René Aubert de Vertot, dit l'« abbé Vertot », né le au château de Bennetot et mort le à Paris, est un historien français.
Biographie Origines et jeunesse Il était le second fils de François Aubert de Bennetot, un gentilhomme assez pauvre, mais allié à toutes les grandes maisons de Normandie. Sa mère était dame Louise Delangres de Mannevillette. Son frère aîné, qui mourut jeune et sans laisser d'enfants, était chambellan de Monsieur, frère de Louis XIV. René de Vertot embrassa l'état ecclésiastique, non par arrangement de famille, mais par vocation véritable. Il avait fait ses études au collège des jésuites, à Rouen, puis au séminaire diocésain..
Parcours religieux Une piété ardente, comme les passions de cet âge, le détermina à entrer au séminaire, du consentement de ses parents. Il y était depuis deux ans, lorsque tout à coup il disparut. Sa famille, ses amis le cherchèrent avec de vives inquiétudes. Au bout de six mois, on découvrit qu'il s'était enfermé au couvent des capucins à Argentan. On fit de vains efforts pour le détourner de son dessein : il fit profession et prit le nom de frère Zacharie. En se livrant à son zèle pieux, il ne risquait pas moins que sa vie. Il avait eu, quelques années auparavant, un abcès à la jambe : l'os avait été en partie carié. Une opération cruelle avait été nécessaire, un régime exact et des précautions lui avaient été prescrits. La règle sévère de l'ordre de Saint-François, les jambes nues, le frottement de la robe de bure, eurent bientôt envenimé de nouveau son mal. Il consentit à aller recevoir les soins de sa famille. À force d'en prendre, on le guérit. Ses parents renouvelèrent alors toutes leurs instances pour qu'il sortît de l'ordre des Capucins. Des rapports de médecins, des consultations de Sorbonne, réussirent enfin à calmer les scrupules du jeune religieux. On obtint son consentement, et, ce qui fut plus facile, un bref du pape, pour l'autoriser à passer sous une règle moins austère.
Les Prémontrés Il entre, à l’âge de vingt-deux ans, à l'abbaye des Prémontrés à Valsery. L’abbé Colbert, général des prémontrés, à cette époque, ayant entendu parler de l'esprit et des talents du jeune abbé, l'appela près de lui, le nomma son secrétaire et peu après lui conféra le prieuré de Joyenval.
Une règle de droit canon interdisait à tout religieux qui avait obtenu la permission de passer d'un ordre dans un autre la faculté d'y posséder aucune charge ni bénéfice. Les faveurs que le général venait d'accorder à son protégé excitèrent de grands murmures parmi les prémontrés. Vainement un bref du pape avait spécialement autorisé cette nomination, Le conseil provincial se pourvut juridiquement contre le bref et, sans des lettres du roi, il eût été déclaré nul et non avenu. Soit par un scrupule que ne pouvaient dissiper des actes d'autorité, soit par amour du repos, qu'il n'aurait pas trouvé dans une abbaye où les moines l'auraient regardé comme un supérieur imposé par force, l'abbé de Vertot se démit sans délai de son prieuré et demanda une simple cure dépendante de l'ordre, celle de Croissy-sur-Seine. Là enfin il trouva le repos et le loisir. Sans négliger en rien les devoirs d'un pasteur de campagne, il se livra avec goût à l'étude des lettres.
La conjuration du Portugal Il était encore peu connu, mais il avait pour amis ses compatriotes Fontenelle et l'abbé de Saint-Pierre. Leurs entretiens et leur suffrage l'encourageaient et on assure que ce fut d'eux qu'il reçut le conseil d'écrire l'histoire. En 1689, il fit imprimer son premier ouvrage : Histoire de la conjuration de Portugal. Ce livre eut tout aussitôt un grand succès. écrivait madame de Sévigné peu après la publication. Le père Bouhours, le plus fameux critique du temps, assurait qu'il ne connaissait pas en français un plus beau style. disait Bossuet au cardinal de Bouillon. La révolution d'Angleterre, dont chacun s'entretenait alors et qui était toute récente, jetait sur la révolution de Portugal une sorte d'intérêt du moment. Chacun trouvait des allusions, bien que l'auteur n'y eût nullement songé. Le succès ne l'enivra pas. Tout voisin qu'il était de Paris, il n'en recherchait ni le bruit ni les flatteries. Après avoir écrit son livre, si quelque chose l'occupait encore, disait-il, c'était le désir de retourner dans sa province, dont il regrettait le séjour.
