Meles anakuma, l’Anakuma, plus connu sous le nom de , est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Mustélidés.

Dénominations Nom scientifique valide : Meles anakuma Temminck, 1844, selon et ; Nom normalisé japonais : ; Nom normalisé anglais : Japanese Badger ; Noms vulgaires : Blaireau Anakuma (nom technique), Blaireau du Japon, Blaireau japonais ; Nom vernaculaire japonais : ; Noms vernaculaires : Anakuma, Blaireau ; Noms régionaux japonais :

Taxonomie

Histoire taxonomique vignette|gauche|Planche 6 du volume 5 Mammalia de l'ouvrage Fauna Japonica, représentant le BLAIREAU ANAKUMA (Meles anakuma). Les figures en haut de planche détaillent l'ostéologie crânienne du spécimen, entre 1842 et 1845.

La première description de l’Anakuma par la zoologie occidentale fut publiée par le naturaliste néerlandais Coenraad Jacob Temminck entre 1842 et 1845, sur la base de spécimens collectés par Philipp Franz von Siebold dans [la localité de Nagasaki et d'Awa]. Temminck y présente l'espèce comme la troisième du genre Meles connue à l'époque, notant que sa morphologie se rapproche davantage du Taxidée américain (Meles labradoricus) que de l'espèce du Blaireau d’Europe (Meles taxus) . Il distingue l'Anakuma par son pelage terne et peu varié, caractérisé par un feutre jaunâtre abondant visible à claire-voie sous des poils soyeux annelés de brun noirâtre . Contrairement aux autres espèces de blaireaux, il ne possède pas de masque facial marqué, bien qu'une fine bande jaunâtre s'étende du museau jusqu’aux yeux . Ses oreilles totalement blanches et sa queue d'un roux clair, sont annelée de brun en son centre . Sur le plan écologique, l'ouvrage souligne le rôle d'ingénieur souterrain de l’espèce, analogue au Blaireau d’Europe, dont les vastes terriers creusés dans les montagnes boisées servent fréquemment de refuge au Renard roux du Japon et au Tanuki du Japon (Nyctereutes viverrinus) . Bien que réparti sur l'ensemble de l'archipel nippon, Siebold observait déjà au milieu du XIXe siècle que l'espèce était assez rare et difficile à observer .

Durant la seconde moitié du XIXème jusqu’à la fin de la première moitié du XXème siècle, l’espèce Meles anakuma s’enrichira de nouvelles sous-espèces : un spécimen sibérien M. a. amurensis par Édouard Louis Trouessart en 1904 , ainsi que trois autres sous-espèces insulaires, en plus de l’espèce-type M. a. anakuma : aoshimensis, miyagiensis et ponticus.

Cependant, en 1951, l’espèce se vit déclassée en tant que simple sous-espèce du blaireau d’Eurasie (Meles meles). Ce statut de sous-espèce fut maintenu dans la première édition de Mammal Species of the World en 1982, ainsi que dans la seconde édition de 1993 où l'espèce reste absente en tant que taxon distinct, mais toutefois suggéré par des études menées dans le début de la décennie.

Évolutionniste et taxonomie contemporaine En effet, des études paléontologiques menées au début des années 1990 suggèrent déjà que le genre est arrivé au Japon au cours du Pléistocène moyen via la péninsule Coréenne, s'isolant ainsi des populations continentales. Au début des années 2000, l'analyse morphologique de l'os pénien (baculum) apporte une preuve anatomique décisive : l’Anakuma possède une structure biculaires unique, en forme de feuille de ginkgo, dont les spécificités dépassent les variations observées entre d'autres espèces de mustélidés bien distinctes. Cette distinction est confirmée par l'examen de la denture, qui révèle que M. anakuma conserve des traits ancestraux (plésiomorphes) et possède les plus petites dents du genre Meles. Les recherches sur le dimorphisme sexuel crânien et la variabilité géographique du crâne viennent renforcer ce constat d'une trajectoire évolutive propre à l'archipel. Plus récemment, la génétique a scellé ce statut d'espèce endémique, tant par l'analyse des microsatellites que par l'étude de l'ADN mitochondrial et du chromosome Y, confirmant une séparation génétique nette avec les lignées d'Asie continentale. Enfin, des travaux de 2026 soulignent même des adaptations ostéologiques et myologiques spécifiques, comme une mobilité accrue du coude, probablement liée à son environnement insulaire.

