L'épidémie dansante de est un épisode inexpliqué de manie dansante survenu au début du à Strasbourg, alors ville impériale libre du Saint-Empire, au cœur de la plaine d'Alsace.
Observé à partir du , le phénomène touche plusieurs dizaines de personnes qui se mettent à danser de manière compulsive dans les rues. Alors que la danse collective est une pratique répandue et ordinaire à l'époque, la situation est si exceptionnelle qu'elle inquiète les autorités de la ville. Celles-ci estiment néanmoins qu'il s'agit d'une maladie naturelle, identifiée comme la « danse de saint Guy », plutôt qu'une manifestation surnaturelle. Des décisions sont prises rapidement : danser en public est interdit jusqu'à la fin de l'été et les personnes atteintes sont conduites en pèlerinage à la chapelle de la grotte Saint-Vit, près de Saverne, dans l'espoir de favoriser leur guérison. Le phénomène disparaît au bout de quelques semaines et n'est plus abordé par le pouvoir municipal.
Cet événement est connu à travers des témoignages contemporains, notamment les écrits des humanistes Sébastien Brant et Jérôme Gebwiler. Des récits postérieurs, en particulier ceux de Paracelse et de Daniel Specklin, amplifient largement les faits et évoquent plusieurs morts d'épuisement qui ne sont pas attestés dans les chroniques de l'époque.
Depuis le , cette « épidémie » a suscité de nombreuses interprétations. Au , elle a notamment attiré l'attention du neurologue Jean-Martin Charcot. Parmi les hypothèses proposées figurent l'épilepsie, la chorée de Huntington, la chorée de Sydenham, l'ergotisme ou encore la psychose collective, sans qu'aucune ne fasse aujourd'hui consensus. Des interprétations romancées ont également contribué à populariser une image parfois éloignée des sources historiques.
Il s'agit de l'épisode de « danse de saint Guy » le mieux documenté en Europe. Il éclaire l'histoire de la médecine, les croyances religieuses, le fonctionnement des institutions municipales et, plus largement, la société strasbourgeoise de la Renaissance.
Description
Plusieurs manifestations importantes de manie dansante ont été répertoriées au cours des siècles, notamment le à Erfurt., le aux Pays-Bas ou à Aix-la-Chapelle, en et en Alsace.
Selon Paracelse, l'épidémie de Strasbourg débuta en lorsqu'une femme, Frau Troffea (nom cité par Paracelse, quoique ), se mit à danser avec ferveur dans une rue de Strasbourg pendant quatre à six jours.. En une semaine, personnes s'étaient mises à danser et, en un mois, elles furent aux alentours de 400. Certaines finirent par mourir de crise cardiaque, d'accident vasculaire cérébral ou d'épuisement bien qu'aucun auteur contemporain aux faits n'évoque de décès liés à cette épidémie de manie dansante.
Les documents historiques de l'époque, incluant des indiquent clairement que les victimes dansaient. On ignore encore aujourd'hui pourquoi ces personnes se sont mises à danser jusqu'à ce que mort s'ensuive. L'épidémie de Strasbourg de
Comme l'épidémie s'aggravait, des nobles inquiets demandèrent l'avis des médecins locaux. Ces derniers rejetèrent les causes astrologiques et surnaturelles, annonçant qu'il s'agissait d'une « maladie naturelle », causée par un « sang trop chaud ». Néanmoins, au lieu de prescrire des saignées comme il était d'usage, les autorités encouragèrent les danseurs en établissant un marché aux grains et en construisant une scène en bois. Ils pensaient en effet que les malades ne s'arrêteraient de danser que s'ils pouvaient le faire sans interruption jour et nuit jusqu'à épuisement. Pour améliorer l'efficacité du traitement, les autorités embauchèrent même des musiciens pour maintenir la danse des malades.