Il réédita cet ouvrage en 1701 sous le titre Histoire des révolutions de Portugal.
Les Révolutions de Suède Il sollicita et obtint bientôt une autre cure, dans le pays de Caux, celle de Fréville en 1694. En , il quitta le presbytère de Fréville pour s'installer à Saint-Paër où il resta jusqu'en 1703. La paroisse était divisée en deux portions de cure. Chaque curé vivait dans son presbytère mais émargeait sur un même registre paroissial et officiaient dans la même église. L'abbé de Vertot fut présenté comme curé de la première portion par les religieux de Jumièges. Il officiait sur le maître autel et l'autre curé officiait sur l'autel jadis à saint Cucuphat. Il impressionnait les visiteurs du presbytère avec sa bibliothèque mais, souvent absent, c'est un vicaire qui signait le registre. Les revenus de la cure lui assuraient une indépendance et le tiraient complètement des liens du clergé régulier. Libre, riche et content, il n'en travailla qu'avec plus d'ardeur. Il aimait les livres et maintenant pouvait en acheter. Sept ans après son premier ouvrage, il publia l'Histoire des Révolutions de Suède, dont les récits avaient plus de variété et d'intérêt encore que la révolution de Portugal. Gustave Vasa, proscrit, caché dans les mines de Suède, remontant sur le trône par l'enthousiasme qu'il inspira à de pauvres paysans, était un tout autre personnage que le secrétaire José Pinto Ribeiro gagnant la couronne pour un maître irrésolu et indolent. Le succès de ce second ouvrage fut aussi très grand. Cinq éditions parurent coup sur coup, avec la même date. Il fut traduit en plusieurs langues. La cour de Stockholm chargea son envoyé, qui partait pour la France, de faire connaissance avec l'auteur et de l'engager à composer une Histoire générale de Suède. Cet envoyé croyait, en arrivant à Paris, trouver l'abbé de Vertot mêlé à tous les gens de lettres et répandu dans le plus grand monde. Il fut surpris d'apprendre que c'était un curé de campagne, vivant en province et dont les ouvrages seuls étaient connus. Il advint de là que la négociation n'eut pas de suite et que l'abbé de Vertot ne fit pas l'office d'historiographe de Suède.
L'Académie des inscriptions En 1701, le roi donna une forme nouvelle à l'Académie des inscriptions et belles-lettres et augmenta le nombre de ses membres. L'abbé de Vertot fut nommé académicien associé « en résidence à Saint Paer ». Il fut flatté, mais embarrassé de cette faveur. Le règlement exigeait résidence à Paris : il aurait donc fallu quitter sa cure et l'abbé de Vertot n'avait pas d'autre revenu que les trois mille francs qu'il en retirait. On lui faisait bien espérer quelque grâce du roi, mais il voulait une ressource plus assurée. Deux ans plus tard, il eût accepté volontiers, disait-il, parce qu'alors il aurait eu le temps d'exercice nécessaire pour obtenir une pension sur sa cure. On ne devait donc pas s'étonner si, malgré tout le désir qu'il avait de se consacrer entièrement aux lettres, il cherchait à s'assurer le nécessaire, non par faveur, mais par droit et selon la rigueur des lois. Au reste, il promettait d'envoyer à l'Académie des ouvrages, qui vaudraient mieux que sa personne. Le ministre et l'Académie se relâchèrent volontiers de la rigueur du règlement.