Phylogénie

Voici un cladogramme du genre Meles synthétisant les données phylogénétiques des articles de Kinoshita et al. (2017) et Dangerfield et al. (2026).

Description

Morphologie générale vignette|gauche|Squelette d’Anakuma. Photographié au jardin zoologique et botanique de Higashiyama. L'anakuma possède un corps robuste, trapu et en forme de coin. Il se caractérise par une petite tête, un long museau, un cou court et épais, des pattes courtes soutenant un corps allongé, ainsi qu'une petite queue. Bien qu'il appartienne à la famille des Mustélidés, l'anakuma a une apparence et une taille corporelle très similaires à celles du Tanuki du Japon, qui appartient quant à lui à la famille des Canidés.

C'est un animal de taille moyenne, pesant généralement entre 4 et 10 kg, avec une longueur tête-corps allant de 55 à 70 cm. Le dimorphisme sexuel est présent, les mâles étant significativement plus grands que les femelles. En moyenne, les mâles adultes pèsent 5,7 ± 0,4 kg pour une longueur tête-corps de 66,8 ± 2,7 cm, tandis que les femelles pèsent 4,4 ± 0,6 kg pour 60,4 ± 2,4 cm.

Son poids fluctue énormément tout au long de l'année. Il est au plus bas en mai-juin et atteint son maximum en novembre. Chez le mâle adulte, le poids peut passer de 5,8 kg à 11,0 kg (soit une augmentation de près de 1,9 fois sa masse) en vue d'accumuler des réserves pour la période hivernale. L'accumulation de graisse avant l'hibernation se traduit par une augmentation de son poids corporel de plus de 50 % par rapport à l'été. Outre la prise de poids, le stockage de la graisse avant l'hiver entraîne une augmentation visible du volume de l'animal, avec un élargissement mesurable de son tour de taille ou de sa circonférence abdominale du printemps vers l'hiver.

L'anakuma est physiquement plus petit et a le crâne plus obtu que le Blaireau d’Europe (Meles meles) qui lui présente un dimorphisme sexuel beaucoup plus prononcé au niveau de la longueur de son corps.

Ses quatre membres sont dotés de griffes relativement longues et très puissantes, parfaitement adaptées pour creuser des terriers. Ces griffes extrêmement robustes lui confèrent une grande capacité d'excavation. Ses empreintes montrent 5 doigts parallèles bien séparés du coussinet plantaire. Les marques de ses longues griffes apparaissent souvent comme de petites pointes distinctes, séparées de l'extrémité des doigts.

L'apparence générale du pelage confère à l’espèce une grande variété d'un individu à l'autre. Certains spécimens arborent un corps relativement grand avec un pelage brun clair et de fines rayures verticales sur les yeux, tandis que d'autres, plus petits, affichent des rayures verticales brun foncé très marquées au niveau des yeux.

Écologie et comportement Activité vignette|droite|L’anakuma a des membres vifs qui lui permettent de se déplacer rapidement. Photographie d’un individu dans la préfecture de Tochigi. L'anakuma est un animal principalement nocturne, bien que son rythme journalier connaisse d'importantes variations saisonnières. De juillet à octobre, il quitte généralement son terrier au coucher du soleil pour y retourner à l'aube. Cependant, au printemps, période de reproduction et d'élevage, il n'est pas rare de voir les individus, et particulièrement les femelles reproductrices, s'activer en plein jour pour subvenir aux besoins de leurs petits.

