eyre, devenu un grand classique de la littérature anglaise et mondiale, ayant également laissé une empreinte importante dans l'histoire culturelle.
Biographie
Jeunesse
Charlotte Brontë naît à Thornton où son père, Patrick Brontë, est pasteur. Sa mère meurt d'un cancer de l'estomac le ..
En 1824, pour assurer leur éducation, les quatre filles aînées sont envoyées à l'école de Cowan Bridge en LancashireRobertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XVI., établissement recevant les enfants des membres du clergé peu fortuné, qui avait été recommandé à M. BrontëVoir détails dans le chapitre « Les pensionnats pour jeunes filles »..
Dans cette école, pourtant de bonne réputation, les conditions de vie sont difficiles, sans chauffage, avec une maigre nourriture préparée sans aucune hygiène, et presque immangeable. L'année suivante, Maria et Elizabeth tombent gravement malades et en sont retirées, mais décèdent peu après à quelques semaines d'intervalle, le et le de la tuberculoseJuliet Barker, The Brontës, 1995, pages 137 à 139. ; Charlotte et Emily, enlevées elles aussi à ce lieu malsain, retournent à Haworth.
La perte de leurs deux sœurs sera pour les quatre enfants un traumatisme qui transparaît notamment dans l'œuvre de Charlotte, par exemple dans Jane Eyre où Cowan Bridge devient Lowood, la figure pathétique de Maria est représentée sous les traits de la jeune Helen Burns, la cruauté d'une maîtresse, Miss Andrews, sous ceux de Miss Scatcherd et la tyrannie du directeur, le Révérend Carus Wilson, sous ceux de l'odieux et suffisant M. Brocklehurst.
vignette|Charlotte Brontë, huile sur toile de John Hunter Thompson. vignette|gauche|Ellen Nussey, la grande amie de Charlotte, vers 1855, à l'époque de la mort de cette dernière. Charlotte se retrouve alors l'aînée des quatre enfants survivants. Les autres sont Branwell, Emily et Anne. Désormais, les enfants seront élevés par leur tante maternelle Elizabeth Branwell, figure un peu mystérieuse qui n'aura pas une grande influence sur Charlotte et Emily. Mais surtout, une véritable symbiose littéraire et familiale va se créer entre les enfants.
En 1827, stimulés par la lecture du Blackwood's Magazine que reçoit leur père chaque matin, Charlotte et Branwell entament avec Emily et Anne une collaboration littéraire intense et longue autour d'un pays imaginaire : la confédération de Glass Town. Créant bon nombre de récits, de pièces de théâtre, de journaux et de petits poèmes. Ils peuplent alors ce monde d'une foule de personnages, tels que le comte de Northangerland (le cruel Alexander Rogue), ou le grand peintre Sir Edward de Lisle. C'est l'occasion parfaite pour les quatre enfants d'échanger des idées et des connaissances dans une grande effusion intellectuelle a la quelle il vont tous faire partie.
Puis Charlotte est envoyée une nouvelle fois en pension, en 1831, mais cette fois dans un établissement de qualité, chez Miss Wooler, où elle nouera deux amitiés durables, avec Ellen Nussey et Mary Taylor.
En 1833, elle écrit une nouvelle, The Green Dwarf, sous le nom de Wellesley. Vers 1833, ses histoires sont passées de récits surnaturels à des histoires plus réalistes.
Entre 1835 à 1838, elle retourne à Roe Head en tant qu'institutrice où elle était hantée par le besoin d'écrire et malheureuse ; Brontë exprime son chagrin dans la poésie, en écrivant une série de poèmes mélancoliques sur sa misérable vie d'enseignante.
En , elle écrit une lettre au poète Robert Southey qui lui déconseille l'écriture étant donné qu'elle est une femme.
À partir de 1839, elle devient gouvernante dans le Yorkshire, une carrière qu'elle a poursuivie jusqu'en 1841.
Séjour à Bruxelles
thumb|Portrait de Constantin Héger (vers 1865), professeur puis collègue de Charlotte Brontë lors de ses séjours à Bruxelles entre 1842 et 1844. thumb|Plaque à Bruxelles Avec en tête l'idée de créer son propre pensionnat de jeunes filles, elle décide de partir à l'étranger pour parfaire ses connaissances linguistiques. En 1842, avec le soutien financier de sa tante, Charlotte et Emily se rendent à Bruxelles au Pensionnat Héger dans le quartier Royal, un pensionnat pour jeunes filles dirigé par Claire Zoë Parent (Mme Héger) . Charlotte commence à subir l'ascendant du mari de celle-ci, Constantin Héger, érudit et pédagogue remarquable, qui n'a que sept ans de plus qu'elle. La mort de leur tante contraint les deux sœurs à rentrer à Haworth, où Emily décide de se fixer définitivement. Charlotte retourne chez les Héger, qui lui ont proposé un poste d'enseignante d'anglais dans leur établissement. De plus en plus obsédée par Héger, elle connaît une crise psychologique grave, et décide de retourner au Royaume-Uni. De Haworth, elle écrira des lettres passionnées en français à son « maître », qui, après un ou deux échanges, décide de cesser la correspondance. Alors que plusieurs de ses lettres semblaient avoir été détruites, quatre d’entre elles, reconstituées à partir de fragments déchirés, sont déposées à la British Library en 1913 par Dr. Paul Héger, fils de M. Constantin Héger.
