L'église Sainte-Marie-Madeleine est une église catholique paroissiale située à Domont, en France. Sa construction est sans doute enclenchée par la création de la paroisse de Domont en 1142, et elle peut être située au milieu du . De dimensions modestes, son élévation sur trois niveaux avec un étage de galeries et son plan sont toutefois ambitieux, ce qui fait en partie l'intérêt de l'édifice. Il est de style gothique primitif, mais son déambulatoire est encore résolument roman, comme l'indique notamment son voûtement d'arêtes. Dans tout le nord de l'Île-de-France, son abside en hémicycle à déambulatoire semble être la plus ancienne, et Domont est en même temps l'une des rares églises de la région à posséder un déambulatoire mais pas de chapelles rayonnantes. Domont ayant été le siège d'un prieuré dépendant du prieuré clunisien Saint-Martin-des-Champs de Paris, de 1108 à 1790, il est probable que le chœur de l'église Saint-Martin-des-Champs ait inspiré celui de Domont. Ce chœur n'est pas seulement réputé pour ses qualités artistiques et l'harmonie de son architecture, mais également pour une innovation qui y apparaît pour la première fois dans la région. Ce sont les arcs-boutants de l'abside, encore peu prononcés, et recopiés directement sur ceux de la cathédrale de Sens. Après son achèvement, l'église de Domont n'a connu que des remaniements modérés, mais son délabrement rapide à partir du milieu du conduit à sa fermeture au culte en 1785, et elle faillit être entièrement démolie pour être remplacée par un nouvel édifice. Seule la pénurie d'argent dans la période post-révolutionnaire empêche la réalisation de ce projet, mais également une restauration et reconstruction rapide. L'essentiel des travaux n'est entrepris qu'entre 1844 et 1857, et il faut attendre la restauration complète de 2002-2004 pour que l'église retrouve enfin toute sa splendeur du . Son chœur et sa croisée du transept ont été classés monument historique par arrêté du ..

Localisation

L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, sur la commune de Domont, dans la ville haute, place de l'Église. Le chevet donne sur la rue de la Mairie, la façade septentrionale sur la place, qui jouxte le parc de la Mairie et fait face à la mairie située en contrebas, et la façade occidentale donne sur la rue de l'Église. L'élévation méridionale donne presque immédiatement sur des propriétés privées et est moins bien visible depuis le domaine public.

Historique Histoire de la paroisse et du prieuré

Une chapelle dédiée à Notre-Dame semble exister sur la butte dominant le pays de France bien avant le début du . Le village de Domont n'existe pas encore, il n'y a qu'un hameau en lisière de la forêt de Montmorency. En 1108, le seigneur des lieux, Radulphe le Bel, et sa femme Lisvia donnent l'église de Domont au prieuré Saint-Martin-des-Champs de Paris. Il s'agit sans doute d'une restitution d'un ancien bien de l'église à une institution ecclésiastique, s'inscrivant dans un mouvement généralisé motivé par la réforme grégorienne. En même temps, la famille Le Bel fait de l'église son lieu de mémoire, c'est-à-dire de sépulture, tout en s'assurant des prières des moines pour le salut de ses âmes. Le choix du lieu est peut-être un moyen de renforcer ses liens avec ce territoire, qui était anciennement une possession des barons de Montmorency. D'autre part, la famille Le Bel n'est sans doute pas assez riche pour fonder une collégiale, comme l'ont fait les Montmorency avec la collégiale Saint-Martin de Montmorency, ou les comtes de Beaumont avec la collégiale Saint-Côme de Luzarches. À la suite de la donation, le prieur décide de fonder un prieuré à Domont. L'église prend en même temps le vocable de sainte Marie-Madeleine. Le prieuré ne semble jamais avoir dépassé le nombre de sept moines, mais il est néanmoins généreusement doté de revenus grâce à d'autres donations de la famille Le Bel, qui sont également seigneurs de Villiers-le-Bel. Si les donations d'une église et les fondations d'un prieuré sont souvent des moments décisifs pour la construction d'une nouvelle église, ou au moins pour l'achèvement de travaux déjà en cours, l'analyse archéologique de l'église ne permet guère d'avancer une date de construction avant 1150. Si Patricia Duchesne et Jean-Marie Humeau évoquent un début de construction en 1105, ils se basent uniquement sur une plaque commémorative récente dans l'église, tout en admettant qu'aucun document antérieur à 1108 n'en fait mention. En 1119, le nom de Domont figure deux fois quand le pape Calixte II confirme les possessions du prieuré Saint-Martin-des-Champs, et il paraît deux autres fois en 1136 et 1143 dans des actes d'Innocent II. La présence du prieuré déclenche une expansion du hameau, qui se transforme progressivement en village. Comme conséquence de cet essor, la paroisse de Domont est fondée en 1142, ce que Mathieu Lours semble ignorer quand il évoque son origine « très ancienne ». Du temps de l'existence du prieuré, elle partage toujours l'église avec ce dernier, ce qui n'a rien d'inhabituel, seules les abbayes ayant généralement l'usage exclusif de leur église. C'est vraisemblablement la fondation de la paroisse qui donne lieu à la construction d'une nouvelle église. La cure est à la nomination de l'évêque de Paris sur présentation du prieur de Saint-Martin-des-Champs... thumb|Le chevet des années 1150.

