La Lune est un navire de la marine de guerre de Louis XIII lancé en 1641 à Indret. Il participe à de nombreux engagements pendant la guerre avec l’Espagne., en soutien au prince Rupert à Lisbonne, lors de la Fronde. sous Louis XIV et contre les Barbaresques.. C'est au retour de l’une de ses missions qu'il coule au large de Toulon le . Redécouverte en 1993 lors d'une plongée du sous-marin le Nautile, l'épave fait l'objet à partir de 2012 de plongées servant de tests pour le nouveau navire français d'exploration archéologique du DRASSM, lAndré Malraux.
Historique La place de la Lune dans la flotte royale thumb|droite|La Lune avec la Reine (au milieu) et le Jupiter (à droite). Construit entre 1639 et 1641 au chantier naval d'Indret, la Lune est lancée en 1641. Il s'agit d’un vaisseau de guerre de 600 à , de long à la flottaison et 10 de large, percé pour porter son artillerie sur deux ponts avec quelques pièces sur les gaillards avant et arrièreL’histoire du vaisseau La Lune. L’Échec des armées de Louis XIV en Algérie en 1664, Bernard Bachelot, La Revue Maritime, n° 496, avril 2013.. A sa mise en service, en 1642, La Lune ne porte que 36 canons, ce qui explique qu’on la présente parfois comme une frégate alors qu'avec ses deux ponts, il s’agit bien d’un vaisseau de guerre.
La Lune entre en service alors que s’achève – il meurt en 1642 – le ministériat de Richelieu, qui a réussi à convaincre Louis XIII que la France doit se doter comme l’Espagne, l’Angleterre où la Hollande, d’une puissante marine de guerre.. Le vaisseau intègre la soixantaine d’unités réparties entre l’Atlantique et la Méditerranée dont dispose Louis XIII à cette date.. L'équipage se compose normalement de dont , une cinquantaine d'officiers mariniers, et Fiche documentaire IFM n° 4/12, Institut français de la mer..
Le classement par rang des vaisseaux n’existe pas en 1641-1642 dans la marine françaiseLe système anglais de classement par rang des vaisseaux, né dans les premières décennies du ne sera adopté par la France qu’en 1669-1670, sous l’action de Colbert. . Les auteurs qui classent la Lune en vaisseau de en 1641 puis de en 1661 le font sur des critères rétroactifs avec une grille de lecture décalée de plusieurs décennies (L'odyssée du vaisseau La Lune, Fédération Nationale du Mérite Maritime et de la Médaille d’Honneur des Marins, 27 février 2012 ; L’histoire du vaisseau La Lune. L’Échec des armées de Louis XIV en Algérie en 1664, Bernard Bachelot, La Revue Maritime, n° 496, avril 2013).. Néanmoins, au vu de sa taille, la Lune est une forte unité de guerre dont l’armement peut être augmenté (ou réduit) en fonction de sa mission. L’examen du seul dessin connu du navire (réalisé vers 1654 par Pierre PugetDessin de Pierre Puget conservé au Musée du Louvre. Notice des collections du département des Arts graphiques, musée du Louvre.), montre que le premier pont est percé à 11 sabords et le second semble-t-il à 10 sabords. Il n’est pas possible de dénombrer les pièces sur le gaillard d'avant, mais sur l’arrière, on entraperçoit 2 (et peut-être 3, au travers des haubans) canons. La bordée peut donc monter à 23-24 canons, ce qui donne sur les deux flancs un total de 46 ou 48 canons, sans tenir compte des pièces de chasse et de retraite. Ce volume d’armement correspond globalement aux sources de 1642 et de 1649 qui donnent la Lune percée pour 54 pièces (le maximum connu, sans doute avec les gaillards plus les sabords de chasse-retraite) et à celle de 1664 qui parle de 48 canonsMichel L'Hour, Opération Lune : l'épave cachée du Roi Soleil, un chantier laboratoire, à l'interface entre l'archéologie, l'histoire et la science-fiction, DRASSM, Ministère de la culture et de la communication, Direction générale des patrimoines, dossier pdf, p.19..
