vignette|Vue aérienne
La basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay est une ancienne abbatiale française du située à Vézelay, dans le département de l'Yonne en Bourgogne-Franche-Comté. Haut lieu de la chrétienté au Moyen Âge, Vézelay est un lieu de pèlerinage important sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Construit entre 1120 et 1140, l'édifice est une illustration majeure de l'architecture romane et de l'art roman bourguignon en général, avec notamment le tympan intérieur du narthex qui représente un Christ en gloire. Reconstruit à la fin du , le chœur présente un style gothique qui accroît la luminosité et contribue à renforcer la symbolique autour du thème de la lumière divine. En passant du narthex à la nef puis au chœur, le visiteur progresse d'un espace obscur à un espace de plus en plus lumineux. Chaque année au solstice d'été, les vitraux sud projettent une ligne de points lumineux au milieu de la nef.
Rénovée par Eugène Viollet-le-Duc à partir de 1840, la basilique fait l'objet d'un classement et figure sur la première liste des monuments historiques, celle de 1840.. En 1979, elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.
Depuis 1993, le service liturgique est assuré par les Fraternités monastiques de Jérusalem. Des offices ont lieu plusieurs fois par jour.
Histoire de l'abbaye La France du À la suite de la mort du carolingien Louis le Pieux en 840, l'empire se morcelle ; après trois ans de guerres fratricides, son fils Charles II le Chauve est roi de Francie occidentale de 843 (traité de Verdun) à 877 et est couronné empereur d'Occident en 875. Mais sous la pression des attaques vikings et sarrasines, l'autorité royale s'est fortement affaiblie et les princes territoriaux et les seigneurs ont pris leur indépendance de fait, avec un effacement du pouvoir royal particulièrement prononcé au sud de la Loire. C'est le début de la féodalité.
Au milieu du , le comte de Bourgogne Girart de Roussillon prend conscience de ce que Charles II le Chauve, qui s'est pourtant rapproché de ses frères et neveux à coups de traités et d'alliances, ne va pas renoncer à s'approprier le sud de la Bourgogne et à rattacher Lyon et Vienne à Mâcon et Autun. Quand Louis le Germanique attaque le domaine royal en 858, c'est en Bourgogne que Charles II le Chauve se réfugie. Il a d'ailleurs un soutien fort dans la région : l'abbaye Saint-Germain à Auxerre est une fidèle du pouvoir royal (tendance que l'on retrouve au fil des siècles et des guerres pour cette abbaye). Charles II le Chauve y est venu le (deux mois après la bataille de Fontenoy du contre son frère pour la translation des reliques de saint Germain, et en 859 pour la consécration des cryptes de l'abbaye. Saint-Germain d'Auxerre est alors au sommet de sa première phase de rayonnement intellectuel : l'établissement compte à l'époque jusqu'à six cents moines et cinq mille étudiants ; c'est l'un des principaux centres intellectuels du siècle et son influence n'est pas à négliger. (les deux volumes sont sur la même page web liée)..
Une double fondation éminemment politique vers 859
La riposte du comte Girart de Roussillon est simple et efficace : il fonde deux monastères en deux endroits hautement stratégiques, les met sous la protection directe du pape c'est-à-dire hors d'atteinte des confiscations royales, et s'en réserve l'usufruit. Ces deux monastères sont d'une part Saint-Père, diocèse d'Autun et pagus d'Avallon, et d'autre part Pothières, diocèse de Langres et pagus du Lassois, au nord de l'actuelle Côte-d'Or.
Le premier monastère est un monastère de moniales, le second une abbaye d'hommes. Celui-ci est fondé en 858 ou 859 par le comte et sa femme Berthe à l'emplacement actuel du village de Saint-Père et placé sous l'invocation de la Vierge Marie.
Accessoirement à ces manipulations politiques du côté laïc, les moines y gagnent aussi leur émancipation de leurs évêques respectifs — l'évêque d'Autun et l'évêque de Langres, ce qui diminue d'autant le pouvoir épiscopal face à l'autorité laïque.