La nouvelle paroisse fait partie du doyenné de Gonesse, et plus tard elle est affiliée au doyenné de Sarcelles, puis au doyenné de Montmorency à laquelle elle appartient du . L'influence du prieuré sur la vie du village devient moins prépondérante avec la mesure que ce dernier se développe et gagne de l'importance. Les habitants vivent essentiellement de l'exploitation des richesses de la forêt, et beaucoup exercent le métier de bûcheron ; la viticulture occupe également un rôle important. La stabilité du prieuré clunisien est à souligner : il conserve ses possessions à Domont au fil des siècles, dont notamment des parcelles de forêt, et surtout, il ne passe jamais entre les mains d'un autre ordre religieux et ne change pas d'abbaye-mère. Au moins un moine du prieuré accède à des fonctions importantes : il s'agit de Germain Vialart, prieur de Domont, trésorier de la Sainte-Chapelle et conseiller au Parlement de Paris, mort en 1574 et inhumé en la cathédrale Notre-Dame de Paris. — La seigneurie passe quant à elle à la famille de Villiers au au plus tard. — Dans l'église, les fonctions d'église prieurale et paroissiale sont strictement séparées. Les sept moines du prieuré occupent l'essentiel de l'espace intérieur pour eux. Leurs stalles sont installées dans la croisée du transept, séparée de la nef par un jubé ou au moins un chancel. Le maître-autel au fond du chœur, dédié à Notre-Dame, est réservé aux célébrations des moines. L'autel paroissial est celui du croisillon nord, dédiée à sainte Marie-Madeleine. L'on peut imaginer facilement que les paroissiens, installés dans la nef n'ont aucune visibilité vers leur autel : pour y remédier, le bas-côté nord est élargie au . Il semble représenter en même temps la chapelle Saint-Nicolas, mentionnée en 1626. Quant au croisillon sud, il sert de chapelle seigneuriale et est dédiée à Saint-Jacques. Pour le bon fonctionnement de la cohabitation entre paroissiens et bénédictins, le respect scrupuleux de l'horaire des messes est primordial, mais des différends entre les deux communautés éclatent à plusieurs reprises. Dans le même sens, l'impossibilité de trouver un accord sur le financement mutuel des travaux de réparation de l'église fige la situation au , et l'église se délabre rapidement à partir du milieu du siècle. Le prieuré est dissous en 1790 à l'instar de toutes les communautés religieuses, et seule responsable, la paroisse semble mieux à même de trouver une solution, mais la suppression du culte sous la Terreur met fin à ces réflexions....

La construction de l'église thumb|Chapiteau d'inspiration romane.

L'église Sainte-Marie-Madeleine ne contient aucun vestige d'un édifice précédent. Si l'église priorale qui devait exister au plus tard au début du s'élevait en les mêmes lieux, elle n'a pas laissé de traces, et en l'absence de fouilles archéologiques à ce jour, son plan et sa physionomie demeurent inconnus. La question de la datation exacte de l'église actuelle divise les experts, mais ils s'accordent pour une date comprise dans la période entre 1150 et 1180. Chœur et transept montrent en tout cas une telle homogénéité stylistique que l'on suppose qu'ils aient été construits au sein d'une même campagne de travaux. Le chœur montre des analogies avec la cathédrale de Sens, l'église de Saint-Germain-des-Prés et l'abbatiale de Saint-Martin-de-Champs. Pour cette raison, une construction pendant les années 1150 paraît le plus plausible. L'on se situe alors en Île-de-France dans la phase de l'architecture gothique naissante, qui se manifeste depuis les années 1140 environ, avec notamment le narthex de la basilique Saint-Denis, ou l'église de Lavilletertre. Or, des églises romanes se construisent encore par endroits (telle que l'église Sainte-Madeleine de Trie-Château), et les influences romanes restent encore fortes, notamment sur le plan de la sculpture et de la décoration. En ce qui concerne les grandes arcades, l'arc brisé s'applique pour la première fois pendant les années 1130 dans la région, notamment dans l'église de Villers-Saint-Paul, et le voûtement sur croisée d'ogives apparaît vers 1100 dans l'église Saint-Étienne de Beauvais, et une trentaine d'années plus tard dans certaines églises de moyenne importance, telle que l'église de Bury. L'innovation qui apparaît à Domont, et simultanément à Saint-Germain-les-Prés, sont les arcs-boutants des murs hauts de l'abside, encore discrets et de faible élévation. Leur potentiel d'intégration dans l'esthétique des édifices n'est pas encore reconnu, et la diffusion des arcs-boutants reste extrêmement faible jusqu'au début du ..

L'église du thumb|Déambulatoire, vue depuis la chapelle d'axe en direction du transept.