Maria Léontiévna Botchkariova, , est une officier russe née en 1889 dans le gouvernement de Novgorod et exécutée en 1920 par la Tchéka à Krasnoïarsk. Veuve combattant comme secouriste dans l'Armée impériale durant la Première Guerre mondiale, elle fonde à la suite de la Révolution de 1917 et commande au sein de l' un bataillon dit , qui n'est composé que de femmes, avant de rallier dans la guerre civile l'Armée blanche de l'amiral Koltchak. Surnommée « Yachka », du prénom de l'équipière morte au feu à ses côtés, elle est soutenue par les suffragettes et célébrée de son vivant par la presse internationale comme une nouvelle Jeanne d'Arc.
Biographie Jeunesse coloniale (1889-1904) Maroussia Frolkova nait dans un village de la taïga qui s'étend au nord de Moscou et à l'est de Saint-Pétersbourg, , qui est une friche, aujourd'hui rattachée à la région de Vologda, bordée par les tourbières de la rive méridionale du lac Blanc, mais c'est en Sibérie qu'entre deux grands frères elle grandit, à , où sa famille a reçu un vaste terrain du gouvernement encourageant la colonisation. À plus de deux cent cinquante verstes au nord d'Omsk, c'est un rassemblement de fermes dominant une boucle marécageuse de l'Ocha, rivière gelée six mois par an. À l'âge de huit ans, elle est placée dans une famille. Battue, elle doit travailler du soir au matin et souffre de la faim.
En 1904, son père, Léon Sémionovitch Frolkoff, rentre de la guerre russo-japonaise amputé d'un piedR. Childe Dorr, Inside the Russian Revolution, , Macmillan, New York, 1917.. Cette situation enferme un peu plus l'adolescente dans le rôle de fille aînée qui, au côté de sa mère Olga, une femme originaire de Tcharonda, élève les cadets et tient la maison.
Aventure sibérienne (1905-1914) Pour échapper à cette condition de domestique de ses frères, Marie Frolkova choisit à l'âge de quinze ans d'épouser un autre vétéran de la guerre russo-japonaise, Athanase Serguéïevitch Botchkarioff, qui a vingt-trois ans. Le mariage orthodoxe a lieu le . Le couple s'installe à Tomsk, . Ils travaillent à l'asphaltage sur le chantier d'une route puis comme portefaix au port fluvial. Il se livre à la boisson. Elle est une femme battue.
Elle trouve à travailler dans la boutique d'un boucher juif, Jacob Gerchiévitch Bouk, dont elle devient la maitresse. Quand, en , celui-ci est condamné pour vol et déporté à Yakoutsk, elle le rejoint à pied avec le convoi des familles. Le couple illégitime ouvre une boucherie mais Jacob Bouk se fait le receleur d'une bande de Barbes rouges chinois. Quand il est arrêté de nouveau et déporté à , colonie pénitentiaire encore plus reculée, il se met lui aussi à boire et à la battre. Refusant de l'entrainer dans sa propre déchéance, il la renvoie à son domicile conjugal. Elle se réconcilie avec son mari, dont elle restera apparemment amoureuse.
En , elle n'a, après neuf ans de ce mariage chaotique, toujours pas d'enfant quand son mari est mobilisé et qu'elle se retrouve seule à faire face au quotidien. Il compte parmi les premiers soldats tués de la Première Guerre mondialeR. Childe Dorr, Inside the Russian Revolution, , Macmillan, New York, 1917.. Elle voit l'hiver puis la disette tuer les enfants. Quand le typhus emporte ceux qui avaient survécu, elle se réfugie dans le campement voisin que les ont dressé et les suit dans leur marche jusqu'au front allemand.