Non seulement l'abbaye de moniales de Saint-Père et celle d'hommes de Pothières sont toutes deux situées à la limite des terres du comte et jouxtent celles véritablement contrôlées par Charles II le Chauve mais ces deux pagi donnent tous deux accès à la vallée de la Seine au nord, et pour le pagus d'Avallon à la Loire à l'ouest. Le pagus d'Avallon est aussi un lieu d'échanges entre les diocèses d'Auxerre et d'Autun. À Saint-Père cette position de poste-frontière est particulièrement évidente, avec le village en rive gauche de la Cure relevant du domaine royal et plusieurs dépendances et hameaux en rive droite relevant du duché de Bourgogne.
Une bulle pontificale du pape , en 863, garantit la protection directe par le Saint-Siège de l'abbaye de Vézelay qui échappe ainsi à l'autorité des évêques d'Autun. Les privilèges de l'abbaye sont confirmés en 868 par le roi Charles II le Chauve..
Destructions et reconstruction sur la colline de Vézelay En 873 donnent l'année 887 pour le raid viking remontant la Cure et détruisant le monastère de Saint-Père., l'abbaye de Saint-Père est dévastée par les Normands qui remontent la Seine, l'Yonne et la Cure.
Les moines bénédictins se réinstallent au sommet de la colline de Vézelay. Le pape dédicace la première église carolingienne du monastère en 878, dont la crypte subsiste de nos jours.
En 882, à la suite de troubles provoqués par les Sarrasins en Provence, un moine nommé Badilon est envoyé à Saint-Maximin en Provence pour ramener des reliques de Marie Madeleine.
Un deuxième incendie de l'abbaye survient entre 907 et 927.
Conflits de hiérarchie au début du Les premiers conflits entre les abbés de Vézelay et les comtes de Nevers éclatent en 1027. Elles resurgiront, notamment en 1147, 1149, 1152 et 1161. Avec l'appui de Landry comte de Nevers, l'abbé de l'abbaye de Cluny Odilon de Mercœur intervient à Vézelay pour rétablir l'ordre ; et il en chasse l'abbé Hermann. Cette intervention en elle-même est litigieuse aux yeux de l'évêque ; le choix du remplaçant d'Herman vient envenimer la querelle, car Odilon et l'évêque diffèrent sur le choix du prochain abbé de Vézelay.
En cette affaire, Odilon justifie l'intervention de Cluny en citant les privilèges apostoliques qui consacrent la liberté de l'abbaye de Vézelay face à l'autorité de l'évêque ; en effet, ces privilèges apostoliques octroyés depuis 863 par le pape affranchissent Vézelay de la soumission à l'évêque en rattachant l'abbaye directement à Rome. Et il revendique son choix dans la succession d'Herman en arguant d'un privilège par le pape (996–999) sur le libre choix du prélat consécrateur.
Cet épisode intervient à une période d'affrontement entre Cluny, les évêques et la papauté. Le point de contention fondamental entre ces trois protagonistes est la soumission des établissements religieux à l'autorité épiscopale, en opposition avec laquelle Cluny se place en usant de l'autorité du siège de Rome pour revendiquer l'indépendance vis-à-vis de l'évêque. Il s'agit aussi de définir les limites respectives des influences épiscopales et papales, cette dernière cherchant par ailleurs à se renforcer face au pouvoir séculaire impérial.
Les évêques s'opposent vigoureusement à cette intervention de Cluny dans les affaires de Vézelay. Réunis dans un concile à Anse en 1025, ils rappellent que ce privilège d'indépendance est en violation du Canon 4 du concile de Chalcédoine : . du concile de Chalcédoine qui soumet les monastères à l'évêque de leur diocèse.
En réponse aux évêques, le pape Jean XIX réunit un concile à Rome le ; il y réaffirme la primauté de l'Église romaine, « tête et gond » de toutes les églises de la chrétienté. Il ajoute qu'une traditio avait fait de Cluny la propriété de la seule papauté et que l'abbaye était, de ce fait, placée sous la seule juridiction de l'Évêque de Rome. L'acte pontifical du confirme l'exemption clunisienne.
