Les Huns sont un ancien peuple (ou, selon certaines sources, une confédération..) nomade originaire de l’Asie centrale, dont la présence en Europe est attestée à partir du et qui y établirent le vaste empire hunnique. L'origine des Huns est discutée : bien que dès le , l'orientaliste français Joseph de Guignes les ait reliés aux Xiongnu, nomades présumés proto-turcs ou mongols voisins septentrionaux des Chinois, suggérant qu'ils étaient leurs descendants jusqu'au et que de nombreuses études ultérieures se soient attachées à démontrer ou infirmer cette parenté, aucun consensus n'a encore été établi sur le sujet. Néanmoins, la plupart des études de paléogénétique évoquent un lien entre les Xiongnu et les Huns.

Les Alkhon, parfois appelés Huns iraniens, ont également conquis des régions situées dans ce qui correspond aujourd'hui au nord-ouest de l'Inde, à l'Est du Pakistan et une partie de l'Afghanistan. Les Shvetahûna (ou Huns blancs) étaient, quant à eux, plus probablement établis en Iran et dans le nord-ouest du Pakistan. Leur proximité géographiques les ont fait se confondre pendant un temps chez les historiens. Les Kidarites, ou Huns rouges, sont un autre ensemble des Huns de cette région. Vassaux de l'Empire kouchan, ils sont tous deux de culture gréco-bouddhique.

Les Huns ont joué un rôle important dans le cadre des grandes invasions qui contribuèrent à l'écroulement de l'Empire romain d'Occident. Sous le règne d'Attila, l'empire est unifié mais ne lui survit pas plus d'un an. Les descendants et successeurs des Huns occupent encore diverses parties de l'Europe de l'Est et d'Asie centrale entre les , et laissent encore quelques traces dans le Caucase jusqu'au début du .

Il semble que les Huns parlaient une langue propre, mais peu de traces en demeurent et sa famille linguistique est encore sujette à débat. Selon les théories dominantes, il s'agirait d'une langue turque, mais d'autres langues étaient parlées dans l'espace hunnique, y compris des langues germaniques orientales : Attila est un nom gotique.

Leur puissance militaire était principalement basée sur l'emploi d'archers montés.

Dénomination Les Huns sont connus sous différents noms dans les textes anciens : Khounn, Hounn, Xoûvoi, Xoóvvoi, Ouvvoi, Hunni, Chunni, . Les sources chinoises les dénomment Hiong-nou, Xwn ou Xiongnu... Les historiens russes les appellent Hunu () et les Mongols Hünnü () et les considèrent comme leurs ancêtres depuis le siècle.

Caractères ethnolinguistiques Corpulence Les Huns occidentaux sont décrits par les Romains et les Goths comme des hommes trapus, de petite taille, avec une tête large, le cou épais et de larges épaules, le torse bombé et un tronc épais sur des jambes courtes. Leurs traits sont décrits comme mongoloïdes, avec leur teint brun, leur nez écrasé et l'absence de barbe.

Toutefois, selon Iaroslav Lebedynsky, ces descriptions d'époque . L'analyse des restes humains retrouvés dans les tombes de culture hunnique montre, avec une grande marge d'incertitude, des types variés : mongoloïde, europoïde et métissés, de taille et conformations diverses. Les analyses des marqueurs phénotypiques montrent que tous les Huns étudiés avaient les yeux et les cheveux sombresEndre Neparaczki et al., Y-chromosome haplogroups from Hun, Avar and conquering Hungarian period nomadic people of the Carpathian Basin, Scientific Reports, volume 9, Article numéro: 16569, novembre 2019..

Ethnicité vignette|gauche|Domaine et influence de Xiongnu sous Modu Chanyu vers 205 av. J.-C., lieu présumé d'origine des Huns. Linguistiquement, d’après l’onomastique, on distingue une couche turque et une couche iranienne mais aussi gotique et d'autres d'origine inconnue. En effet, les Huns occidentaux forment une fédération de peuples turco-mongols, indo-iraniens, germaniques et slaves par une politique d'assimilation des peuples vaincus tout au long de leur migration jusqu'aux frontières de l'Empire romain (phénomène de l'ethnogenèse). Comprenant dans leurs rangs des Goths et des Alains (iraniens), on peut donc parler de ligue alano-germano-hunnique.

