Une compétition intraspécifique est une concurrence au sein d'une même espèce pour la même ressource. C'est l'inverse de la compétition interspécifique, qui, elle, est une concurrence entre deux espèces différentes. La compétition pour la même ressource provient du fait que la ressource est limitée ou que les compétiteurs interfèrent pour obtenir la ressource. La compétition se traduit toujours par des effets négatifs sur les organismes (populations).

Il existe au sein d'une même espèce, animale ou végétale, des interactions entre les individus, notamment la compétition pour les ressources (alimentaires, reproductives, territoriales) cette compétition est appelée compétition intraspécifique. Cette compétition intraspécifique peut prendre différentes formes par rapport à l'acquisition de cette ressource. Cependant, si une modification apparaît dans l'environnement telle qu'une compétition intraspécifique plus intense, un changement ponctuel ou permanent des conditions climatiques… L'espèce développe des réponses pour s'adapter à ses changements. Deux grands types de réponses sont distingués : la plasticité et l'évolution. La plasticité est une réponse réversible ayant une influence sur le comportement d’un ensemble d’individus à un instant donné et dans des conditions données, qui ne sera pas transmis à la descendance. L’évolution est une réponse irréversible jouant sur la sélection d’un caractère génétique procurant un avantage dans le milieu considéré à un individu et se transmettant via la reproduction. Bien que se déroulant sur des échelles différentes, ces deux réponses coexistent au sein d'une même population. En effet, elles ne sont pas développées par tous les individus de l’espèce au même moment de leur cycle de vie, elles ne répondent pas aux mêmes contraintes.

La compétition et la compétition intraspécifique

Définition de la compétition

La compétition, au sens écologique du terme, désigne le combat entre les organismes pour l'accès à des ressources en quantité ou en qualité. Elle agit alors de manière négative sur la fitness ou, en français, valeur sélective de chaque individu de la population prise en compte. La fitness peut être exprimée par le nombre de descendant d'un individu ayant atteint la maturité sexuelle.

Les ressources peuvent être de différentes natures comme la nourriture, l’abri (choix de la localisation ou des ressources nécessaires à sa fabrication) ou encore l'accès à un partenaire sexuel pour assurer la reproduction. Elles constituent ce que l'on appelle la niche écologique de l'espèce considérée. Cette niche est définie par la quantité et la variété de ressources et d'abris que l'espèce peut exploiter. On distingue deux types de niches : la niche fondamentale et la niche réalisée.

La niche fondamentale est la niche que peut occuper l'espèce en l'absence de compétiteurs. Il s'agit d'une niche dite théorique.

La niche réalisée est la niche que peut réellement occuper l'espèce en présence de compétiteurs, l'empêchant ainsi d'occuper une partie de sa niche fondamentale.

On distingue deux formes de compétition : la compétition interspécifique qui est la compétition entre des individus d'espèces différentes et la compétition intraspécifique qui est la compétition entre individus de la même espèce.

La compétition intraspécifique D'après De l'origine des espèces de Charles Darwin, la compétition intraspécifique est toujours plus importante que la compétition interspécifique. Cela s'explique par le fait que les individus d'une même espèce sont exposés aux mêmes dangers et ont les mêmes besoins en termes de nourriture et d'abris.

Cette compétition peut prendre plusieurs formes.

La compétition par mêlée

La compétition par mêlée (ou Scramble competition en anglais), est une compétition symétrique. C'est-à-dire, tous les compétiteurs pris en compte s'affectent de la même façon les uns les autres au niveau de l'accès aux ressources. Tous n'auront donc pas la quantité de ressources nécessaire à leur développement optimal. Si la ressource disparaît ou vient à manquer, tous les individus de la population en subiront les conséquences, pouvant à terme mourir Michael Allaby, Scramble competition. A Dictionary of Zoology, 1999 .

Ce type de compétition est observable dans la nature : chez les végétaux, où la récupération des minéraux dans le sol par les racines s'effectue en fonction des ressources restantes laissées par les autres individus ; chez les animaux, où dans le cas des herbivores (tels les moutons ou encore les vaches), la quantité d'herbes restantes dans le pâturage va avoir un impact sur l'ensemble de la population.

Ce type de compétition a été étudié de manière plus détaillée par Jordi Moya-Laraño, Maysaa El Tigani El-Sayyid et Charles W Fox dans le cadre de l'observation de l'impact de températures fraîches sur la taille des scarabées mâles dans le cadre de la compétition pour la reproduction J. MoyaLarano, M. Tigani El-Sayyid, C. Fox,Smaller beetles are better scramble competitors at cooler temperatures, Biol Lett. 22; 3(5), 2007 : 475-478..

La compétition par concours Voir aussi Contest competition

La compétition par concours (ou Contest competition en anglais), signifie que l'acquisition de la majorité des ressources sera faite par l'individu le plus fort Michael Allaby, Contest competition. A Dictionary of Zoology, 1999 . L'individu le plus fort pouvant être caractérisé de différentes façons : le plus rapide, comme le vol chez les scarabées pour l'accès à la reproduction ; le plus voyant, comme la queue du paon là encore pour accéder à la reproduction ; le plus fort physiquement, comme pour la défense de la proie contre les charognards.

Certaines de ces caractéristiques peuvent s'additionner. D'autres éléments peuvent aussi entrer en compte.