Femme soldat (1915-1917) Marie Botchkariova postule au bataillon de réserve. Elle reçoit pour réponse la proposition de devenir infirmière aux armées. Elle envoie alors par télégramme à la Stavka une demande de dérogation, qui lui est exceptionnellement accordée par Nicolas II. Engagé volontaire avec une équipière qui sera tuée, Yachka, elle finit par obtenir le respect de ses collègues quand à la fin de l'hiver 1915, le bataillon de réserve vient renforcer le . Elle porte sous le feu assistance aux blessés au cours de nombreuses batailles. Le , elle est blessée pour la quatrième fois.
Elle reçoit trois médailles et est promue sergent. L'héroïsme exemplaire dont elle fait preuve le à et le 16 à , près de Minsk, lui vaut la croix de Saint-GeorgesOrdre , II, , § 7, État major, Saint Pétersbourg, 6 juin 1916.. En , une troisième blessure la conduit à l'hôpital pour quatre moisR. Childe Dorr, Inside the Russian Revolution, , Macmillan, New York, 1917..
À son retour, quelques jours avant que ne se déclenche la révolution de Février, elle est accueillie comme la mascotte de son régiment. Dépitée par les désertions, elle interpelle les députés de la Douma quand l'un ou l'autre d'entre eux vient inspecter le front et, avec l'appui du général Broussiloff, finit par obtenir du ministre de la guerre, Alexandre Kerenski, de constituer un régiment de femmes dans un but de propagande. Son exemple devra faire honte aux hommes et les ramener dans les tranchées.
À la tête des Botchkarioviennes (1917) vignette|Marie Botchkariova « Yachka », commandant du bataillon féminin en juillet 1917.. Avec son commandement, Marie Botchkariova reçoit à Saint-Pétersbourg pour adjoint une jeune aristocrate de vingt ans engagée dans la Croix Rouge, , la fille de l'Amiral SkridloffR. Childe Dorr, Inside the Russian Revolution, , Macmillan, New York, 1917.. Le bataillon féminin rassemble des femmes de toutes conditionsR. Childe Dorr, Inside the Russian Revolution, , Macmillan, New York, 1917., trois cents en sus d'une unité de choc de cent trente sept soldates, qui est la plus indisciplinée. Chacune a un parcours singulier qui l'amène à cet engagement commun. Celui-ci se traduit, outre le port de vêtements militaires masculins, par la tonte de leur chevelure. Leur démarche révolutionne la condition féminine dans la société russe..
La sévérité de l'aspirant Bochkariova provoque de nombreuses défections mais le commandant de région, le , ne donne pas suite aux plaintes reçues. Le , après quelques semaines d'entrainement, la défile sous sa bannière acclamée par la foule pétersbourgeoise. Seule une unité du bataillon, cent soixante dix femmes, est menée au feu, les 8 et , 26 et a. s., dans la région de Smorgon, au nord ouest de la Biélorussie. Ce sera l'unique fois. Les combats ont lieu dans la forêt de Novospassk, au nord de Maladetchna, sur les arrières du , qui a rejoint la arméeS. N. Bazanoff, « Право умереть за Родину. "Батальоны смерти" в Русской армии в 1917 году. », in Histoire, , , Moscou, 2008.. Bien qu'encadrées par des soldats de métier, les guerrières paient leur inexpérience par de lourdes pertesScience et Vie, Guerres et Histoire, , ., trente mortes et soixante-dix blessées, dont leur chef. Au sortir de l'hôpital, celle ci reçoit le grade de lieutenant avant d'être renvoyée au front.
C'est l'indiscipliné détachement de choc, ces V. Maïakovski, « Хорошо! », VI, , Moscou, 1927, cité in V. V. Maïakovski, œuvres en deux tomes., , Moscou, 1987. confiées au commandement du capitaine Loskoff, qui le participe à la défense du Palais d'hiver durant la révolution d'Octobre. Botchkariova est arrêtée trois mois plus tard dans le train qui l'emmène à Tomsk et accusée de vouloir rejoindre l'Armée des volontaires du général Kornilov. Fidèle au tsar, elle refuse d'intégrer les rangs de l'Armée rouge et, grâce à la complicité d'une camarade, s'enfuit déguisée en infirmière jusqu'à Vladivostok, où elle embarque à bord du steamer Sheridan pour les États-Unis.