La guerre contre l’Espagne et la Fronde (1642 - 1659) Les combats en Méditerranée thumb|right|La bataille d’Orbetello, à laquelle participe la Lune en 1646. Lorsque la Lune entre en service, la guerre contre l’Espagne dure depuis 1635. Le vaisseau apparaît au combat en 1646 lorsque la France lance une puissante expédition sur les côtes de Toscane pour tenter d’en chasser les Espagnols.. La Lune est montée par le vice-amiral Du Daugnon qui commande en second (derrière le Marquis de Maillé-Brézé sur le Grand Saint-Louis.).
Le , la bataille s’engage avec l’escadre de Francisco Diaz Pimienta venue secourir les postes espagnols. La Lune est à la tête de l’aile gauche française. Après plusieurs heures de mêlée, la victoire se dessine pour les Français, mais Maillé-Brézé est tué au cours de l’un des derniers échanges de tir. Le commandement revient à Du Daugnon, qui se montre incapable d’exploiter la victoire puis ordonne de nuit un repli général sur Toulon et Marseille, abandonnant ainsi les navires de transport et le corps expéditionnaire qui a débarqué quelques jours plus tôt. Cette retraite honteuse provoque un scandale et condamne l’expédition de Toscane à l’échec.
À l’été 1647, les Français massent, sous les ordres de Du Plessis de Richelieu, une flotte de vingt-sept vaisseaux, vingt galères, dix flûtes et brûlots pour attaquer Naples, autre possession espagnole en Italie.. En fait partie la Lune, qui arrive du Ponant sous les ordres du chef d’escadre Jacques Dumé, accompagnée de deux autres vaisseaux. La Lune occupe encore une fois une place importante puisqu’elle porte à la misaine le pavillon de l’un des deux vice-amiraux de l’escadre. La campagne, cependant, se traîne et les Espagnols font parvenir des renforts alors que la ville se révolte contre eux et demande l’aide de la France.
L’hiver arrive. Une tempête bouscule les navires français et les pousse vers le fond du golfe de Naples. Le , un combat s’engage. Il est mené par La Lune qui, à la tête d’une division de six naviresLa Lune, le Triomphe, le Triton, le Cardinal, le Tigre et l’Elbeuf, commandés respectivement par Jacques Dumé, Menillet, Villemoulin, Du Cluseau, Vieux-Marchais et Montenay. ., attaque trois gros vaisseaux totalisant 500 canons et deux transports que cinq galères ont abandonnés à Castellammare di Stabia. Les équipages espagnols soutiennent pendant deux heures le feu français. Deux autres vaisseaux doivent rejoindre le combat pour soutenir le vice-amiral Jacques Dumé. Les Espagnols, à bout, font sauter leurs trois vaisseaux. Un transport est pris, l’autre s’échoue.
Les Français bombardent ensuite Castellammare en vue de s’en emparer, mais c’est alors que la flotte espagnole de Don Juan d’Autriche, forte de plus de quarante vaisseaux et plus de vingt galères, décide d’engager le combat. La mêlée qui s’engage près de Capri est très violente. Elle tourne à l’avantage des Français mais n’est pas décisive. Le puis le , Du Plessis de Richelieu offre encore la bataille à Don Juan d’Autriche, mais celui-ci se dérobe. Le la Lune quitte le golfe avec le reste de la flotte pour regagner les ports français. Naples reste entre les mains de Madrid. La campagne est un échec complet.
Les combats devant Bordeaux lors de la Fronde Le , l’émeute gronde à Paris. La population s’enflamme contre la sur-fiscalité provoquée par la durée du conflit avec l’Espagne et les décisions de l’autorité royale qui lui semblent abusives. C’est le début de la Fronde, guerre civile qui va durer jusqu’en 1653..
Dans un premier temps, la marine reste fidèle au roi, mais à partir de 1649 des troubles y éclatent.. C’est le cas à Bordeaux où plusieurs frégates rejoignent la municipalité frondeuse pour attaquer les positions royales. Le comte Du Daugnon qui commande l’escadre de Guyenne, réussit cependant à conserver le plus gros des effectifs sous ses ordres et les engage contre les insurgés bordelais. Il dispose de 5 000 hommes embarqués sur neuf vaisseaux de guerre, neuf frégates, vingt traversiers et cinquante barques longues. La Lune, sous les ordres de Gilles de La Roche-Saint-André, sert de navire amiral à Du Daugnon, car avec ses 54 canons c’est le plus puissant vaisseau de l’escadre. Elle embarque aussi 750 marins, soldats et volontaires. En face, l’amiral bordelais La Mothe-Guyonnet ne peut opposer que six frégates, autant de brûlots, des galères et des galiotes, mais il refuse de se plier aux sommations qui lui sont faites.