À la suite de ce concile de Rome, les abbés de Cluny cherchent à utiliser cette tradition du rattachement de Vézelay à Rome pour obtenir que tous les monastères dépendant du siège de Rome relèvent de l'acte pontifical du . Ces affrontements des différents acteurs du pouvoir exacerbent les sentiments. L'évêque Adalbéron de Laon va jusqu'à railler en 1027 le « roi Odilon ». Cité dans , . ; Guillaume de Volpiano, clunisien et réformateur, écrit que la réforme de Vézelay est dangereuse pour Cluny, qui doit abandonner son projet et laisser Hermann, l'abbé « ignominieusement » chassé, revenir à Vézelay avec ses moines.
L'essor de l'abbaye de Vézelay au En 1037, l'abbé Geoffroy (1037–1052) remplace l'abbé Hermann et réforme l'abbaye. Il expose les reliques de Marie Madeleine. Des miracles se produisent. Les pèlerins affluent et font de Vézelay un point de passage important sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. En 1050 l'abbaye, qui était à l'origine placée sous l'invocation de sainte Marie, passe sous le patronage de Marie Madeleine.
En 1058 le pape reconnaît solennellement les reliques. Les textes ne permettent pas de connaître la succession des abbés de Vézelay entre 1050 et 1096, date de l'élection de l'abbé Artaud. On suppose que le rattachement de l'abbaye de Vézelay à l'abbaye de Cluny n'a pu intervenir qu'après la mort de l'abbé Geoffroy, probablement avant 1058, et que l'abbé de Cluny, Hugues de Cluny, a rempli la fonction d'abbé de Vézelay pour rétablir la discipline monastique. C'est ce que laisse penser la Vie de saint Hugues rédigée par Renaud de Semur vers 1126 : « Qui ramena l'église Sainte-Marie-Madeleine à la primitive observance régulière, si ce n'est ce saint homme ! » Un acte délivré par le pape en place l'abbaye de Vézelay au nombre des monastères soumis, à cette époque, à l'abbé Hugues de Cluny. Cette hypothèse est d'autant plus probable qu'un acte du pape délivré le confirmant les concessions de Cluny, ne mentionne pas l'abbaye de Vézelay. En 1069 les textes mentionnent un abbé Boniface.
La réputation de l'abbaye permet au village de prospérer. Le bourg se développe et devient une ville qui attire de plus en plus de pèlerins tels que le duc de Bourgogne et sa cour en 1084. Ou, plus tard, Bernard de Clairvaux (saint Bernard) qui vient pour prêcher la en 1146, Philippe II Auguste et Richard Cœur de Lion, avant leur départ pour la en 1190, ou encore en 1248… En 1076 le pape cite l'abbaye de Vézelay parmi les neuf abbayes soumises à l'ordinatio de Cluny.
La grandeur de l'abbaye clunisienne au début du
vignette|Saint Bernard prêchant la à Vézelay en 1146, d'après un tableau d'Émile Signol (1804–1892). vignette| prend la croix à Vézelay en présence de l'évêque de Versailles et de saint Bernard. Miniature de Sébastien Mamerot (vers 1490).
En 1096, l'abbé Artaud entreprend l'édification d'une nouvelle église, un nouveau chœur et un nouveau transept sont construits, les travaux dureront jusqu'en 1104. Seule la nef de l'église carolingienne sera conservée. En 1098 l'évêque d'Autun, Norgaud de Toucy (1098–1112), profitant de la querelle avec l'église de Saint-Maximin, jaloux de l'indépendance de l'abbaye, interdit le pèlerinage.
Dans un acte du , le pape confirme le rattachement de l'abbaye de Vézelay à celle de Cluny. Dans cet acte il réduit les dépendances de Cluny au rang de prieurés, mais autorise douze maisons à garder leur titre d'abbayes. Il rappelle que l'abbé doit être désigné, sans violence ni ruse, par l'accord de tous les frères ou par la sanior pars, selon la règle de saint Benoît, mais avec l'avis de l'abbé de Cluny. Ces abbayes, comme Vézelay, étaient souvent plus anciennes que Cluny et acceptaient mal cette dépendance. En 1103 les moines obtiennent l'appui du pape qui fait une bulle d'approbation des reliques.