Le comte Jean Bérenger est un homme politique français. Né à TréminisFiche identité sur Léonore près de MensC'est son propre père, Jean Bérenger, dit le Pasteur Colombe, qui rédige son acte de naissance et le fait baptiser le 13 avril. en Isère le , il est mort à Saint-Germain-en-Laye le Acte de décès AD78 .
Biographie
Une éducation protestante, inspirée par la Philosophie des Lumières Jean Bérenger est le fils de Jean Bérenger (1730-1813), « ministre » au désert huguenot, surnommé le Pasteur Colombe ou encore le « Martyr »Gallica. Président du Consistoire du Dauphiné, proscrit, il a vécu plus de quarante ans dans la clandestinité. C'est au sud de Grenoble, à Tréminis, dans les environs de Mens, considéré alors comme la petite Genève des Alpes qu'il nait. Peu avant sa naissance, le , son père, une fois de plus condamné à mort, vient d’être brûlé en effigie sur la place Grenette à Grenoble. Sa mère Angélique, fervente militante et admiratrice de John Locke, a été elle aussi inquiétée pour sa religion. Jean leur doit son instruction et ses convictions.
Bérenger « père » a été formé au séminaire français de Lausanne, une école de combat, financée par des princes et riches protestants à travers l'Europe, pour remplacer les Académies protestantes, fermées à la Révocation de l’édit de Nantes. Il y a appris le grec, le latin, la philosophie et la théologie ; un enseignement marqué par la philosophie des Lumières, dans lequel une place importante est donnée à la « raison »Le séminaire de Lausanne (1726-1812). De cette école, qui formera à peine cinq ou six élèves par an, sortira une élite faite d'hommes comme Rabaut Saint-Etienne : défenseur de « la liberté de la pensée et des opinions » dans la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789 ou André Jeanbon, qui fera adopter à la France son drapeau Bleu, blanc, rouge.
Le jeune Jean Bérenger apprend aussi à assouplir le fer sous le marteau du forgeron, à manier le rabot du menuisier, l'instrument du tourneur, le marteau du tailleur de pierre ; il se livre chaque jour à la culture du jardin de son pèreBulletin de la Société de statistique, des sciences naturelles et des arts industriels du département de l'Isère, Société scientifique du Dauphiné. Éditeur : [s.n.] (Grenoble). Identifiant : et étudie la médecine, l'une des rares carrières qui lui est ouverte, ses convictions religieuses l'empêchant de pouvoir prétendre à un emploi public.
L'Édit de tolérance () met fin à la proscription des protestants.
La Terreur : fuite, puis arrestation pour « fédéralisme » Après la Journée du 10 août 1792, la Révolution, entre dans sa phase dictatoriale et arbitraire. Bérenger considère alors que les bornes de la liberté légale sont franchies, et conforme ses votes et ses actes politiques à cette conviction au sein de conseil. En bon huguenot, il est prêt à toutes les luttes pour conserver le pouvoir de décision local. Au printemps 1793, il lance même la proposition de faire arrêter Dubois-Crancé, Antoine Louis Albitte, Jean-Pierre Gauthier, envoyés par la Convention contre les Girondins. Ils veulent obliger l'assemblée du département à s'incliner.
Il est inscrit sur la liste des suspects« Vers mai/juin 1793, on apprit que la Convention délibérant sous la pression des partisans de la Commune, avait décrété l’arrestation des Girondins. Cette nouvelle provoqua à Grenoble une vive réaction en faveur des idées modérées. Les personnalités élues par les assemblées primaires du département se réunirent le 20 juin et prirent le titre d’assemblée des délégués immédiats de la section du peuple français. La mission qui leur incombait était difficile et dangereuse. Dubois Crancé et d’Albitte dénoncèrent une tentative de fédéralisme, cette explosion de l’indignation publique », in Histoire de Grenoble, Auguste Prudhomme (1850-1916), A. Gratier (Grenoble), 1888Chérubin Beyle, le père de Stendhal est lui aussi sur la liste des suspects depuis le 23 avril. Il fera un séjour à Sainte Marie d’En Haut, in La jeunesse de Stendhal : Grenoble, 1783-1799, Paul Arbelet, É. Champion, 1919La suspension de Bérenger figure à l’article 2 de l’arrêté qui fut adressé au directoire du département le 29 juin 1793. Bulletin, Volume 5 de la Société scientifique du Dauphiné, page 86. Il lui est interdit de s'éloigner de Grenoble sans autorisation expresse, sous peine d'emprisonnementArticle 7 de l'arrêté Volume 5 de la Société scientifique du Dauphiné, page 87.