La couche turque ou proto-turque pourrait correspondre au noyau proprement hunnique ou d'un de ses groupes dirigeants ; la couche iranienne correspondant aux différents groupes iranophones assimilés par les Huns au cours de leur histoire. La langue hunnique se retrouverait actuellement dans le hongrois, l'estonien et le finnois, toutes trois des langues finno-ougriennes, mais cette origine reste discutée.

Selon Lebedynski, il est difficile de cerner l'identité des peuples hunniques, car ils se situent dans une phase de transition, à la charnière de deux ères ethnoculturelles. Ils ont remplacé ou absorbé les vagues nomades précédentes iranophones, avant de recevoir les vagues nomades turcophones qui s'installent durablement.

Plusieurs études de paléogénétique ont étudié des restes de cimetières hunniques : Damgaard et coll. 2018 montrent que les Huns étaient d'origine mixte est-asiatique et ouest-eurasienne. Les auteurs de l'étude suggèrent que les Huns descendaient des xiongnu s'étant étendues vers l'ouest et mélangées à des Sakas (branche orientale des peuples scythes). . .

Neparáczki et coll. 2019 ont examiné les restes de trois hommes de trois cimetières hunniques distincts du dans le bassin pannonien. Ces hommes étaient porteurs des haplogroupes paternels Q1a2, R1b1a1b1a1a1 et R1a1a1b2a2. Dans l'Europe moderne, Q1a2 est rare et a sa fréquence la plus élevée parmi les Sicules. Il a été déterminé que tous les mâles étudiés avaient les yeux bruns et les cheveux noirs ou bruns, et qu'ils étaient d'ascendance mixte européenne et asiatique. . Les résultats sont cohérents avec une origine xiongnu des Huns. . Dans une étude interdisciplinaire, Savelyev & Jeong 2020 n'ont trouvé aucune preuve claire de continuité entre les Xiongnu et les Huns, et ont conclu qu'aucune preuve génétique ne suggérait que la composante steppique des Huns était dérivée du Xiongnu ou d'autres populations de la steppe orientale.

Néanmoins, Keyser et coll. 2020 constatent que les Xiongnu partagent certains haplotypes paternels et maternels avec les Huns, et suggèrent sur cette base que les Huns descendent de Xiongnu, qui, eux-mêmes descendaient de tribus scytho-sibériennes. . Une nouvelle étude de paléogénétique basée sur une analyse du génome entier publiée en 2022 suggère que le de Huns est originaire de la Mongolie actuelle, et que leur origine remonte bien aux Xiongnu..

Déformation crânienne artificielle vignette|Crâne déformé, culture alémanique du début du , Landesmuseum Württemberg Divers archéologues ont fait valoir que les Huns, ou la noblesse des Huns, ainsi que les aristocrates germains sous leur influence, pratiquaient la déformation volontaire du crâne consistant, durant la petite enfance, à allonger artificiellement le crâne par un système de bandages ou de coiffe orientant la croissance de l'os. Les raisons sont esthétiques (conformité à un type idéal) ou sociales (preuve d'appartenance à un groupe). Le but de ce processus était de .

Alors qu'Eric Crubézy s'est prononcé contre une origine hunnique de cette pratique, la majorité des savants tiennent les Huns pour responsables de la propagation de cette coutume en Europe. Cette déformation volontaire était aussi courante chez les Alains à partir du , qui furent vaincus par les Huns à la fin du , une partie restant soumise alors que la plupart est refoulée vers l'ouest.

Cette déformation volontaire existait aussi chez d'autres peuples également appelés Huns en Asie.. Parmi les Germains orientaux, cette pratique se retrouve surtout chez les femmesReconstitution faciale d'une femme hunnique ayant subi une déformation artificielle du crâne (musée historique du Palatinat à Spire).. Ils abandonneront cette pratique après la défaite des Huns.

Histoire L'histoire proprement dite des Huns commence vers 370, lorsqu'ils apparaissent en Europe. Selon Jordanès, les Goths croyaient que les Huns étaient issus de sorcières et d'esprits impurs. La question de leur origine exacte reste discutée.