La sélection sexuelle

La sélection sexuelle est un type de compétition par concours où la compétition se fait entre individus du même sexe pour l'accès à la reproduction.

Le sexe qui est en compétition est le sexe qui investit le moins d'énergie dans la reproduction. En général, il s'agit du mâle car les femelles ont des gamètes couteux à produire et ne peuvent avoir qu'une (ou qu'un petit nombre) portée ou ponte par saison de reproduction, contrairement aux mâles. Elles ont donc intérêt à choisir les mâles avec les meilleurs gènes pour assurer une meilleure survie à leur progéniture.

Selon les espèces, les mâles vont se battre pour l'accès aux femelles (sélection intrasexuelle) où vont être choisis par ces dernières sur des critères de physique, de qualité d'offrandes ou encore de taille de territoire (sélection intersexuelle).

Ces techniques utilisées par les mâles pour s'approprier les femelles sont en fait des moyens que les femelles ont de pouvoir estimer la qualité d'un mâle.

Les mâles les plus forts vont gagner les combats et donneront naissance à des enfants forts à leur tour ce qui augmentera la valeur sélective de la femelle.

Les mâles les plus «beaux» ont souvent un handicap lié à cette beauté, comme la queue du paon par exemple, ce qui témoigne de leurs bons gènes qui les aident à survivre malgré ce handicap (voir l'article détaillé Théorie du handicap).

Les mâles qui apporteront le plus de nourriture de bonne qualité à la mère permettront à cette dernière d'augmenter ses chances de survie et lui assure que ce mâle pourra apporter beaucoup de nourriture à sa progéniture.

La compétition fréquence-dépendante Ce type de compétition apparaît lorsque dans une population certains individus sont aptes à exploiter une ou plusieurs ressources différentes de la niche écologique de l'espèce. Ainsi lorsque la ressource principale de l'espèce devient rare ou qu'il y a trop d'individus l'exploitant, ceux pouvant utiliser une ressource alternative se trouvent ainsi favorisés. Les individus capables d'exploiter une ressource secondaire, ont accès à une quantité moindre mais seront moins impactés par la compétition intraspécifique.

La compétition se fait alors en fonction du nombre d'individus capables d'utiliser la même ressource plutôt qu'en fonction de la taille totale de la population.

La compétition densité dépendante Au sein d'une population, le nombre d'individus peut croître jusqu'au moment où le milieu atteint sa capacité de charge. Cette capacité de charge correspond à la densité maximale de population dans un milieu donné. Si la densité de population dépasse cette capacité de charge, elle agit alors de manière négative sur la fitness de chaque individu en réduisant la survie et/ou la reproduction. L'équilibre dans le milieu est atteint lorsque chaque individu peut produire un descendant viable.

Dans le cas de cette compétition, la relation entre la densité de la population et son taux de croissance est négative. En effet, plus la population va être importante, plus les interactions entre les individus seront conséquentes et agiront donc dans le but de freiner la croissance globale.

Réponses plastiques

Définition Une réponse plastique est un changement au niveau du phénotype des individus, sans altérer les gènes qu'ils peuvent transmettre à leur descendance. Autrement dit c'est la capacité de chaque individu (ou d'une population) à s'adapter à un événement ponctuel sans que cette réponse se transmettre génétiquement à leur descendance.

Le phénotype est le résultat de l'expression des différents allèles d'un génotype. Cette expression est observable sous la forme des caractéristiques physiques et comportementales de l'individu pris en compte et varie au sein de la population.

D'après l'hypothèse de la variation de niche (Niche Variation Hypothesis en anglais), les variations de phénotype dans une population sont corrélées avec l'étendue de la niche écologique.

Mécanismes et exemples Stratégie optimale de recherche de nourriture La théorie de la Stratégie optimale de recherche de la nourriture (Optimal Foraging Theory (OFT) en anglais) stipule que les prédateurs vont agir afin de maximiser leur apport d'énergie. Cette théorie permet d'expliquer pourquoi au sein d'une population à niche écologique alimentaire large, des individus peuvent choisir de se concentrer sur des proies différentes de la proie favorite de l'espèce quand la compétition intraspécifique augmente. En effet, la compétition va rendre la recherche de la proie favorite plus coûteuse en énergie et moins rentable que celle d'une autre proie plus facilement accessible.

Plusieurs scénarios prédisent que la compétition devrait conduire à de plus grandes variations entre individus. Cela se produit lorsque des individus, ayant des phénotypes différents, ont des proies favorites identiques mais peuvent exploiter des proies secondaires différentes lorsque leur proie principale devient rare. L'autre possibilité est que des variations du phénotype poussent des individus à s'écarter de la proie favorite plus souvent que les autres. Cela suggère que la compétition pour les ressources devrait conduire à des variations du régime alimentaire.

Certains de ces scénarios associent le fait que les variations du phénotype se font au niveau des changements du régime alimentaire en cas de forte compétition. Cette prédiction est analogue à la théorie évolutive de la diversification compétitive. La principale différence est que d'après le modèle de la stratégie optimale de recherche de nourriture, la compétition peut amener de la diversité par des changements dans le comportement de recherche de nourriture plutôt que des changements de la variabilité génétique.

Cependant les réponses plastiques et évolutives ne s'excluent pas mutuellement mais tendent plutôt à opérer sur des échelles de temps différentes. Il est possible que la diversification du comportement facilite la diversification évolutive.