Premières publications thumb|left|redresse|Page de titre de Jane Eyre, « edited by Currer Bell ». Un jour, en 1845, Charlotte découvre par hasard des textes d'Emily. Éblouie par leur qualité, elle propose à ses sœurs de publier un volume collectif qui paraîtra sous le titre Poems by Currer, Ellis and Acton Bell (1846). Les trois sœurs se mettent alors à des romans. Ceux d'Anne et Emily, Agnes Grey et Les Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights), sont acceptés par un éditeur, mais non le récit de Charlotte, The Professor. En revanche, son deuxième roman, Jane Eyre, publié en 1847 sous le pseudonyme de Currer Bell, fait sensation. Héritier de la tradition du roman gothique, ce récit à la première personne scandalise certains par l'affirmation de soi et la détermination de l'héroïne - on est en pleine époque victorienne - mais son style somptueux, à la fois passionné et parfaitement maîtrisé, en fera un immense best-seller. Elle entame alors un troisième roman, Shirley.
Entre-temps, son frère Branwell est devenu alcoolique et opiomane, addictions qu'une déception amoureuse ne fait qu'aggraver, et meurt de tuberculose en . Emily décède quelques semaines plus tard, en décembre de la même année, après avoir pris froid et refusé de se soigner. Moins rétive aux soins, Anne ne tardera pourtant pas à mourir de la même maladie en .
Commence alors une période de calvaire pour Charlotte. Elle termine tant bien que mal Shirley tout en luttant contre une dépression atroce. Ses horizons s'élargissent néanmoins à présent qu'elle n'est plus tenue de respecter l'anonymat qu'elle avait juré à Emily. Soutenue par son éditeur George Smith, elle fait la connaissance du Tout-Londres littéraire et noue de solides amitiés avec ses pairs, notamment sa future biographe Elizabeth Gaskell.
Shirley a souffert des conditions dans lesquelles il a été écrit. Les deux héroïnes se transforment en portraits idéalisés des sœurs de Charlotte, et le récit ne cesse de vaciller entre le réalisme social et un romantisme aussi échevelé mais beaucoup moins convaincant que celui de Jane Eyre. Charlotte retrouve une veine plus conforme à son talent avec Villette, publié en 1853, fondé sur ses expériences bruxelloises et considéré par certains comme son chef-d'œuvre. Mariage, puis mort
C'est vers cette époque que le vicaire (son gouverneur) de son père, Arthur Bell Nicholls, se déclare et la demande en mariage. M. Brontë s'y oppose violemment. Nicholls persiste et obtient, au bout de longs mois d'épreuves, de vexations et d'exil, gain de cause ; Charlotte et lui se marient en 1854 et connaissent un grand bonheur conjugal. De cette époque, il reste des brouillons qui témoignent que Charlotte cherchait un autre sujet de roman.
Le , soit trois semaines avant son 39e anniversaire, Charlotte Brontë tombe malade et meurt à l'âge de 38 ans. Après être tombée enceinte des suites de son mariage, des complications surviennent. La santé de Charlotte Brontë décline : elle est atteinte de sensations de nausées et d'évanouissements. D'après des biographes comme Claire Harman, ces symptômes seraient liés à une déshydratation et une malnutrition, et les vomissements auraient pu être causés par des nausées matinales sévères ou une hyperemesis gravidarum.
Sources d'inspiration thumb|left|upright=0.8|Lord Byron, une source d'inspiration pour Charlotte, Emily et Branwell Brontë.
Dès l'enfance, Charlotte, comme Emily et probablement plus fortement Branwell, est influencée par certaines sources d'inspiration : le Blackwood's Magazine, que leur lit régulièrement leur père, revêt une importance toute particulière, en alimentant non seulement leur connaissance des événements du monde, mais aussi leur imagination : ainsi, la carte de l'Afrique qui y est publiée en ne les laisse pas indifférents, car elle matérialise, en quelque sorte, leur monde de Glass Town, qu'ils ont situé en Afrique de l'ouestJacques Blondel, Emily Brontë : expérience spirituelle et création poétique, 1955, page 137..
Ce même Blackwood's Magazine leur permet de découvrir les contes gothiques, devenus si populaires mais déjà sur le déclin. Toujours est-il qu'ils inspirent à Emily ses premiers poèmes de Gondal.
C'est toujours dans le Blackwood's Magazine que Charlotte, son frère et ses sœurs découvrent la personne de Byron, en , avec une revue des « Derniers Jours de Lord Byron » (Last Days of Lord Byron), mort l'année précédente. Dès ce moment, le nom de Byron « devint synonyme de toutes les interdictions et de toutes les audaces », comme s'il suscitait par essence la levée des inhibitionsWinifred Gérin, Byron's influence on the Brontë, Keats-Shelley Memorial Bulletin, 1966, 17.. thumb|upright=1.0|L'architecture fantastique de John Martin : Pandemonium, inspiré de Paradise Lost, de John Milton (musée du Louvre). Dans le domaine artistique, le peintre John Martin exerce également une impression forte sur l'imagination des enfants Brontë. En effet, trois gravures d'œuvres de John Martin, datant toutes des années 1820, ornent les murs du presbytère de Haworth : une manière noire, Le Festin de Balthazar (Belshazzar's Feast), Le Déluge, et Josué commandant au soleil de s'arrêter Heather Glen, Charlotte Bronte, Oxford University Press, 2004, pages 168 et 169..
Charlotte Brontë comme Branwell réalisent d'ailleurs des copies des œuvres de John Martin.
Enfin, Charlotte Brontë était une fervente admiratrice de Walter Scott, dont elle a dit en 1834 : « Pour ce qui est de la fiction, lisez Walter Scott et lui seul ; tous les romans après les siens sont sans valeurElizabeth Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, Londres, 1919, page 104. ».
Religion Née d'un père anglican, Charlotte se revendique elle-même comme telle. Plusieurs lettres en témoignent :