Figure antibolchévique (1918-1920) Arrivée en à San Francisco, Marie Botchkariova y est accueillie par un Comité de secours aux réfugiées de guerre. La présidente de celui-ci, la suffragette et ex directrice de campagne de Woodrow Wilson Florence Harriman, la fait venir à New York. L'exilée est reçue à la Maison-Blanche le par un président Wilson ému jusqu'aux larmes. Illettrée, elle confie son récit à la Tribune de New York. Elle y gagne le surnom de .. Elle se rend ensuite au Royaume-Uni, où elle est reçue par Churchill et par le roi , lequel lui accorde un soutien financier.
Le , elle débarque avec des troupes britanniques à Arkhangelsk, où l'offensive du corps expéditionnaire international a commencé le 2. Le général Marouchevski s'oppose à son projet de mobiliser les femmes de la régionE. Ironside, Archangel, 1918—1919., , 1953.. En , elle rejoint avec les troupes défaites l'état major antibolvéchique à Omsk. L'amiral Koltchak la reçoit dans les honneurs par un discours public et lui demande de former une unité d'infirmières affiliée à la Croix-Rouge. Deux mois plus tard, le , dans le désarroi auquel la débâcle du Gouvernement provisoire de Toutes les Russies abandonne les troupes des Armées blanches, elle se rend seule dans une unité de la Armée des ouvriers et paysans en expliquant que c'est pour le bien public qu'elle s'est toujours battue. Livrée à la Tchéka le , son transfert pour Moscou, décidé le , est annulé. Elle est jugée coupable d'activités ennemiesPavlounovski & Chimanovski, « Conclusion », in Bulletin de la Tchéka, armée, 15 mai 1920, cité in Patrie, , Rossiyskaya Gazeta, Moscou, 1993 . et exécutée d'une balle dans la nuque le .
Le , le procureur de l'oblast d'Omsk réhabilite Maria Botchkareva en annulant la résolution de la Tchéka du gouvernement d'Omsk du Patrie, , , Rossiyskaya Gazeta, Moscou, 1993 ..
Dans les arts et la culture populaire
Filmographie
Cinéma Jouée par Nathalie Parachkine, elle apparaît dans le film historique L'Amiral consacré à l'épopée de l'amiral Koltchak et sorti en . En 2015, Marie Botchkariova est le personnage d'un film de Dmitri Meskhiev retraçant l'histoire du bataillon féminin russe, Bataillon. L’œuvre popularise la figureAn., « В Красноярске могут установить памятник прототипу героини "Батальонъ" », in RIA Novosti, Moscou, 5 avril 2016. restée jusqu'alors méconnue.
Littérature
Roman Le personnage de Botchkariova est évoqué dans le tome II du roman de Valentin Pikoul paru en 1968 Sortir de l'impasse.
Marie Botchkariova et son adjointe sont les héroïnes du dixième et dernier tome de la série policière La fraternité à mort que Boris Akounine publie en 2011 sous le titre Bataillon des anges - Le dixième film.
Plaque Le « В томском селе открыли памятник Марии Бочкаревой », in , Groupe Media de Tomsk, Tomsk, 24 octobre 2016., une plaque commémorant l'héroïsme de Marie Botchkariova est posée sur un bloc de granit rouge dressé ad hoc près de l'église Saint Georges Victorieux du village sibérien de « В Томской области открыли памятный знак в честь М.Бочкаревой », in Le Monarchiste, Centre monarchiste de Saint-Pétersbourg, Saint-Pétersbourg, 24 octobre 2016.. Depuis le , une plaque commémore l'engagement du bataillon féminin dans le village de Novospassk, près de Smorgon.
Autobiographie .
Annexes Sources
Voir aussi
Nadiéjda Dourova Flora Sandes Marina Raskova An., « В "Женском батальоне смерти" царила железная дисциплина », Histoire, les oubliés., Moscou, .
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