Le , profitant de la marée du soir, Du Daugnon attaque. Les frégates passent, mais, dans les eaux peu profondes de l’estuaire, la Lune talonne sur des bancs. Accompagnée de huit grandes galiotes, elle réussit cependant, après un violent combat, à s’emparer d’un navire bordelais de 22 canons échoué et d’un autre de 7 pièces. Le brouillard et la nuit mettent fin à l’action. Le 7, les insurgés, qui jugent qu’une bataille rangée est impossible compte-tenu de la disproportion des forces, décident de lâcher sur la Lune et le Jules (42 canons), à demi échoués, cinq brûlots, avec autant de galiotes et de chaloupes en soutien. Mais les deux vaisseaux sont protégés par un brigantin, une chaloupe et des barques chargées d’infanterie : ils interceptent les brûlots et les poussent vers la rive. Les jours qui suivent sont moins heureux pour la flotte royale dont les attaques près de Lormont et de Bacalan sont repoussées. Du Daugnon replie finalement ses navires sur le bec d'Ambès pour y débarquer ses morts et ses blessés.
Après concertation avec les troupes royales, il reprend l’offensive. Le , les capitaines bordelais essaient de le piéger en se plaçant en embuscade dans une anse en aval de Lormont devant laquelle les vaisseaux royaux ne peuvent arriver qu’en file. Ils comptent écraser de feux convergents le vaisseau amiral. Tractée par deux chaloupes, la Lune s’engage en tête. Les insurgés jettent sur elle quatre brûlots, soutenus par des galères qui tirent par les créneaux de la ligne. Mais la Lune est masquée par un rideau de dix-sept chaloupes et brigantins qui écarte les assaillants et en capture un. Les Bordelais se débandent. La Lune engage le combat avec le contre-amiral des insurgés (le Notre Dame de 20 canons). La lutte, menée à portée de pistolet est très dure, mais les 120 survivants finissent par se rendre. Une heure après la bataille, les dirigeants bordelais, aux abois, envoient une députation à bord de la Lune implorer la paix – que le gouvernement leur accordeLe jour même une dépêche de la Cour leur apporte l’amnistie signée le 23 décembre par le roi. .. La campagne devant Lisbonne en soutien au prince Rupert Le comte du Daugnon envoie la Lune, commandant Gilles de La Roche-Saint-André, et le Jules, commandant Pierre Dumont de La Lande, devant Lisbonne en soutien au prince Rupert, qui s’y est réfugié lors de la première révolution anglaise. Les deux vaisseaux arrivent à l’embouchure du Tage début . Mais la flotte de Robert Blake du Commonwealth d’Angleterre, opposant de Rupert, est déjà sur place. Les deux capitaines français, la prenant pour la flotte royaliste, se présentent à Blake, qui les aurait capturés si la loi ne l'en avait empêché. La Lune et le Jules rejoignent alors Lisbonne et restent à la disposition de Rupert, qui finit par s’échapper de Lisbonne le après de nombreuses tentativesJacques-George de Chauffepié, Nouveau dictionnaire historique et critique pour servir de supplément ou de continuation au Dictionnaire historique et critique de Mr. Pierre Bayle, Amsterdam, 1750, tome 1, p. 314, lettre écrite par Guillaume Rowe de Londres le au gouverneur d’Irlande.. Le Jules est pris quelques jours plus tard par les vaisseaux de Blake, mais la Lune parvient à regagner la France. Un ordre du comte du Daugnon en date du enjoint Gilles de La Roche-Saint-André de conduire la Lune à La Tremblade pour qu’elle y soit désarmée et réparée. Elle a en effet beaucoup souffert à cause des divers combats qu’il a été obligé de rendre contre les AnglaisArchives départementales de la Vendée, 131 J.. Il faut la radouber et la remâter avant qu’elle puisse regagner Brest.