Origine vignette|Détail de bracelet en or et grenat hunnique, , Walters Art Museum. En 1756, Joseph de Guignes, dans son Histoire générale des Huns, des Turcs, des Mongols et autres Tartares orientaux, suggère que les Huns seraient les descendants des Xiongnu occidentaux établis sous Zhizhi en Asie Centrale, vers les années 40 av. J.-C. Vaincus par les Chinois, ils auraient migré vers l'ouest, atteignant le Don vers 370 ap. J.-C. Cette hypothèse est toujours admise par l'école archéologique russe, laquelle tend à considérer que les Huns sont des Huns d'Europe, et les Xiongnu des Huns d'Asie.

Les spécialistes occidentaux modernes contredisent (notamment Otto John Maenchen-Helfen) ou négligent cette hypothèse, entre autres sur des arguments archéologiques. Par exemple, l'art animalier typique des Xiongnu est absent chez les Huns d'Europe. Selon Lebedynsky, si les Huns sont issus d'un groupe xiongnu, ils auraient perdu en route une partie de leur culture d'origine et assimilé d'autres traditions et d'autres composantes ethniques, en particulier iraniennes ; .

vignette|gauche|Fibule ovale ajourée sertie d'une cornaline et décorée d'un motif géométrique en fil d'or. Les perles d'or le long du bord sont caractéristiques de l'artisanat hunnique.

D'autres opposent une démonstration selon laquelle, en 313, un marchand sogdien, décrivant avec précision les pillages des Xiongnu méridionaux en Chine, les appelle Xwn, qu'on doit rapprocher de HunsHenning, 1948, point concédé par Maenchen-Helfen, 1955, 101. et de Xiongnu (). Ce rapprochement ne pose pas de problème aux spécialistes de phonologie chinoise, ce nom étant toujours donné comme équivalent de celui des Xiongnu dans toutes ses premières occurrences centre-asiatiques : les traductions bouddhiques de Dharmarakṣa (« protection du dharma », en chinois : ), un Yuezhi de Dunhuang, qui, en 280, traduit le Tathāgataguhya-sūtra (perdu mais dont on a une version tibétaine qui donne Hu-na) du sanskrit en chinois et rend Hūṇa par Xiongnu, puis en 308 fait de même dans sa traduction du Lalitavistara (conservéDaffinà, 1994, 10.). De même, l’onomastique sogdienne des graffitis caravaniers sogdiens du haut Indus utilise fréquemment le prénom ou surnom Xwn, alors qu’il n’existe plus dans les corpus postérieurs (documents chinois de Turfan), ce qui reflète la présence d’envahisseurs huns en Sogdiane et la fusion des populationsDe la Vaissière, 2002, 103-113. durant une période précise.

Une autre hypothèse suggère aussi que les Huns seraient issus d'une ethnie dominée par les Xiongnu dans leur aire d'influence, dont l'ethnie dirigeante a été exterminée par les Chinois, et qui auraient gardé le nom prestigieux des Xiongnu. Des passages du Wei Shu parlent de « restes des descendants des Xiongnu », ce qui implique la survie de leur identité loin au nord, très au-delà du champ de vision des sources chinoises. Les Huns d'Asie centrale prennent la suite des Xiongnu et s’affirment leurs héritiers.

Les études génétiques récentes (2019) montrent que les haplogroupes de l'âge hunnique sont cohérents avec l'ascendance Xiongnu des Huns européens. La plupart des individus portent des haplogroupes Y est-euroasiatique, typiques des populations modernes du nord-est de la Sibérie et des populations bouriates, et leurs loci autosomaux indiquent des caractéristiques asiatiques non mélangées.

Les Huns en Europe vignette|300px|droite|L'empire des Huns s’étendit des steppes de l’Asie centrale jusqu’à l’actuelle Allemagne et du Danube jusqu’à la mer Baltique. Selon l'historien Jordanès, les Huns arrivèrent en Europe, en franchissant la Volga, vers 375, sous la conduite d’un roi appelé Balamber. Ils établirent leur domination sur un peuple nomade vivant au nord du Caucase, les Alains, ainsi que sur les Ostrogoths. L’arrivée des Huns déclencha les par la fuite des Goths d'Ukraine et de Moldavie en territoire romain.