Exposé à d'inévitables poursuites, Bérenger qui a démissionné la veille, part de Grenoble, à pied, le sac sur le dos ; il se rend à l'armée des Pyrénées, auprès de l'un de ses amis, ancien élève de l'école de médecine de Montpellier, et qui avait un commandement supérieur dans cette armée. De là, il regagne Paris et renoue avec la clandestinité de la tradition du Désert, en se fondant dans l'anonymat, en trouvant un modeste emploi d'aide-pharmacien à l'Hôtel Dieu, tout en se rendant régulièrement sur la place de la Révolution.
Une circonstance inattendue le détermine toutefois à sortir volontairement de cet asile : une loi est promulguée, rendant les chefs de famille responsables de l'absence de ceux de leurs enfants dont ils ne peuvent pas justifier l'éloignement. Ceux-ci sont réputés émigrés. Ne voulant pas que son père, pourchassé tant d'années par les dragons, soit rattrapé par la justice, Bérenger se rend. Il est arrêté en possession d'un faux passeport à Lons-le-Saunier, incarcéré à la Conciergerie de Grenoble puis transféré à la prison de Sainte-Marie d'en Haut où il sera incarcéré six moisRegistres d’écrou de la conciergerie (L 675), Archives départementales de l’Isère, Registre des mandats de dépôt et la conciergerie (L 683-684), Archives départementales de l’IsèreTous les prisonniers de Sainte-Marie étaient obligés de travailler. Le dimanche comme les autres jours, ils devaient remplir leur tâche, autrement, on leur retranchait les vivres. Ils chômaient juste le décadi, jour de repos de la République. In : Notice sur le couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut, par le chevalier Radulph de Gournay, A. Merle (Grenoble), 1862. et s'attend à être conduit à l’échafaud, lorsqu'on vient lui annoncer qu'il est libre : le coup d'État du 9 thermidor le sauve.
Conseil des Cinq Cents : l'homme en dehors des partis thumb|Jean Bérenger, comte d'empire (1767-1850).|alt=
Un indépendant C'est en tant que député de l'Isère qu'il est envoyé en 1797Bérenger n’a pu se présenter à la première élection du 29 vendémiaire en IV ; il n’a alors que 28 ans et le seuil d’éligibilité est fixé à 30 ansAux élections de vendémiaire, An IV au Conseil des Cinq-Cents dont il se trouve être le membre le plus jeuneA cette époque, Jean Bérenger habite, entre le Louvre et la place des Victoires, dans le arrondissement de Paris : 66 rue du Coq-Héron. Il arrive dans cette assemblée, nommé par l'opposition. Son mandat, il le tient de la réaction, mais lui-même, proscrit pour ses opinions, fugitif, plus tard incarcéré comme suspect, a en son cœur un profond dédain pour le parti dominant. L'étude de sa participation aux affaires le montre, dès ses débuts, avec le caractère indépendant. Bérenger ne s'engage avec aucun parti, combattant ce qui lui parait injuste sans regarder de trop près à la couleur du drapeau sur lequel il tire, prenant la parole dans les comités; à la tribune, dans la plupart des questions pendantes que soulève l'état de nos finances, que provoque la situation politique, ou même qui rentrent dans les hautes appréciations de l'organisation administrative, de l'instruction publique, de l'économie politique, etc.