Contrairement à ses cousins européens, l'Anakuma ne vit pas en groupe : il mène une vie fondamentalement solitaire avec un système de reproduction de type polygynie. Les femelles reproductrices occupent des domaines vitaux exclusifs (sans chevauchement avec d'autres femelles), centrés autour de ressources alimentaires riches, ce qui indique une territorialité intra-sexuelle marquée. La taille du domaine vital varie considérablement selon le sexe et la région : lors de la saison des amours, les mâles étendent considérablement leur domaine (passant en moyenne de 33 hectares à plus de 62 hectares en zone périurbaine) pour englober les territoires de plusieurs femelles, tandis que celles-ci se cantonnent à des domaines plus restreints (environ 15 hectares). Dans d'autres régions plus sauvages, les domaines peuvent être bien plus vastes, atteignant en moyenne 158 hectares pour les mâles et 44 hectares pour les femelles. L'espèce utilise un grand nombre de terriers, en exploitant en moyenne 13,5 par an répartis sur son domaine.

En hiver, l'Anakuma entre dans une phase de léthargie (hibernation). Entre décembre et février, son activité baisse drastiquement et il reste confiné dans son terrier. Durant cette période, sa température corporelle diminue fortement (passant de près de 39,8 °C à environ 32,0 °C), ce qui lui permet de réduire son métabolisme basal et de limiter sa consommation de graisses accumulées. La durée de cette hibernation varie selon les latitudes : elle est de plusieurs mois dans les régions froides et montagneuses, et plus courte dans des zones méridionales (comme à Kyūshū, avec une moyenne de 50 jours), où son déclenchement semble davantage lié à la diminution de la photopériode (la longueur du jour) qu'à la seule baisse des températures. Dans ces régions plus douces, l'hibernation n'est pas continue et l'animal présente des phases de réveil périodiques (environ tous les 11 jours) lui permettant de brèves sorties même par des températures proches de 0 °C.

Enfin, il arrive fréquemment que l'Anakuma partage ses vastes terriers avec le Tanuki du Japon (Nyctereutes viverrinus). Cependant, les deux espèces évitent les rencontres et la compétition directe grâce à une fine différenciation de niche temporelle : elles utilisent le terrier à des heures ou des saisons différentes. De plus, le Tanuki adopte un comportement exploratoire prudent et prolongé à l'entrée du terrier en utilisant activement son odorat pour s'assurer de l'absence du blaireau avant d'y pénétrer.

Alimentation vignette|gauche|L’espèce profite parfois de la nourriture laissée par certaines personnes à leur intention. L'Anakuma est un omnivore opportuniste dont le régime alimentaire s'adapte de manière très flexible à la disponibilité saisonnière des ressources.

Son alimentation est constituée de trois piliers principaux : les vers de terre, divers arthropodes comme des insectes ainsi que les fruits. Les vers de terre représentent la part la plus constante de son régime tout au long de l'année. Il consomme également une grande quantité d'insectes, particulièrement des coléoptères terrestres et diverses larves, avec un pic de consommation marqué en été. En automne, les fruits et les baies deviennent une ressource prédominante, permettant à l'animal d'accumuler les graisses nécessaires pour passer l'hiver. De manière plus occasionnelle, il se nourrit de petits mammifères (notamment des rongeurs de la sous-famille des campagnols, que le blaireau capture plus facilement car moins agiles que d'autres souris), d'amphibiens et de reptiles. L'Anakuma fourrage principalement à la surface du sol, utilisant son long museau et ses pattes avant pour fouiller la terre.

Dans les zones périurbaines ou fortement anthropisées, le nourrissage direct ou indirect par l'homme, comme des déchets, ou encore des dépôts de nourriture à destination d’autres animaux, a un impact profond sur sa condition physique. Les individus dépendants de ces sources de nourriture artificielle affichent un poids et un volume de graisse corporelle significativement plus élevés tout au long de l'année, faussant leurs fluctuations de poids naturelles. Les blaireaux ont même commencé à recoloniser certains espaces urbains denses (comme à Tokyo), tirant parti de minuscules parcelles vertes pour subvenir à leurs besoins.

Cycle de vie