L'abbé de Vertot ne vint siéger qu'en 1703. Ce fut le terme d'une carrière qui, dans un cercle étroit et modeste, avait cependant été diverse et agitée. Là finit ce que, par allusion au titre de ses œuvres historiques, on nommait les révolutions de l'abbé de Vertot. En 1705, il fut nommé académicien pensionnaire et dès lors nul ne se montra plus assidu ni plus zélé, L’Histoire et les Mémoires de l'Académie en font, foi, Ils renferment beaucoup de dissertations toutes relatives aux études habituelles de l'auteur et surtout à l'histoire de France.
Madame de Staal (Marguerite de Staal-Delaunay)
Dans un des voyages qu'il faisait parfois en Normandie, il fut amené par un de ses amis au couvent de Saint-Louis à Rouen et il y vit Marguerite de Launay, qui fut depuis baronne de Staal. Cette jeune personne n'était pas belle, mais son caractère et son esprit avaient beaucoup de charme. Elle était sans nulle fortune et sa situation intéressait tous ceux qui la connaissaient. L'abbé de Vertot se prit d'une vive amitié pour elle. Il avait près de soixante ans et son imagination était encore ardente comme aux jours de sa jeunesse. Il s'en allait parlant à chacun du mérite de mademoiselle de Launay et en entretenait jusqu'à ses libraires. Il voulait placer sa petite fortune sur leurs deux têtes. Enfin son empressement, quoique respectueux et retenu par les bienséances de son âge et de son état, ne pouvait se cacher. Mademoiselle de Launay en fut plus embarrassée que flattée. Toutefois il ne cessa pas de lui montrer constamment le plus tendre intérêt. Elle rapporte dans ses mémoires une lettre de l'abbé de Vertot, écrite du ton d'un homme du monde, mais avec plus de légèreté qu'on n'en supposerait en songeant à la pieuse ferveur de sa jeunesse.
La mouvance de Bretagne En 1710, il fit paraître un Traité de la mouvance de Bretagne. Bien que le droit public français n'empruntât dès lors presque aucune autorité véritable aux origines de la monarchie française, par une sorte de tradition, la plupart des écrivains s'attachaient à représenter le pouvoir royal comme ayant toujours été central et universel. C'était un reste de la tendance des communes à chercher auprès du trône leur recours contre les dominations féodales. Au contraire, le désir de défendre leurs privilèges et un certain amour-propre de pays donnaient à quelques provinces un esprit différent. Les Bretons, plus que d'autres, aimaient à se présenter plutôt comme liés que comme confondus avec la monarchie française. Leurs historiens se plaisaient à raconter l'ancienne indépendance de leur pays et renouvelaient pour ainsi dire les querelles que l'on avait jadis vues s'élever à chaque prestation de foi et hommage des ducs de Bretagne. Ce fut d'abord dans le sein de l'Académie que Vertot entreprit de réfuter les prétentions bretonnes. Sa dissertation ayant acquis quelque publicité, il lui donna plus d'étendue. La querelle s'anima.
D'autres écrivains y prirent part : les Bretons répliquèrent. L'abbé de Vertot porta, dans cette question, sa vivacité ordinaire. C'était à ses yeux comme une rébellion de la Bretagne, d'autant qu'il s'y éleva, à cette époque et cela n'était pas rare, quelques troubles contre des agents royaux. De tout cela résulta, plusieurs années après, une Histoire complète de l'établissement des Bretons dans les Gaules. On examinerait aujourd'hui la question plus froidement et avec une critique plus éclairée, on n'y porterait pas non plus cette habitude de vouloir absolument trouver dans les temps anciens les idées de droit, d'ordre et de légitimité qui ne sont guère d'usage à l'origine des empires. C'est ainsi que l'abbé de Vertot, contre tous les témoignages et toutes les apparences, a voulu établir l'Union de la Bretagne à la France sous la première race, mais alors le livre parut à l'Académie des inscriptions ne rien laisser à désirer et les Bretons passèrent pour bien et dûment convaincus d'avoir été de tout temps sous la souveraineté du roi de FranceOn ne doit pas passer sous silence la conduite inexplicable de Vertot à l'égard de Fréret, qu'il crut devoir dénoncer à l'autorité souveraine pour des opinions émises par cet écrivain dans un discours sur l'Origine des Français..
Les révolutions de la république romaine