Résister à un Directoire qui se durcit thumb|left|Au, lendemain de la journée du 18 fructidor an V de la République, la politique du Directoire devient plus dictatoriale.|alt= Durant ses quatre années d'existence, le Directoire est confronté à des poussées et complots royalistes, mais aussi jacobins. Les élections annuelles sont également autant de désaveux pour l'exécutif qui doit recourir à plusieurs reprises à des coups d’État pour ne pas mettre en danger le régime (notamment celui du 18 fructidor an V, contre la majorité royaliste nouvellement élue). Le 18 fructidor marque une profonde rupture. La politique modérée laisse place à une politique répressive, à des coups d'État à répétition et à une censure accrue. Une nouvelle vague anti-royaliste et anti-émigrés va rapidement s'installer ainsi qu'une nouvelle terreur anticléricale. Dans les trois mois qui précèdent ce coup d’État, les partis dans une agitation à peine contenue, se préparent à une lutte devenue imminente.
Le 24 messidor, () le député Duplantier dépose une proposition pour contingenter les sociétés populaires (de 19 à 40 membres maximum selon la taille de la ville), dont le nombre se multiplie dans une direction plutôt républicaine que monarchiste, Bérenger, combat cette motion sur le fondement du respect dû à la liberté et au droit de réunionHistoire parlementaire de la Révolution française ou Journal des..., Volume 37, Philippe-Joseph-Benjamin Buchez, Pierre-Célestin Roux-Lavergne.
Le , il dénonce un article de Leclerc des Vosges publié dans L'Ami Des Lois de François-Martin Poultier (l'Ami des Lois), qu'il accuse de menacer (« provoquer l'égorgement ») la représentation nationaleÉmile Gueymard, Statistique générale du département de l'Isère, 1847, ..
Le 18 thermidor an V, peu avant le coup d’État, le député Henri Fargues propose au Conseil l'envoi d'un message au Directoire pour l'avertir du danger dont la patrie est menacée (caveant consules). C'est la foire d'empoigne. Dans une scène de désordre ou une foule de membres s’écrient, « Oui ! Oui !! Sauvons la patrie !! », le président Boulay refuse de mettre aux voix la proposition déclarant la patrie en danger. Augereau, ne se possédant plus, court vers lui, l’air menaçant, semble être prêt à l'attaquer lorsque Bérenger, bouillant de jeunesse et d’ardeur, le repousse vigoureusement en faisant barrage de son corps ; la tribune est évacuée et le calme par degré se rétablit. Bérenger monte à la tribune et s'oppose au message ; il sait que l'adoption de cette mesure aura pour conséquence une concentration de pouvoir aux mains du Directoire qu'il veut à tout prix éviter. Boulay et Bérenger par leur résistance évitent un double péril, de la fureur du jacobinisme et de la réaction des royalistes, ou comme on disait alors, les « Russes » du corps législatif. S’ils avaient cédé, le premier parti triomphait et ses excès auraient pu amener le déploiement d’une force extraordinaire pour servir la contre-révolution, et peut-être l’invasion des hordes ennemies sur la France.
Le Directoire pense qu'en soutenant le culte théophilanthrope, une religion mère autour de laquelle devra se développer un syncrétisme de toutes les autres religions, il pourra affaiblir le catholicisme. Avec le retour des religieux réfractaires et des émigrés, des mouvements de vengeance spontanée de familles de victimes de la Terreur et de catholiques fanatiques se développent au cours de l'année 1795. L'an IV est marqué par une renaissance du péril prêtre. La République est agitée par la Terreur blanche, par les prêches de prêtres réfractaires hostiles à la République, par un faible soutien de la part des prêtres constitutionnels.
Le 7 fructidor an V, Bérenger, défenseur de la laïcité et de la liberté de culte, s'oppose avec énergie à la consécration de cette nouvelle religion d'État inventée par le tout puissant Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux, l'un des cinq Directeurs du Directoire, corédacteur de la Constitution civile du clergé. Dès cette époque, Bérenger distingue nettement les affaires de la foi, domaine personnel et inviolable de chacun, des affaires d'Églises dans l'État. Ce n'est nullement le rôle des Conseils de s'immiscer dans la conscience du peuple.