Postérité
L'épidémie dansante de a inspiré diverses représentations et réinterprétations culturelles. En , Jean-Frédéric Hermann, ancien maire de Strasbourg, évoque brièvement cet épisode dans ses Notices historiques, statistiques et littéraires sur la ville de Strasbourg, mais le situe par erreur en . Cette datation erronée est reprise par Charles Spindler dans une planche illustrée, intitulée La danse de Saint-Guy en , qu'il publie en dans la revue Elsässer Bilderbogen – Images alsaciennes. Elle a pour objectif de valoriser l'histoire de l'Alsace et le patrimoine local à travers une représentation idéalisée du Moyen Âge..
redresse|vignette|alt=Groupe de personnes en habit médiéval et dansant dans une rue autour de musiciens, certaines levant les bras ou semblant perdre l'équilibre, sous le regard de plusieurs spectateurs.|En , l'artiste alsacien Charles Spindler propose sa vision de la danse de Saint-Guy dans les rues de Strasbourg.(Bibliothèque des musées de Strasbourg)
À l'occasion du cinq-centième anniversaire de l'événement en , le musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg organise l'exposition 1518, la fièvre de la danse. Son vernissage, le , est accompagné d'une performance chorégraphique réunissant plus de sur la place du Château située devant le musée. La même année, Jean Teulé publie son roman Entrez dans la danse dans lequel il réécrit les faits pour étoffer son récit. L'ouvrage est adapté en bande dessinée par Richard Guérineau en , puis inspire une installation immersive conçue par Julie Desmet Weaver et Eugénie Andrin pour le Théâtre national de Chaillot en . Également intitulé Entrez dans la danse, ce dispositif chorégraphique a été imaginé pour permettre aux spectateurs d'interagir avec des danseurs filmés et des personnages virtuels.
En , l'épisode « 7 Swans a Singin' » de la première saison de la série télévisée Evil met en scène un phénomène de contagion collective provoqué par une musique et mentionne les événements de .
La pandémie de Covid-19 donne également lieu à de nouvelles créations artistiques inspirées de l'épidémie strasbourgeoise. Dans ce contexte, le réalisateur britannique Jonathan Glazer réalise le court métrage Strasbourg 1518. Diffusée sur BBC Two en , l’œuvre établit un parallèle entre la manie dansante et l'expérience collective des confinements sanitaires. En , l'artiste et vidéaste française Lou Le Forban s'inspire à son tour des événements de pour son court métrage d'animation Tohu va bohu, qui met en scène un cas fictif de « peste dansante » dans un village des Alpes-de-Haute-Provence.
En , l'auteur britannique Gareth Brookes publie le roman graphique The Dancing Plague, qui réinterprète les événements de à travers le personnage fictif de Mary, en accordant une place importante aux représentations religieuses de la maladie. En , l'autrice britannique Kiran Millwood Hargrave situe l'intrigue de son roman The Dance Tree à Strasbourg pendant l'épidémie. L'ouvrage est publié en français l'année suivante sous le titre La Danse des damnées.
Plusieurs titres musicaux reprennent également ce thème. En , le groupe suisse Cellar Darling publie « Dance », morceau directement inspiré de l'épidémie de . Le groupe britannique Florence and the Machine puise plus largement dans l'histoire des manies dansantes pour son album Dance Fever, sorti en et comprenant notamment la chanson « Choreomania ». En , le compositeur islandais Ólafur Arnalds et la chanteuse suédo-marocaine Loreen abordent à leur tour cet imaginaire dans leur morceau « Sages ».
Dans le domaine du jeu vidéo, Elden Ring, sorti en , s'inspire notamment de l'épidémie dansante de .
Enfin, l'événement est le sujet du documentaire Danse mortelle, l'étrange cas de Strasbourg 1518, réalisé par Bastien Gens et diffusé par Arte en . Le film présente différentes interprétations de l'événement à travers des documents historiques, des entretiens et des séquences chorégraphiques. Il interroge la part de réalité et d'invention dans les récits qui entourent cet épisode de manie dansante dans l'Alsace du .
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Ouvrages généraux .
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Ouvrages spécialisés
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Articles spécialisés . . . . . . . . . . . . . . .
Dictionnaires . . . . . .
Articles connexes Manie dansante Danse macabre Histoire de Strasbourg
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